Je pense qu'il y a une distinction, certes pas toujours très claire, qui a été progressivement oubliée à travers le temps, entre, disons, LES Enfers et l'Enfer. Ou plus précisément, entre l'Hadès d'une part, et la Géhenne de l'autre (l'"Etang de feu" ou bien les "Ténèbres Extérieures" selon les Saintes Ecritures), destination définitive du Diable et de ses serviteurs après le Jugement.
L'Hadès est appelé à être détruit, il me semble, au Jugement Dernier. En fait, ses portes ont été ouvertes par Notre Seigneur lorsqu'Il y est descendu, mais la destruction totale est, il me semble, une perspective eschatologique.
Là où les latins parlent de Purgatoire, les grecs et autres byzantins disent en tous cas que les âmes des défunts qui n'ont pas pu rejoindre directement le Paradis (note: le Paradis - terrestre - est maintenant, la Jérusalem Céleste est pour l'éternité). Si on veut bien oublier les querelles stériles du passé, ça revient au même en ce qui concerne le destin individuel des âmes - si ce n'est que côté latin (au moins), on a fini par remplacer la perspective "dynamique" de la descente aux Enfers, la destruction de l'Hadès, et du Jugement Dernier avec la séparation des boucs et des brebis, par une perspective quelque peu "statique", avec un triptyque Paradis - Purgatoire (antichambre du Paradis) - Enfer où l'on est directement aiguillé après la mort sans qu'il ne se passe plus rien ensuite (à part la libération de certains du Purgatoire), au point que le Jugement Dernier finit par faire double emploi (puisque le Jugement particulier décide des choses une bonne fois pour toutes).
Je m'avance peut-être un peu en disant tout cela, les textes patristiques sont loin de toujours offrir un schéma clair. A un moment, j'avais lu des pages web coptes et fouillé pour essayer de comprendre comment ces choses étaient enseignées du côté de cette Eglise, et ce n'était pas plus clair non plus. On doit pouvoir conclure que tout n'a pas été clairement révélé de ce côté-là, et n'avait pas à l'être. Les connaissances nécessaires au salut restent ce qu'elles sont: importance des sacrements, de la morale chrétienne. Bonheur de ceux qui ont été délivrs de l'Hadès et du péché. Châtiment des péchés sans en oublier le moindre au Purgatoire ou dans l'Hadès, selon la Justice divine, dans la mesure où nous n'avons pas fait appel à Sa Miséricorde pendant notre vie. Châtiment éternel, "seconde mort", pour ceux qui auront refusé Dieu de façon irrémédiable.
Néanmoins, il me semble que les données de l'Ecriture et de la Tradition, les termes utilisés traditionnellement (parfois de façon imprécise), si on cherche à dégager une cohérence de l'ensemble, laissent bien entrevoir un schéma de ce genre.
Un témoin intéressant (outre son aspect poétique) de la Tradition latine sur ces questions est l'antienne d'Offertoire de la messe traditionnelle des Défunts:
Domine Iesu Christe, Rex gloriae,
libera animas omnium fidelium defunctorum
de poenis inferni et de profundo lacu.
Libera eas de ore leonis,
ne absorbeat eas tartarus,
ne cadant in obscurum.
Sed signifer sanctus Michael
repraesentet eas in lucem sanctam,
quam olim Abrahae promisisti et semini ejus.
J'ai trouvé cette traduction française, mais je constate dans le texte latin l'utilisation du terme "tartarus" (la partie la plus basse des Enfers mythologiques, celle des supplices) ainsi que du "profundo lacu" qui fait penser à l'Etang de feu des Ecritures.
Seigneur, Jésus-Christ, Roi de gloire,
délivrez les âmes de tous les fidèles défunts
des peines de l'enfer et de l'abîme sans fond :
délivrez-les de la gueule du lion,
afin que le gouffre horrible ne les engloutisse pas
et qu'elles ne tombent pas dans le lieu des ténèbres.
Que Saint-Michel, le porte-étendard,
les introduise dans la sainte lumière.
Que vous avez promise jadis à Abraham et à sa postérité.
On pourrait citer plein d'autres choses. N'oublions pas les nombreuses visions des saints de l'époque patristique (trop souvent oubliées). Un exemple que j'ai en tête est le témoignage cité par St Bède le Vénérable, sur un homme temporairement mort, que son guide l'ange gardien ou l'ange psychopompe) dans l'au-delà a emmené dans plusieurs endroits, certains très attirants, d'autres vraiment pas, dont une vallée où les âmes étaient ballotées entre les flammes et le froid glacial - avec l'indication du guide selon laquelle "ce n'était pas encore cela qu'on appelle habituellement l'Enfer" - suivie de l'entrée d'un gouffre terrifiant, plein de hurlements, où les âmes étaient ballotées par les flammes, et dont l'entrée était gardée par des démons horribles et menaçants.
En tous cas, "enfer vide" jusqu'au Jugement ou pas, ce qui est sûr, aussi bien dans les avertissement scripturaires que dans les témoignages innombrables, c'est que:
bien des régions de l'au-delà, prisons temporaires ou définitives, et qui ne sont certainement
pas vides, n'ont rien de parties de plaisir. Les éléments qui reviennent le plus souvent étant le feu intense, le gouffre terrifiant, les prisons souterraines, les ténèbres, l'odeur pestilentielle, les démons terrifiants.
Quand bien même ce ne serait que le Purgatoire, personne de sensé ne voudrait y séjourner. Mais n'oublions pas que si nous ne faisons pas la place à la Miséricorde de Dieu (notamment avec cette exigence qui fait que nous ne serons pardonné que de la façon dont nous aurons su pardonner au prochain, le Notre Père en parle clairement ainsi que plusieurs paraboles), nous devrons subir intégralement la peine due pour le moindre de nos péchés:
Mt 5, 25-26 a écrit :Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n'en sortiras pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier sou.
In Xto,
archi.