Brice a écrit :Intéressant: qu'est-ce qu'on doit en comprendre. C'est que dans une certaine mesure nous chrétiens sommes tous des "juifs accomplis". Si le christ à apporté l'accomplissement du judaïsme?
Je reformulerais, au contraire de ce que dis Gerardh : dans une certaine mesure, nous chrétiens,
devrions faire notre maximum, par amour de Dieu, pour être des "juifs accomplis". A condition de bien reprendre à son propre compte les paroles de Saint Paul :
Ce n'est pas ce qui est visible qui fait le Juif ; ce n'est pas la marque visible dans la chair qui fait la circoncision ; mais c'est ce qui est caché qui fait le Juif : sa circoncision est celle du cœur, selon l'Esprit et non selon la lettre, et sa louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu. Romains 2, 28-29
Je me permets juste une question, Brice, qui me brûle les doigts depuis l'ouverture de ce sujet : quel est le sens de la question de base ? Je m'explique : en ces temps d'antisémitisme affirmé, de négationnisme, ou au contraire de sionisme militant, de démagogie politico-idéologique pour mériter la Aeretz Israel, je trouve presque systématiquement ces questions suspectes, sinon même dangereuses. Je suis peut-être parano, mais ces petits jeux qui peuvent vite conclure sur ceux qui valent mieux ou moins que les autres m'inquiètent un peu.
Cette question me tient à cœur, car je vois dans l'effort pour retrouver la vraie fraternité judéo-chrétienne l'un des enjeux majeurs de l'évangélisation, pour l'avénement du royaume de Dieu.
Je crois que nous devons, de tout notre cœur, offrir le plus précieux des cadeaux à nos frères juifs en leur faisant connaitre l'accomplissement total de la Parole en Jésus Christ, Seigneur et Sauveur. Mais avant cela, et pour que ce ne soit pas un cadeau empoisonné, il nous faut demander, implorer même, de nos frères juifs, qu'ils nous enseignent tout ce qu'ils ont su préserver d'intelligence de la Révélation mosaïque et prophétique. La sagesse juive est un véritable trésor.
Elle me manque, à moi, cette sagesse des apôtres et de Jésus, le berceau de notre Eglise. Bon sang, c'est Moïse lui-même qui élève le serpent d'airain dans le désert !!! Jésus nous ouvre les bras depuis le bois du supplice et c'est Moïse qui nous le met en lumière, et nous exhorte à le contempler pour que nous soyons sauvés. Jésus, à son tour, nous enseigne à suivre tout ce que les scribes et les docteurs de la loi enseignent, car c'est dans la chaire de Moïse qu'ils enseignent. Et ce qu'ils enseignent c'est toute la tradition orale et écrite née dans le désert, jusqu'au point final que Dieu pose (son incarnation, sa mort et sa résurrection) à son mot d'amour pour l'Homme. Les apôtres, ici par les mots de Paul, ont bien compris ce que signifiait d'être vraiment juif, mais je crois qu'il est essentiel pour nous, de redécouvrir aussi ce que cela signifie. Ne faisons pas l'erreur de croire que cet enseignement de Paul n'est que pour les juifs (ou contre eux).
Je fais une petite digression... Je crois que la liturgie de la Parole, à la messe, doit se comprendre comme un véritable dialogue entre Dieu et l'Homme, initiée par Dieu. Et dans ce dialogue, Dieu commence par les prophètes - que ce soit Moïse, Isaïe ou encore les apôtres - ces prophètes qui nous révèlent quelque chose du Christ. Puis notre réponse à Dieu s'élève vers lui par le chant des psaumes, nés de David comme le Christ lui-même. Dieu nous répond ensuite par la voix de son Eglise, représentée le plus souvent par les épitres de Paul. Puis, ravis que nous sommes par ces paroles qui nous annoncent le sauveur, notre chant de louange explose un peu plus dans l'Alleluiah, pour qu'enfin Dieu nous annonce la bonne nouvelle de Jésus en qui tout s'accompli, et pour laquelle nous répondons en chantant sa gloire. Nous avons là toutes les formes, dans l'ordre si j'ose dire, que prend la parole de Dieu : la voix des prophètes de Dieu, la vie de l'Eglise, et l'incarnation dans l'Homme. Il est donc évidemment impensable que ces formes s'excluent les unes les autres. Au contraire, elles montrent une sorte de "pédagogie" divine, à travers laquelle Dieu se révèle par "étapes". N'écouter ou n'expliquer, à la messe, que la lecture de l'Evangile, marque malheureusement une certaine pauvreté, bien souvent. Et c'est ce qui contribue à nous laisser dans l'ignorance de cette si précieuse tradition qui révèle le Christ, qui lui nous révèle ensuite le Père. Fin de digression.
Voilà. En résumé, Jésus donne la clef d'interprétation de Moïse et des Prophètes, et c'est précisément la bonne nouvelle que nous avons à porter à nos frères juifs. Mais nous, chrétiens, pouvons-nous saisir le sens de la venue du Messiah si nous méconnaissons la tradition née de Moïse et des Prophètes ? Nous avons toute une sagesse à réapprendre, je crois, pour ensuite, à notre tour, pouvoir porter la bonne nouvelle au monde entier. Et je me réjouis qu'après Jean-Paul II, notre très Saint Père Benoit XVI, amoureux du Verbe, nous conduise, pas à pas, dans cette nouvelle évangélisation.