Judith
Publié : dim. 05 déc. 2010, 14:19
Comme je l'évoquais dans le fil "Rencontre à Montpellier", j'étais récemment chez les dominicains de cette ville où un frère nous a notamment parlé du livre de Judith, qui est intéressant et peu connu.
Le livre de Judith fait partie de la Bible catholique, mais pas de la Bible juive ni protestante (car les protestants ont suivi le canon juif), de même que les Macchabées, Tobie et je ne sais plus quels livres encore, la Sagesse il me semble? Le canon juif a été fixé au 2ème siècle de notre ère. Si ces livres n'ont pas été retenus, c'est parce qu'ils sont écrits en grec et non en hébreu. En fait c'est dommage, car par la suite, les originaux hébreux de certains de ces livres ont été retrouvés ! Mais une fois le canon fixé, sans doute ça ne peut plus se modifier. On suppose que le livre de Judith aussi a été écrit en hébreu à l'origine, il y a des indices de cela, mais on n'a pas (encore) retrouvé le texte hébreu.
Le frère dit que c'est dommage que les juifs n'aient pas ce livre, d'autant plus que "Judith" signifie en hébreu "la Juive", ce livre est donc vraiment pour eux. Et il disait que ce serait intéressant de faire un dialogue juifs-chrétiens à partir de ce livre, et à sa connaissance ça n'a encore pas été fait. C'est pourquoi je propose à Pati de lire le livre de Judith et de dire ce qu'elle en pense.
Voici ce que j'ai retenu de l'enseignement qui nous a été donné sur le sujet:
le livre de Judith se présente comme un texte historique, avec des noms de rois, de pays, de villes. Il est question d'une guerre, avec divers événements, et la victoire finale des Juifs sur les ennemis.
En réalité, les éléments historiques et géographiques sont fantaisistes, le texte est plutôt une sorte de roman, et appartient plutôt au genre apocalyptique, avec la lutte entre le Bien et le Mal, et la victoire finale du Bien. C'est un récit allégorique.
L'auteur s'inspire d'événements réels, mais il condense plusieurs siècles en une durée de vie humaine. Le livre de Judith parle de Nabuchodonosor roi des Assyriens. En réalité, N. était roi de Babylone, mais comme il avait été un ennemi d'Israël, et que les Assyriens aussi avaient été des ennemis d'Israël, l'auteur a mis ensemble la méchanceté de l'Assyrie et la puissance de Nabuchodonosor. De plus le héros, le général Holopherne, a un nom perse !
Je passe quelques autres détails historiques fantaisistes. Pour la géographie, c'est pareil: les itinéraires indiqués sont illogiques, la ville de Béthulie (où se passe l'histoire) n'a jamais pu être située et n'existe peut-être pas.
L'histoire : le roi Nabuchodonosor se prend pour un dieu. Son général en chef, Holopherne, assiège la ville de Béthulie, située juste devant Jérusalem, donc si Béthulie tombe, Jérusalem est perdue. Les habitants de Béthulie n'ont plus d'eau et veulent se rendre car ils aiment mieux être esclaves que morts. Mais Judith, jeune veuve, leur reproche de manquer de foi, elle prie le Seigneur, quitte ses habits de deuil, se fait belle, prépare un bon repas et se rend discrètement au camp ennemi, dans la tente d'Holopherne. Elle le baratine, le séduit, le soûle et lui coupe la tête. Les Assyriens s'en vont et les habitants de Béthulie rendent grâce à Dieu et remercient Judith. Judith ne voudra jamais se remarier et mourra à l'âge de 105 ans, et plus personne n'embêtera les Juifs pour un bon moment.
Ce livre a été écrit au 2ème siècle avant JC.
La prière de Judith est fidèlement juive et en même temps universaliste. Judith, faible femme, veuve de surcroît, met toute sa confiance en Dieu pour avoir de la force.
Dieu n'intervient pas directement. Le Dieu de Judith est un Dieu de miséricorde, pas fataliste. Il attend de nous une coopération. Judith intercède pour son peuple. Elle est l'image du chrétien parfait. Elle sait qu'elle est petite et faible, mais elle fait confiance à Dieu.
Ce récit est une relecture de la profanation du Temple par Antiochus IV Épiphane en -167. Il annonce la délivrance d'Israël du joug étranger. Cette délivrance ne doit rien à Israël, elle vient de Dieu, celui qui a le pouvoir de briser les guerres et de fortifier les faibles. Judith est comparée au juge Yaël (voir livre des Juges), à David (1 S 17, l'histoire de David et Goliath).
L'image de Dieu a changé car ils se demandent pourquoi Dieu les a abandonnés. D'échec en échec ils apprennent l'humilité. Dieu n'est plus vu comme le Dieu des armées. Il agit, il manifeste sa puissance uniquement à ceux qui l'aiment.
Judith n'a pas d'enfants. Elle n'est pas une figure d'ancêtre, elle est un modèle d'édification religieuse et d'identification symbolique.
Le salut jaillit sur la ligne très fine qui sépare la loi de la transgression.
Judith ment pour tuer, mais veille aux rites de pureté. Elle s'approche assez près du mal pour l'éteindre.
