Visions d'Anne-Catherine Emmerich
Publié : mer. 02 juil. 2008, 15:50
Dans le cinquième chapitre du troisième livre des visions d'Anne-Catherine Emmerich (béatifiée en 2004), j'ai trouvé ce récit de l'épisode des deux possédés et des porcs... Je suis frappé par les pratiques de magie auxquelles se livraient les "polythéistes" de cette époque. A lire ces lignes, on peut se rendre compte de l'importance de l'œuvre d'évangélisation du monde. Bonne lecture !
Dans tous ces endroits on élève une grande quantité de pourceaux, au grand scandale des Juifs qui y habitent : tous ces troupeaux de plusieurs milliers de têtes vont ensemble chercher leur pâture sur la hauteur qui domine la gorge au nord, autour d'un grand marais verdâtre, et ils sont gardés par une centaine de porchers païens commis à ce soin par les différents propriétaires. Ils fouillent et se vautrent dans le marécage ; ils courent en troupes parmi les buissons, le long de la paroi de rochers escarpée, et on les entend de tous côtés crier et grogner. Le marais, qui est situé à trois quarts de lieue au sud-est de Gergesa, au pied des montagnes de Gamala, se décharge au midi dans la gorge, formant une chute d'eau par-dessus un barrage de planches et de poutres qui arrête le ruisseau supérieur et en fait un étang : l'eau se rend par cette gorge à la mer de Galilée. Il y a sur le bord du marais, et aussi sur les pentes de la gorge, plusieurs chênes d'une grosseur énorme. Toute cette contrée n'est pas très fertile : on cultive la vigne dans quelques endroits exposés au soleil. Il y croît aussi une espèce de roseau dont on peut tirer du sucre : on envoie de ces roseaux au loin.'
Ce n'est pas tant l'idolâtrie qui les met à un tel degré en la puissance du diable que leur penchant invétéré pour la magie. Gergesa et les bourgades environnantes sont remplies de sorciers et de sorcières de bas étage ; ils se livrent à toute espèce de mauvaises pratiques où figurent des chats, des chiens, des crapauds, des serpents et d'autres animaux. Ils font apparaître de ces bêtes ; il semble qu'eux-mêmes prennent la figure de ces animaux et rôdent de tous côtés pour nuire au bétail ou pour le faire mourir. Je n'ai pas le souvenir distinct de ce qui m'a été expliqué touchant leurs abominations ; je me souviens seulement que c'était quelque chose comme des loups garous : ils nuisaient aux hommes, même de loin, se vengeaient à longs intervalles de ceux qu'ils n'aimaient pas, excitaient des ouragans soudains et des tempêtes sur le lac. Les femmes préparaient des philtres qui donnaient la mort ou produisaient des effets ignominieux : elles faisaient entrer comme ingrédients dans ces breuvages les ordures les plus dégoûtantes. J'ai toujours besoin de me faire violence pour parler de ces abominations révoltantes de la sorcellerie ; j'aime mieux, dans ces occasions, dire simplement qu'ils s'occupent de maléfices, de sortilèges, et s'adonnent à toute espèce de mauvaises pratiques.
Des armées considérables ont campé ici à plusieurs reprises : je ne me souviens plus bien des époques. Je crois que cela a eu lieu, entre autres fois, un peu avant l'époque de Jésus et plus tard après sa mort lors de la prise de Gamala par Vespasien. Dans ces occasions, les gens du pays firent un si affreux usage de leurs maléfices contre les soldats, que les généraux furent obligés de faire venir un des derniers prophètes pour y porter remède. Ils eurent aussi avec Balaam des rapports dont je ne me souviens plus bien, mais à la suite desquels ils furent si rudement châtiés par deux prophètes, que depuis lors ils ne pouvaient plus souffrir les prophètes, et c'est pourquoi maintenant ils ne voulaient pas entendre parler de Jésus. Aussi, jusqu'à présent, se sont-ils toujours tenus en dehors de ses enseignements ; Satan s'était mis en possession de cette contrée de temps immémorial, et il s'y trouvait un nombre incalculable de possédés, de frénétiques et d'énergumènes.
