Crise sociale, crise des modèles ?
Publié : mer. 29 mars 2006, 10:17
Toute la crise actuelle peut s'expliquer par la perception fausse que l'on a aujourd'hui de la société contemporaine. Sous l'influence de Durkheim, Ledrut ou encore de Bell, on veut nous faire croire que la société est aujourd'hui passée dans une phase post-industrielle, au sens de croissance auto-entretenue et d'évolution vers une société plus technologique et scientifique que purement industrielle ou tertiaire. Force est cependant de constater que la société actuelle ne connaît que fort peu des caractères théoriques d'une société post-industrielle, voire même fort peu des caractères théoriques d'une société industrielle qu'elle n'est plus. La crise de confiance actuelle et le blocage dans le raisonnement de nos décideurs vient du fait qu'ils restent enfermés dans des modèles théoriques abstraits et inertes – il suffit pour s’en convaincre de consulteer les modèles mathématiques d’action proposés par l’OCDE ou encore les débats, à mon sens scandaleux, sur le coût du mort -, alors que la société est aujourd'hui multidirectionnelle et dynamique, se transformant sans cesse, mais selon des axes différents de ceux prévus - et néanmoins toujours enseignés dans beaucoup de grandes écoles soit dit en passant -.
Notre société, que l'on pourrait qualifier de progrès si ce terme n'avait été galvaudé par un sur-usage ou encore d'évolutive, est en fait un modèle inédit qui regroupe aussi bien des caractères de société archaïque que de société médiévale, baroque, moderne ou post-moderne. Notre société se situe aujourd'hui à un point de conjonction de son évolution que l'on pourrait comparer à la phase de transition entre le bas Moyen-âge et la Renaissance, à la recherche d'un équilibre - d'où la crise de confiance plus que de croissance et que sociale actuelle - qui la conduira vers un équilibre des relations humaines et des activités humaines dans un respect mutuel. Il ne s'agit pas là d'une utopie, même si ces équilibres sont à rapprocher des modèles idéalisés par ceux que l'on nomme Utopistes, mais du fruit d'une longue évolution lancée voici plusieurs siècles, avant même la rupture de la Réforme et de la Renaissance. Malraux disait que le XXI° siècle serait spirituel ou ne serait pas... Le XXI° siècle - qui est et qui sera – sera spirituel, la difficulté étant d'intégrer cette dimension spirituelle donc de modification des habitudes de travail et de relations sociales à un modèle de société qu'il faut prolonger et non briser..
Le problème est celui de la lutte contre les inerties et contre les privilèges auto-attribués. Il faut donc être révolutionnaire face à un conservatisme fermé et replié sur des privilèges construits non sur des réalités de progrès mais sur une mythologie de pureté et d'efficacité sociale.... C'est pourquoi la politique actuelle qui tend à rejeter le modèle de la Fabian Society d'une transformation de la société en évitant toute forme de remise en cause de l'ordre par la promotion de la bourgeoisie dans un socialisme temporisateur est bonne ; on ne brisera les archaïsmes des technocraties et des droites et des gauches inertes qu'en insistant sur le bienfait des crises, mais des crises jugulées et conduisant au consensus de la concertation et du dialogue, ce que développait d'ailleurs Jacques Rueff que tous devraient aujourd'hui relire. Lorsque Rueff écrivait que l'assurance chômage était la source même du chômage, il ne signifiait pas qu'il fallait détruire toute protection sociale ; il voulait signifier que trop de charges sociales, trop de facilités d'accès aux aides sociales entraînait des attitudes de rejet du travail - pas forcément au sens classique du terme - et des blocages dans la société au profit de minorités, que celles-ci soient patronales ou syndicales.
En son temps, de Gaulle avait compris que les crises - ou du moins leur résolution - pouvaient - à la condition de ne pas trop durer - être un bienfait ; mais aujourd’hui, ceci n’est plus forcément d’actualité ! Ce n'est qu'un début, continuons le combat pour paraphraser les soixante-huitards qui formaient d'ailleurs jusqu’au phénomène nouveau de la sur-présence de la jeunesse le gros des troupes des manifestations intégrant une certaine dose de conservatisme, ceux qui étaient des étudiants manifestants voici presque quarante ans étant devenus des travailleurs proches de la retraite manifestants... n'ayant rien compris à la réalité planétaire de mai 1968 ! Il faut néanmoins agir vite, les grèves de ces dernières années ont déjà coûté à la France plusieurs fois l'équivalent du déficit de la Sécurité sociale.
