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Louis a écrit :[align=justify]Cher LumendeLumine
Merci pour votre réponse.
Pouvez me synthétiser en une phrase compréhensible par tous cette preuve métaphysique?[/align]
Parce que tout dans le monde qui nous entoure nécessite une cause ou raison d'être, il faut qu'existe une cause suprême, qui est à elle-même sa raison d'être.
popeye a écrit :Je n’ai jamais dit que j’abstrayais le concept de parfait si parfait… du sensible ; j’ai dit que j’abstrayais du sensible les concepts de perfection, d’imperfection, de degrés de perfections, à partir desquels je m’interroge pour savoir si cette hiérarchie des degrés de perfections est couronnée par une perfection infinie.
Vous vous interrogez peut-être à partir d'objets de l'expérience, mais vous tirez la réponse non des objets de l'expérience, mais du concept "Dieu" se référant, au départ de la preuve, à un être dont l'existence est improuvée, et que la preuve vise à prouver. Votre
interrogation part peut-être du sensible, mais le
raisonnement que vous appelez "preuve" et dont la conclusion est "donc Dieu existe", part du concept même de Dieu, concept d'un être qui n'est alors d'aucune façon donné à l'expérience, mais purement hypothétique.
En d'autres termes, vous ne découvrez pas dans le donné sensible de lien vers Dieu. Un lien entre le sensible et Dieu, peut être un lien de causalité efficiente, de raison d'être, ou de finalité. Quelque chose qui dans le sensible nous dit: le monde que nous observons est ainsi; or il ne serait pas ainsi sans un être tel Dieu; donc Dieu existe. Voilà un raisonnement valable et convainquant.
En quels termes dois-je le poser? Votre preuve ne fait appel à aucune
relation entre le monde et Dieu, voilà peut-être les mots les plus clairs que je puis employer. Or sans remonter un lien, une corde causale quelconque tendue entre le donné sensible et Dieu, vous ne pouvez prétendre l'atteindre.
Les dictionnaires philosophiques s’accordent donc pour dire qu’au sens scolastique le raisonnement a posteriori est celui qui démontre la cause à partir de l’effet, de la conséquence au principe, en procédant par voie analytique, sans obliger à ce que cette démonstration s’appuie sur le principe de causalité. Ce qui importe, c’est qu’elle soit analytique !
Je ne suis pas familier avec les termes analytique et synthétique. Il me semble évident toutefois que si les dictionnaires parlent d'effet et de cause, ce n'est pas pour rien. Remonter de l'effet à la cause, c'est suivre en sens inverse une relation causale; remonter des conséquences au principe, c'est suivre un lien de dépendance. Or quel lien de dépendance entre le monde et Dieu remonte la preuve ontologique, aucun.
Dieu existe, et peut parfaitement infuser en votre intelligences des lumières mystiques. Il peut même (et il est de foi qu’Il le fait…) se faire l’espèce impresse d’un intellect patient surélevé par le lumen gloriæ. La connaissance intellectuelle de l’homme ne se réduit donc pas à l’abstraction à partir du sensible. Ceci dit, c’est le seul mode naturel que nous ayons de connaître intellectuellement.
Exact. Mais cela ne signifie pas que dans l'ordre naturel, celui qui nous concerne ici, la connaissance humaine ne soit pas celle du sensible, comme vous le dites aussi. Je ne vois donc pas la pertinence de cette remarque. Et pour répondre du même coup à votre dernier commentaire, je ne fais pas de généralisation excessive en affirmant, dans le cadre de ce débat, que la connaissance humaine part exclusivement du sensible. Il n'est tout simplement pas pertinent de faire allusion à l'ordre surnaturel lorsqu'on discute d'une preuve par la raison seule.
La raison humaine laissée à ses seules forces peut démontrer l’existence de Dieu, qui n’est d’aucune façon la quiddité d’un sensible. Mais puisque vous n’avez de cesse de répéter que l’intelligible des choses sensibles est l’objet propre de nos intelligences, il vous sera facile de le prouver. Quelles sont vos preuves ?
