La samaritaine féministe et l’approche amoureuse de Jésus
Publié : ven. 10 déc. 2010, 17:04
Avec déjà cinq maris au compteur et la fréquentation hors mariage d’un homme qui n’est pas son mari, la samaritaine qui se trouve près d’un puits ne doit pas être bien vue. D’ailleurs, elle s’y rend seule et non en compagnie de copines. Elle s’y rend à midi, à l’heure la plus chaude de la journée, à un moment où personne ne s’y rend et où elle évite ainsi les possibles affronts des autres femmes.
Quand Jésus s’approche d’elle, le tableau est surréaliste. Pas seulement parce qu’il n’était pas banal d’aborder ainsi une femme, ni a fortiori pour un juif d’aborder ainsi une samaritaine.
Surréaliste, parce que le tableau est biblique. Ce n’est pas n’importe quel puits, mais le puits de Jacob. Il fallait déjà une certaine audace à cette femme méprisée par les gens de bonne conduite pour se rendre à ce puits là. Mais, surtout, parler à une femme pour lui demander de l’eau à boire dans son récipient personnel, c’était non seulement entrer dans son intimité, mais c’était reproduire l’attitude biblique par excellence d’ouverture vers un possible mariage.
C’est en lui demandant de puiser de l’eau que Rebecca a été abordée pour être choisie comme épouse d’Isaac (Gn 24, 14), c’est en puisant de l’eau pour le troupeau conduit par sa future épouse bien-aimée que Jacob s’est approché de Rachel (Gn 29, 10-11), et c’est aussi en puisant de l’eau pour le troupeau conduit par sa future épouse Séphora que Moïse s’en est d’abord approché.
Ni la samaritaine, ni Jésus ne l’ignoraient.
Pour la samaritaine, un mariage est possible. Elle n’est pas mariée. Elle imagine que la démarche de Jésus est celle d’un homme attiré par elle et qui entame une opération de séduction. Elle est probablement un peu flattée de l’intérêt qu’elle suscite, d’autant plus que la démarche vient d’un juif. Elle est prête à jouer quelque peu avec son pouvoir de séduction. Elle va affirmer avec aplomb qu’elle n’a pas de mari.
Elle ignore que Jésus sait qu’en réalité, elle a déjà eu cinq maris et qu’en réalité, elle n’est pas vraiment libre puisqu’elle vit avec un homme qui n’est pas son mari. Jésus n’a évidemment aucune intention de se marier avec la samaritaine, mais il joue le jeu franchement. Il sait bien que sa démarche est ambiguë.
Et quand Jésus lui parle d’une autre eau, d’une eau vive, elle n’hésite pas à lui renvoyer ce qu’elle a considéré comme une tentative d’approche à connotation conjugale, voire sexuelle. A son tour, elle lui demande de lui donner de l’eau, d’agir comme Jacob et Moïse l’ont fait pour leur future épouse.
Et Jésus ne quitte pas le terrain conjugal. Cette parole d’invitation à un acte d’alliance que la femme lui adresse concerne un éventuel mari. La réponse de Jésus reste dans cette logique : va chercher ton mari. Mais la samaritaine a la réplique facile qui lui permet de persister dans sa demande qui n’est que normale. Je n’ai pas de mari. Sous-entendu : puisque tu m’as demandé à boire, je peux te le demander aussi et continuer le dialogue engagé sur le terrain de l’approche mutuelle.
Veux-t-elle vraiment approfondir la possibilité d’une alliance ? C’est là que Jésus lui renvoie une nouvelle question. Certes, tu n’as pas de mari même si tu en as eu cinq, mais il y a un autre homme que moi dans ta vie. Ne doit-elle pas choisir ?
Perçoit-on toute l’audace de ce dialogue où Jésus, tout en ayant aucune intention de nouer une alliance conjugale avec cette femme au sens où elle l’entend, l’emmène virtuellement dans un dialogue où il fait comme si, renversant toutes les barrières, celles des religions, celles du passé et du présent de cette femme bien loin des règles morales, il s’engageait dans la recherche d’une possible alliance conjugale avec elle comme elle le pense ?
