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Le centenaire de la 'guerre de 14'

Publié : dim. 28 juil. 2013, 11:03
par Ignotus
Bonjour à tous !

J'ai conservé les lettres que mes parents ont échangées durant cette terrible épreuve.
En voici la première, écrite par ma mère (24 ans à l'époque)
Mes parents vivaient au Havre ; mon père venait d'être mobilisé et affecté à proximité:
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Ma mère trouve déjà le temps long... Elle ne se doute pas de ce qui l'attend, elle et des millions d'autres !

Et vous, détenez-vous encore des lettres de cette époque ?

Re: Bientôt: Le centenaire de" la guerre de 14'

Publié : dim. 28 juil. 2013, 12:25
par Kerniou
Merci de nous donner à lire cette belle lettre.
Quelque soit le lieu et l'époque les guerres sont et demeurent un fléau.

Re: Bientôt: Le centenaire de" la guerre de 14'

Publié : dim. 28 juil. 2013, 19:29
par gerardh
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Bonjour,

Le dernier poilu étant décédé, je penserais qu'il conviendrait de supprimer le jour férié du 11 Novembre, ou de le consacrer à l'éradication de la bêtise des hommes.



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Re: Bientôt: Le centenaire de" la guerre de 14'

Publié : lun. 29 juil. 2013, 11:05
par Petit Matthieu
Ce qui m'attriste bien souvent, non pas que je sois assoiffé de grandes batailles, c'est qu'on insiste sur l'absurdité de la guerre de 1914-1918 et jamais sur l'immense courage des soldats.
Bien entendu que la guerre est absurde, mais que pouvaient faire les Français face à l'invasion allemande ? Déposer les armes et tendre la main à l'ennemi ? Hélas, en 1914, c'était trop tard, l'Europe s'était en quelque sorte préparée à une guerre depuis plusieurs décennies...

Bref, j'espère que lors de ces commémorations, on parlera du courage des soldats qui sont tombés par milliers pour défendre leur pays. Quand bien même la guerre est forcément absurde (comme le mal dans son ensemble l'est), les poilus nous ont donné une énorme leçon d'abnégation, de résignation et de courage, je le répète. Il faudra rendre hommage à ces hommes, cela servira bien plus les jeunes générations, que d'insister comme toujours sur des jugements de valeurs abstraits.

Célébrer la guerre, diable non ! Célébrer le courage, trois fois oui. Qu'importe les circonstances où celui-ci s'est développé.

Re: Bientôt: Le centenaire de" la guerre de 14'

Publié : lun. 29 juil. 2013, 18:00
par Kerniou
D'accord avec vous Petit Mathieu.

Re: Bientôt: Le centenaire de" la guerre de 14'

Publié : lun. 29 juil. 2013, 19:21
par gerardh
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Bonjour,

Outre le courage des combattants de 39-40, de 40-45, de 14-18, il faudrait aussi célébrer la courage de ceux de 1870, des batailles napoléoniennes, des batailles révolutionnaires, de la guerre de 100 ans, des gaulois sous Vercingétorix... Cela ferait beaucoup de jours de fêtes.



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Re: Bientôt: Le centenaire de" la guerre de 14'

Publié : lun. 29 juil. 2013, 19:47
par Fée Violine
...sans oublier l'abominable Guerre de Trente ans qui au début du XVIIème siècle a mis une partie de l'Europe à feu et à sang, notamment l'Allemagne (où la moitié de la population a été massacrée par les Suédois) et la Franche-Comté...

Mais la guerre de 14-18 est tout de même plus proche de nous, et ses malheureuses conséquences durent toujours. Quand je vois les listes interminables de morts sur les monuments de villages actuellement presque dépeuplés, ça me met en colère.

Re: Bientôt: Le centenaire de" la guerre de 14'

Publié : mar. 27 août 2013, 9:07
par Ignotus
A la fin du mois d'aôut 1914, ma grand-mère est prise de panique devant l'avance des armées allemandes.( Il faut dire qu'elle avait connu l'occupation prussienne en 1870; elle connaitra encore celle de 1940.)

Re: Bientôt: Le centenaire de" la guerre de 14'

Publié : ven. 30 août 2013, 3:37
par Cinci
Un complément essentiel, faudrait-il ajouter.

