Fukushima, les Japonais et le nucléaire
Publié : sam. 13 août 2011, 16:01
Le casse-tête des déchets du tsunami
Vincent Touraine, Correspondant au Japon
La côte nord-est du Japon doit gérer des montagnes de décombres. Un chantier énorme doublé d’une pollution massive due aux rejets toxiques.
C’est certainement le plus grand défi écologique de l’histoire du Japon, celui de la collecte et du recyclage des 25 millions de tonnes de décombres générés par le tsunami de mars dernier.
Dans le port d’Ishinomaki, en plein cœur de la province de Miyagi, la plus durement touchée par la catastrophe, la tâche est tout simplement dantesque. On estime que le volume total de débris charriés par les flots y représente l’équivalent d’un siècle d’ordures ménagères ! Pour Tomofumi Miura, en charge de la gestion des déchets de la ville, il faudra certainement "plus d’un an pour tout nettoyer".
Carcasses de voitures, restes de maisons, appareils ménagers, troncs d’arbres, bateaux échoués Où que l’on aille dans les régions dévastées de la côte nord-est de l’archipel, le spectacle est le même. Faute de pouvoir les répartir efficacement dans le reste du pays, les décombres sont soigneusement triés et accumulés sur place, formant d’impressionnantes montagnes qui se confondent presque avec le relief de l’arrière-pays.
Même si tout ne pourra pas être recyclé, tout est fait pour récupérer un maximum de débris. Le bois, réduit en copeaux, sera incinéré dans les centrales thermiques et produira de l’électricité. Les métaux seront fondus. Les gravats, eux, réutilisés comme remblai dans la reconstruction des routes et des ports.
Mais parfois les volumes sont tels que les circuits de recyclage sont vite saturés. Les lots de déchets métalliques mis sur le marché par certaines municipalités trouvent difficilement preneurs du fait de leur taille. Autre obstacle au recyclage : la concentration parfois excessive en sel décelée dans des déchets comme le bois. Les incinérer en l’état produirait des gaz toxiques. D’où l’idée de certaines localités de les laisser quelque temps à l’air libre, pour que ce sel soit rincé par les pluies. "Une méthode loin d’être parfaite, mais réaliste", estime-t-on au ministère nippon de l’Environnement.
Autre solution : mettre au point des incinérateurs spéciaux, filtrant plus efficacement les gaz dangereux. La ville de Sendai a déjà lancé un appel d’offres pour l’acquisition de tels équipements.
Largement occultée par les retombées radioactives de l’accident nucléaire de Fukushima, la question de la pollution des régions sinistrées par les substances toxiques libérées par le tsunami demeure une zone d’ombre. Une véritable "menace cachée" pour Junichi Sato, directeur général de Greenpeace Japon, qui dénonce la lenteur avec laquelle le gouvernement japonais s’est attaqué au problème.
En frappant les côtes de Miyagi et d’Iwate, le tsunami a submergé des zones à forte concentration industrielle. Usines chimiques, pharmaceutiques, raffineries de pétrole, sites métallurgiques, industries du plastique et du papier Sans parler de la production de pesticides, massivement utilisés dans la culture du riz. Autant d’activités générant des substances plus nocives les unes que les autres : hydrocarbures, peintures, solvants, aérosols, acides, métaux lourds De quoi polluer la terre et l’océan pour des décennies.
Pire : "La lame de fond a aussi fait remonter vers la surface des tonnes de déchets toxiques accumulés au fond de la mer" , s’alarme Junichi Sato. Autant de polluants persistants dangereux pour la santé humaine, et qui risquent de contaminer durablement la chaîne alimentaire marine.
Déjà, les provinces sinistrées notent une recrudescence des troubles dus à l’inhalation de poussières de boues chargées de particules toxiques. Selon Masaru Yanai, docteur à l’hôpital d’Ishinomaki : " Les cas de pneumonies ont décuplé, et dans vingt à trente ans, on verra apparaître des cancers du poumon ou des maladies liées à l’amiante." Un verdict sombre mais crédible quand on sait que des milliers de survivants et de volontaires ont évolué pendant des semaines au milieu des ruines, sans protection particulière.
Si cette pollution reste limitée aux régions touchées directement par le tsunami, il en est une qui concerne tout l’est du Japon : la contamination radioactive des boues résiduelles des stations d’épuration. Dans les jours qui ont suivi l’accident nucléaire, les pluies chargées de particules irradiées ont pollué fleuves et rivières, avant de gagner les circuits de distribution d’eau de ville. Au total, et selon une estimation du ministère de la Santé, plus de 120 000 tonnes de boue radioactive se sont accumulées dans une quinzaine de préfectures.
Aujourd’hui, une agglomération comme celle de Tokyo, pourtant distante de plus de 200 kilomètres de Fukushima, se retrouve avec des milliers de tonnes de cette boue contaminée sur les bras, dont elle ne sait que faire.
