Le Syriaque
Publié : jeu. 13 oct. 2011, 21:27
Bonjour à tous.
Le grec en Syrie
Bien après la fin de l’Empire Achéménide l’araméen d’Empire qui était la « lingua franca » n’avait plus de soutient et se devait de disparaître … ce qui en est resté étaient les dialectes araméens locaux dans chaque région où l'araméen a été parlé en tant que langue vernaculaire … graduellement ces dialectes locaux ont été transformés en langues littéraires ou officielles … le comment ceci a fonctionné dans la pratique est fonction des circonstances locales … mais dans les villes Séleucide, dont Edesse, le grec est devenu la langue officielle de l’administration.
Ainsi en Syrie la prédominance du grec ne fait aucun doute … le fait que l’araméen, parlé par le plus grand nombre, disparaisse pratiquement de l’écrit monumental … en dehors de milieu comme Edesse, Palmyre voire à Pétra … montre à l’évidence que le fait d’écrire en grec parait tout à fait naturel.
Au point que le grec a pu faire reculer le latin de manière inattendue … ainsi le passage du latin au grec sur les légendes monétaires des monnaies d’Antioche à partir de Trajan peut surprendre … de même à l’époque sévérienne ou du III siècle, nombre de colonies, ne prirent même pas la peine d’utiliser le latin sur leur monnayage, comme c’est pourtant la règle … pour ce qui concerner Edesse elle ne possédait de monnayage qu’à légendes grecques … à sens inverse le latin laisse son empreinte sur le grec qui adopte certains mots sans les traduire (colon, colonie, ou les titres administratifs) ce qui est bien peu de chose.
Le syriaque
L’araméen Edessénien est communément désigné sous le nom de syriaque … il est peu probable qu’il émerge dés la reconstruction d’Edesse par les Séleucides peut-être dés le début de la royauté à Edesse notamment de la dynastie des Abgar … c’est donc une langue « royale » qui émergera avec la royauté à Edesse mais ne se terminera pas avec elle.
Le grec reste la langue officielle de la cour et de l’administration même si nous n’en avons que peu de trace … l’émergence de ce dialecte araméen, qui deviendra le Syriaque, aurait aussi peu rester qu’un dialecte uniquement parlé sans être transformé en langue écrite ce qui ne se ferra que sur le tard au tournant de notre ère.
Son développement en tant que langue écrite sera, sans ttfois faire concurrence au grec, dans un premier temps pour la mise sous écrit de manuscrits initialement en araméen … il convient, cependant, de parler de « syriaque classique » et de « vieux syriaque » ou « proto syriaque ».
La notion de « proto/vieux syriaque » (il semblerait qu’il y ait au moins deux variétés) viendrait du fait que la langue, à ses débuts, n’incorpore pas encore des « matériaux/expressions » chrétiens … c’est donc, à l’origine, un dialecte pouvant être qualifié de pré-chrétien … il existe des inscriptions/parchemins (qui n’ont rien de chrétiens) dont les dates s’étalent de 6 ap JC jusqu’à 243 ap JC … ce qui permet de dire que l’environnement/naissance du syriaque est le paganisme.
La transformation de ce « proto syriaque » en une langue prestigieuse que deviendra le syriaque est remarquable … car à partir du III siècle ap JC, il émergera de son cadre « administratif » pour devenir le support de toutes une littérature de l’Eglise d’Edesse il sera nommé la « langue classique » d’Edesse ou le « syriaque classique » (in fine le syriaque tout court) … il servira aussi de langue de communication et de diffusion culturelle pour les Arabes (et dans une moindre mesure pour les Perses) … avant d’être supplanté par l’arabe à la fin du VII siècle cela se ferra en « douceur » … l'usage de l'arabe se répandra dans les villes et progressivement le syriaque sera cantonné dans des contrées toujours plus reculées … vers la fin du Moyen Âge, le syriaque commence à disparaître.
Quand l’écriture arabe a commencé à s'imposer dans le Croissant fertile, les chrétiens ont commencé par l’écrire avec des caractères syriaques … ces écrits sont appelés Karshuni ou Garshuni.
Le syriaque, comme l'arabe ou l'hébreu, est écrit de droite à gauche … c'est une écriture cursive, avec quelques lettres rattachées les unes aux autres … l'alphabet comporte 22 lettres, qui sont toutes des consonnes … le son des voyelles doit être connu du lecteur ou précisé par l'usage de diacritiques.