Vu :

«... la Première Guerre mondiale a marqué l'avénement de l'ère moderne. Elle nous a légué les massacres à grande échelle (rendus possibles par la mécanisation et la production industrielle) de même que cette énorme bureaucratie de guerre qui, pour la première fois, pouvait, des mois, voire des années d'avance, mettre en oeuvre et administrer des attaques faisant des centaines ou des milliers de victimes en un instant, sans que celles-ci aient eu le temps de prendre conscience de la présence de leurs assaillants. Pendant la Guerre de Sécéssion, les batailles duraient rarement plus de deux ou trois jours. En cette nouvelle ère de la guerre industrialisée, les batailles s'étaleraient sur des semaines, voire des mois, alimentées par un flux incessant de munitions, de fournitures produites en série et de soldats dont la livraison serait assurée par des moyens de transport motorisés, qu'il s'agisse des navires, de trains ou de véhicules automobiles. Désormais, toute la capacité industrielle et organisationnelle d'une nation, sans parler de ses systèmes centralisés d'information et de contrôle interne pourrait être mobilisé pour la guerre. La Première Guerre mondiale a engendré une terrible créature : la guerre totale.

Cette guerre a aussi permis l'apparition tout aussi inquiétante de nouvelles formes de propagande et de manipulation des masses, qui ont rendu possible la fabrication de l'opinion publique, à l'aide d'innovation technologiques comme la radio, le cinéma, la photographie, l'édition à grand tirage bon marché et les arts graphiques.

La propagande a su exploiter de manière astucieuse les nouvelles connaissances sur la psychologie des masses développées par des penseurs comme Gustave Le Bon (Psychologie des foules), Wilfred Trotter (Instincts ot the Herd in Peace and War), Graham Wallace (Human Nature in Politics) et Jean Gabriel Tarde (L'opinion et la foule), de même que par des pioniers de la psychologie comme Sigmund Freud.

Cette guerre a détruit l'identité et les valeurs américaines traditionnelles, leur substituant la peur, la méfiance et l'hédonisme propres à la société de consommation. Conçue pour faire appel à l'émotion plutôt que pour rapporter des faits, la nouvelle propagande s'est révélée très efficace pour reléguer dans la marge les idées et les valeurs portées par des voix dissidentes. Elle a su dénigrer quiconque n'employait pas le langage inculqué au grand public par l'État et la grande entreprise. Elle a mis un terme à une brève mais dynamique ère progressiste pendant laquelle des mouvements de masse révoltés par les abus de l'oligarchie américaine avaient balayé le pays en revendiquant des réformes. L'avénement de la propagande, rendu possible par l'industrialisation de la guerre, a tué le mouvement populiste américain. [note : Le mouvement populiste américain est un mouvement politique de masse qui, vers la fin du XIXe siècle, s'opposait à la puissance financière des compagnies de chemin de fer et à leur collusion avec l'État. Émanant de la classe des agriculteurs, il s'est étendu à une partie du mouvement ouvrier. L'adjectif populiste n'a pas ici la connotation péjorative qu'il revêt d'ordinnaire en français.]

[...]

Le triomphe de la propagande révélait en quelque sorte celui des idées de Freud, qui avait découvert que la manipulation de mythes et d'images bien ancrés peut, combinée à l'exploitation des peurs et des désirs inconscients, mener les hommes et les femmes à accepter leur propre asservissement, voire leur autodestruction. En fait, Freud et les grands spécialistes de la psychologie des masses avaient compris que les émotions ne sont pas subordonnées à la raison, que c'est même plutôt l'inverse.

[...]

Ils [les propagandistes] ont écarté l'aspect moral de la persuasion au profit d'une stimulation des émotions de la masse à des fins particulières.

Promue à l'aide de slogans comme «La guerre qui mettra fin à toutes les guerres» ou «La guerre qui fera progresser la démocratie dans le monde», la guerre n'a pas tant fait taire les intellectuels, les artistes et les progressistes de tout acabit qu'elle les a séduits. L'appui enthousiaste à l'entrée du pays en guerre a estomaqué les quelques entêtés qui, tels Randolphe Bourne et Jane Adams, voyaient avec horreur leur nation sombrer dans un délire collectif. Les grands journalistes d'enquête, artistes et progressistes, qui s'étaient consacrés à la dénonciation des injustices subies par la classe ouvrière prenaient maintenant part à l'effort de guerre.

Le 22 mars 1917, 12 000 personnes, outrées par les attaques allemandes contre des cargos américains et aiguillonnées par les vives dénonciations qu'elles ont suscitées dans la presse, se réunissent au Madison Square garden lors d'une assemblée publique organisée par l'American Rights Committee pour réclamer l'entrée du pays dans la guerre. Le lendemain, renonçant à leurs objections, William English Wallace, Charles Edward Russell, Upton Sinclair et presque tous les autres penseurs du parti socialiste lancent un appel à la guerre. Le mouvement antiguerre s'effrite. Les défections se multiplient, touchant même les plus farouches opposants, tels le gouverneur du Kansas Arthur Capper qui, le 24 mars, déclare que les États-Unis ont le devoir de se défendre contre les assauts meurtriers de l'Allemagne «contre la vie humaine et les droits de la personne».