Et, en réalité, c’est bien une vraie alliance conjugale qu’il lui propose, mais pas celle qui unit exclusivement une homme et une femme, mais celle qui unit le Christ à son Eglise.
Jésus n’ignore pas que la Samaritaine comprend tout autre chose et se situe sur le terrain d’une alliance humaine, et qu’elle ne se situe pas sur ce terrain de manière réelle, mais seulement virtuelle. Tous les deux jouent avec la symbolique d’une alliance terrestre. Il y a Jésus, qui rencontre cette femme pour l’aimer de l’amour même de Dieu, pour lui offrir une vraie alliance conjugale éternelle, à elle telle qu’elle est, sans condition, avec sa religion et tous les défauts de son existence. Il y a la Samaritaine, qui croit avoir attiré cet homme par ses attraits et veut s’amuser dans un jeu de séduction en lui faisant croire à une possible union terrestre voire une possible aventure sexuelle, semblant de lui offrir une perspective d’union, alors qu’elle sait bien qu’elle est en réalité avec un autre homme.
Mais, Jésus le sait. Je n’ai pas de mari, dit-elle pour faire croire qu’elle est libre. Tu en as eu cinq et tu es avec un homme, dit-il pour lui révéler qu’il n’est pas dupe, mais il constate ainsi que la demande de la femme reste acceptable. Elle peut lui demander de lui donner l’eau qu’il possède. La possibilité d’une alliance reste ouverte.
Vient l’obstacle religieux. Balayé. C’est en esprit et en vérité qu’il faut aimer Dieu.
Il n’y a plus d’obstacle. Le jeu s’arrête. Il faut s’engager dans un lien d’alliance ou partir. Elle part. Elle n’a pas donné d’eau à Jésus. Elle n’en a pas reçu de lui. Mais, elle est troublée.
La samaritaine n’est-elle pas soudain dans la position même de Eve ? C’est en esprit et en vérité qu’Adam et Eve étaient invités à vivre en alliance avec Dieu. Eve avait aussi un homme dans sa vie, lorsqu’elle a été confrontée à la possibilité d’être unie à Dieu, mais qu’elle a choisi l’autonomie, de décider elle-même du bien et du mal.
Comme Eve, la Samaritaine retourne vers son homme, voire vers ses hommes. Avec la question fondamentale. N’est-ce pas le retour de Dieu parmi nous ? Le Christ présent ? Et la porte s’ouvre. Ils viennent écouter.
Le moment est essentiel. C’est le seul moment et devant la seule personne, dans les Evangiles, où Jésus révèle aussi clairement qu’il est le Messie. Je le suis, moi qui te parle.
Jésus a respecté la situation de cette femme unie à un homme après avoir eu cinq maris. Quel paradoxe de se révéler comme Messie dans une approche conjugale avec cette femme. Juste après les noces de Cana.
La rencontre avec la samaritaine rejoint les autres paroles de Jésus sur l’union de l’homme et de la femme. Celles sur l’importance essentielle du mariage, sur ceux qui se consacrent au célibat sans mari, ni femme, ou sur cette femme qui avait eu sept maris.
Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. Dans le récit de la création, l’union d’Adam et Eve est éblouissante. Elle achève la création. Chair de ma chair. Os de mes os. Adam quitte père et mère pour s’attacher à cette merveilleuse compagne qu’il découvre.
Mais, il leur reste à rencontrer leur Dieu en esprit et en vérité. Pour entrer dans le royaume des cieux, il est sans importance de prendre mari ou femme. Il faut aimer en esprit et en vérité. Ceux qui entrent dans le royaume, qu’ils soient célibataires ou mariés, ne prennent ni femme, ni mari pour y entrer.
Même si l’union conjugale est essentielle dans la création de l’humanité comme pour la création de chacune de nos vies créées pour entrer dans l’existence, l’accès à la vie éternelle, à la communion vivante avec Dieu, ne dépend pas d’une telle union.
