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Méditations d'évangile

Publié : mar. 17 mars 2009, 11:18
par Pneumatis
Ma dette envers Toi
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18,21-35.

Pierre s'approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. En effet, le Royaume des cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu'un qui lui devait dix mille talents (c'est-à-dire soixante millions de pièces d'argent). Comme cet homme n'avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : 'Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout. ' Saisi de pitié, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. Mais, en sortant, le serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d'argent. Il se jeta sur lui pour l'étrangler, en disant : 'Rembourse ta dette ! ' Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : 'Prends patience envers moi, et je te rembourserai. ' Mais l'autre refusa et le fit jeter en prison jusqu'à ce qu'il ait remboursé. Ses compagnons, en voyant cela, furent profondément attristés et allèrent tout raconter à leur maître. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : 'Serviteur mauvais ! je t'avais remis toute cette dette parce que tu m'avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi ? ' Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu'à ce qu'il ait tout remboursé. C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son coeur. »
Seigneur,

Tu nous appris à te prier : remets-nous nos dettes comme nous remettons à ceux qui nous doivent. Tu nous montres ici combien cette demande est disproportionnée tant Ta miséricorde est immense au regard de celle que nous avons à exercer. Dix-mille talents, Tu peux remettre à celui qui implore humblement, c'est l'équivalent du salaire de 2000 siècles de travail pour l'ouvrier à qui tu racontes (3000 milliards d'euros aujourd'hui). Cette somme que tu proposes de racheter en rançon de nos vie ou de nous remettre par ta toute puissante miséricorde, c'est la démesure de ton amour. Et moi si je dois remettre une dette de 100 deniers (100 jours de travail), en suis-je seulement capable ? Cette dette envers moi est un peu de ma dette envers Toi. S'il ne me rembourse pas, comment te rembourserais-je...

Et voilà Seigneur comment je me trompe sur la miséricorde. Pourtant la démesure devrait m'indiquer ce qui est premier. Est-ce la condamnation ou la miséricorde ? Tu dépenses la miséricorde sans compter, Seigneur, et voici que moi je juge et je condamne à la première occasion. En condamnant, j'espère certainement réduire ma propre dette envers toi, mais je proclame aussi que la miséricorde est moindre que le jugement. Et si la miséricorde est moindre, alors face à ton infinie miséricorde envers moi, je me condamne à tout jamais : car nulle pénitence ne pourra jamais rembourser ma dette envers toi.

Préserve-moi Seigneur de condamner et apprends-moi toujours à pardonner. Car la plus petite des condamnations que je proclame est une insulte à l'infinie miséricorde dont tu me combles.

Seigneur, je suis la femme adultère

Publié : lun. 22 mars 2010, 0:05
par Pneumatis
  • Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 8,1-11.

    Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol. Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. » Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

    Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
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Seigneur,

Aujourd'hui on t'amène une femme prise en flagrant délit d'adultère, non plus pour la juger, mais pour te juger toi au regard de la loi de Moïse. Avec Moïse, tu nous as appris à être fidèle et que l'homme qui commet l'adultère avec la femme de son prochain devra mourir, lui et sa complice. (Lévitique 20, 10). Ici encore, les pharisiens se font jugent, pensant qu'on est juste par l'obéissance à la loi de Moïse. Dans les lectures de ce jour, Saint Paul, inspiré par ton Esprit, nous enseigne ceci :

Cette justice ne vient pas de moi-même - c'est-à-dire de mon obéissance à la loi de Moïse - mais de la foi au Christ : c'est la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi. Il s'agit de connaître le Christ, d'éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort, dans l'espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d'entre les morts. (Philippiens 8, 11)

Je viens à toi Seigneur, en ce jour, car je suis pêcheur. Orgueil, égoïsmes, manques d'amour, trahisons en tous genres de la foi que tu m'inspires... Comme la femme que l'on t'amène, j'ai péché bien des fois contre la loi naturelle. Et la conscience de cette faute m'amène devant toi, non plus seulement pour me juger moi, mais également pour te mettre à l'épreuve. Ma désobéissance à cette loi, inscrite en chacun de nous depuis le commencement de nos vies, causera-t-elle ma perte ? Ou bien ta miséricorde sera-t-elle plus grande que mon péché ? Es-tu vraiment ce Dieu qui nous a créé et a inscrit en nous cette loi ? Es-tu le Dieu qui nous juge ? Es-tu le Dieu qui nous sauve ?