Je pense que l'existence de Dieu est en tant que cause du sensible, quelque chose du sensible, parce que la dépendance causale fait partie du donné sensible (en tant qu'intelligible!...). Cette dépendance trouvée, on peut appeler son terme inconnu Dieu.
Vous vous trompez en supposant qu'il m'est facile de prouver une évidence première telle que l'objet de l'intelligence humaine. Que voulez-vous que je prouve exactement? La partie "être intelligible" ou la partie "des choses sensibles"? La partie "être intelligible" ne se démontre que par réduction à l'absurde, que si nous ne pouvions l'atteindre, la pensée serait pensée de rien, elle serait pensée et non-pensée, il n'y aurait rien à dire et nous pourrions nous taire pour toujours. "des choses sensibles", c'est l'expérience qui nous l'apprend, ce me semble. Ce que nous connaissons, c'est que d'une manière ou d'une autre, nous pouvons expérimenter. L'Amérique ne fut connue que lorsqu'on la découvrit. Il a fallu les Saintes Écritures pour nous parler des Anges; et encore faut-il se fier à l'expérience d'un autre. Nous entrons en relation avec le monde par nos sens; coupez un ou plusieurs et c'est autant de voies qui se ferment; il nous paraît évident que sans aucun sens, nous ne connaîtrions rien, pas même nous-même; parce que la connaissance que nous avons de nous-même utilise les données fournies par les sens.
Ce n'est pas une preuve, même pas par l'absurde, mais c'est pour vous montrer qu'il s'agit d'une évidence. Je n'ai pas trouvé jusqu'à maintenant qui que ce soit qui conteste que dans l'ordre naturel, la connaissance humaine provienne du sensible. J'en connais pas mal qui nient que du sensible on puisse connaître un donné intelligible, (Hume, Kant, etc.), mais ce que Hume et Kant disent de vrai - avec le réalisme modéré d'ailleurs - c'est que le champ de la connaissance ne dépasse pas celui de l'expérience. Là où ils errent, c'est de nier qu'un objet extra-sensible (tel Dieu) puisse être découvert dans le donné sensible, parce qu'ils nient l'intelligence comme fonction de l'être intelligible, par conséquent des relations d'identité, de causalité, de raison d'être de finalité par lesquelles l'expérience nous relie à Dieu.
popeye a écrit :Pardon de ma franchise, mais vous dites ici n’importe quoi, et vous virez au ridicule. Il m’est très facile de vous démontrer que Dieu n’est d’aucune façon, sinon dans la vision intuitive, l’objet d’une expérience, et que nonobstant l’existence de Dieu se prouve : non pas par l’expérience, mais par le raisonnement.
La connaissance par expérience est soit la connaissance empirique, soit la connaissance expérimentale.
La connaissance EMPIRIQUE est d’ordre sensible. On ne connaît empiriquement que ce que l’on perçoit, par ses sens externes ou internes. Ce qui revient à dire que seul le sensible peut être connu par expérience. Or Dieu n’est pas sensible.
La connaissance EXPÉRIMENTALE est une connaissance où l’objet n’est connu que parce qu’éprouvé. S’en suit que la seule connaissance expérimentale de Dieu est celle des élus jouissant de la vision intuitive, où Dieu est vu « tel qu’Il est » (I Jn III 2). Par suite, vous n’avez pas l’expérience de Dieu, sauf à l’avoir déjà vu dans un acte de vison intuitive passager. Est-ce le cas ? Je présume que non.
Conclusion : Ce n’est pas Dieu qui, en ce bas-monde, est connu par expérience, mais ses effets créés, desquels nous pouvons, non par expérience mais par raisonnement, conclure à l’existence de Dieu.
Pardonnez-moi mais je ne comprends rien à la distinction que vous faites. Parce que contrairement à ce que vous dites, je n'aime pas débattre de mots, je vais donc ne pas employer les mots empirique et expérience pour l'instant.
Je vous concède de un, que Dieu n'est pas sensible en soi, et de deux, que je n'ai pas la connaissance de Dieu en lui-même. Mais distinguo: en soi et dans ses effets. Dieu est sensible d'une certaine manière, dans ses effets. Non qu'il se prolonge lui-même dans ses effets; mais en vertu de l'idée d'acte et puissance, tout ce que contient le monde positivement, Dieu le possède en propre. Par conséquent connaître le monde c'est analogiquement connaître Dieu, à condition de remonter le lien causal entre Dieu et le monde.