Les membres les plus en vue du clergé bénissent l'appel aux armes et les quelques voix qui s'acharnent à résister à l'intoxication belliciste font l'objet d'attaques. Par exemple, le président de l'université de Princeton, John Grier Hibben, interdit à l'ex-président de l'université Sanford, David Starr Jordan, de prendre la parole sur le campus. Ce dernier se réfugie dans l'église presbytérienne de l'université pour s'adresser aux fidèles qui s'y rassemblent, mais il se fait huer par les étudiants. De grandes manifestations pour la guerre ont lieu à Philadelphie, à Denver, à Boston, à Chicago, lors desquelles il est fréquent que des dirigeants et des politiciens progressistes prennent la parole. Lorsqu'ils tentent de tenir des contre-manifestations, les chefs de l'Emergency Peace Federation, cernés de toutes parts, sont enterrés par les cris de la foule, puis interpellés et battus par la police.

Le 1er avril, Jordan écrit au représentant William Kent :


  • Nous avons fait notre possible pour faire connaître au président et aux membres du Congrès d'autres voies que celle de la guerre. Ce ne serait pas si difficile si les gens que la question préoccupe souhaitaient vraiment la paix. Pendant ce temps, il est manifeste que Wall Street gère cette affaire selon ses propres intérêts, et que les honnêtes hommes qui, par milliers, croient que nous devrions faire quelque chose pour la France et l'Angleterre surrestiment leur influence devant la perspective de voir l'Oncle Sam endosser les milliards en obligations européennes et jeter son argent dans le puit sans fond de la guerre [...] Les Allemands ont péché. Telle est la nature de la guerre. Mais l'intolérance et la tyrannie qui nous poussent à prendre part au conflit donnent un air anodin aux méthodes séditieuses par lesquelles le Kaiser a déclenché la crise en 1914.

    Une élite intellectuelle poussant doucement, par la seule force de ses idées, un peuple dans ce que les autres nations n'ont connu qu'en raison de comportements prédateurs, de l'hystérie collective ou du délire militariste ! une guerre non contaminée par l'égoïsme, une guerre dont l'issue consacrera le triomphe de la démocratie et l'internationalisation du monde ! Voilà comment se dépeignent les intellectuels les plus conscients d'eux-mêmes, voilà l'image qu'ils imposent peu à peu à une population qu'un président indubitablement intellectualisé est en train de mener Dieu sait où. (Lettre de David Starr Jordan à William Kent, 1er avril 1917, archive de William Kent, bibliothèque de l'université Yale)
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Wilson fait voter sans difficulté des lois draconniennes pour museler la dissidence, mais c'est à peine si elles sont nécéssaires. En 1917, le Congrès adopte l'Espionage Act, qui criminalise non seulement les activités d'espionnage, mais tout discours jugé critique envers le gouvernement. Wilson aurait souhaité y inclure une disposition autorisant la censure directe des journaux, mais le Congrès s'y refuse. L'année suivante, le Congrès adopte un amendement, connu sous le nom de Sedition Act, qui criminalise tout propos «déloyal» ou «sacrilège» encourageant l'outrage à la Constitution ou au drapeau. Ces lois sont les armes juridiques peu subtiles de l'administration Wilson pour faire taire les progressistes et les forces populaires en déclin qui osent contester l'effort de guerre. Au nom de l'Espionage Act, le secrétaire aux postes Albert Burleson retire aux journaux qu'il juge antipatriotiques leur admissibilité au tarif postal réduit, augmentant immédiatement leurs frais d'expédition et menant une centaine d'entre eux à la faillite. Des milliers de personne, dont l'homme politique socialiste Eugene Debs, sont arrêtées pour avoir persisté à dénoncer la guerre et lancé des appels à l'objection de conscience et à la grève. En juin 1918, Debs est emprisonné après avoir livré un discours contre la guerre à Canton (Ohio). Le Washington Post commente sa condamnation en ces mots : «Debs est un danger public, et le pays ne s'en portera que mieux s'il croupit derrière les barreaux.» Debs passera deux ans au pénitencier fédéral d'Atlanta, jusqu'à ce que le président Warren Harding commue sa sentence à Noël en 1921. Des milices, excitées par la propagande de guerre et les appels aux armes nationalistes s'en prendront physiquement aux opposants, allant parfois jusqu'à les lyncher.