Que réponds-tu Seigneur à cette mise à l'épreuve que mon manque de foi t'impose ? Tu t'abaisses et tu traces avec ton doigt des traits sur le sol. Tu me montres en un seul geste que tu es celui qui écrit la loi naturelle dans le coeur de l'Homme, ainsi que tu l'as fait avec Moïse dans la pierre, pour Israël ton peuple.

Quand Il eut fini de parler avec Moïse sur le mont Sinaï, Il lui remit les deux tables du Témoignage, tables de pierre écrites du doigt de Dieu. (Exode 31, 18)

Ainsi la loi naturelle fut remise à Moïse sur le mont Sinaï écrite de ton doigt. Et tu te dévoile ici, traçant avec ton doigt des signes sur le sol devant les docteurs de cette même loi, comme celui-là même dont le doigt a écrit la loi dans le coeur des hommes. Pour nous donner cette loi, tu t'es abaissé jusqu'au sol, c'est-à-dire jusqu'à notre nature. Tu t'es baissé jusqu'à prendre notre condition.

YHVH me dit : « Va de nouveau, aime une femme qui en aime un autre et commet l'adultère, comme YHVH aime les enfants d'Israël, alors qu'ils se tournent vers d'autres dieux et qu'ils aiment les gâteaux de raisin. » (Osée 3, 1)

Je sais que tu m'aimes Seigneur, et pourtant je t'ai trompé, par mon manque de foi, par mon manque d'amour, par mon orgueil et ma faiblesse. Les coeurs de pierre veulent ma perte, et sans doute ont-ils raisons puisque je t'ai trahi. Pourtant, toi qui fait la loi, toi le seul juste, le seul sans péché, tu me couvres de ta miséricorde et me montre ainsi que le dit Saint Paul, que c'est toi seul qui rend juste. Tu es plus grand que ta loi et que mon péché à la fois. Tu veux que j'obéisse à ta loi, mais ne veux pas m'y contraindre. Tu veux que ce soit ton amour qui me conduise naturellement à obéir à ta loi. Pour cela, tu ne me condamnes pas, mais tu me relèves. En m'offrant ta miséricorde, tu me délivres de mon péché, et m'offre une liberté renouvelée pour rejoindre ta loi. Tu me dis "Va et ne pêche plus".

Confiant dans ta miséricorde, je peux te dire dans le secret de mon coeur : Viens Seigneur, je suis la femme adultère, ton épouse infidèle, et mon péché causera ma perte à moins que tu ne m'accordes ton pardon, que tu m'enseignes à nouveau ta loi, et que chaque jour tu l'imprimes à nouveau dans mon coeur. Ainsi ton inifinie miséricorde me délivrera du péché et me justifiera, pour me conduire par le chemin de ta loi, par ta croix et ta résurrection, à ta gloire dans la vie éternelle.

Je peux dire aussi simplement :

Je confesse à Dieu tout-puissant,
je reconnais devant mes frères
que j'ai péché en pensée, en parole,
par action et par omission;
oui, j'ai vraiment péché.
C'est pourquoi je supplie la Vierge Marie,
les anges et tous les Saints,
et vous aussi mes frères,
de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

Que le Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde,
qu'il nous pardonne nos péchés
et nous conduise à la vie éternelle.


Amen.

Re: Seigneur, je suis la femme adultère

Publié : lun. 22 mars 2010, 0:18
par Pneumatis
Exceptionnellement, je voulais partager cette méditation avec vous, car jusqu'à maintenant, je m'étais toujours identifié à ceux de cet évangile qui sont prompt à juger leur prochain et mettent à l'épreuve le Seigneur, témoignant ainsi d'un certain manque de foi.