Le syriaque permet donc à l’araméen, dés le II siècle, d’opérer une véritable « renaissance » littéraire … dont le plus anciens témoins serait la lettre de Mara bar Sarapion de Samonaste, que l’on peut dater qcq part entre l’annexion de Samonastre en 72 et le III siècle … mais c’est Edesse qui apparaît comme le principal foyer de la culture syriaque, avec notamment Bardessan (154-222), philosophe, auteur d’hymnes chrétiens et véritable fondateur de la poésie syriaque … son nom signifie « fils du Daisan » nom du fleuve qui traverse Edesse … son œuvre considérable est largement perdue, à l’exception du « Livre des lois et des pays », sans doute rédigée par un élève, mais fidèle reflet de la pensée du maître.
Le/un « syriaque » deviendra à terme le nom des Araméens chrétiens (suryân en arabe) que l’on trouvera un peu partout dans le Croissant fertile … et dont la langue littéraire est, depuis leur conversion au christianisme, le parler araméen d’Edesse, autrement dit le syriaque (suryâniyya en arabe).
D’un point de vue linguistique les « syriaques » se répartissent en deux groupes : syriaques orientaux et syriaques occidentaux … d’un point de vue ecclésiastique nous avons trois confessions : nestoriens, jacobites et maronites … les melkites (malgré que ce soit un nom dérivé du syriaque) sont des araméens hellénisés (se disant byzantins) ne font pas partis à proprement parlé des syriaques.
L’impact du grec à Edesse dans le syriaque préchrétien.
Il n’est pas facile de savoir jusqu’où la langue grecque était utilisée à Edesse … la ville ayant été fondée comme une colonie militaire grecque avec un certain nombre de personnes d’origine grecque qui devait être assez signifiant même à une période tardive … le manque d’inscriptions durant la période Hellénistique rend spéculative toute interprétation … ttfois le fait qu’il n’existe que peu de « matériaux » avant l’an 165 ap JC quand l’emprise des Romains sur Edesse devint plus forte … semble suggérer qu’Edesse n’était pas aussi Hellénisée qu’on pourrait le penser ou du moins le prévoir.
Les données archéologiques sont peu nombreuses ne permettant pas d’avoir un avis exclusif dans un sens ou dans l’autre.
La présence d’emprunts grecs dans les inscriptions et les parchemins (21 témoins connus à ce jour) en « vieux » syriaque serait en général un indicateur de l'influence culturelle grecque à l’époque préchrétienne.
Ttfois 17 (sur les 21) apparaissent seulement dans les parchemins légaux, presque tous dans le cadre des formules d'introduction de datation, et c’est fort surprenant de les trouver utiliser, puisque ces textes sont de l’an 240 (et suivants) ap JC ou le contexte légal était Romain … les autres témoins, dont deux sont aussi des textes légaux, en syriaque sont ici « romanisés » vraisemblablement parce que leur contenu légal pourrait devoir être défendu dans une cour romaine.
Ainsi tous les emprunts grecs connus, à ce jour, peuvent facilement être expliqués en raison de l'utilisation dans un contexte légal et administratif grec et même romain.
Ce qu’il faut souligner c’est que la « pauvreté » des témoins de cet inventaire linguistique d’expression grecque … suggère que l'aspect des mots grecs utilisés à Edesse soit la plupart du temps relié à une forme de « romanisation » des termes … ceci avant que les inscriptions en syriaque soient définitivement exemptes de mots grecs donc au-delà du III siècle ap JC … mais nous ne pouvons exclure, bien au contraire, l’influence du grec sur les mots (voire la grammaire) syriaque … ainsi que la connaissance et donc l’usage de thèmes liés à la mythologie et à la littérature grecque.
Une des deux mosaïque d’Orphée trouvée à Edesse (l’autre provenant de Philippolis d’Arabie) … a un style, et un graphique épuré, et elle porte une dédicace en syriaque datée de 227-228 … or à Edesse, les mosaïques ont un usage strictement funéraire, ainsi une même culture partagée, un même répertoire d’images, mais sans que l’on puisse affirmer qu’ils en font le même usage … Orphée, dans la tombe d’Edesse, peut-être le symbole de la vie dans l’au-delà, voire de l’espérance d’une résurrection, mais personne ne peut dire si le propriétaire de la tombe est chrétien, juif ou païen … une autre mosaïque datant de 235-236 porte l’image du Phénix et renvoie aux mêmes espérances.