Il était, je crois, environ dix heures lorsque je vis Jésus, en compagnie de quelques disciples, remonter le ruisseau dans la direction de la chute d'eau qui tombe dans la gorge, sur un canot qui se trouvait toujours là à cet effet. Cette voie était plus prompte que la voie de terre, une partie des disciples étaient encore occupés à opérer des guérisons. Jésus ayant débarqué monta par la paroi septentrionale de la gorge, et les disciples se réunirent à lui successivement. Dans une région plus élevée, je vis, pendant que Jésus approchait, courir de côté et d'autre deux énergumènes tout nus, dont les cheveux épars volaient sur leurs épaules Ils se frappaient avec de grosses pierres qu'ils se jetaient, et tantôt ils entraient dans des tombeaux qui étaient en ce lieu, tantôt ils en sortaient furieux et se jetaient à la tête des ossements de morts. Ils poussaient des cris affreux, mais ils étaient comme retenus par une force secrète : car ils ne s'enfuirent pas et même se rapprochèrent de Jésus. s'étant arrêtés devant lui à quelque distance derrière des haies et des pierres, ils entrèrent en fureur et crièrent : "Venez, accourez à notre secours, puissances et principautés ! En voici un plus fort que nous qui vient. "Jésus leva la main de leur côté et leur commanda de se coucher par terre. Alors ils se prosternèrent à plat ventre et je compris que Jésus voulait qu'ils fissent ainsi par un sentiment de pudeur à cause de leur nudité. Ils relevèrent la tète et se mirent à crier : "Jésus, Fils du Dieu très haut, qu'avons-nous à faire avec toi ? Pourquoi es-tu venu nous tourmenter avant le temps, Nous t'en conjurons au nom de Dieu, ne nous tourmente pas ? "Jésus et les disciples se trouvaient maintenant près d'eux et tout leur corps tremblait et s'agitait horriblement. Jésus ordonna aux disciples de leur donner de quoi se couvrir, et aux possédés de cacher leur nudité. Alors les disciples leur jetèrent de ces bandes d'étoffe qu'ils portent autour du cou et dans lesquels on s'enveloppe aussi la tête. et les possédés les roulèrent autour de leurs reins, avec des tremblements convulsifs incessants et comme forcés d'agir contrairement à leur volonté. Ils s'étaient levés et continuaient a crier, suppliant Jésus de ne pas les tourmenter, mais il dit : " Combien êtes-vous " ? Ils répondirent : " Légion. " Ils parlaient aussi au pluriel par la bouche des possédés et dirent que les convoitises de ces hommes avaient été innombrables.
Cette fois le diable disait la vérité, car ces hommes avaient vécu dix-sept ans en rapport avec les démons et adonnés à toute sorte de sortilèges, et pendant ce temps ils avaient eu, par intervalles, des accès de ce genre : mais depuis deux ans, ils avaient brisé les chaînes dont on les avait chargés et ils erraient continuellement dans la solitude. Ils se sont aussi livrés à tous les vices qui accompagnent la sorcellerie.