Pour le première fois, enfin je crois, je me suis reconnu dans la femme adultère. Non par des circonstances particulières (je ne suis pas une femme, et je n'ai jamais trompé mon épouse), mais j'ai soudain réalisé jusqu'où pouvait me porter l'idée de se reconnaitre comme l'épouse du Christ, en son Eglise. Epouse oui, à l'union renouvelée dans chaque eucharistie, mais une épouse constamment infidèle, et constamment pardonnée par le Seigneur quand je viens quérir sa miséricorde. Le Seigneur, qui chaque fois s'abaisse à nouveau pour écrire et écrire encore de son doigt divin sa loi dans mon coeur.

Jésus et l'épouse adultère - Dieu et la nation élue

Publié : lun. 11 avr. 2011, 14:47
par stephlorant
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 8,1-11.
Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ;
de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer,
et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère.
Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? »
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol.
Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. »
Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol.
Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui.
Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ? »
Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


En commençant le commentaire de cet épisode, j'ai voulu tenir compte de la première indication de l'Évangéliste: Jésus revenait du mont des Oliviers, le lieu où il vivra son agonie. Pourquoi cette précision ? Et presque aussitôt, j'ai découvert ce récit avec un autre regard. Ainsi, dans cette femme adultère, j'ai vu également Israël, l'élue de Dieu parmi toutes les nations, mais qui s'est détournée et méconduite avec les nations païennes, allant jusqu'à adorer d'autres Dieu - ce qui constituait un véritable adultère, car c'est la transgression du tout premier commandement : "Tu n'auras pas d'autre dieu que moi".

Je me souviens que même Salomon, qui avait été comblé de sagesse, mais aussi de tous les biens de la terre, à la fin de son règne, laissa se développer des religions païennes dans son entourage « et il arriva, au temps de la vieillesse de Salomon, que ses femmes détournèrent son cœur auprès d'autres dieux » (I Rois 11, 4 et 5). L'infidélité de Salomon à garder l'alliance avec Dieu entraîna la colère divine. L'adultère suscita la colère de Dieu, de la même manière qu'un adultère (d'un sexe ou de l'autre, peu importe) suscite la colère de l'époux ou de l'épouse trahie. Mais il n'y a pas que la colère, il y a la révolte, le chagrin, les tentatives de renouer le lien rompu, le désir de pardon et d'oubli... Et tout cela est présent dans l'ancienne Alliance, par la voix des prophètes. Car les livres prophétiques développent volontiers des images conjugales pour dire cette relation perturbée; ainsi Dieu, comparant son peuple à une épouse, en vient à dire : « Je la séduirai, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur. » (Osée 2) - lire aussi : ci-dessous: *

Je me suis demandé si ce n'est pas à tout cela que songe Jésus lorsque, très pudique dans cette scène, plutôt que de regarder la femme, trace des signes mystérieux sur le sol. Lui-même, Jésus, est pur de tout péché, il n'y a en réalité que Lui qui pourrait juger, condamner et exécuter la sentence. La sentence, mais envers qui devrait-elle porter d'abord ? Finalement, c'est Jésus qui sera mis à mort. Mais, en attendant, sa Parole, toujours aussi perçante, oblige la relaxe pure et simple de l'accusée. Elle est relâchée, elle peut vivre. Mais le péché reste le péché, puisque Jésus la renvoie en lui disant : "Ne pèche plus !"


