Cher Christophe,
il existe une forme de communautarisme conforme à la DSE (à défaut d'être recommandé). Par exemple le communautarisme que présente Christian dans ses interventions, ou celui qui régissait la vie politique des minorités religieuses sous l'Ancien Régime, avec quelques nuances...
Le "multi-culturalisme" est aujourd'hui un fait indéniable, et je ne vois pas tellement d'autre issue que le communautarisme pour une coexistence pacifique et pérenne de ces différentes communautés sur un même territoire, sauf à vouloir les nier - ce qui est déjà leur faire violence.
Pour ma part, plutôt qu'un Etat multi-culturaliste - c'est-à-dire laïc, sans histoire, sans valeurs... bref relativiste - je préfèrerai pouvoir vivre dans un Etat qui assume fièrement la culture et l'identité de son peuple, et qui en soit le reflet. S'agit-il d'un "constat d'échec et de renoncement" ? Oui.
Acceptons joyeusement le ‘constat d’échec’. Un Etat représentant un peuple homogène sur un territoire historique est un projet fou. Sans même le pousser à l’extrême, il nous donne la formule des nationaux-socialistes :
Ein Reich, ein Volk, ein Führer. Or il n’a jamais existé de peuple homogène depuis que les premiers
homo sapiens ont prohibé l’inceste. Le territoire n’est plus qu’un concept touristique. Quant à l’Etat, sa faillite financière et institutionnelle est patente.
Vous avez raison, Christophe. Le communautarisme est notre avenir. J’ai donné les raisons de mon espoir sur d’autres fils. Les voici à nouveau résumées :

L’Etat-nation est une création récente, essentiellement du 19ème siècle. Il n’est plus à l’échelle des problèmes posés aux individus. Trop loin d’eux pour répondre à leurs besoins personnels, insécurité, culture, vie urbaine, soins médicaux…, il est trop petit par nature pour faire face aux problèmes désormais transnationaux : environnement, mondialisation, terrorisme, pandémies…

La mondialisation économique rend obsolète le concept de firmes et de marchés nationaux. En fait, nombre d’Etats parmi les plus prospères ou qui bénéficient de la croissance la plus forte sont minuscules : Monaco, Luxembourg, Singapour, Hong-Kong, Estonie, Botswana… On peut donc parfaitement imaginer la viabilité de souverainetés comme la Corse, le Pays Basque ou la Savoie (pour ne prendre que des exemples ‘français’).

L’Etat républicain, surtout sous sa forme sociale-démocrate, a délégitimé tous les corps intérimaires qui constituaient la richesse de la vie sociale et une authentique solidarité : mutuelles, associations d’entraide et de voisinage, syndicats, églises… Les hommes de l’Etat veulent des administrés nus, atomisés, dépendant entièrement d’eux. Ce vide de l’espace social, que la creuse citoyenneté ne parvient pas à remplir, est source d’angoisses, génératrices à leur tour de violences.

L’exercice même de la démocratie consiste à additionner mécaniquement des votes comme des mètres carrés, sans voir que certains correspondent à des cercles, d’autres à des triangles, ou toutes sortes de figures originales. L’activité démocratique ne satisfait pas le besoin de reconnaissance des personnes. En conséquence, elles cherchent ailleurs à créer du lien. Elles revendiquent des identités sociales intégratrices dans une communauté (locale, mais surtout ethnique, culturelle, religieuse, sexuelle, professionnelle… l’une n’excluant pas d’autres).

La proximité géographique n’est plus la condition d’une pratique communautaire — problème supplémentaire pour l’Etat-nation. Exemple perso : Je ne me sens aucune solidarité avec les paysans français ou les pêcheurs bretons, leur sort m’indiffère autant que celui des riziculteurs laotiens ou des planteurs guatémaltèques. Mais je suis proche émotionnellement et culturellement des urbains vaguement intellos, généralement chrétiens, financièrement indépendants, cosmopolites, francophones ou anglophones. Voilà ma communauté (j’aurais dit : voilà ma patrie, si le mot avait encore un sens en dehors du Mondial de foot).

La légitimité de l’Etat-nation est donc attaquée sur deux fronts : ‘en-dessous’, par des revendications de communautés, souvent très petites, qui l’obligent à renier le principe fondateur de « la loi égale pour tous » (discriminations positives, statuts territoriaux, etc.) ; ‘au-dessus’, par la production de normes qui s’imposent aux parlements élus (technologies, monnaie, commerce international, régulation de l’économie…).

Ces deux fronts sont déjà enfoncés. L’Etat-nation ne repoussera pas le double assaut. En plus, les social-démocraties sont partout banqueroutières, ce qui obère leur capacité d’acheter cash la paix sociale. On s’achemine donc vers une liquidation des Etats-nations (comme il y eut celle des empires). Je l’imagine sous deux formes :
• transfert vers les communautés (denses, chaudes vivantes, solidaires) de la justice, de l’éducation, de la culture, et de tout ce qui relève de l’assistanat aux plus démunis (insolvables)
• reprise par le secteur marchand (mutuelles, coopératives) des assurances-maladie, des retraites, etc. des personnes solvables ; des transports ; des voiries ; de la police de proximité, de la recherche…
• extension du domaine de la production de normes par les agences non-étatiques : droits de l’homme, éthique, environnement, ‘codes de bonne conduite’ et ‘gouvernance’, technologies, monnaies (BCE), Interpol, Tribunal Pénal International, etc.
Voilà mon scénario pour le futur et les raisons de mon optimisme.
A bientôt là-bas.
Christian
Les drapeaux ne sont que du vent rendu visible