Ainsi le fond culturel de l'apparition de syriaque, en tant que langue littéraire, est plus à rechercher du coté de la tradition sémitique que de celle de la Grèce … la langue préchrétienne d’Edesse a adoré les divinités locales tels que : le dieu-Lune (Sin), le dieu-des-Cieux (Baalshamin / Baal Shamen), le dieu-Soleil (Shamash), le dieu-des-Oracles-Sagesse-Ecriture (Nebo / Nabu) et Bel, et non les dieux grecs … et a utilisé un art qui bien qu’ayant qcq motifs gréco-romains n’en est pas moins fortement marqué par la culture locale.
Une autre preuve que le grec à Edesse n’était pas tellement en vogue c’est … contrairement à Antioche … le besoin de traduire la Bible en Syriaque et ne pas se contenter de la version grecque de la Septante … à tel point que le « besoin » (et partant son approfondissement) du syriaque en tant que véhicule de la pensé théologique/religieuse émanant d’Edesse peut être perçu comme une réaction à la prédominance du grec sans ttfois en exagérer l’ampleur … ainsi si nous prenons l’exemple de Bardesan il connaît les deux langues, envoie son fils Harmonios étudier à Athènes, ce qui ne l’empêche pas de revenir à Edesse pour composer des hymnes en syriaque.
A bien des égards, la philosophie et la théologie qui se développent à Edesse aux II et III siècle ne sont qu’un rameau de ce qui se fait à la même époque à Antioche … et Edesse, cette « Athènes de l’Orient », peut se targuer d’être le centre de la culture grecque habillée à la syriaque.
C’est donc le Christianisme qui a donné au syriaque le prestige que nous lui connaissons actuellement et qui lui permettra de concurrencer le grec dans ce domaine … et nous pouvons dire qu’avant cette époque soit le II-III siècle ap JC l’existence du syriaque en tant que langue littéraire n’est absolument pas évident.
Ecole des Perses
Edesse abrita la fameuse « Ecole des Perses » nom qui fut donné en 363-364 (sous Jovien) ap JC à l’ancienne « Ecole Théologique » qui existait dés le III siècle ap JC … c’est la première école destinée à former les chrétiens en théologie, en philosophie et en sciences … chaque année les missionnaires issus de l’école partaient dans toutes les régions de Perse et d’Asie pour y créer des églises, écoles et hôpitaux … elle sera fermée/détruite par l’empereur byzantin Zénon (475-491) en 489 pour nestorianisme ses adeptes iront à Nisibe (alors dans l’empire sassanide) pour y fonder une nouvelle école ceci jusqu’au VII siècle … étaient enseignés, à Edesse, les œuvres de Théodore de Mopsueste (d’Antioche), Diodore de Tarse et Théodoret de Cyr … Nestorius y était lu et étudié.
C’est à cette école, dés le III jusqu’à la fin du V siècle (mais plus vers la fin qu’en ses débuts), que beaucoup d'ouvrages antiques (de médecine, de philosophie, de sciences naturelles et ésotériques) ont été traduits du grec en syriaques … il semblerait que c’est le philosophe syrien Probus qui soit le premier traducteur d'oeuvres grecques (notamment : les Premiers Analytiques d’Aristote) en syriaque dont le nom nous soit parvenu … d’autres suivront comme : Koumi, Ibas (évêque d’Edesse en 435-457) et bien d’autres après la fermeture de l’école mais en d’autres endroits qu’à Edesse … car c’est le VI siècle qui marquera en qcqsorte l’apogée de la littérature syriaque … même si certains écrits relatent des fait antérieurs à cette époque (par ex : la Chronique d’Edesse etc etc).
C’est une véritable « tradition » avec filiation de maîtres à élèves qui s’instaura … tant dans l’utilisation du syriaque comme langue littéraire que dans l’étude de certaines disciplines (Théologie, Philosophie, Logique, Grammaire voire dans une moindre mesure les Sciences exactes)
A partir de là Edesse et son « école » sera le centre d’une culture qui s’exprimera surtout dans la langue syriaque (nous trouvons qcq inscriptions funéraires qui subsistent à cette époque en : hébreu, grec et palmyrénien) … et qui sera appelé à devenir l’instrument de diffusion du Christianisme en Asie Centrale et en Chine avant donc les Jésuites et les Lazaristes.