(*) Un texte représentatif Os 11
Os 11,1 Quand Israël était jeune, je l'aimai, et d'Égypte j'appelai mon fils. 2 Mais plus je les appelais, plus ils s'écartaient de moi; aux Baals ils sacrifiaient, aux idoles ils brûlaient de l'encens.
3 Et moi j'avais appris à marcher à Éphraïm, je le prenais par les bras, et ils n'ont pas compris que je prenais soin d'eux! 4 Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d'amour; j'étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue, je m'inclinais vers lui et le faisais manger.
5 Il ne reviendra pas au pays d'Égypte, mais Assur sera son roi. Puisqu'il a refusé de revenir à moi, 6 l'épée sévira dans ses villes, elle anéantira ses verrous, elle dévorera à cause de leurs desseins. 7 Mon peuple est cramponné à son infidélité. On les appelle en haut, pas un qui se relève!
8 Comment t'abandonnerais-je, Éphraïm, te livrerais-je, Israël ? Comment te traiterais-je comme Adma, te rendrais-je semblable à Çeboyim ? Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent. 9 Je ne donnerai pas cours à l'ardeur de ma colère, je ne détruirai pas à nouveau Éphraïm, car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint, et je ne viendrai pas avec fureur.
10 Derrière Yahvé ils marcheront, comme un lion il rugira; et quand il rugira, les fils viendront, tremblants, de l'Occident; 11 comme un passereau ils viendront en tremblant de l'Égypte, comme une colombe, du pays d'Assur, et je les ferai habiter dans leurs maisons, oracle de Yahvé.

Re: Jésus et l'épouse adultère - Dieu et la nation élue

Publié : lun. 11 avr. 2011, 17:07
par stephlorant
Elle s'appelle Adultère.
C'est son nom.
Et son prénom: Flagrant délit.
Flagrant délit d'Adultère.
Un bien beau nom
au carnet mondain.

La voilà devant toi. Avec eux.
Tu écris sur le sable.
Tu ne plaides pas.
Tu ne cherches ni vice de forme,
ni circonstance atténuante.
Tu ne contestes pas le verdict.
Pire: tu invites à jeter la pierre.
Tu écris sur le sable et son péché
s'efface quand le leur apparaît.

Ils s'en vont.
Mais ils reviendront pour un autre procès.
Car ils viennent de te prendre
en flagrant délit de miséricorde. (G. Ringlet)

Remarque de Simone Weil sur le même épisode de la femme adultère. Lorsque Jésus répond: "Que celui qui n'a jamais péché, lui jette la première pierre", il se désignait lui-même (mais de façon cachée) comme étant le seul 'maître de justice' sur la terre et dans les cieux. (Voir Jean, 8, 3-11)

La femme adultère. Le jugement n'appartient qu'à Dieu seul

Publié : sam. 16 mars 2013, 17:53
par etienne lorant
Cinquième dimanche de Carême

Livre d'Isaïe 43,16-21.


Ne vous souvenez plus d'autrefois, ne songez plus au passé.
Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer une route dans le désert, des fleuves dans les lieux arides.
Les bêtes sauvages me rendront gloire - les chacals et les autruches - parce que j'aurai fait couler de l'eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer le peuple, mon élu.
Ce peuple que j'ai formé pour moi redira ma louange.


Psaume 126(125),1-2ab.2cd-3.4-5.6.

Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.
Il s'en va, il s'en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s'en vient, il s'en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.


Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 3,8-14.

Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l'avant, je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 8,1-11.

Jésus s'était rendu au mont des Oliviers; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère.
Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser.

Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol.
Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. »
Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol.
Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui.
Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »


Les textes de la Liturgie pour ce dimanche nous parlent avec ferveur de ce retournement qui se produit dans l'âme qui se convertit, qui se tourne vers Dieu et s'élance vers Lui. Tout le passé est oublié, les ardoises sont effacées, il ne reste plus, comme saint Paul le dit, qu'à courir vers le but.

L’épisode de la femme adultère nous montre que dès le début, les scribes et les pharisiens avaient l’intention de poursuivre Jésus en justice. Nous nous approchons de la Pâque et, dans les évangiles, les critiques à Jésus, à son œuvre et à son enseignement se multiplient à Jérusalem : elles porteront à la condamnation et à la mort de Jésus.

La femme adultère que les scribes et les pharisiens conduisent à Jésus leur sert de prétexte : le but recherché est de déterminer une fois pour toutes de quel côté se place Jésus. Du côté de la loi de Moïse, donc du côté du Dieu d’Israël ? Ou du côté des ennemis et des détracteurs de Dieu ?