Marquée par un essor du progressisme, la période d'avant-guerre correspond à l'âge d'or du journalisme et des réformes sociales aux États-Unis. En 1918, cette époque était révolue. [...]

Pendant la Première Guerre mondiale, les progressistes ont renoncé à leur critique de la société pour se faire propagandistes. La transition s'est faite en douceur. Les luttes en faveur des travailleurs miséreux des villes industrielles et des bas quartiers se sont muées en une croisade abstraite pour refaire le monde par la violence, pour une guerre qui mettrait fin à toutes les guerres. [...] Les anciens militants socialistes étaient sans doute les citoyens les plus enclins à partager le rêve utopique wilsonien d'une Société des Nations démocratiques capable de mettre un terme définitif à la guerre. [...] Autrefois marginaux, ces intellectuels sont devenus de fidèles alliés du président dans son combat pour refaire le monde par la violence. On les a acclamés et louangés comme jamais auparavant, en leur conférant une aura prestigieuse. Désormais, ils ne se sentiraient plus rejetés par l'élite du pouvoir, mais plutôr valorisés, appréciés. En mettant leur immense talent au service de la propagande de guerre, ils ont cependant commis un suicide intellectuel et moral. Très rares sont ceux qui ont trouvé la force de résister. Leur engagement concerté pour vendre l'idée de la guerre a donné un coup fatal à la culture progressiste.

En d'autres termes, se plaint Bourne :

  • ... les intellectuels se sont associés aux forces les moins démocratiques de la sphère politique américaine. Ils ont laissé ceux-là même que la démocrartie américaine a toujours combattu mener la pays à la guerre. Ce n'est que dans un monde devenu incapable de percevoir l'ironie qu'une élite intellectuelle peut entrer en guerre avec des alliés si peu progressistes dans le but déclaré de promouvoir le progrès social et la démocratie dans le monde. Il ne reste plus personne qui puisse souligner la nature antidémocratique de ce progressisme de guerre. Quand la foi triomphe, le scepticisme devient la pire des insolences. (Randolph Bourne, War and the Intellectuals : Collected Essays. 1915-1919, Indianapolis, Hackett, 1964, p.3)


[...] ».

Source : Chris Hedges, La mort de l'élite progressiste (Death of the Liberal Class), 2012 [citations tirées du chapitre 3]

Re: Bientôt: Le centenaire de" la guerre de 14'

Publié : ven. 30 août 2013, 3:57
par Cinci
Ignotius,

Oui, il n'y a rien comme des documents d'époque pour réctualiser la réalité (pas l'illusion) d'événements du passé. Vous êtes chanceux, vous-même, de pouvoir détenir à titre privé une pareille correspondance de familiers. C'est passionnant.


Merci.

Re: Bientôt: Le centenaire de" la guerre de 14'

Publié : ven. 30 août 2013, 5:26
par Cinci
gérardh,

Vous me permettrez d'être en désaccord (oui, sous un certain angle) avec votre sentiment exprimé. Je parle de celui par lequel vous aimeriez enfouir le souvenir du grand événement, nous le faire disparaître pratiquement; moi, je pense à une diversité de choses. Vous avez pensé à tout ?

C'est sûr qu'une commémorations du 11 novembre ne vaudrait pas un clou, pas quand l'esprit consisterait à vouloir y propager le culte du héros, et donc, d'agir pernicieusement comme une sorte de combustible malsain (le genre Hollywood), afin que d'autres jeunes aillent à leur tour servir de chair à canon dans des guerres injustes et mal inspirées et jusqu'en Chine s'il le faut !

Sauf, la raison d'être principale d'une pareille date anniversaire, à l'origine, tient à la fois à l'importance du bouleversement du monde en ayant résulté, de même qu'à l'expérience des souffrances partagées ayant été le lot des citoyens mobilisés. Il n'est rien de mal non plus dans le fait d'éprouver, à l'occasion, une bonne pensée pour les mobilisés, les sans grades anonymes, ces conscrits, ceux que la guerre aura broyés; à qui il n'aurait rien resté d'autre de reconnaissance que celle de leur vécu.

[...]