Cordialement, Epsilon
Le grec en Syrie
Bien après la fin de l’Empire Achéménide l’araméen d’Empire qui était la « lingua franca » n’avait plus de soutient et se devait de disparaître … ce qui en est resté étaient les dialectes araméens locaux dans chaque région où l'araméen a été parlé en tant que langue vernaculaire … graduellement ces dialectes locaux ont été transformés en langues littéraires ou officielles … le comment ceci a fonctionné dans la pratique est fonction des circonstances locales … mais dans les villes Séleucide, dont Edesse, le grec est devenu la langue officielle de l’administration.
Ainsi en Syrie la prédominance du grec ne fait aucun doute … le fait que l’araméen, parlé par le plus grand nombre, disparaisse pratiquement de l’écrit monumental … en dehors de milieu comme Edesse, Palmyre voire à Pétra … montre à l’évidence que le fait d’écrire en grec parait tout à fait naturel.
Au point que le grec a pu faire reculer le latin de manière inattendue … ainsi le passage du latin au grec sur les légendes monétaires des monnaies d’Antioche à partir de Trajan peut surprendre … de même à l’époque sévérienne ou du III siècle, nombre de colonies, ne prirent même pas la peine d’utiliser le latin sur leur monnayage, comme c’est pourtant la règle … pour ce qui concerner Edesse elle ne possédait de monnayage qu’à légendes grecques … à sens inverse le latin laisse son empreinte sur le grec qui adopte certains mots sans les traduire (colon, colonie, ou les titres administratifs) ce qui est bien peu de chose.
Le syriaque
L’araméen Edessénien est communément désigné sous le nom de syriaque … il est peu probable qu’il émerge dés la reconstruction d’Edesse par les Séleucides peut-être dés le début de la royauté à Edesse notamment de la dynastie des Abgar … c’est donc une langue « royale » qui émergera avec la royauté à Edesse mais ne se terminera pas avec elle.
Le grec reste la langue officielle de la cour et de l’administration même si nous n’en avons que peu de trace … l’émergence de ce dialecte araméen, qui deviendra le Syriaque, aurait aussi peu rester qu’un dialecte uniquement parlé sans être transformé en langue écrite ce qui ne se ferra que sur le tard au tournant de notre ère.
Son développement en tant que langue écrite sera, sans ttfois faire concurrence au grec, dans un premier temps pour la mise sous écrit de manuscrits initialement en araméen … il convient, cependant, de parler de « syriaque classique » et de « vieux syriaque » ou « proto syriaque ».
La notion de « proto/vieux syriaque » (il semblerait qu’il y ait au moins deux variétés) viendrait du fait que la langue, à ses débuts, n’incorpore pas encore des « matériaux/expressions » chrétiens … c’est donc, à l’origine, un dialecte pouvant être qualifié de pré-chrétien … il existe des inscriptions/parchemins (qui n’ont rien de chrétiens) dont les dates s’étalent de 6 ap JC jusqu’à 243 ap JC … ce qui permet de dire que l’environnement/naissance du syriaque est le paganisme.
La transformation de ce « proto syriaque » en une langue prestigieuse que deviendra le syriaque est remarquable … car à partir du III siècle ap JC, il émergera de son cadre « administratif » pour devenir le support de toutes une littérature de l’Eglise d’Edesse il sera nommé la « langue classique » d’Edesse ou le « syriaque classique » (in fine le syriaque tout court) … il servira aussi de langue de communication et de diffusion culturelle pour les Arabes (et dans une moindre mesure pour les Perses) … avant d’être supplanté par l’arabe à la fin du VII siècle cela se ferra en « douceur » … l'usage de l'arabe se répandra dans les villes et progressivement le syriaque sera cantonné dans des contrées toujours plus reculées … vers la fin du Moyen Âge, le syriaque commence à disparaître.
Quand l’écriture arabe a commencé à s'imposer dans le Croissant fertile, les chrétiens ont commencé par l’écrire avec des caractères syriaques … ces écrits sont appelés Karshuni ou Garshuni.
Le syriaque, comme l'arabe ou l'hébreu, est écrit de droite à gauche … c'est une écriture cursive, avec quelques lettres rattachées les unes aux autres … l'alphabet comporte 22 lettres, qui sont toutes des consonnes … le son des voyelles doit être connu du lecteur ou précisé par l'usage de diacritiques.