En réalité, ils lui tendent un piège dans lequel, une fois de plus, Jésus décide de ne pas tomber : sa réponse paraît très habile, mais en réalité elle va beaucoup plus loin: le véritable interprète de la loi de Dieu, c’est Lui, non pas les scribes et les pharisiens. Il est, Lui, le vrai temple de Dieu, la véritable et nouvelle présence de Dieu au milieu des hommes; c’est Lui qui renverse et renouvelle les situations humaines.

Avant tout, Jésus écrit avec le doigt dans le sable, geste étrange dont l’interprétation reste difficile. Il rappelle Luc 11, 20 : "Si c'est par le doigt de Dieu je chasse les démons, c'est donc que le royaume de Dieu est survenu pour vous » (11,20). Jésus apparaît ainsi comme le doigt de Dieu, qui avait façonné l’homme de la poussière du sol, qui agit maintenant en Jésus et qui rétablit l’homme dans sa filiation divine en pardonnant les péchés et en écrasant le mal.

’’Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre’’. Cette phrase en rappelle une autre toute semblable: ’’Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne t’aperçois-tu pas de la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite ! Ôte d’abord la poutre qui est dans ton œil et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère’’ (Mt 7,3.5) et les deux interdisent à quiconque, en tant que pécheur, de s’arroger le droit de juger un autre pécheur. Ce jugement n’appartient qu’à Dieu seul. Et il apparaît clairement que Jésus a atteint son but car tous comprennent s’en vont, « à partir des plus âgés » - trait d'ironie de l'évangéliste ?

Mais la leçon ne s'achève pas là. Jésus se retourne vers la femme laissée seule. En l'appelant : "Femme", le même terme qu'il emploiera depuis sa croix pour confier sa mère à Jean, Jésus la rétablit dans sa dignité de créature de Dieu.

Tel est le regard que Dieu porte sur nous : ’’L’homme regarde à l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur’’ (1Sam 16,7). Et le cœur de l’homme, même s’il est plongé dans les misères et les péchés de la vie, est fait pour le mystère de Dieu, pour la beauté, pour l’amour et pour la vérité. Le regard de Dieu est un regard de vie, non de mort, c’est un regard porté vers l’avenir, non vers le passé ; c’est un regard de miséricorde, non de condamnation.

Cette femme va donc entreprendre un parcours nouveau. ’’Va et ne pêche plus’’, lui dit Jésus. Le Seigneur a condamné le péché, non la femme’. La miséricorde de Dieu est une étreinte au pécheur afin qu’il se convertisse et afin qu’il vive ; ce n’est pas une étreinte au péché qui conduit à la mort ! Sans trêve, Jésus condamne le péché mais c'est sans trêve aussi qu'il aime le pécheur.

Qu'ajouter ? J'ai appris que les trois principaux attributs de Dieu sont sa sainteté, sa justice et sa miséricorde. Mais la sainteté même de Dieu, qui exige la justice, est constamment remise en question par son amour de miséricorde. Puisse donc chaque personne que je croiserai, aujourd'hui et demain, être pour moi une occasion d'apprendre et de pratiquer la miséricorde. Car c'est en pratiquant la miséricorde que j'obtiendrai miséricorde pour moi-même.

Re: La femme adultère. Le jugement n'appartient qu'à Dieu se

Publié : lun. 18 mars 2013, 15:58
par etienne lorant
Homélie du pape François sur le même Évangile:

C’est beau : d’abord, Jésus seul sur le mont, priant. Il priait seul (cf. Jn 8,1). Puis, il s’est rendu de nouveau au Temple, et tout le peuple venait à lui (cf. v. 2). Jésus au milieu du peuple. Et puis, à la fin, ils le laissèrent seul avec la femme (cf. v. 9). Quelle sollicitude de Jésus ! Mais une sollicitude féconde : celle de la prière avec le Père et celle, si belle, qui est justement le message de l’Eglise aujourd’hui, celle de sa miséricorde envers cette femme.