Le rappel fait pleinement du sens pour moi, la journée où vous réalisez comment des myriades de civils d'aujourd'hui (le changement c'est maintenant) font encore les frais des séquelles de la guerre de 1914. Vous n'aurez juste à penser aux victimes de la récente guerre en ex-Yougoslavie, aux Israéliens qui doivent essuyer des tirs ici et là, de même qu'aux populations du Moyen Orient, déplacées et soumises aux effets des bombes «intelligentes», au blocus alimentaire, etc. Toute la carte actuelle du Moyen Orient est une production «cousue-main» résultant de la Première Guerre mondiale. Tout ne tient pas qu'à la seule présence physique d'anciens poilus.

Faire disparaître le 11 novembre au motif qu'il n'y a plus de poilus ? Et pourquoi pas effacer le souvenir d'Hiroshima aussi parce que plus personne d'irradié subsisterait ? Il faudrait peut-être bâtir aussi un terrain de golf sur le complexe d'Auschwitz en 2042 ? Avouez que ce serait un peu bizarre.

Re: Bientôt: Le centenaire de" la guerre de 14'

Publié : mer. 04 sept. 2013, 15:38
par Cinci
Caractéristique de la Première Guerre mondiale


«... la propagande mise en oeuvre pendant la Première Guerre mondiale, à laquelle ont collaboré des journalistes, des artistes et des romanciers, a fait école : gouvernements et entreprises ont tôt fait d'appliquer son modèle à leurs stratégies de communication et de publicité. Les arguments servis par l'administration Bush pour justifier la guerre en Irak, par exemple, étaient tirés tout droit des manuels du CPI [...] en appliquant ces techniques de propagande, les grandes entreprises ont saturé les ondes d'images et de slogans assurant ainsi le triomphe de la culture de consommation et anéantissant la notion même d'information.

Au départ

Dans les années 1909-1910, 58 % des villes américaines possédaient une presse variée, tant en terme de montages financiers que de contenus, explique Stewart Ewen dans son classique Conscience sous influence. «Dès 1920, ce même pourcentage représentait celles des villes où l'information était contrôlée par un seul organe [...] On voit nettement quel rôle joua la publicité dans cette évolution. Pendant les 30 premières années du siècle, la dépense publicitaire s'était multipliée par 13 au plan national (passant de 200 à 2 600 millions de dollars), et les principaux supports de cette croissance avaient été les périodiques, quotidiens et revues.». (Stewar Ewen, Conscience sous influence. Publicité et génèse de la société de consommation, Paris, Aubier-Montaigne, 1983)


Georges Creel

Creel est à bien des égards le père fondateur des relations publiques modernes. John Dos Passos le décrivait comme «un petit bonhomme aux yeux noirs ardents et au visage laid, sous une tignasse de cheveux sombres et bouclés». Originaire de Virginie, Creel a grandi dans une famille pauvre, farouchement attachée à la cause confédérée, qui a déménagé au Missouri après la guerre de Sécéssion. Il a travaillé comme reporter pour des quotidiens de Kansas City, puis comme journaliste d'enquête pour des magazines de New York. Marié à Blanche Bates, comédienne bien connue, il était animé d'une inébranlable confiance en soi et d'une énergie débordante. Sa lecture de la réalité était plutôt manichéenne : il peignait le monde en noir et blanc, avec des traits grossiers. «Pour Creel, écrivait Mark Sullivan [...], il n'existe que deux catégories d'hommes : les salopards et les plus grands hommes qui aient jamais vécu. Cette seconde catégorie comprend tous ceux qui partagent l'opinion de Creel, quel que soit le problème dont il s'occupe à ce moment-là». Et Creel le reconnaissait lui-même: «Il faut admettre que l'objectivité ne fait pas partie de ma personnalité; j'ai bu les préjugés avec le lait maternel, pour être ensuite nourri de sectarisme».

Le pouvoir de Creel, qui avait un accès direct au président Wilson, en irritait plus d'un à Washington. La fin de la guerre le rendrait moins utile, et malgré de nombreuses tentatives, il ne retrouverait jamais l'influence qu'il avait eue. [...]

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le président Franklin Roosevelt - qui, tandis qu'il était secrétaire adjoint à la Marine lors du premier conflit, avait fini par ne plus supporter l'arrogance de Creel - a refusé à celui-ci la possibilité de travailler au Bureau de l'information de guerre. Dans les dernières années de sa vie, Creel s'est fait chantre de l'anticommunisme et des causes d'extrême-droite, collaborant avec le sénateur Joseph McCarthy et le représentant Richard Nixon pendant la chasse aux sorcières de la fin des années 1940.