Il y avait près de là, dans un endroit exposé au soleil, une vigne où se trouvait une grande cuve faite d'énormes pièces de bois jointes ensemble. Elle était presque de la hauteur d'un homme et assez large pour que douze personnes pussent se tenir dedans. Les Gergéséniens y foulaient des raisins mêlés avec cette herbe qui faisait perdre la raison. Le jus coulait dans des auges plus petites, et de celles-ci dans de grands vases de terre avec un col étroit qu'ils enterraient dans la vigne lorsqu'ils étaient pleins. C'était là ce breuvage enivrant, empoisonné, qui faisait tomber ceux qui en buvaient dans une espèce d'épilepsie. La plante enivrante était à peu près de la longueur du bras avec plusieurs feuilles grasses placées les unes au-dessus des autres, semblables à celles de la joubarbe : elle se terminait par un bouton. Ils faisaient usage de ce breuvage pour se procurer des extases diaboliques. On le préparait en plein air à cause des vapeurs enivrantes qui s'en dégageaient : cependant on dressait alors une tente au-dessus de la Cuve. Les gens chargés de ce travail étaient venus près de là pour s'y livrer : mais Jésus commanda aux possédés ou plutôt à la Légion qui résidait en eux de renverser cette cuve : ils se ruèrent alors comme des insensés, saisirent l'énorme cuve qui était pleine et la jetèrent sans aucune peine sur le côté, en sorte que tout ce qui était dedans se répandit et que les ouvriers s'enfuirent en poussant des cris d'épouvante. Les possédés revinrent, toujours tremblants de tous leurs membres et les disciples furent très effrayés. Les diables qui étaient dans le corps des possédés poussaient des cris affreux, le suppliant de ne pas les précipiter dans l'abîme et de ne pas les chasser de cette contrée : enfin ils lui dirent : " Laisse-nous entrer dans ces pourceaux ". Jésus répondit : " Allez ! ". A ces paroles les malheureux possédés tombèrent par terre avec de violentes convulsions et il sortit de tout leur corps une vapeur formant un nuage. J'y vis d'innombrables figures d'insectes de toute espèce, de crapauds, de vers, surtout de taupes-grillons. Je vis ce nuage s'étendre au loin sur le pays, et au bout de quelques instants, l'énorme troupeau de porcs, comme saisi de vertige, se mit à courir avec d'affreux grognements pendant que les porchers le poursuivaient en poussant de grands cris. Les pourceaux, au nombre de quelques milliers, sortaient de tous les coins et se précipitaient de toutes les pentes à travers les buissons : c'était comme le fracas d'un orage auquel se mêlaient des cris d'animaux furieux. Et ce ne fut pas l'affaire de quelques minutes seulement, mais cela dura bien deux heures, car pendant longtemps on vit les pourceaux se ruer follement de tous côtés, se jeter les uns sur les autres et se faire de cruelles morsures. Beaucoup se précipitèrent dans le marais et arrivèrent à la chute d'eau qui les entraîna. Mais tous se lancèrent furieux vers le lac.
Les disciples de Jésus étaient assez mécontents parce qu'ils croyaient que cela rendait impure l'eau où ils avaient coutume de pêcher, et par suite les poissons qui l'habitaient. Jésus connaissant leur pensée leur dit de ne rien craindre, que les pourceaux s'engloutiraient tous dans le gouffre qui était à la sortie de la gorge. Il y avait là une espèce de lagune séparée du lac proprement dit par un banc de sable ou une langue de terre couverte de roseaux et de broussailles, et qui était souvent inondée dans les grandes eaux. C'était un gouffre profond où l'eau du lac pénétrait à travers le banc de sable, mais qui n'avait pas d'écoulement dans le lac. Il y avait là un tourbillon. Ce fut dans ce bassin que tous les pourceaux se précipitèrent. Les porchers, ayant couru après eux inutilement, vinrent trouver Jésus prés duquel ils virent les deux possédés guéris, et ils se plaignirent vivement du dommage qui leur était fait : mais Jésus leur répondit que le salut de ces âmes était d'un plus grand prix que tous les pourceaux du monde. Ils se retirèrent et allèrent dire aux propriétaires des pourceaux que les démons attirés dans le corps des hommes par l'impiété des habitants du pays en avaient été chassés par lui et étaient entrés dans les pourceaux. Il renvoya les possédés guéris dans leurs maisons pour y prendre des vêtements, et il se dirigea vers Gergesa avec les disciples. Plusieurs des porchers s'étaient déjà rendus à la ville en toute hâte. On voyait courir des gens de tous les côtés : ceux qui avaient été guéris hier à Magdala et dans les environs étaient déjà allés attendre Jésus à un endroit désigné, ainsi que les deux jeunes Israélites délivrés la veille et la plupart des Juifs de la ville. Les deux possédés guéris revinrent décemment habillés et assistèrent à une instruction de Jésus. C'étaient des païens considérables de la ville : ils étaient même parents des prêtres païens.
