L'Église Visible et Invisible, scandale pour tous
Publié : lun. 19 sept. 2011, 12:11
Je ne peux pas m'empêcher de vous copier ce magnifique passage de Catholicisme de Henri de Lubac :
Henri de Lubac, Catholicisme chap II a écrit :Pour mieux repousser les conceptions anarchiques qui ne voient d'Église divine que dans une "Église des saints", société tout invisible qui serait une pure abstraction, il ne s'agit donc surtout pas de tomber dans un excès inverse. L'Église "en tant que visible" n'est elle aussi qu'une abstraction, et notre foi ne doit jamais séparer ce que Dieu, dès l'origine, a uni : Sacramentum magnum, in Christo et in Ecclesia. Au reste, nous ne prétendons pas justifier cette union en l'expliquant. Mystère de l'Église, plus profond encore s'il est possible, plus "difficile à croire" que le Mystère du Christ, comme celui-ci déjà était plus difficile à croire que le Mystère de Dieu. Scandale, non seulement pour les Gentils ou pour les Juifs, mais pour trop de chrétiens eux-mêmes. Nul ne peut croire à l'Église, si ce n'est dans l'Esprit-Saint. Du moins n'est-ce pas là "déifier sa visibilité", comme le reproche nous en est fait quelquefois. Nous ne confondons pas "l'établissement papal et le Royaume de Dieu" (Monod). Nous ne donnons pas à l'Église ce qui appartient à Dieu seul. Nous ne l'adorons pas. Nous ne croyons pas à l'Église au même sens où nous croyons en Dieu, car l'Église elle-même croit en Dieu et elle est "l'Église de Dieu" (1 Cor XV,9). À plus forte raison repoussons-nous le monophysisme en ecclésiologie aussi bien qu'en christologie. Mais nous ne croyons pas moins fermement que, en ecclésiologie comme en christologie, toute dissociation est mortelle. L'expérience du protestantisme suffirait au besoin à nous en avertir. Ne reconnaissant plus dans l'Église visible, dépouillée de ses attributs mystiques, qu'un instrument presque profane, il devenait fatal qu'il l'abandonnât à la tutelle de l'État, pour réfugier la vie religieuse en une Église invisible, elle-même volatilisée en un idéal abstrait.
Mais l'Église, la seule Église réelle, l'Église qui est le Corps du Christ n'est pas seulement cette société fortement hiérarchisée et disciplinée, dont il a fallut maintenir l'origine divine et renforcer l'organisation contre les négations et les révoltes : conception incomplète, qui ne remédie qu'imparfaitement au séparatisme et à l'individualisme de la conception opposée, parce quelle n'y remédie que du dehors, par voie d'autorité plus que d'union effective. Si le Christ est le Sacrement de Dieu, l'Église est pour nous le Sacrement du Christ, elle le représente, selon toute l'ancienne force du terme : elle nous le rend présent en vérité.
(...)
Celui qui fait schisme ou qui provoque la discorde attente donc à ce qu'il y a de plus cher au Christ, puisqu'il attente à ce "corps spirituel" pour lequel le Christ a sacrifié son corps de chair. Il manque à la charité la plus essentielle, celle qui veille sur l'unité. (...) l'unité n'est qu'apparente là où ne règne pas la charité. Porter atteinte à l'une où l'autre - et jamais l'une n'est atteinte sans que l'autre le soit aussi - c'est toujours déchirer l'Église , cette tunique sans couture que le Christ a voulu revêtir pour demeurer parmi nous.