Les divergences entre les modèles que des technocrates, certains syndicalistes et certains politiques de droite ou de gauche passéistes cherchent à imposer, et la réalité de la société française - et européenne - actuelle sont pourtant bien réelles !
Il faut bien comprendre que notre modèle de société - et je dépasse ici le simple cas de la France pour évoquer la société de type occidental dans son ensemble - comporte incontestablement un caractère archaïque en ce sens que l’univers où elle se meut est fondé certes sur des réalités, mais aussi sur des mythes, des croyances et des perceptions de l’autre idéalisées. L’univers contemporain est certes un univers physique, mais il est aussi immatériel et mental, ce dernier aspect conduisant à une modélisation de type archaïque. Le monde actuel est donc bien en plein développement…
Notre société est en fait à un point de conjonction de son évolution comparable à la transition entre le bas Moyen-âge et la Renaissance, avec une recherche d'un équilibre nouveau des relations et des activités nouvelles sur la base d'un respect mutuel. Se pose donc la question des modèles théoriques, ainsi que celle de savoir quelle est la forme de la crise actuelle.
Elle est à la fois traditionnelle et moderniste, permanente et évolutive, mais pour s’en rendre compte, il faut accepter de se dépouiller partiellement d’une partie de son moi, en ce sens que les notion de pouvoir, de progrès et d’évolution ne doivent pas se juger seulement à l’aune des sociétés occidentales. C’est ceci qui, tout en permettant de proposer des solutions, permettra à la géopolitique d’être neutre, par l’exclusion de tous les oripeaux d’infériorité induits par l’évolutionnisme social, et ce même si la géopolitique permet de dégager des idées de puissances, dont de domination, voire de supériorité ; mais ces idées sont là pour aider, non plus pour contraindre, même si certains organismes, tel que le FMI, ne l’ont pas encore compris. Bien évidemment, la géopolitique permet au puissant d’asseoir sa puissance, de l’imposer, d’imposer ses vues économiques, culturelles, sociales, mais elle peut aussi lui permettre de s’assurer tout en respectant les modèles internes aux sociétés avec lesquelles il est en contact. C’est en ce sens que la géopolitique ne doit plus servir à faire la guerre, mais à faire la paix, le tout étant de savoir de quelle manière l’imposition de la paix ne trouble pas la cohérence interne d’une société ou plus exactement n’est pas une ingérence déguisée à visée de puissance. Faire la paix, oui, mais en respectant les peuples. Tous est donc bien dans la question des valeurs… Nos valeurs occidentales, en particulier liées au respect de la vie, sont-elles transposables ? Question très difficile ! Par exemple, a t-on le droit moral d’imposer à des peuples de ne pas se battre, de ne pas massacrer, alors même que ces notions seraient inséparables de leurs cultures. Les en empêcher, ne serait-ce pas les tuer d’une autre manière ? Véritable débat moral…
[align=right]© Serge BONNEFOI, Marseille, 2007
(en cas de reprise, même partielle, prière de citer l’auteur et le présent forum. Merci)
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Notre société, que l'on pourrait qualifier de progrès si ce terme n'avait été galvaudé par un sur-usage ou encore d'évolutive, est en fait un modèle inédit qui regroupe aussi bien des caractères de société archaïque que de société médiévale, baroque, moderne ou post-moderne. Notre société se situe aujourd'hui à un point de conjonction de son évolution que l'on pourrait comparer à la phase de transition entre le bas Moyen-âge et la Renaissance, à la recherche d'un équilibre - d'où la crise de confiance plus que de croissance et que sociale actuelle - qui la conduira vers un équilibre des relations humaines et des activités humaines dans un respect mutuel. Il ne s'agit pas là d'une utopie, même si ces équilibres sont à rapprocher des modèles idéalisés par ceux que l'on nomme Utopistes, mais du fruit d'une longue évolution lancée voici plusieurs siècles, avant même la rupture de la Réforme et de la Renaissance. Malraux disait que le XXI° siècle serait spirituel ou ne serait pas... Le XXI° siècle - qui est et qui sera – sera spirituel, la difficulté étant d'intégrer cette dimension spirituelle donc de modification des habitudes de travail et de relations sociales à un modèle de société qu'il faut prolonger et non briser..