Les hommes chargés de préparer le vin, et dont la cuve avait été renversée, avaient aussi couru à la ville et ils avaient fait connaître le dommage occasionné par les possédés : on en avait fait grand bruit, et il s'était élevé un grand tumulte à ce sujet. Beaucoup de gens de la ville et des environs couraient après les pourceaux pour essayer d'en sauver quelques-uns : d'autres s'empressaient près de la cuve. Cela dura jusque assez avant dans la nuit.
Tous les Juifs et beaucoup de païens se rassemblèrent auprès de Jésus, qui enseigna sur une colline, à une demi lieue environ de Gergesa. Cependant les magistrats de la ville et les prêtres des idoles cherchèrent à retenir le peuple, et ils firent publier que Jésus était un puissant magicien, et que sa présence les menaçait de grands malheurs. Après avoir délibéré entre eux, ils envoyèrent à Jésus une députation pour lui demander de ne pas prolonger son séjour dans le pays et de ne pas leur faire d'autre dommage : ils reconnaissaient en lui un grand magicien, mais ils le priaient de sortir de leurs confins. Ils se plaignirent beaucoup au sujet des pourceaux et du breuvage répandu : et ils furent très surpris et très effrayés de voir assis à ses pieds, parmi les auditeurs, les deux possédés guéris. Jésus leur dit d'être sans inquiétude, qu'il ne leur serait pas longtemps à charge, qu'il n'était venu qu'à cause de ces malheureux possédés et de ces malades, et qu'il savait bien que leurs animaux impurs et leur abominable boisson avaient plus de prix à leurs yeux que le salut de leurs âmes : mais il n'en était pas ainsi de son Père céleste, qui lui avait donné le pouvoir de sauver ces hommes infortunés et de détruire les pourceaux. Ensuite il leur mit devant les yeux toutes leurs infamies, leur vie criminelle, leurs maléfices, leur impureté, leurs usures et le culte qu'ils rendaient aux démons : il avertit spécialement leurs femmes, qui pratiquaient secrètement toutes ces abominations. Il les exhorta à la pénitence, au baptême, et leur offrit le salut. Mais ils n'avaient en tête que le dommage qu'ils avaient éprouvé et la perte de leurs pourceaux, et ils persistèrent à lui demander d'une manière à la fois pressante et craintive de quitter leur pays : après quoi ils retournèrent à la ville.
Dans tous ces endroits on élève une grande quantité de pourceaux, au grand scandale des Juifs qui y habitent : tous ces troupeaux de plusieurs milliers de têtes vont ensemble chercher leur pâture sur la hauteur qui domine la gorge au nord, autour d'un grand marais verdâtre, et ils sont gardés par une centaine de porchers païens commis à ce soin par les différents propriétaires. Ils fouillent et se vautrent dans le marécage ; ils courent en troupes parmi les buissons, le long de la paroi de rochers escarpée, et on les entend de tous côtés crier et grogner. Le marais, qui est situé à trois quarts de lieue au sud-est de Gergesa, au pied des montagnes de Gamala, se décharge au midi dans la gorge, formant une chute d'eau par-dessus un barrage de planches et de poutres qui arrête le ruisseau supérieur et en fait un étang : l'eau se rend par cette gorge à la mer de Galilée. Il y a sur le bord du marais, et aussi sur les pentes de la gorge, plusieurs chênes d'une grosseur énorme. Toute cette contrée n'est pas très fertile : on cultive la vigne dans quelques endroits exposés au soleil. Il y croît aussi une espèce de roseau dont on peut tirer du sucre : on envoie de ces roseaux au loin.'
