Comment exercer la charité envers ses parents ?
Publié : jeu. 13 oct. 2011, 15:05
Bonjour,
Je ne savais pas su je devais poster dans "soutien dans l'épreuve" ou bien dans "vie chrétienne" tant tout est imbriqué.
Mes parents étaient jeunes mariés et jeunes parents lorsque ma mère a perdu la vue de l'oeil droit. J'avais 3 ans à l'époque. Mes parents n'ont eu l'aide de personne dans la famille car les deux familles étaient contre leur mariage.
Mes parents ont tenu bon dans la tempête, ma mère alitée pendant plusieurs mois, et mon père devant tout à la fois s'occuper de ma mère, s'occuper de moi, et exercer son métier d'enseignant.
Ma mère ne pouvait après cela plus travailler, ni même avoir d'enfants.
Plutôt que de les rapprocher, l'épreuve du handicap a rongé mon père, littéralement : ses parents lui avaient bien fait comprendre que maintenant, c'était à lui de subvenir aux besoins de sa femme handicapée et qu'il ne pourrait jamais la laisser tomber ; et en même temps, ma mère n'était plus la même personne... Il avait épousé une jeune femme pleine de de vie, hyperactive, très impliquée dans son travail, préparant des concours pour devenir cadre, avec un bon salaire. Et cette femme était restée certes toujours active mais ne pouvant plus faire ce qu'elle faisait avant, ne pouvant plus travailler, ne pouvant plus sortir avec des amis comme avant, n'étant plus autonome, se retrouvant avec une pension d'invalidité.
Peu à peu, ma mère a perdu la vue du deuxième oeil, pas totalement mais elle est désormais presque aveugle. Mon père a fini par se séparer de ma mère après 34 ans de mariage, mais c'est ma mère qui a demandé le divorce. Mon père, à force de rester avec elle par devoir, était odieux avec elle, essayant par tous les moyens de la faire partir pour ne pas avoir à se le reprocher... Ce n'est pas très glorieux mais bon...
Mes parents étaient athées lorsqu'ils se sont rencontrés. Ma mère a été "saisie" et convertie à l'âge de 40 ans. Cette conversion a provoqué : la réconciliation avec ses propres parents (non pas que mes grands-parents aient compris leurs fautes mais ma mère a réussi à pardonner leur attitude envers elle et envers d'autres membres de la famille), la conversion de ma grand-mère (conversion intérieure car ma grand-mère était déjà pratiquante), mais inexorablement, la foi qui animait ma mère l'a éloignée de mon père. Au départ, mon père a essayé de comprendre (c'était assez complexe car ma mère a eu une conversion spectaculaire avec voix intérieures, visions, phénomènes mystiques, etc), il l'a lui-même menée chez un père afin qu'elle ne reste pas seule avec ses voix, il l'a ensuite conduite à la messe tous les jours, attendant dans la voiture avec un journal. Quand j'ai voulu devenir religieuse à 21 ans, mon père s'est montré heureux pour moi, même s'il ne se voyait pas sans petits-enfants.
Bref, désormais : un divorce a été prononcé. Je me retrouve fille unique avec un père qui est en train de refaire sa vie plus ou moins (disons qu'il fréquente une dame depuis deux ans) et avec qui j'ai de très bons rapports (si ce n'est que par principe, je refuse de le voir avec son amie et que je ne veux pas que mes enfants rencontrent cette dame), et une mère avec qui je partage ma foi, mais pas grand chose d'autre. Je supporte très mal son handicap. Pourtant, la malvoyance est quelque chose de connu puisque mon grand-père lui-même était aveugle. Mais mon grand-père s'intéressait à des tas de choses, on pouvait discuter des heures, il connaissait le grec, le latin, était un passionné d'histoire et de géopolitique... Ma mère est rigide, en tout ce qu'elle est ou fait, elle est rigide, malgré une grande disposition de coeur et une grande richesse intérieure. On a des caractères diamétralement opposés, tant dans notre façon de penser que dans notre façon d'agir. On partage la même foi mais pas la même "pratique" de cette foi. Bref, comme je suis fille unique, elle passe beaucoup de temps chez nous, elle m'appelle tout le temps. Je la vis comme un véritable boulet. Je ne peux faire aucun projet de couple avec mon mari sans penser à la vieillesse de ma mère ou tout simplement à sa vie actuelle. Mes parents n'ont que 60 ans, et s'ils suivent le mouvement général de la famille, ils vont sans doute vivre très vieux et là, je ne me sens pas. J'ai déjà un fils handicapé, ce qui est contraignant. J'ai la sensation que jamais je ne serai libre de mener une vie de couple "normale". Avec mon mari, on rêvait de partir avec les enfants avec FIDESCO pour être aux côtés des plus démunis, en famille, comme projet familial. Et on ne peut pas car je ne peux laisser ma mère durant deux ou trois ans (je lui fais la plupart des choses). Les enfants, on sait qu'ils vont grandir et qu'ils vont pouvoir se débrouiller un jour, mais un parent handicapé, c'est différent, surtout quand ce parent n'a plus de famille et pas d'amis.
