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Karol W a écrit :Je ne vois pas en quoi le fait de publier un ouvrage négationniste comme l'est, par exemple, ce torche-cul intitulé Les mythes fondateurs de la politique israélienne, permet d'"effacer toute trace de l'existence" des victimes du génocide nié. Il y a une énorme différence entre exprimer ses idées et éliminer les preuves que lesdites idées sont fausses, ce qui impliquerait dans ce cas de détruire des milliers d'archives, de dynamiter les camps d'extermination d'Auschwitz, de Maidanek, de Treblinka, etc. Est-ce ce que messieurs Faurisson, Cohn-Bendit (Gabriel) et Garaudy proposent de faire?
Affirmer que ces preuves sont fausses ou qu'en réalité elles n'existent pas (Faurisson) est le moyen le plus commode de les éliminer, c'est d'ailleurs la principale méthode retenue pas les négationnistes. La destruction des preuves physiques est une autre possibilité, cependant elle nécessite d'obtenir la coopération des pouvoirs publics dans le cadre d'un négationnisme d'État. Ce cas existe mais est plus rare que le précédent, il est notamment mis en pratique en Turquie et dans la partie nord de Chypre. Reste enfin le négationnisme de type idéologique qui tend généralement à renverser les rôles entre les victimes et les bourreaux (Garaudy, mais aussi la propagande soviétique dans son ensemble). Ces trois grandes approches négationnistes concourent à une même finalité: l'élimination des preuves, c'est à dire une complicité pure et simple de maquillage des crimes. Le négationnisme revêt de surcroît une dimension anthropologique. Les négationnistes ne sont jamais que des mystificateurs et des pères du mensonge, prêts à travestir la vérité afin de transformer la victime innocente en coupable désigné pour reprendre le lexique girardien. Il n'y a plus de place pour ces faiseurs de mythes, ces vulgaires criminels, dans une société moderne. Nous ne sommes plus dans le domaine de l'idée ou de l'opinion mais dans celui de la complicité de meurtre.
Il me semble que non, d'ailleurs ces tristes sires n'ont pas, à ma connaissance, eu une quelconque accointance avec les bourreaux des Juifs; il ne saurait être question pour eux de "parachèvement" de l'oeuvre entreprise par les nazis, il s'agit plutôt d'une posture intellectuelle qui leur permet de trouver une place dans les cercles de l'antisionisme d'extrême-gauche.
Ces tristes sieurs comme vous dites n'ont fait que s'inspirer des mensonges avancés par d'anciens dignitaires nazis après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, lorsqu'ils ne se sont tout simplement pas tout simplement contentés de reprendre mot pour mot la propagande nazie, au sujet par exemple du typhus. La seule posture qu'il y a à se rendre complice d'un crime avéré en tentant de le dissimuler ou de le nier est criminelle, certainement pas intellectuelle. Que se passera-t-il si l'État laisse la propagande négationniste se répandre au point de supplanter la vérité? Les criminels seront tout simplement déliés de leur crime, désormais parfait, et réhabilités.
Certes, cette posture pseudo-intellectuelle est en réalité une imposture, mais Bernard-Henri Lévy n'adopte t-il pas la même (im)posture dans son ouvrage L'Idéologie française, où il voit dans toute la pensée française depuis le développement d'un "fascisme aux couleurs de la France", dans lequel il mêle pèle-mèle Maurras et Péguy, l'école des cadres d'Uriage et la revue Esprit d'Emmanuel Mounier?
Il s'agit effectivement d'une imposture mais le parallèle avec le négationnisme s'arrête à cette comparaison structurelle car les moyens et surtout la fin sont totalement différents; Bernard-Henri Lévy distille sa propre idéologie là où les négationnistes cherchent avant tout à masquer un crime, pour diverses raisons d'ailleurs.
Le problème n'est pas que des intellectuels trafiquent la mémoire; il survient quand la mémoire des victimes est confisquée par l'Etat, ce qui est le cas en Turquie où des gens sont mis en prison pour avoir fait mention du génocide arménien.
Il est un peu réducteur de voir seulement dans les négationnistes des intellectuels. En France, les cas récents de négationnisme se traduisent plutôt par des profanations de monuments par des inscriptions négationnistes (Lyon, avril 2006) ou encore par des manifestations violentes organisées par certaines représentations diplomatiques (idem). Les discours verbeux sur l'histoire que l'on entend en France me laissent pour le moins de marbre tant ils manquent, de manière inconsciente, l'essence même du négationnisme. L'histoire nous apprend tout simplement que les individus voyant les crimes commis à leur égard niés se laissent gagner par un sentiment d'injustice pouvant avoir de lourdes conséquences sur la paix civile ou dit autrement, ils risquent de faire justice eux-mêmes. Ce ne sont d'ailleurs pas les bonnes consciences intellectuelles qui sont venues exhumer le génocide arménien mais la lutte armée et ses déviances terroristes. Les historiens ne s'y intéressèrent que lorsque les bombes se mirent résonner de Paris à Los Angeles.
J'ignore en revanche si la négation dudit génocide peut, en Arménie, mener à des sanctions pénales comme c'est le cas en France, mais je me doute bien que vous avez plus de lumières que moi sur cette question
Ce crime est à ma connaissance sanctionné d'une peine maximale de quatre ans de prison et d'une amende pouvant atteindre 300% des revenus de l'individu en question. Assez paradoxalement, l'idée de cette loi vient de France puisqu'elle n'a été adoptée qu'en octobre dernier. Il faut dire que les cas de négationnisme sont plutôt rares dans le pays.[/align]