Ce n'est pas tant l'idolâtrie qui les met à un tel degré en la puissance du diable que leur penchant invétéré pour la magie. Gergesa et les bourgades environnantes sont remplies de sorciers et de sorcières de bas étage ; ils se livrent à toute espèce de mauvaises pratiques où figurent des chats, des chiens, des crapauds, des serpents et d'autres animaux. Ils font apparaître de ces bêtes ; il semble qu'eux-mêmes prennent la figure de ces animaux et rôdent de tous côtés pour nuire au bétail ou pour le faire mourir. Je n'ai pas le souvenir distinct de ce qui m'a été expliqué touchant leurs abominations ; je me souviens seulement que c'était quelque chose comme des loups garous : ils nuisaient aux hommes, même de loin, se vengeaient à longs intervalles de ceux qu'ils n'aimaient pas, excitaient des ouragans soudains et des tempêtes sur le lac. Les femmes préparaient des philtres qui donnaient la mort ou produisaient des effets ignominieux : elles faisaient entrer comme ingrédients dans ces breuvages les ordures les plus dégoûtantes. J'ai toujours besoin de me faire violence pour parler de ces abominations révoltantes de la sorcellerie ; j'aime mieux, dans ces occasions, dire simplement qu'ils s'occupent de maléfices, de sortilèges, et s'adonnent à toute espèce de mauvaises pratiques.
Des armées considérables ont campé ici à plusieurs reprises : je ne me souviens plus bien des époques. Je crois que cela a eu lieu, entre autres fois, un peu avant l'époque de Jésus et plus tard après sa mort lors de la prise de Gamala par Vespasien. Dans ces occasions, les gens du pays firent un si affreux usage de leurs maléfices contre les soldats, que les généraux furent obligés de faire venir un des derniers prophètes pour y porter remède. Ils eurent aussi avec Balaam des rapports dont je ne me souviens plus bien, mais à la suite desquels ils furent si rudement châtiés par deux prophètes, que depuis lors ils ne pouvaient plus souffrir les prophètes, et c'est pourquoi maintenant ils ne voulaient pas entendre parler de Jésus. Aussi, jusqu'à présent, se sont-ils toujours tenus en dehors de ses enseignements ; Satan s'était mis en possession de cette contrée de temps immémorial, et il s'y trouvait un nombre incalculable de possédés, de frénétiques et d'énergumènes.
Il était, je crois, environ dix heures lorsque je vis Jésus, en compagnie de quelques disciples, remonter le ruisseau dans la direction de la chute d'eau qui tombe dans la gorge, sur un canot qui se trouvait toujours là à cet effet. Cette voie était plus prompte que la voie de terre, une partie des disciples étaient encore occupés à opérer des guérisons. Jésus ayant débarqué monta par la paroi septentrionale de la gorge, et les disciples se réunirent à lui successivement. Dans une région plus élevée, je vis, pendant que Jésus approchait, courir de côté et d'autre deux énergumènes tout nus, dont les cheveux épars volaient sur leurs épaules Ils se frappaient avec de grosses pierres qu'ils se jetaient, et tantôt ils entraient dans des tombeaux qui étaient en ce lieu, tantôt ils en sortaient furieux et se jetaient à la tête des ossements de morts. Ils poussaient des cris affreux, mais ils étaient comme retenus par une force secrète : car ils ne s'enfuirent pas et même se rapprochèrent de Jésus. s'étant arrêtés devant lui à quelque distance derrière des haies et des pierres, ils entrèrent en fureur et crièrent : "Venez, accourez à notre secours, puissances et principautés ! En voici un plus fort que nous qui vient. "Jésus leva la main de leur côté et leur commanda de se coucher par terre. Alors ils se prosternèrent à plat ventre et je compris que Jésus voulait qu'ils fissent ainsi par un sentiment de pudeur à cause de leur nudité. Ils relevèrent la tète et se mirent à crier : "Jésus, Fils du Dieu très haut, qu'avons-nous à faire avec toi ? Pourquoi es-tu venu nous tourmenter avant le temps, Nous t'en conjurons au nom de Dieu, ne nous tourmente pas ? "Jésus et les disciples se trouvaient maintenant près d'eux et tout leur corps tremblait et s'agitait horriblement. Jésus ordonna aux disciples de leur donner de quoi se couvrir, et aux possédés de cacher leur nudité. Alors les disciples leur jetèrent de ces bandes d'étoffe qu'ils portent autour du cou et dans lesquels on s'enveloppe aussi la tête. et les possédés les roulèrent autour de leurs reins, avec des tremblements convulsifs incessants et comme forcés d'agir contrairement à leur volonté. Ils s'étaient levés et continuaient a crier, suppliant Jésus de ne pas les tourmenter, mais il dit : " Combien êtes-vous " ? Ils répondirent : " Légion. " Ils parlaient aussi au pluriel par la bouche des possédés et dirent que les convoitises de ces hommes avaient été innombrables.