Ma mère me pèse. Je ne la supporte pas. Dès que je sais qu'elle vient à la maison, je commence à avoir mal au dos... tout est plus compliqué avec elle car elle n'est pas du tout autonome dans ses déplacements, et avec trois enfants en bas âge, c'est compliqué. Je n'arrive pas à être charitable. Et je vois tout en noir : je me dis qu'une fois que les enfants seront un peu plus autonomes et que je pourrais enfin profiter de ma vie de couple avec mon mari, il faudra que je la supporte elle, que je m'occupe d'elle, sans personne pour prendre le relais, et ça me met dans tous mes états. Me dire que ma vie se résumera à m'occuper de mes enfants dont un handicapé, puis ensuite de ma mère, et de devoir attendre d'avoir 70 ans pour profiter de mon époux, ça me rend malade. Et je préfère ne pas penser au moment où mes deux parents auront besoin de moi...
Même partir en vacances est problématique : il faut toujours s'assurer que ma mère n'aura besoin de rien durant notre absence. Quant aux postes auxquels mon mari pourrait prétendre dans son travail, il faut toujours aussi les envisager en fonction de ma mère. Je vois que même chez mon époux, cela commence à peser (et pourtant, il est bien plus généreux que moi vis à vis de mes parents).
Je ne sais pas comment me défaire de ce sentiment de colère que j'ai vis à vis de ma mère : je lui en veux d'être handicapée, je lui en veux de ne pas être assez "cool" pour avoir des tas d'amis qui l'aident autour d'elle (elle en supporte pas le bruit, elle a une vie quasi monacale, elle mange à heure fixe, ses repas sont super structurés, elle est exigeante sur tout, etc), je lui en veux d'être un poids pour moi qui ai déjà assez à faire avec mes enfants, je lui en veux d'avoir besoin de moi...
Mon père évidemment, malgré ses gros défauts, ne me pèse pas : il est là quand on a besoin de lui et quand il est là, il fait sa vie tout seul. On se ressemble beaucoup donc c'est assez facile pour moi de vivre avec mon père : il ne m'encombre pas. Quand il est là, je ne suis pas obligée "d'aller le promener" (obsession de ma mère : elle veut sortir tous les jours marcher et croit que j'y prends plaisir...), on peut rester des heures à lire chacun de notre côté ou à faire autre chose sans empiéter sur l'autre...
Après, je reconnais que ma mère est pleine de qualités intérieures, mais ça ne me suffit pas. JE ne sais plus comment faire pour me débarrasser de cette sensation de "poids"...
Merci de prier afin que je trouve une solution, ou bien me donner des postes de réflexion...
Fraternellement.
Cécile
Je ne savais pas su je devais poster dans "soutien dans l'épreuve" ou bien dans "vie chrétienne" tant tout est imbriqué.
Mes parents étaient jeunes mariés et jeunes parents lorsque ma mère a perdu la vue de l'oeil droit. J'avais 3 ans à l'époque. Mes parents n'ont eu l'aide de personne dans la famille car les deux familles étaient contre leur mariage.
Mes parents ont tenu bon dans la tempête, ma mère alitée pendant plusieurs mois, et mon père devant tout à la fois s'occuper de ma mère, s'occuper de moi, et exercer son métier d'enseignant.
Ma mère ne pouvait après cela plus travailler, ni même avoir d'enfants.
Plutôt que de les rapprocher, l'épreuve du handicap a rongé mon père, littéralement : ses parents lui avaient bien fait comprendre que maintenant, c'était à lui de subvenir aux besoins de sa femme handicapée et qu'il ne pourrait jamais la laisser tomber ; et en même temps, ma mère n'était plus la même personne... Il avait épousé une jeune femme pleine de de vie, hyperactive, très impliquée dans son travail, préparant des concours pour devenir cadre, avec un bon salaire. Et cette femme était restée certes toujours active mais ne pouvant plus faire ce qu'elle faisait avant, ne pouvant plus travailler, ne pouvant plus sortir avec des amis comme avant, n'étant plus autonome, se retrouvant avec une pension d'invalidité.
Peu à peu, ma mère a perdu la vue du deuxième oeil, pas totalement mais elle est désormais presque aveugle. Mon père a fini par se séparer de ma mère après 34 ans de mariage, mais c'est ma mère qui a demandé le divorce. Mon père, à force de rester avec elle par devoir, était odieux avec elle, essayant par tous les moyens de la faire partir pour ne pas avoir à se le reprocher... Ce n'est pas très glorieux mais bon...
Mes parents étaient athées lorsqu'ils se sont rencontrés. Ma mère a été "saisie" et convertie à l'âge de 40 ans. Cette conversion a provoqué : la réconciliation avec ses propres parents (non pas que mes grands-parents aient compris leurs fautes mais ma mère a réussi à pardonner leur attitude envers elle et envers d'autres membres de la famille), la conversion de ma grand-mère (conversion intérieure car ma grand-mère était déjà pratiquante), mais inexorablement, la foi qui animait ma mère l'a éloignée de mon père. Au départ, mon père a essayé de comprendre (c'était assez complexe car ma mère a eu une conversion spectaculaire avec voix intérieures, visions, phénomènes mystiques, etc), il l'a lui-même menée chez un père afin qu'elle ne reste pas seule avec ses voix, il l'a ensuite conduite à la messe tous les jours, attendant dans la voiture avec un journal. Quand j'ai voulu devenir religieuse à 21 ans, mon père s'est montré heureux pour moi, même s'il ne se voyait pas sans petits-enfants.