Dieu n'est pas sensible donc pas connu; en soi, non, mais en ses effets, oui.
popeye a écrit :Ce n’est pas parce que la connaissance intellectuelle suit la connaissance sensible ou empirique que la connaissance abstractive est une connaissance empirique indirecte. Par définition, une connaissance empirique est d’ordre sensible, ce que n’est pas, par définition, la connaissance intellectuelle. La connaissance intellectuelle n’est pas une connaissance sensible, directe ou indirecte. Elle n’est pas sensible, mais intellectuelle. Il est certes vrai que dans le processus d’abstraction la connaissance sensible vient en premier, donc directement, tandis que la connaissance intellectuelle ne vient qu’en second, donc indirectement. Mais de ce qu’on ne connaisse intellectuellemnt qu’indirectement ne s’en suit pas que cette connaissance indirecte est d’ordre sensible. Or ce que vous affirmez, ce n’est pas seulement que l’espèce intellectuelle n’arrive qu’après l’espèce sensible, et qu’elle en dépend puisqu’elle en est abstraite ; c’est encore que cette connaissance intellectuelle est d’ordre sensible. Encore une fois, les mots ont un sens que vous ne pouvez altérer au gré de vos fantaisies.
Je suis d'accord avec tout ce que vous dites, et vous pardonnerez j'en suis sûr le manque de rigueur dont je fais bien malgré moi et trop souvent encore preuve. Évidemment, la connaissance intellectuelle, en tant qu'elle est intellectuelle, n'est pas sensible; ce que j'ai voulu dire maladroitement c'est que notre connaissance intellectuelle est connaissance du donné sensible, pas en tant qu'il est sensible mais en tant qu'intelligible.
popeye a écrit :Dont acte, et pardon.
C'est déjà pardonné.
popeye a écrit :De deux, savoir s’il faut désigner l’argument comme a priori ou a posteriori n’a pas d’autre intérêt que sémantique. Ce qui importe n’est pas la façon dont on peut ou doit le désigner, mais s’il est probant.
Vous m'enlevez les mots de la bouche.
popeye a écrit :Or, que cela vous plaise ou non, le seule raisonnement a priori qui soit impossible, c’est le raisonnement a priori [au sens scolastique] qui vise à démontrer l’existence de Dieu, Dieu n’étant pas un effet.
Ainsi que toute preuve qui ne part d'aucune expérience de ce qu'elle tend à démontrer. Nous sommes donc en désaccord sur deux points:
1) Qu'une preuve doive partir de l'expérience de la chose qu'elle tend à prouver
2) Que nous ayions une certaine expérience de Dieu.
Premier point. Une preuve est un raisonnement. Or un raisonnement ne fait qu'éclairer le donné intelligible. Si l'existence de Dieu ne fait pas partie de notre donné intelligible, (donc de l'expérience) à nous humains, aucun raisonnement ne peut découvrir son existence où que ce soit!
Je pense donc qu'il y a à la base de l'argument ontologique une confusion sur la nature de la raison humaine. La raison ne nous renseigne pas sur ce que nous n'atteignons pas; elle nous aide à comprendre le donné expérimental parce que l'intelligence humaine est faible, elle n'est pas comme l'intelligence angélique, qui saisit sans raisonnement.
Deuxième point. Je l'ai déjà dit quelques fois et j'aimerais que vous me répondiez à ce sujet: l'effet c'est quelque chose de la cause, étant donnée l'idée d'acte et de puissance. L'effet c'est une puissance actualisée par un être en acte; elle n'est en acte qu'en tant qu'actualisée. Par conséquent l'effet montre quelque chose de la cause! Pas en elle-même, mais dans la mesure où elle agit, et où son agir est manifesté par l'effet. Connaître le créé c'est voir l'action de Dieu; voir l'action c'est dans une certaine mesure voir l'acteur.