Au contraire, comme le Christ l’a montré lui-même et l’a enseigné, le choix du célibat peut être un chemin parfait vers la vie éternelle. On ne prend ni femme, ni mari pour entrer dans le Royaume. On y entre chacun dans la communion de Dieu en esprit et en vérité, en accueillant l’invitation du Christ à une union conjugale d’une toute autre dimension. Celle qu’il a offerte à la Samaritaine. Celle qu’il offre à chacun de nous.
Quand Jésus s’approche d’elle, le tableau est surréaliste. Pas seulement parce qu’il n’était pas banal d’aborder ainsi une femme, ni a fortiori pour un juif d’aborder ainsi une samaritaine.
Surréaliste, parce que le tableau est biblique. Ce n’est pas n’importe quel puits, mais le puits de Jacob. Il fallait déjà une certaine audace à cette femme méprisée par les gens de bonne conduite pour se rendre à ce puits là. Mais, surtout, parler à une femme pour lui demander de l’eau à boire dans son récipient personnel, c’était non seulement entrer dans son intimité, mais c’était reproduire l’attitude biblique par excellence d’ouverture vers un possible mariage.
C’est en lui demandant de puiser de l’eau que Rebecca a été abordée pour être choisie comme épouse d’Isaac (Gn 24, 14), c’est en puisant de l’eau pour le troupeau conduit par sa future épouse bien-aimée que Jacob s’est approché de Rachel (Gn 29, 10-11), et c’est aussi en puisant de l’eau pour le troupeau conduit par sa future épouse Séphora que Moïse s’en est d’abord approché.
Ni la samaritaine, ni Jésus ne l’ignoraient.
Pour la samaritaine, un mariage est possible. Elle n’est pas mariée. Elle imagine que la démarche de Jésus est celle d’un homme attiré par elle et qui entame une opération de séduction. Elle est probablement un peu flattée de l’intérêt qu’elle suscite, d’autant plus que la démarche vient d’un juif. Elle est prête à jouer quelque peu avec son pouvoir de séduction. Elle va affirmer avec aplomb qu’elle n’a pas de mari.
Elle ignore que Jésus sait qu’en réalité, elle a déjà eu cinq maris et qu’en réalité, elle n’est pas vraiment libre puisqu’elle vit avec un homme qui n’est pas son mari. Jésus n’a évidemment aucune intention de se marier avec la samaritaine, mais il joue le jeu franchement. Il sait bien que sa démarche est ambiguë.
Et quand Jésus lui parle d’une autre eau, d’une eau vive, elle n’hésite pas à lui renvoyer ce qu’elle a considéré comme une tentative d’approche à connotation conjugale, voire sexuelle. A son tour, elle lui demande de lui donner de l’eau, d’agir comme Jacob et Moïse l’ont fait pour leur future épouse.
Et Jésus ne quitte pas le terrain conjugal. Cette parole d’invitation à un acte d’alliance que la femme lui adresse concerne un éventuel mari. La réponse de Jésus reste dans cette logique : va chercher ton mari. Mais la samaritaine a la réplique facile qui lui permet de persister dans sa demande qui n’est que normale. Je n’ai pas de mari. Sous-entendu : puisque tu m’as demandé à boire, je peux te le demander aussi et continuer le dialogue engagé sur le terrain de l’approche mutuelle.
Veux-t-elle vraiment approfondir la possibilité d’une alliance ? C’est là que Jésus lui renvoie une nouvelle question. Certes, tu n’as pas de mari même si tu en as eu cinq, mais il y a un autre homme que moi dans ta vie. Ne doit-elle pas choisir ?
Perçoit-on toute l’audace de ce dialogue où Jésus, tout en ayant aucune intention de nouer une alliance conjugale avec cette femme au sens où elle l’entend, l’emmène virtuellement dans un dialogue où il fait comme si, renversant toutes les barrières, celles des religions, celles du passé et du présent de cette femme bien loin des règles morales, il s’engageait dans la recherche d’une possible alliance conjugale avec elle comme elle le pense ?
Et, en réalité, c’est bien une vraie alliance conjugale qu’il lui propose, mais pas celle qui unit exclusivement une homme et une femme, mais celle qui unit le Christ à son Eglise.