Il y a aussi une différence parmi le peuple : il y avait le peuple qui allait à lui; « il s’assit et se mit à les enseigner » : le peuple qui voulait entendre les paroles de Jésus, le peuple au cœur ouvert, qui avait besoin de la Parole de Dieu. Et il y avait les autres, qui n’écoutaient rien, ne pouvaient pas entendre; ce sont ceux qui sont venus avec cette femme : Ecoute, Maître, elle est ceci, elle est cela … Nous devons faire ce que Moïse a ordonné de faire avec ces femmes (cf. vv. 4-5).

Je crois que nous aussi sommes ce peuple qui, d’une part veut entendre Jésus, mais de l’autre, parfois, se plaît à donner des coups de bâtons aux autres, à condamner les autres. Et le message de Jésus est ceci : la miséricorde. Pour moi, je le dis humblement, c’est le message le plus fort du Seigneur : la miséricorde. Mais Il l’a dit lui-même : Je ne suis pas venu pour les justes; les justes se justifient tout seuls. Va, Seigneur béni, si toi tu peux le faire : moi je ne le peux pas ! Mais eux, ils croient pouvoir le faire. Je suis venu pour les pécheurs (cf. Mc 2,17).

Pensez à ces murmures après la vocation de Matthieu : Mais il va avec les pécheurs ! (cf. Mc 2,16). Et il est venu pour nous, quand nous reconnaissons que nous sommes pécheurs. Mais si nous sommes comme ce pharisien, devant l’autel : Je te rends grâce, Seigneur, parce que je ne suis pas comme les autres hommes, et ni comme celui qui est à la porte, comme ce publicain (cf. Lc 18,11-12), alors nous ne connaissons pas le cœur du Seigneur, et nous n’aurons jamais la joie de ressentir cette miséricorde ! Il n’est pas facile de se confier à la miséricorde de Dieu, parce qu’elle est un abîme incompréhensible. Mais nous devons le faire ! "Oh, père, si vous connaissiez ma vie, vous ne parleriez pas ainsi !". "Pourquoi ? Qu’as-tu fait ?". "Oh, j’en ai fait des grosses [bêtises] !" "Bien! Va à Jésus: cela lui plaît qu’on lui raconte ces choses !" Il oublie, Il a une capacité spéciale d’oublier. Il oublie, il t’embrasse, il te serre dans ses bras et te dit seulement : "Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus." (Jn 8,11). C’est le seul conseil qu’il te donne. Après un mois, nous sommes dans les mêmes [bêtises] … Revenons au Seigneur. Le Seigneur ne se lasse jamais de pardonner: jamais ! C’est nous qui nous lassons de lui demander pardon. Demandons la grâce de ne pas nous lasser de demander pardon, car il ne se lasse jamais de pardonner. Demandons cette grâce.

Note : Le mot que j'ai mis en caractère gras et en bleu m'a surpris au fond de moi-même pour deux raisons:

- la première est que j'ai reçu, ce dimanche encore, une "force de joie" m'a rempli et éclairci l'esprit, au moment même où je me reprochais mes manques : la joie ressentie était totalement imprévisible. J'avais hésité à me lever tant il faisait froid encore et j'avais eu très froid dans l'église peu chauffée, je me suis senti abattu même après avoir communié (je m'étais demandé si j'en avais encore le droit, si ce n'était pas mieux d'attendre d'avoir retrouvé un prêtre qui soit pour moi un vrai directeur spirituel (je doute d'en retrouver un !) D'où mon étonnement, en sortant de la chapelle, tout d'un coup, de retrouver cette joie pure et irrésistible que j'ai déjà éprouvée plusieurs fois ... jusqu'au décès de l'abbé qui me suivait auparavant...

- la seconde, c'est que le Pape a employé à propos de la miséricorde divine, le même langage que j'avais trouvé chez sainte Faustine. Aussi pratiquant que nous puissions être, la miséricorde de Dieu envers nous demeure un très grand mystère. Sainte Faustine ne cessait de déclarer que la miséricorde divine lui paraissait un "insondable mystère"...

Texte complet :
http://www.zenit.org/fr/articles/homeli ... ainte-anne
(18 mars 2013) © Innovative Media Inc.