Cette fois le diable disait la vérité, car ces hommes avaient vécu dix-sept ans en rapport avec les démons et adonnés à toute sorte de sortilèges, et pendant ce temps ils avaient eu, par intervalles, des accès de ce genre : mais depuis deux ans, ils avaient brisé les chaînes dont on les avait chargés et ils erraient continuellement dans la solitude. Ils se sont aussi livrés à tous les vices qui accompagnent la sorcellerie.
Il y avait près de là, dans un endroit exposé au soleil, une vigne où se trouvait une grande cuve faite d'énormes pièces de bois jointes ensemble. Elle était presque de la hauteur d'un homme et assez large pour que douze personnes pussent se tenir dedans. Les Gergéséniens y foulaient des raisins mêlés avec cette herbe qui faisait perdre la raison. Le jus coulait dans des auges plus petites, et de celles-ci dans de grands vases de terre avec un col étroit qu'ils enterraient dans la vigne lorsqu'ils étaient pleins. C'était là ce breuvage enivrant, empoisonné, qui faisait tomber ceux qui en buvaient dans une espèce d'épilepsie. La plante enivrante était à peu près de la longueur du bras avec plusieurs feuilles grasses placées les unes au-dessus des autres, semblables à celles de la joubarbe : elle se terminait par un bouton. Ils faisaient usage de ce breuvage pour se procurer des extases diaboliques. On le préparait en plein air à cause des vapeurs enivrantes qui s'en dégageaient : cependant on dressait alors une tente au-dessus de la Cuve. Les gens chargés de ce travail étaient venus près de là pour s'y livrer : mais Jésus commanda aux possédés ou plutôt à la Légion qui résidait en eux de renverser cette cuve : ils se ruèrent alors comme des insensés, saisirent l'énorme cuve qui était pleine et la jetèrent sans aucune peine sur le côté, en sorte que tout ce qui était dedans se répandit et que les ouvriers s'enfuirent en poussant des cris d'épouvante. Les possédés revinrent, toujours tremblants de tous leurs membres et les disciples furent très effrayés. Les diables qui étaient dans le corps des possédés poussaient des cris affreux, le suppliant de ne pas les précipiter dans l'abîme et de ne pas les chasser de cette contrée : enfin ils lui dirent : " Laisse-nous entrer dans ces pourceaux ". Jésus répondit : " Allez ! ". A ces paroles les malheureux possédés tombèrent par terre avec de violentes convulsions et il sortit de tout leur corps une vapeur formant un nuage. J'y vis d'innombrables figures d'insectes de toute espèce, de crapauds, de vers, surtout de taupes-grillons. Je vis ce nuage s'étendre au loin sur le pays, et au bout de quelques instants, l'énorme troupeau de porcs, comme saisi de vertige, se mit à courir avec d'affreux grognements pendant que les porchers le poursuivaient en poussant de grands cris. Les pourceaux, au nombre de quelques milliers, sortaient de tous les coins et se précipitaient de toutes les pentes à travers les buissons : c'était comme le fracas d'un orage auquel se mêlaient des cris d'animaux furieux. Et ce ne fut pas l'affaire de quelques minutes seulement, mais cela dura bien deux heures, car pendant longtemps on vit les pourceaux se ruer follement de tous côtés, se jeter les uns sur les autres et se faire de cruelles morsures. Beaucoup se précipitèrent dans le marais et arrivèrent à la chute d'eau qui les entraîna. Mais tous se lancèrent furieux vers le lac.