Vincent Touraine, Correspondant au Japon
La côte nord-est du Japon doit gérer des montagnes de décombres. Un chantier énorme doublé d’une pollution massive due aux rejets toxiques.
C’est certainement le plus grand défi écologique de l’histoire du Japon, celui de la collecte et du recyclage des 25 millions de tonnes de décombres générés par le tsunami de mars dernier.
Dans le port d’Ishinomaki, en plein cœur de la province de Miyagi, la plus durement touchée par la catastrophe, la tâche est tout simplement dantesque. On estime que le volume total de débris charriés par les flots y représente l’équivalent d’un siècle d’ordures ménagères ! Pour Tomofumi Miura, en charge de la gestion des déchets de la ville, il faudra certainement "plus d’un an pour tout nettoyer".
Carcasses de voitures, restes de maisons, appareils ménagers, troncs d’arbres, bateaux échoués Où que l’on aille dans les régions dévastées de la côte nord-est de l’archipel, le spectacle est le même. Faute de pouvoir les répartir efficacement dans le reste du pays, les décombres sont soigneusement triés et accumulés sur place, formant d’impressionnantes montagnes qui se confondent presque avec le relief de l’arrière-pays.
Même si tout ne pourra pas être recyclé, tout est fait pour récupérer un maximum de débris. Le bois, réduit en copeaux, sera incinéré dans les centrales thermiques et produira de l’électricité. Les métaux seront fondus. Les gravats, eux, réutilisés comme remblai dans la reconstruction des routes et des ports.
Mais parfois les volumes sont tels que les circuits de recyclage sont vite saturés. Les lots de déchets métalliques mis sur le marché par certaines municipalités trouvent difficilement preneurs du fait de leur taille. Autre obstacle au recyclage : la concentration parfois excessive en sel décelée dans des déchets comme le bois. Les incinérer en l’état produirait des gaz toxiques. D’où l’idée de certaines localités de les laisser quelque temps à l’air libre, pour que ce sel soit rincé par les pluies. "Une méthode loin d’être parfaite, mais réaliste", estime-t-on au ministère nippon de l’Environnement.
Autre solution : mettre au point des incinérateurs spéciaux, filtrant plus efficacement les gaz dangereux. La ville de Sendai a déjà lancé un appel d’offres pour l’acquisition de tels équipements.
Largement occultée par les retombées radioactives de l’accident nucléaire de Fukushima, la question de la pollution des régions sinistrées par les substances toxiques libérées par le tsunami demeure une zone d’ombre. Une véritable "menace cachée" pour Junichi Sato, directeur général de Greenpeace Japon, qui dénonce la lenteur avec laquelle le gouvernement japonais s’est attaqué au problème.
En frappant les côtes de Miyagi et d’Iwate, le tsunami a submergé des zones à forte concentration industrielle. Usines chimiques, pharmaceutiques, raffineries de pétrole, sites métallurgiques, industries du plastique et du papier Sans parler de la production de pesticides, massivement utilisés dans la culture du riz. Autant d’activités générant des substances plus nocives les unes que les autres : hydrocarbures, peintures, solvants, aérosols, acides, métaux lourds De quoi polluer la terre et l’océan pour des décennies.
Pire : "La lame de fond a aussi fait remonter vers la surface des tonnes de déchets toxiques accumulés au fond de la mer" , s’alarme Junichi Sato. Autant de polluants persistants dangereux pour la santé humaine, et qui risquent de contaminer durablement la chaîne alimentaire marine.
Déjà, les provinces sinistrées notent une recrudescence des troubles dus à l’inhalation de poussières de boues chargées de particules toxiques. Selon Masaru Yanai, docteur à l’hôpital d’Ishinomaki : " Les cas de pneumonies ont décuplé, et dans vingt à trente ans, on verra apparaître des cancers du poumon ou des maladies liées à l’amiante." Un verdict sombre mais crédible quand on sait que des milliers de survivants et de volontaires ont évolué pendant des semaines au milieu des ruines, sans protection particulière.
Si cette pollution reste limitée aux régions touchées directement par le tsunami, il en est une qui concerne tout l’est du Japon : la contamination radioactive des boues résiduelles des stations d’épuration. Dans les jours qui ont suivi l’accident nucléaire, les pluies chargées de particules irradiées ont pollué fleuves et rivières, avant de gagner les circuits de distribution d’eau de ville. Au total, et selon une estimation du ministère de la Santé, plus de 120 000 tonnes de boue radioactive se sont accumulées dans une quinzaine de préfectures.
Aujourd’hui, une agglomération comme celle de Tokyo, pourtant distante de plus de 200 kilomètres de Fukushima, se retrouve avec des milliers de tonnes de cette boue contaminée sur les bras, dont elle ne sait que faire.