Mais en 1917, Creel sait que pour arriver à vendre l'idée de la guerre, il devra neutraliser de puissants mouvements sociaux qui non seulement s'opposent à l'engagement des États-Unis dans le conflit, mais ont aussi révélé le caractère odieux et cruel d'industriels comme John D Rockfeller. Les syndicats, les journalistes progressistes, les pacifistes, les isolationnistes, les nombreux immigrants qui détestent les Britanniques et le million de membres du parti socialiste dirigé par Debs (qui, le 7 mars 1917, déclare qu'il préférerait être fusillé comme traître plutôt que de partir en guerre pour Wall Street) constituent des obstacles à la guerre si on les laisse s'exprimer librement.

Les inquiétudes de Wilson quant au manque d'enthousiasme de la population envers son projet s'avèrent fondées. Les taux d'enrôlements sont dérisoires : d'avril à la mi-mai, seuls 73 000 jeunes hommes se portent volontaires. Le gouvernement se voit contraint d'imposer la conscription. C'est à ce moment-là que Creel se met au travail.

Creel et son équipe, qui comprend des artistes, des caricaturistes, des graphistes, des cinéastes, des journalistes et des spécialistes en relation publique, saturent de propagande la vie culturelle et intellectuelle américaine. [...] Le comité Creel entretient des relations directes avec 18 000 journaux, 11 000 agences de publicité et annonceurs nationaux, 10 000 chambres de commerce, 30 000 associations de fabriquants, 22 000 syndicats, 10 000 bibliothèques publiques, 32 000 banques, 58 000 magasins généraux, 3 500 succursales du YMCA, 56 000 bureaux de poste, 55 000 chefs de gare, 5 000 centres de recrutements, 100 000 sections de la Croix rouge et 12 000 agents commerciaux. Tous ces établissements sont abreuvés quotidiennement de propagande de guerre crée sur mesure selon leurs champs d'intérêts.

Dans un rapport de 1920 intitulé How We Advertised America, Creel écrit :

  • La guerre ne s'est pas seulement déroulée en France. Nous menions un combat pour l'esprit des gens, pour la conquête de leurs convictions. Et la ligne de front traversait tous les foyers de tous les pays.

    C'est par cette reconnaissance de l'opinion publique comme force de premier plan que la Grande Guerre s'est le plus fondamentalement distinguée de tous les conflits précédents. Les forces en présence n'étaient pas seulement des groupes de soldats armés, mais aussi des idéaux qui s'entrechoquaient; les jugements moraux avaient une valeur aussi importante que les décisions militaires [...] En tous points, et ce, de la première à la dernière heure, nous avons mené une véritable campagne de publicité, une vaste entreprise de vente, la plus grande expérience publicitaire du monde.

    Nous n'avons ignoré aucun aspect de la vaste machine de guerre et nous n'avons négligé aucun support : imprimés, discours, cinéma, télégraphe, radio, affiches, enseignes ... Nous les avons tous mis au service de notre campagne visant à faire comprendre à nos concitoyens et aux autres peuples les raisons qui poussaient les États-Unis à prendre les armes. (Georges Creel, How We Advertised America, New-York, Harper and Brothers, 1920)

Les journaux ne sont jamais censurés directement, mais le CPI leur donne des consignes et les inonde de documents favorables à la guerre, qu'ils reproduisent sous forme d'articles. John Dos Passos témoigne :

  • On trouvait des affiches du CPI [Committe for Public Information] dans toutes les postes, leurs bulletins sur tous les tableaux d'affichages. Les hebdomadaires destinés aux campagnes et les journaux professionnels vivaient entièrement sur les clichés d'articles composés par Creel. Dans un laps de temps étonnament bref, Georges Creel obtint que la nation entière - à l'exception évidemment d'une minorité peu honorable qui tenait à se faire sa propre opinion par elle-même - répète tous les slogans émanant du bureau même du président, qui voulait se battre avec des mots, «pour que la démocratie puisse vivre en sécurité dans le monde».

La socialiste Adams, qui a fondé la maison Hull à Chicago dans le but d'aider les familles pauvres et ouvrières, est huée lorsqu'elle se prononce contre la guerre au Carnegie Hall et se voit étiquetter comme «antipatriotique» par le New York Times. Dès 1915, elle a noté le changement d'attitude de la presse, « ... qui s'est mise à donner du pacifisme une image si aberrante que celui-ci a perdu toute influence, et à discréditer les militants antiguerre à un point tel que rien de ce qu'ils pouvaient dire n'est plus digne de la moindre attention». Dans Peace and Bread in Time of War, elle écrira que « ... cet effort concerté de dénigrement de la part des journaux de toutes tendances était pour moi du jamais vu».

