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Non comme je veux, mais comme Tu veux !

Publié : lun. 19 juil. 2010, 19:23
par etienne lorant
Apprends à repousser l'amitié, ou plutôt le rêve de l'amitié. Désirer l'amitié est une grande faute. L'amitié doit être une joie gratuite comme celles que donne l'art, ou la vie. Il faut la refuser pour être digne de la recevoir : elle est de l'ordre de la grâce (" Mon Dieu, éloignez-vous de moi... "). Elle est de ces choses qui sont données par surcroît. Tout rêve d'amitié mérite d'être brisé. Ce n'est pas par hasard que tu n'as jamais été aimée... Désirer échapper à la solitude est une lâcheté. L'amitié ne se recherche pas, ne se rêve pas, ne se désire pas ; elle s'exerce (c'est une vertu). Abolir toute cette marge de sentiment, impure et trouble. Schluss ! (La pesanteur et la grâce, p.79, Pocket-Agora n°99)

Ces mots paraissent difficiles à lire, à accepter. Et cependant, j'y crois de plus en plus. Il faut d'abord aimer, ensuite, eh bien, cela ne nous appartient pas. Si l'on accomplit un geste en gardant en soi la moindre espérance d'un retour ou d'un remerciement, on se gâche par avance le remerciement, et l'éventuel "renvoi d'ascenseur". En amitié comme en amour, on aime d'abord et le résutat ne doit pas nous concerner.

La citation d'Evangile qu'a choisie Simone Weil, c'est celle que je connais sous la forme : "Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur". C'est Pierre qui dit cela à Jésus, après avoir assisté à la première pèche miraculeuse. Il vient de comprendre que cet homme est infiniment plus que lui-même, mais il n'ose pas lever les yeux vers Lui, ni même quêter le moindre signe de reconnaissance mutuelle.
Or, c'est justement cet acte de profonde humilité qui permet au Seigneur de l'accueillir et de lui dire: "Ne crains pas, désormais ce sont des hommes que tu prendras !"

Avant de trouver ce mot, je venais à peine de décrirela déception que l'on éprouve souvent envers les amis qu'on a tenus pour proches et qui ne cessent de nous décevoir :

"Le but que j'entrevois, c'est tout de même d'aller jusqu'à accomplir pour un parfait inconnu ce que j'aurais fait pour le proche de mes amis... Il est plus que temps pour moi de franchir un pas au-dessus des simples sentiments et des affections de l'ego. Il faudrait que je parvienne à secourir autant quelqu'un qui me ressemble qu'un parfait étranger. Il n'y aurait dès lors plus que le pur amour du Christ dans mon coeur... J'ai noté ce que disait Simone Weil à ce propos:

L'obéissance est le seul mobile pur, le seul qui n'enferme à aucun degré la récompense de l'action et laisse tout le soin de la récompense au Père qui est dans le secret, qui voit dans le caché.

J'entrevois l'exaltation d'une vie entièrement détachée de cette préoccupation constante qui n'est que de ma "chair". Je comprends qu'il fut écrit: "La chair ne sert de rien, seul l'esprit vivifie". Si Jésus est bien ici, et il y est, puisqu'Il lit par-dessus mon épaule, qu'Il sache et qu'Il puisse reconnaître dans mon coeur ce désir de plénitude au-delà de mes préférences d'origine. Je ne sais pas si je m'exprime bien, mais ce désir est là, passer outre, franchir la ligne, passer sur l'autre rive, aimer le Christ en tous, y compris le Christ en moi. (Et non plus m'aimer moi dans le Christ)...