Le syriaque permet donc à l’araméen, dés le II siècle, d’opérer une véritable « renaissance » littéraire … dont le plus anciens témoins serait la lettre de Mara bar Sarapion de Samonaste, que l’on peut dater qcq part entre l’annexion de Samonastre en 72 et le III siècle … mais c’est Edesse qui apparaît comme le principal foyer de la culture syriaque, avec notamment Bardessan (154-222), philosophe, auteur d’hymnes chrétiens et véritable fondateur de la poésie syriaque … son nom signifie « fils du Daisan » nom du fleuve qui traverse Edesse … son œuvre considérable est largement perdue, à l’exception du « Livre des lois et des pays », sans doute rédigée par un élève, mais fidèle reflet de la pensée du maître.
Le/un « syriaque » deviendra à terme le nom des Araméens chrétiens (suryân en arabe) que l’on trouvera un peu partout dans le Croissant fertile … et dont la langue littéraire est, depuis leur conversion au christianisme, le parler araméen d’Edesse, autrement dit le syriaque (suryâniyya en arabe).
D’un point de vue linguistique les « syriaques » se répartissent en deux groupes : syriaques orientaux et syriaques occidentaux … d’un point de vue ecclésiastique nous avons trois confessions : nestoriens, jacobites et maronites … les melkites (malgré que ce soit un nom dérivé du syriaque) sont des araméens hellénisés (se disant byzantins) ne font pas partis à proprement parlé des syriaques.
L’impact du grec à Edesse dans le syriaque préchrétien.
Il n’est pas facile de savoir jusqu’où la langue grecque était utilisée à Edesse … la ville ayant été fondée comme une colonie militaire grecque avec un certain nombre de personnes d’origine grecque qui devait être assez signifiant même à une période tardive … le manque d’inscriptions durant la période Hellénistique rend spéculative toute interprétation … ttfois le fait qu’il n’existe que peu de « matériaux » avant l’an 165 ap JC quand l’emprise des Romains sur Edesse devint plus forte … semble suggérer qu’Edesse n’était pas aussi Hellénisée qu’on pourrait le penser ou du moins le prévoir.
Les données archéologiques sont peu nombreuses ne permettant pas d’avoir un avis exclusif dans un sens ou dans l’autre.
La présence d’emprunts grecs dans les inscriptions et les parchemins (21 témoins connus à ce jour) en « vieux » syriaque serait en général un indicateur de l'influence culturelle grecque à l’époque préchrétienne.
Ttfois 17 (sur les 21) apparaissent seulement dans les parchemins légaux, presque tous dans le cadre des formules d'introduction de datation, et c’est fort surprenant de les trouver utiliser, puisque ces textes sont de l’an 240 (et suivants) ap JC ou le contexte légal était Romain … les autres témoins, dont deux sont aussi des textes légaux, en syriaque sont ici « romanisés » vraisemblablement parce que leur contenu légal pourrait devoir être défendu dans une cour romaine.
Ainsi tous les emprunts grecs connus, à ce jour, peuvent facilement être expliqués en raison de l'utilisation dans un contexte légal et administratif grec et même romain.
Ce qu’il faut souligner c’est que la « pauvreté » des témoins de cet inventaire linguistique d’expression grecque … suggère que l'aspect des mots grecs utilisés à Edesse soit la plupart du temps relié à une forme de « romanisation » des termes … ceci avant que les inscriptions en syriaque soient définitivement exemptes de mots grecs donc au-delà du III siècle ap JC … mais nous ne pouvons exclure, bien au contraire, l’influence du grec sur les mots (voire la grammaire) syriaque … ainsi que la connaissance et donc l’usage de thèmes liés à la mythologie et à la littérature grecque.
Une des deux mosaïque d’Orphée trouvée à Edesse (l’autre provenant de Philippolis d’Arabie) … a un style, et un graphique épuré, et elle porte une dédicace en syriaque datée de 227-228 … or à Edesse, les mosaïques ont un usage strictement funéraire, ainsi une même culture partagée, un même répertoire d’images, mais sans que l’on puisse affirmer qu’ils en font le même usage … Orphée, dans la tombe d’Edesse, peut-être le symbole de la vie dans l’au-delà, voire de l’espérance d’une résurrection, mais personne ne peut dire si le propriétaire de la tombe est chrétien, juif ou païen … une autre mosaïque datant de 235-236 porte l’image du Phénix et renvoie aux mêmes espérances.