En 1902, Appeal to Reason, journal socialiste qui, depuis 1897, offrait une tribune à des écrivains comme Jack London, Upton Sinclair, Mary «Mother» Jones et Debs, tirait à 150 000 exemplaires, ce qui en faisait le quatrième hebdomadaire en importance aux États-Unis. En raison de son opposition à la guerre, qui n'a pourtant rien de bien marginal au début du conflit, il est bientôt soumis à une énorme pression. En appliquant l'Espionage Act, qui interdit la publication de matériel pouvant nuire à l'effort de guerre, l'Etat parvient à censurer son contenu. Le travail de Creel a un effet cataclysmique sur le débat public et la culture.

  • Les écoles et les collèges abandonnèrent les cours d'allemand, écrit Dos Passos. Les plats allemands disparurent des menus. Toutes les manifestations de la culture étrangère devinrent suspectes : les opéras allemands ne figurèrent plus au répertoire, et la campagne lancée contre la musique allemande atteignit son apogée avec l'arrestation du Dr Karl Muck, le chef de l'orchestre symphonique de Boston, homme âgé et admiré de tous.
En avril 1918, Robert Prager, un mineur de charbon né en Allemagne qui a tenté de s'enrôler dans la marine, mais qui a été réformé pour des raisons médicales, est accusé par une meute de 500 personnes de stocker des explosifs en banlieue de Saint-Louis. Après l'avoir déshabillé et drapé dans la bannière étoilée, la foule traîne l'homme, qui titube, pieds nus dans les rues de la ville, puis le lynche en poussant des hourras. Les meneurs du lynchage se présentent à leur procès arborant des rubans tricolores. Leurs avocats qualifient l'assassinat de «meurtre patriotique» justifié. Au bout de 25 minutes de délibérations, le jury rend un verdict d'acquittement. Un des jurés s'écrie : «Aujourd'hui, personne ne pourra nous accuser de manquer de loyauté.» A propos du procès, le Washington Post écrit : «Malgré quelques excès comme le lynchage, voilà un réveil salutaire de l'Amérique profonde». Jamais on ne trouvera les explosifs que Prager était soupçonné de cacher.

[...]

«Nombreux sont ceux qui ont cru que le progressisme avait pour corollaire la liberté de connaître et d'exprimer non pas ce qui est populaire ou convenable, voire patriotique, mais ce qu'ils considéraient comme vrai», écrira pour sa part Jane Adams. «Ces mêmes progressistes constatent aujourd'hui que la guerre a eu pour conséquence directe la domination de la masse sur l'individu, à tel point qu'on peut parler d'une véritable révolution dans nos relations sociales

Le CPI ferme ses portes le 12 novembre 1918, soit le lendemain de l'armistice. Ses employés n'ont néanmoins aucune difficulté à se reclasser. Le politologue Harold Lasswell auteur de Propaganda Technique in the World War, l'une des meilleurs études sur la puissance de la nouvelle propagande, note que la plupart des experts du conseil sont immédiatement attirés vers les bureaux du gouvernement ou des grandes entreprises à Washington et à New York. Deux ans plus tard, le directeur de la division étrangère du CPI écrira :
  • «L'histoire de la propagande pendant la guerre vaudrait à peine qu'on s'y attarde si ce n'était d'une réalité : elle n'a pas pris fin avec l'armistice. Loin de là ! Les méthodes inventées et expérimentées pendant le conflit ont une valeur inestimable pour les gouvernements et les groupes d'intérêts particuliers. [...] C'est bien sûr, l'étonnant succès qu'elle a rencontré durant la guerre qui a ouvert les yeux d'une minorité d'individus intelligents sur les possibilités de mobiliser l'opinion, pour quelque cause que ce soit», écrit-il en 1928 dans Propaganda.

La guerre a rendu possible la destruction de la diversité culturelle américaine (les États-Unis possédaient jadis des cultures régionales bien distinctes) par la communication de masse. Celle-ci a transformé la consommation en compulsion et aplani les différences culturelles. La culture d'entreprise a pulvérisé les vieilles valeurs relatives à l'épargne, les identités régionales avec leur iconographie, leur esthétique et leur histoire, et la presse décentralisée qui offrait aux citoyens un regard sur leur collectivité. Les publicitaires ont crée de nouveaux désirs et de nouveaux comportements voués à remplacer les anciens. Selon les grands prêtres de la culture d'entreprise, les merveilles de la consommation de masse et de l'homogénéité culturelle permettraient d'apaiser les frustrations et le mécontentement des individus. Les cultures américaines ont été remplacées par une culture de pacotille et des moeurs politiques à l'avenant.»