Précisément non, à raison du conceptualisme réaliste. De ce que le réel est adéquat à la pensée, s’en suit qu’à tout concept non-contradictoire correspondra, dans l’ordre réel, soit une possibilité, soit une actualité. Et comme le concept n’est pas contradictoire, lui correspondra dans le réel soit une possibilité soit une actualité contingente soit une actualité nécessaire de nécessité absolue et par soi. Sauf que les deux premières branches de l’alternatives sont impossibles, puisqu’inadéquates. Donc le Parfait si parfait que rien de plus parfait existe nécessairement de nécessité absolue et par soi : tant l’existence que la nécessité sont déduites, et elles sont déduites au même instant logique.
Qu'à un contradictoire corresponde une impossibilité, je le concède; qu'à un non-contradictoire corresponde nécessairement un possible ou une actualité, je le nie. Parce qu'en réaliste convaincu je ne peux pas admettre qu'on inverse ainsi l'ordre de la connaissance. Ce qui nous renseigne sur le possible et le nécessaire, c'est notre intelligence par contact avec le réel, et non a priori. Une licorne est un être non-contradictoire (enfin, supposons-le), et pourtant cela ne me renseigne pas sur la possibilité qu'existe un tel être. Si elle n'est pas dans le plan de Dieu, ou dans la suite fatale des causes, non-contradictoire ou non, il est rigoureusement impossible qu'elle existe. Les contradictoires sont impossibles, mais ce ne sont pas les seuls impossibles.
Ou en d'autres termes, il y a une marge entre possibilité dans l'esprit et possibilité dans le réel. Le possible dans l'esprit c'est un possible ontologique, ie: l'être pensé est pensable; le possible dans le réel c'est une série de conditions réalisées et d'empêchements écartés. D'où à nouveau la fausseté de votre argument. Le nécessaire dans l'esprit ce n'est pas le nécessaire dans le réel.
A priori, je ne sais pas.
Quant à vous, vous confondez sophistiquement, sous le même mot de « vérité », la vérité ontique et la vérité logique. La vérité logique est postérieure aux choses : la vérité logique est dans la pensée raisonnant sur le réel, et non en le réel lui même. Il y a vérité logique quand la réalité a été correctement intelligée. Quant à la vérité ontique, c’est purement et simplement la chose en tant qu’elle est intelligible : non pas en tant qu’elle est intelligée, mais en tant qu’elle est intelligible.
Si vous niez que le réel est de soit intelligible (je ne dit pas intelligé, mais intelligible !), vous niez le conceptualisme réaliste. Et par là, vous niez aussi les voies thomasiennes. En effet, c’est bien parce que le réel est intelligible que l’intelligence humaine peut l’intelliger. Si le réel n’est pas de soi intelligible, l’intelligence humaine, loin d’abstraire l’intelligibité du réel, ne fera que projette ses catégories sur un réel de soi an-intelligible : idéalisme … Par où se prouve la contradiction évidente de votre discours.
Le réel est intelligible, mais il ne s'ensuit pas que l'intelligence soit forcément adéquate au réel. J'ai retenu, entres autres, deux choses importantes des quelques livres de philosophie sur lesquels j'ai pu mettre la main jusqu'à maintenant. De un, que l'objet de l'intelligence humaine, c'est l'être intelligible des choses sensibles. De deux, que la vérité (non pas ontologique mais pour l'intelligence, merci pour la précision) c'est l'adéquation entre la pensée et le réel. Par conséquent vous comprenez ma méfiance, quand
au départ de sa preuve un certain popeye dit: "le réel est adéquat à la pensée. " Que le réel soit adéquat à sa pensée, c'est ce dont sa preuve devrait me convaincre; mais il ne me convainc pas, parce qu'il suppose ce dont il devrait me convaincre.
Ou soutiendrez-vous que l'adéquation entre la pensée et le réel puisse en même temps être la définition de la vérité dans l'esprit ET la définition de la vérité dans les choses? Comme définition de la vérité dans les choses, en tout cas c'est franchement mauvais. C'est la définition de la vérité dans l'esprit, et rien d'autre. Alors de quel droit l'invoquez-vous comme principe valable en tout temps d'un "conceptualisme réaliste"? Les conceptualistes réalistes se proclament-ils nécessairement, par principe et définition, dans la vérité?[/align]