Le problème est celui de la lutte contre les inerties et contre les privilèges auto-attribués. Il faut donc être révolutionnaire face à un conservatisme fermé et replié sur des privilèges construits non sur des réalités de progrès mais sur une mythologie de pureté et d'efficacité sociale.... C'est pourquoi la politique actuelle qui tend à rejeter le modèle de la Fabian Society d'une transformation de la société en évitant toute forme de remise en cause de l'ordre par la promotion de la bourgeoisie dans un socialisme temporisateur est bonne ; on ne brisera les archaïsmes des technocraties et des droites et des gauches inertes qu'en insistant sur le bienfait des crises, mais des crises jugulées et conduisant au consensus de la concertation et du dialogue, ce que développait d'ailleurs Jacques Rueff que tous devraient aujourd'hui relire. Lorsque Rueff écrivait que l'assurance chômage était la source même du chômage, il ne signifiait pas qu'il fallait détruire toute protection sociale ; il voulait signifier que trop de charges sociales, trop de facilités d'accès aux aides sociales entraînait des attitudes de rejet du travail - pas forcément au sens classique du terme - et des blocages dans la société au profit de minorités, que celles-ci soient patronales ou syndicales.
En son temps, de Gaulle avait compris que les crises - ou du moins leur résolution - pouvaient - à la condition de ne pas trop durer - être un bienfait ; mais aujourd’hui, ceci n’est plus forcément d’actualité ! Ce n'est qu'un début, continuons le combat pour paraphraser les soixante-huitards qui formaient d'ailleurs jusqu’au phénomène nouveau de la sur-présence de la jeunesse le gros des troupes des manifestations intégrant une certaine dose de conservatisme, ceux qui étaient des étudiants manifestants voici presque quarante ans étant devenus des travailleurs proches de la retraite manifestants... n'ayant rien compris à la réalité planétaire de mai 1968 ! Il faut néanmoins agir vite, les grèves de ces dernières années ont déjà coûté à la France plusieurs fois l'équivalent du déficit de la Sécurité sociale.
Les divergences entre les modèles que des technocrates, certains syndicalistes et certains politiques de droite ou de gauche passéistes cherchent à imposer, et la réalité de la société française - et européenne - actuelle sont pourtant bien réelles !
Il faut bien comprendre que notre modèle de société - et je dépasse ici le simple cas de la France pour évoquer la société de type occidental dans son ensemble - comporte incontestablement un caractère archaïque en ce sens que l’univers où elle se meut est fondé certes sur des réalités, mais aussi sur des mythes, des croyances et des perceptions de l’autre idéalisées. L’univers contemporain est certes un univers physique, mais il est aussi immatériel et mental, ce dernier aspect conduisant à une modélisation de type archaïque. Le monde actuel est donc bien en plein développement…
Notre société est en fait à un point de conjonction de son évolution comparable à la transition entre le bas Moyen-âge et la Renaissance, avec une recherche d'un équilibre nouveau des relations et des activités nouvelles sur la base d'un respect mutuel. Se pose donc la question des modèles théoriques, ainsi que celle de savoir quelle est la forme de la crise actuelle.
Elle est à la fois traditionnelle et moderniste, permanente et évolutive, mais pour s’en rendre compte, il faut accepter de se dépouiller partiellement d’une partie de son moi, en ce sens que les notion de pouvoir, de progrès et d’évolution ne doivent pas se juger seulement à l’aune des sociétés occidentales. C’est ceci qui, tout en permettant de proposer des solutions, permettra à la géopolitique d’être neutre, par l’exclusion de tous les oripeaux d’infériorité induits par l’évolutionnisme social, et ce même si la géopolitique permet de dégager des idées de puissances, dont de domination, voire de supériorité ; mais ces idées sont là pour aider, non plus pour contraindre, même si certains organismes, tel que le FMI, ne l’ont pas encore compris. Bien évidemment, la géopolitique permet au puissant d’asseoir sa puissance, de l’imposer, d’imposer ses vues économiques, culturelles, sociales, mais elle peut aussi lui permettre de s’assurer tout en respectant les modèles internes aux sociétés avec lesquelles il est en contact. C’est en ce sens que la géopolitique ne doit plus servir à faire la guerre, mais à faire la paix, le tout étant de savoir de quelle manière l’imposition de la paix ne trouble pas la cohérence interne d’une société ou plus exactement n’est pas une ingérence déguisée à visée de puissance. Faire la paix, oui, mais en respectant les peuples. Tous est donc bien dans la question des valeurs… Nos valeurs occidentales, en particulier liées au respect de la vie, sont-elles transposables ? Question très difficile ! Par exemple, a t-on le droit moral d’imposer à des peuples de ne pas se battre, de ne pas massacrer, alors même que ces notions seraient inséparables de leurs cultures. Les en empêcher, ne serait-ce pas les tuer d’une autre manière ? Véritable débat moral…
[align=right]© Serge BONNEFOI, Marseille, 2007
(en cas de reprise, même partielle, prière de citer l’auteur et le présent forum. Merci)
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