Source : Chris Hedges, La mort de l'élite progressiste, 2012; «chapitre 3»

Centenaire de la 1ère guerre mondiale

Publié : ven. 27 sept. 2013, 14:21
par etienne lorant
J'ouvre ce fil car il y aura probablement beaucoup de messages au sujet de la première guerre mondiale.

Premier article trouvé : réhabilitation des "fusillés pour l'exemple" ?

L’approche du 100 e anniversaire du début de la Première Guerre mondiale pourrait être l’occasion de réhabiliter les 650 militaires « fusillés pour l’exemple » de 1914-1918. Le rapport qu’une commission d’historiens présidée par Antoine Prost s’apprête à remettre aux plus hautes autorités de l’État évoque cette possibilité, assortie de conditions. Ces recommandations tombent à point nommé, alors que François Hollande va présenter, vers le 11 novembre, le programme des événements commémoratifs qui marqueront la célébration de ce centenaire en France.

C’est avant l’été qu’Antoine Prost, qui préside le conseil scientifique de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, a été chargé dans le plus grand secret d’animer cette réflexion par Kader Arif, ministre délégué aux anciens combattants. Dans un souci d’équilibre, l’historien a réuni autour de lui quelques confrères, spécialistes reconnus du premier conflit mondial – Nicolas Offenstadt, André Loez, André Bach, Stéphane Audoin-Rouzeau, Emmanuel Saint-Fuscien –, enclins pour certains à souligner le phénomène des fusillés, pour d’autres à le relativiser.

UNE RÉHABILITATION AU CAS PAR CAS OU COLLECTIVE ?
Le 9 novembre 2012, dans une interview à La Croix, Kader Arif avait précisé : « Les fusillés ont toute leur place dans l’histoire de notre Nation. » Il avait annoncé sa décision d’attribuer la mention « mort pour la France » à Jean-Julien-Marie Chapelant, sous-lieutenant fusillé en octobre 1914 alors qu’il venait d’échapper aux Allemands et que les associations de défense des droits de l’homme demandaient depuis longtemps sa réhabilitation. Dès lors, la question posée à la commission Prost était la suivante : faut-il aller plus loin en prônant une réhabilitation des fusillés, qu’elle soit au cas par cas ou collective ?

Le rapport analyse les avantages et inconvénients des deux formules. La réhabilitation individuelle a l’avantage de ne pas mettre sur un même plan les fusillés par erreur (au moins une centaine de cas, en plus de la cinquantaine réhabilités dans l’entre-deux-guerres), ceux qui l’ont été pour automutilation ou abandon de poste (la majorité des cas) et ceux – une minorité – qui ont payé de leur vie le fait d’avoir composé avec l’ennemi ou tué leur supérieur hiérarchique.

http://www.la-croix.com/Actualite/Franc ... 27-1026757

Petite question pour connaisseur : pourquoi les officiers ont-ils une arme de poing tandis que les soldats ont chacun leur fusil ?

Re: Centenaire de la 1ère guerre mondiale

Publié : ven. 27 sept. 2013, 14:51
par jepassapied
Historiquement les officiers furent cavaliers équipés d'une épée, plus tard d'un sabre dont l'usage est incompatible avec celui du fusil qui exige les deux mains. De plus le cavalier est plutôt un combattant de corps à corps. Le pistolet, plus tard, le révolver sont les armes de ce type de combat... Ce qui n'était que pratique est devenu traditionnel (on n'imagine pas aujourd'hui un officier chargeant "sabre au clair").

Re: Centenaire de la 1ère guerre mondiale

Publié : ven. 27 sept. 2013, 19:40
par Johnny
etienne lorant a écrit : Petite question pour connaisseur : pourquoi les officiers ont-ils une arme de poing tandis que les soldats ont chacun leur fusil ?
L'officier n'est pas là pour faire feu, mais pour commander : son rôle est de lever la tête et de regarder ce qui se passe hors de son trou, avec pour conséquence que le taux de décès des officiers est toujours supérieur à celui de hommes dans les armées qui tiennent la route. Et c'est d'ailleurs pour cela qu'elles tiennent la route. Ce fut le cas en 14/18, et dans l'armée israélienne par exemple. Lors du raid raté en Somalie il y a un an, parmi les 3 morts, il y avait le chef du commando (RIP).

L'arme de poing ne sert que pour se suicider quand les nerfs craquent, pour donner le signal d'un assaut, ou en cas de corps à corps....Pour un bon officier, elle ne sert pas à abattre les mutins comme au cinéma, puisqu'un bon officier tient son effectif....

Lieutenant de réserve Johnny