Jésus n’ignore pas que la Samaritaine comprend tout autre chose et se situe sur le terrain d’une alliance humaine, et qu’elle ne se situe pas sur ce terrain de manière réelle, mais seulement virtuelle. Tous les deux jouent avec la symbolique d’une alliance terrestre. Il y a Jésus, qui rencontre cette femme pour l’aimer de l’amour même de Dieu, pour lui offrir une vraie alliance conjugale éternelle, à elle telle qu’elle est, sans condition, avec sa religion et tous les défauts de son existence. Il y a la Samaritaine, qui croit avoir attiré cet homme par ses attraits et veut s’amuser dans un jeu de séduction en lui faisant croire à une possible union terrestre voire une possible aventure sexuelle, semblant de lui offrir une perspective d’union, alors qu’elle sait bien qu’elle est en réalité avec un autre homme.
Mais, Jésus le sait. Je n’ai pas de mari, dit-elle pour faire croire qu’elle est libre. Tu en as eu cinq et tu es avec un homme, dit-il pour lui révéler qu’il n’est pas dupe, mais il constate ainsi que la demande de la femme reste acceptable. Elle peut lui demander de lui donner l’eau qu’il possède. La possibilité d’une alliance reste ouverte.
Vient l’obstacle religieux. Balayé. C’est en esprit et en vérité qu’il faut aimer Dieu.
Il n’y a plus d’obstacle. Le jeu s’arrête. Il faut s’engager dans un lien d’alliance ou partir. Elle part. Elle n’a pas donné d’eau à Jésus. Elle n’en a pas reçu de lui. Mais, elle est troublée.
La samaritaine n’est-elle pas soudain dans la position même de Eve ? C’est en esprit et en vérité qu’Adam et Eve étaient invités à vivre en alliance avec Dieu. Eve avait aussi un homme dans sa vie, lorsqu’elle a été confrontée à la possibilité d’être unie à Dieu, mais qu’elle a choisi l’autonomie, de décider elle-même du bien et du mal.
Comme Eve, la Samaritaine retourne vers son homme, voire vers ses hommes. Avec la question fondamentale. N’est-ce pas le retour de Dieu parmi nous ? Le Christ présent ? Et la porte s’ouvre. Ils viennent écouter.
Le moment est essentiel. C’est le seul moment et devant la seule personne, dans les Evangiles, où Jésus révèle aussi clairement qu’il est le Messie. Je le suis, moi qui te parle.
Jésus a respecté la situation de cette femme unie à un homme après avoir eu cinq maris. Quel paradoxe de se révéler comme Messie dans une approche conjugale avec cette femme. Juste après les noces de Cana.
La rencontre avec la samaritaine rejoint les autres paroles de Jésus sur l’union de l’homme et de la femme. Celles sur l’importance essentielle du mariage, sur ceux qui se consacrent au célibat sans mari, ni femme, ou sur cette femme qui avait eu sept maris.
Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. Dans le récit de la création, l’union d’Adam et Eve est éblouissante. Elle achève la création. Chair de ma chair. Os de mes os. Adam quitte père et mère pour s’attacher à cette merveilleuse compagne qu’il découvre.
Mais, il leur reste à rencontrer leur Dieu en esprit et en vérité. Pour entrer dans le royaume des cieux, il est sans importance de prendre mari ou femme. Il faut aimer en esprit et en vérité. Ceux qui entrent dans le royaume, qu’ils soient célibataires ou mariés, ne prennent ni femme, ni mari pour y entrer.
Même si l’union conjugale est essentielle dans la création de l’humanité comme pour la création de chacune de nos vies créées pour entrer dans l’existence, l’accès à la vie éternelle, à la communion vivante avec Dieu, ne dépend pas d’une telle union.
Au contraire, comme le Christ l’a montré lui-même et l’a enseigné, le choix du célibat peut être un chemin parfait vers la vie éternelle. On ne prend ni femme, ni mari pour entrer dans le Royaume. On y entre chacun dans la communion de Dieu en esprit et en vérité, en accueillant l’invitation du Christ à une union conjugale d’une toute autre dimension. Celle qu’il a offerte à la Samaritaine. Celle qu’il offre à chacun de nous.