Ainsi le fond culturel de l'apparition de syriaque, en tant que langue littéraire, est plus à rechercher du coté de la tradition sémitique que de celle de la Grèce … la langue préchrétienne d’Edesse a adoré les divinités locales tels que : le dieu-Lune (Sin), le dieu-des-Cieux (Baalshamin / Baal Shamen), le dieu-Soleil (Shamash), le dieu-des-Oracles-Sagesse-Ecriture (Nebo / Nabu) et Bel, et non les dieux grecs … et a utilisé un art qui bien qu’ayant qcq motifs gréco-romains n’en est pas moins fortement marqué par la culture locale.
Une autre preuve que le grec à Edesse n’était pas tellement en vogue c’est … contrairement à Antioche … le besoin de traduire la Bible en Syriaque et ne pas se contenter de la version grecque de la Septante … à tel point que le « besoin » (et partant son approfondissement) du syriaque en tant que véhicule de la pensé théologique/religieuse émanant d’Edesse peut être perçu comme une réaction à la prédominance du grec sans ttfois en exagérer l’ampleur … ainsi si nous prenons l’exemple de Bardesan il connaît les deux langues, envoie son fils Harmonios étudier à Athènes, ce qui ne l’empêche pas de revenir à Edesse pour composer des hymnes en syriaque.
A bien des égards, la philosophie et la théologie qui se développent à Edesse aux II et III siècle ne sont qu’un rameau de ce qui se fait à la même époque à Antioche … et Edesse, cette « Athènes de l’Orient », peut se targuer d’être le centre de la culture grecque habillée à la syriaque.
C’est donc le Christianisme qui a donné au syriaque le prestige que nous lui connaissons actuellement et qui lui permettra de concurrencer le grec dans ce domaine … et nous pouvons dire qu’avant cette époque soit le II-III siècle ap JC l’existence du syriaque en tant que langue littéraire n’est absolument pas évident.
Ecole des Perses
Edesse abrita la fameuse « Ecole des Perses » nom qui fut donné en 363-364 (sous Jovien) ap JC à l’ancienne « Ecole Théologique » qui existait dés le III siècle ap JC … c’est la première école destinée à former les chrétiens en théologie, en philosophie et en sciences … chaque année les missionnaires issus de l’école partaient dans toutes les régions de Perse et d’Asie pour y créer des églises, écoles et hôpitaux … elle sera fermée/détruite par l’empereur byzantin Zénon (475-491) en 489 pour nestorianisme ses adeptes iront à Nisibe (alors dans l’empire sassanide) pour y fonder une nouvelle école ceci jusqu’au VII siècle … étaient enseignés, à Edesse, les œuvres de Théodore de Mopsueste (d’Antioche), Diodore de Tarse et Théodoret de Cyr … Nestorius y était lu et étudié.
C’est à cette école, dés le III jusqu’à la fin du V siècle (mais plus vers la fin qu’en ses débuts), que beaucoup d'ouvrages antiques (de médecine, de philosophie, de sciences naturelles et ésotériques) ont été traduits du grec en syriaques … il semblerait que c’est le philosophe syrien Probus qui soit le premier traducteur d'oeuvres grecques (notamment : les Premiers Analytiques d’Aristote) en syriaque dont le nom nous soit parvenu … d’autres suivront comme : Koumi, Ibas (évêque d’Edesse en 435-457) et bien d’autres après la fermeture de l’école mais en d’autres endroits qu’à Edesse … car c’est le VI siècle qui marquera en qcqsorte l’apogée de la littérature syriaque … même si certains écrits relatent des fait antérieurs à cette époque (par ex : la Chronique d’Edesse etc etc).
C’est une véritable « tradition » avec filiation de maîtres à élèves qui s’instaura … tant dans l’utilisation du syriaque comme langue littéraire que dans l’étude de certaines disciplines (Théologie, Philosophie, Logique, Grammaire voire dans une moindre mesure les Sciences exactes)
A partir de là Edesse et son « école » sera le centre d’une culture qui s’exprimera surtout dans la langue syriaque (nous trouvons qcq inscriptions funéraires qui subsistent à cette époque en : hébreu, grec et palmyrénien) … et qui sera appelé à devenir l’instrument de diffusion du Christianisme en Asie Centrale et en Chine avant donc les Jésuites et les Lazaristes.
Cordialement, Epsilon