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Saint Augustin et les multiples interprétations

Publié : sam. 09 oct. 2010, 22:45
par Petit Matthieu
Une phrase intéressante du saint, qu'il vaut mieux lire en étant concentré :) , venant à la suite une interrogation sur le sens des mots "ciel" et "terre", livre XI, chapitre XVIII.

« Ainsi dans ces efforts que chacun fait pour comprendre, dans l’Ecriture Sainte, la véritable pensée de l’écrivain, où est le mal si le lecteur tient pour vrai le sens que vous, Lumière de toutes les intelligences sincères, vous lui faites paraître vrai, quand même ce ne serait pas la pensée de l’auteur que nous lisons, attendu que celui-là, tout en pensant autrement que nous, n’a rien pensé que de vrai ? »

Je me demande alors : est-ce que l'Eglise autorise au catholiques d'interpréter librement les Ecritures, dans le cadre des dogmes naturellement ?

Re: Saint Augustin et les multiples interprétations

Publié : sam. 09 oct. 2010, 23:20
par jeanbaptiste
Vous avez fait une petite erreur, il s'agit du livre XII.

Je crois que pour clarifier encore plus son discours, on peut citer une phrase qui précède :

«Puisque je le confesse avec ardeur, ô mon Dieu, Lumière de mon regard obscurci, en quoi serais-je gêné devant des interprétations différentes, pourvu qu'elles soient véridiques ?»

Ce à quoi je réponds à votre question :
Je me demande alors : est-ce que l'Eglise autorise au catholiques d'interpréter librement les Ecritures, dans le cadre des dogmes naturellement ?
Oui, tant que l'interprétation est "véridique", c'est à dire conforme au vrai.

Voici la conclusion du magistral document "L'interprétation de la Bible dans l'Église", remis à Jean-Paul II par... Jospeh Ratzinger ;)
Une seconde conclusion est que la nature même des textes bibliques exige que, pour les interpréter, on continue à employer la méthode historico-critique, au moins dans ses opérations principales. La Bible, en effet, ne se présente pas comme une révélation directe de vérités intemporelles, mais bien comme l’attestation écrite d’une série d’interventions par lesquelles Dieu se révèle dans l’histoire humaine. A la différence de doctrines sacrées d’autres religions, le message biblique est solidement enraciné dans l’histoire. Il s’ensuit que les écrits bibliques ne peuvent être correctement compris sans un examen de leur conditionnement historique. Les recherches "diachroniques" seront toujours indispensables à l’exégèse. Quel que soit leur intérêt, les approches "synchroniques" ne sont pas en mesure de les remplacer. Pour fonctionner de manière féconde, elles doivent d’abord en accepter les conclusions, au moins dans leurs grandes lignes.

Mais, une fois remplie cette condition, les approches synchroniques (rhétorique, narrative, sémiotique et autres) sont susceptibles de renouveler en partie l’exégèse et d’apporter une contribution très utile. La méthode historico-critique, en effet, ne peut prétendre au monopole. Elle doit prendre conscience de ses limites, ainsi que des dangers qui la guettent. Les développement récents des herméneutiques philosophiques et, d’autre part, les observations que nous avons pu faire sur l’interprétation dans la Tradition Biblique et dans la Tradition de l’église ont mis en lumière plusieurs aspects du problème de l’interprétation que la méthode historico-critique avait tendance à ignorer. Préoccupée, en effet, de bien fixer le sens des textes en les situant dans leur contexte historique d’origine, cette méthode se montre parfois insuffisamment attentive à l’aspect dynamique de la signification et aux possibilités de développement du sens. Lorsqu’elle ne va pas jusqu’à l’étude de la rédaction, mais s’absorbe uniquement dans les problèmes de sources et de stratification des textes, elle ne remplit pas complètement la tâche exégétique.

Par fidélité à la grande Tradition, dont la Bible elle-même est un témoin, l’exégèse catholique doit éviter autant que possible ce genre de déformation professionnelle et maintenir son identité de discipline théologique, dont le but principal est l’approfondissement de la foi. Cela ne signifie pas un moindre engagement dans la recherche scientifique la plus rigoureuse, ni le gauchissement des méthodes par des préoccupations apologétiques. Chaque secteur de la recherche (critique textuelle, études linguistiques, analyses littéraires, etc.) a ses règles propres, qu’il faut suivre en toute autonomie. Mais aucune de ces spécialités n’est une fin en soi. Dans l’organisation d’ensemble de la tâche exégétique, l’orientation vers le but principal doit rester effective et faire éviter les déperditions d’énergie. L’exégèse. catholique n’a pas le droit de ressembler à un cours d’eau qui se perd dans les sables d’une analyse hypercritique. Elle a à remplir, dans l’église et dans le monde, une fonction vitale, celle de contribuer à une transmission plus authentique du contenu de l’écriture inspirée.

C’est bien à cette fin que tendent déjà ses efforts, en liaison avec le renouveau des autres disciplines théologiques et avec le travail pastoral d’actualisation et d’inculturation de la Parole de Dieu. En examinant la problématique actuelle et en exprimant quelques réflexions à ce sujet, le présent exposé espère avoir facilité, de la part de tous, une prise de conscience plus claire du rôle des exégètes catholiques.
On voit que les approches sont multiples (historico-critique ; théologique ; sociologique ; littéraire...), et en perpétuel "mouvement" (travail pastoral d’actualisation et d’inculturation).

Ce qui laisse, il me semble, une très grande liberté dans la les interprétations.

Re: Saint Augustin et les multiples interprétations

Publié : dim. 10 oct. 2010, 0:13
par Petit Matthieu
Merci beaucoup Jean-Baptiste pour cette réponse que j'attendais !

Re: Saint Augustin et les multiples interprétations

Publié : jeu. 14 oct. 2010, 17:22
par Petit Matthieu
Je me permets de mettre ce beau passage de saint Augustin, toujours issu du livre XII, chapitre XXIII, qui tape bien dans le sujet :

« Je vois qu’il peut s’élever deux sortes de désaccords à propos d’un témoignage formulé à l’aide de signes par des interprètes véridiques. L’un est relatif à la vérité des choses, l’autre à l’intention de celui qui les exprime. Chercher la vérité sur la création est une chose ; chercher ce que Moïse, ce fameux serviteur de votre foi, a voulu faire entendre par ses paroles au lecteur ou à l’auditeur, en est une autre.

En ce qui concerne le premier désaccord, loin de moi tous ceux qui prennent des erreurs pour des vérités ! En ce qui concerne le second, loin de moi tous ceux qui croient que Moïse a énoncé des erreurs. Mais puissé-je m’unir en vous, me réjouir en vous, Seigneur, avec veux qui se repaissent de votre vérité dans immensité de votre amour. Approchons-nous ensemble des paroles de votre Livre, et cherchons-y vos intentions dans les intentions de votre serviteur, par la plume de qui vous les avez exprimées. »