Les disciples de Jésus étaient assez mécontents parce qu'ils croyaient que cela rendait impure l'eau où ils avaient coutume de pêcher, et par suite les poissons qui l'habitaient. Jésus connaissant leur pensée leur dit de ne rien craindre, que les pourceaux s'engloutiraient tous dans le gouffre qui était à la sortie de la gorge. Il y avait là une espèce de lagune séparée du lac proprement dit par un banc de sable ou une langue de terre couverte de roseaux et de broussailles, et qui était souvent inondée dans les grandes eaux. C'était un gouffre profond où l'eau du lac pénétrait à travers le banc de sable, mais qui n'avait pas d'écoulement dans le lac. Il y avait là un tourbillon. Ce fut dans ce bassin que tous les pourceaux se précipitèrent. Les porchers, ayant couru après eux inutilement, vinrent trouver Jésus prés duquel ils virent les deux possédés guéris, et ils se plaignirent vivement du dommage qui leur était fait : mais Jésus leur répondit que le salut de ces âmes était d'un plus grand prix que tous les pourceaux du monde. Ils se retirèrent et allèrent dire aux propriétaires des pourceaux que les démons attirés dans le corps des hommes par l'impiété des habitants du pays en avaient été chassés par lui et étaient entrés dans les pourceaux. Il renvoya les possédés guéris dans leurs maisons pour y prendre des vêtements, et il se dirigea vers Gergesa avec les disciples. Plusieurs des porchers s'étaient déjà rendus à la ville en toute hâte. On voyait courir des gens de tous les côtés : ceux qui avaient été guéris hier à Magdala et dans les environs étaient déjà allés attendre Jésus à un endroit désigné, ainsi que les deux jeunes Israélites délivrés la veille et la plupart des Juifs de la ville. Les deux possédés guéris revinrent décemment habillés et assistèrent à une instruction de Jésus. C'étaient des païens considérables de la ville : ils étaient même parents des prêtres païens.
Les hommes chargés de préparer le vin, et dont la cuve avait été renversée, avaient aussi couru à la ville et ils avaient fait connaître le dommage occasionné par les possédés : on en avait fait grand bruit, et il s'était élevé un grand tumulte à ce sujet. Beaucoup de gens de la ville et des environs couraient après les pourceaux pour essayer d'en sauver quelques-uns : d'autres s'empressaient près de la cuve. Cela dura jusque assez avant dans la nuit.
Tous les Juifs et beaucoup de païens se rassemblèrent auprès de Jésus, qui enseigna sur une colline, à une demi lieue environ de Gergesa. Cependant les magistrats de la ville et les prêtres des idoles cherchèrent à retenir le peuple, et ils firent publier que Jésus était un puissant magicien, et que sa présence les menaçait de grands malheurs. Après avoir délibéré entre eux, ils envoyèrent à Jésus une députation pour lui demander de ne pas prolonger son séjour dans le pays et de ne pas leur faire d'autre dommage : ils reconnaissaient en lui un grand magicien, mais ils le priaient de sortir de leurs confins. Ils se plaignirent beaucoup au sujet des pourceaux et du breuvage répandu : et ils furent très surpris et très effrayés de voir assis à ses pieds, parmi les auditeurs, les deux possédés guéris. Jésus leur dit d'être sans inquiétude, qu'il ne leur serait pas longtemps à charge, qu'il n'était venu qu'à cause de ces malheureux possédés et de ces malades, et qu'il savait bien que leurs animaux impurs et leur abominable boisson avaient plus de prix à leurs yeux que le salut de leurs âmes : mais il n'en était pas ainsi de son Père céleste, qui lui avait donné le pouvoir de sauver ces hommes infortunés et de détruire les pourceaux. Ensuite il leur mit devant les yeux toutes leurs infamies, leur vie criminelle, leurs maléfices, leur impureté, leurs usures et le culte qu'ils rendaient aux démons : il avertit spécialement leurs femmes, qui pratiquaient secrètement toutes ces abominations. Il les exhorta à la pénitence, au baptême, et leur offrit le salut. Mais ils n'avaient en tête que le dommage qu'ils avaient éprouvé et la perte de leurs pourceaux, et ils persistèrent à lui demander d'une manière à la fois pressante et craintive de quitter leur pays : après quoi ils retournèrent à la ville.