Sinon, le frère trouve gênant qu'elle ait fait des choses immorales (mentir, tuer), même pour un but louable, et nous a demandé de réfléchir à ça. Moi il me semble que si c'est une allégorie, on ne va pas lui faire de reproches...
Le livre de Judith fait partie de la Bible catholique, mais pas de la Bible juive ni protestante (car les protestants ont suivi le canon juif), de même que les Macchabées, Tobie et je ne sais plus quels livres encore, la Sagesse il me semble? Le canon juif a été fixé au 2ème siècle de notre ère. Si ces livres n'ont pas été retenus, c'est parce qu'ils sont écrits en grec et non en hébreu. En fait c'est dommage, car par la suite, les originaux hébreux de certains de ces livres ont été retrouvés ! Mais une fois le canon fixé, sans doute ça ne peut plus se modifier. On suppose que le livre de Judith aussi a été écrit en hébreu à l'origine, il y a des indices de cela, mais on n'a pas (encore) retrouvé le texte hébreu.
Le frère dit que c'est dommage que les juifs n'aient pas ce livre, d'autant plus que "Judith" signifie en hébreu "la Juive", ce livre est donc vraiment pour eux. Et il disait que ce serait intéressant de faire un dialogue juifs-chrétiens à partir de ce livre, et à sa connaissance ça n'a encore pas été fait. C'est pourquoi je propose à Pati de lire le livre de Judith et de dire ce qu'elle en pense.
Voici ce que j'ai retenu de l'enseignement qui nous a été donné sur le sujet:
le livre de Judith se présente comme un texte historique, avec des noms de rois, de pays, de villes. Il est question d'une guerre, avec divers événements, et la victoire finale des Juifs sur les ennemis.
En réalité, les éléments historiques et géographiques sont fantaisistes, le texte est plutôt une sorte de roman, et appartient plutôt au genre apocalyptique, avec la lutte entre le Bien et le Mal, et la victoire finale du Bien. C'est un récit allégorique.
L'auteur s'inspire d'événements réels, mais il condense plusieurs siècles en une durée de vie humaine. Le livre de Judith parle de Nabuchodonosor roi des Assyriens. En réalité, N. était roi de Babylone, mais comme il avait été un ennemi d'Israël, et que les Assyriens aussi avaient été des ennemis d'Israël, l'auteur a mis ensemble la méchanceté de l'Assyrie et la puissance de Nabuchodonosor. De plus le héros, le général Holopherne, a un nom perse !
Je passe quelques autres détails historiques fantaisistes. Pour la géographie, c'est pareil: les itinéraires indiqués sont illogiques, la ville de Béthulie (où se passe l'histoire) n'a jamais pu être située et n'existe peut-être pas.
L'histoire : le roi Nabuchodonosor se prend pour un dieu. Son général en chef, Holopherne, assiège la ville de Béthulie, située juste devant Jérusalem, donc si Béthulie tombe, Jérusalem est perdue. Les habitants de Béthulie n'ont plus d'eau et veulent se rendre car ils aiment mieux être esclaves que morts. Mais Judith, jeune veuve, leur reproche de manquer de foi, elle prie le Seigneur, quitte ses habits de deuil, se fait belle, prépare un bon repas et se rend discrètement au camp ennemi, dans la tente d'Holopherne. Elle le baratine, le séduit, le soûle et lui coupe la tête. Les Assyriens s'en vont et les habitants de Béthulie rendent grâce à Dieu et remercient Judith. Judith ne voudra jamais se remarier et mourra à l'âge de 105 ans, et plus personne n'embêtera les Juifs pour un bon moment.
Ce livre a été écrit au 2ème siècle avant JC.
La prière de Judith est fidèlement juive et en même temps universaliste. Judith, faible femme, veuve de surcroît, met toute sa confiance en Dieu pour avoir de la force.
Dieu n'intervient pas directement. Le Dieu de Judith est un Dieu de miséricorde, pas fataliste. Il attend de nous une coopération. Judith intercède pour son peuple. Elle est l'image du chrétien parfait. Elle sait qu'elle est petite et faible, mais elle fait confiance à Dieu.
Ce récit est une relecture de la profanation du Temple par Antiochus IV Épiphane en -167. Il annonce la délivrance d'Israël du joug étranger. Cette délivrance ne doit rien à Israël, elle vient de Dieu, celui qui a le pouvoir de briser les guerres et de fortifier les faibles. Judith est comparée au juge Yaël (voir livre des Juges), à David (1 S 17, l'histoire de David et Goliath).
L'image de Dieu a changé car ils se demandent pourquoi Dieu les a abandonnés. D'échec en échec ils apprennent l'humilité. Dieu n'est plus vu comme le Dieu des armées. Il agit, il manifeste sa puissance uniquement à ceux qui l'aiment.
Judith n'a pas d'enfants. Elle n'est pas une figure d'ancêtre, elle est un modèle d'édification religieuse et d'identification symbolique.
Le salut jaillit sur la ligne très fine qui sépare la loi de la transgression.
Judith ment pour tuer, mais veille aux rites de pureté. Elle s'approche assez près du mal pour l'éteindre.
Sinon, le frère trouve gênant qu'elle ait fait des choses immorales (mentir, tuer), même pour un but louable, et nous a demandé de réfléchir à ça. Moi il me semble que si c'est une allégorie, on ne va pas lui faire de reproches...