C'est un sujet de philosophie, donc qui doit être examiné à la lumière de la raison.
La question est déjà de savoir ce que c'est que la raison ? Ensuite, on peut dire s'il y a quelque chose qui s'oppose à elle. Sujet en effet extrêmement complexe.
Lorsque vous proposez, Anaïsunivers, d'examiner la question au regard de la foi, la difficulté apparaît. C'est un sujet de philosophie, donc qui doit être examiné à la lumière de la raison
Y-a-t-il une raison pure, parfaitement autonome et transparente a elle-même dont l'usage serait susceptible de constituer l'exercice proprement philosophique ? Et la philosophie implique-t-elle l'usage exclusif de la raison ?
La Révélation chrétienne ne peut-elle pas elle faire office d'herméneutique pour analyser des concepts.
Il me semble que vous partez d'une définition étroite et moderne de la raison, c'est-à-dire de la raison (qui signifie calcul en latin) comme pure faculté de lier, de mettre en rapport, et de calculer. C'est une vision solidaire d'une théorie de la connaissance rejetant la valeur de la connaissance sensible, connaissance intuitive, qui était dans la tradition aristotélico-thomiste au départ même de la connaissance.
On voit que cette vision de la raison qui désincarne l'homme, qui l'ampute d'une partie de lui-même, de ses sens, n'est pas sans poser quelques problèmes. De plus, si on souscrit à cette vision de la raison on peut dire que les machines remplissent la fonction de calculer beaucoup mieux que l'homme. C'est pourquoi des penseurs ont trouvé la définition de l'homme "animal rationnel" trop étroite. C'est une vision de la raison qui est devenue tellement étouffante et tellement mutilante qu'elle a malheureusement conduit à un certain rejet de la connaissance conceptuelle.
On dépasse l'angle philosophique mais un peu de sociologie ne fait pas de mal. Lévy-Bruhl avait soutenu que la pensée ordinaire est une pensée de type "magique", et que seule la pensée scientifique est rationnelle, mais ce dualisme introduit dans la pensée était intenable et il a fini par abandonner sa thèse.
C'est qu'en vérité, même les croyances magiques, fausses, peuvent être dites rationnelles. Une théorie cognitiviste permet de comprendre que de telles croyances sont des conjectures formées à partir d'un savoir acceptable et acceptée. Ce qui revient à dire que le sujet peut avoir des raisons valables, "rationnelles", d'adhérer à telle ou telle idée, alors même qu'elle est fausse sur le plan scientifique.
Il n'y a pas de raison à ce qu'il y ait une explication différente pour rendre compte de la croyance dans la magie dans les sociétés primitives, et de la croyance, dans les sociétés modernes, en des théories qui se sont révélées être fausses. Dans les deux cas, il peut y avoir des raisons à un moment d'y adhérer.
Ainsi, une personne a des raisons fondées à croire qu'il y a des bienfaits à suivre le régime Dukan, étant donné d'une part, le statut de docteur, de "scientifique" du dit Dr Dukan, statut qui laisse raisonnablement la possibilité de croire que ce docteur "sait ce qu'il fait" et qu'il a de bonnes intentions, alors que des études juge ce régime douteux. Ce ne sera pas moins rationnel que le croyance du "primitif" dans l'efficacité causale de tel ou tel rituel alors même que scientifiquement parlant il n'y a aucun lien de causalité constaté.
On prend donc ici partie de dire que l'adhésion à une idée, qu'un sentiment moral, qu'un jugement de valeur, n'est ni l'expression d'un sentiment collectif ni le fruit d'une inculcation comme dans les théories sociologistes à la mode qui ont comme présupposée une vision instrumentale de la raison réservant la rationalité et la vérité pour les sciences dures, mais qu'il y a là un acte qui peut avoir une rationalité propre et qui peut être doté d'une certaine objectivité alors même qu'il n'est pas scientifique.
Le problème des théories dites irrationnelles c'est qu'elles attribuent les "croyances" non vérifiables à des causes occultes : expression d'un désir symbolique, "pensée magique", inconscient, affectivité, inculcation et contrainte de la société, domination, causes qu'on peut appliquer dans tous les cas et dans toutes les situations sans même qu'il y ait besoin d'analyser quoique ce soit, et qui font du sujet humain un pure jouet sans cesse illusionné par des mirages que seul le sociologue peut transcender.
Dans la théorie cognitiviste la raison est extrêmement élargi, et donc on risque aussi de tomber dans le relativisme (ce que veulent précisément éviter les partisans d'une telle forme de sociologie qui cherche à montrer qu'il peut y avoir de l'objectivité dans les valeurs) si on oublie que le but d'une sociologie compréhensive n'est pas de justifier et de défendre des idées et des actions, mais simplement de rendre compte d'un fait social, d'essayer de le rendre intelligible.
"Toute croyance est-elle contraire à la raison?"
Réponse : NON
j'aimerais bien savoir ce qu'a écrit Anaisunivers