Bref, désormais : un divorce a été prononcé. Je me retrouve fille unique avec un père qui est en train de refaire sa vie plus ou moins (disons qu'il fréquente une dame depuis deux ans) et avec qui j'ai de très bons rapports (si ce n'est que par principe, je refuse de le voir avec son amie et que je ne veux pas que mes enfants rencontrent cette dame), et une mère avec qui je partage ma foi, mais pas grand chose d'autre. Je supporte très mal son handicap. Pourtant, la malvoyance est quelque chose de connu puisque mon grand-père lui-même était aveugle. Mais mon grand-père s'intéressait à des tas de choses, on pouvait discuter des heures, il connaissait le grec, le latin, était un passionné d'histoire et de géopolitique... Ma mère est rigide, en tout ce qu'elle est ou fait, elle est rigide, malgré une grande disposition de coeur et une grande richesse intérieure. On a des caractères diamétralement opposés, tant dans notre façon de penser que dans notre façon d'agir. On partage la même foi mais pas la même "pratique" de cette foi. Bref, comme je suis fille unique, elle passe beaucoup de temps chez nous, elle m'appelle tout le temps. Je la vis comme un véritable boulet. Je ne peux faire aucun projet de couple avec mon mari sans penser à la vieillesse de ma mère ou tout simplement à sa vie actuelle. Mes parents n'ont que 60 ans, et s'ils suivent le mouvement général de la famille, ils vont sans doute vivre très vieux et là, je ne me sens pas. J'ai déjà un fils handicapé, ce qui est contraignant. J'ai la sensation que jamais je ne serai libre de mener une vie de couple "normale". Avec mon mari, on rêvait de partir avec les enfants avec FIDESCO pour être aux côtés des plus démunis, en famille, comme projet familial. Et on ne peut pas car je ne peux laisser ma mère durant deux ou trois ans (je lui fais la plupart des choses). Les enfants, on sait qu'ils vont grandir et qu'ils vont pouvoir se débrouiller un jour, mais un parent handicapé, c'est différent, surtout quand ce parent n'a plus de famille et pas d'amis.
Ma mère me pèse. Je ne la supporte pas. Dès que je sais qu'elle vient à la maison, je commence à avoir mal au dos... tout est plus compliqué avec elle car elle n'est pas du tout autonome dans ses déplacements, et avec trois enfants en bas âge, c'est compliqué. Je n'arrive pas à être charitable. Et je vois tout en noir : je me dis qu'une fois que les enfants seront un peu plus autonomes et que je pourrais enfin profiter de ma vie de couple avec mon mari, il faudra que je la supporte elle, que je m'occupe d'elle, sans personne pour prendre le relais, et ça me met dans tous mes états. Me dire que ma vie se résumera à m'occuper de mes enfants dont un handicapé, puis ensuite de ma mère, et de devoir attendre d'avoir 70 ans pour profiter de mon époux, ça me rend malade. Et je préfère ne pas penser au moment où mes deux parents auront besoin de moi...
Même partir en vacances est problématique : il faut toujours s'assurer que ma mère n'aura besoin de rien durant notre absence. Quant aux postes auxquels mon mari pourrait prétendre dans son travail, il faut toujours aussi les envisager en fonction de ma mère. Je vois que même chez mon époux, cela commence à peser (et pourtant, il est bien plus généreux que moi vis à vis de mes parents).
Je ne sais pas comment me défaire de ce sentiment de colère que j'ai vis à vis de ma mère : je lui en veux d'être handicapée, je lui en veux de ne pas être assez "cool" pour avoir des tas d'amis qui l'aident autour d'elle (elle en supporte pas le bruit, elle a une vie quasi monacale, elle mange à heure fixe, ses repas sont super structurés, elle est exigeante sur tout, etc), je lui en veux d'être un poids pour moi qui ai déjà assez à faire avec mes enfants, je lui en veux d'avoir besoin de moi...
Mon père évidemment, malgré ses gros défauts, ne me pèse pas : il est là quand on a besoin de lui et quand il est là, il fait sa vie tout seul. On se ressemble beaucoup donc c'est assez facile pour moi de vivre avec mon père : il ne m'encombre pas. Quand il est là, je ne suis pas obligée "d'aller le promener" (obsession de ma mère : elle veut sortir tous les jours marcher et croit que j'y prends plaisir...), on peut rester des heures à lire chacun de notre côté ou à faire autre chose sans empiéter sur l'autre...
Après, je reconnais que ma mère est pleine de qualités intérieures, mais ça ne me suffit pas. JE ne sais plus comment faire pour me débarrasser de cette sensation de "poids"...
Merci de prier afin que je trouve une solution, ou bien me donner des postes de réflexion...
Fraternellement.
Cécile