La controverse entre Erasme et Luther porte sur la question de Libre Arbitre, (la capacité de la volonté humaine de penser et de décider librement).
La notion de libre-arbitre
La notion de libre-arbitre, en elle même suscite deux critiques importantes, l'une est théologique, que faire de la grâce de Dieu si on reconnait le libre-arbitre ? , l'autre est plus philosophique, "
peut on ignorer les motifs et les pressions extérieures qui sous-tendent nos décisions apparemment libres ?"
Dans ce débat , Erasme soutient le libre-arbitre, la responsabilité de l'homme dans ses actions, tandis que Luther va soutenir la prédestination qui est la seule manière pour lui d'aboutir à la "justification par la foi". La souveraineté de Dieu va s'exercer de cette manière.
Comment mener une vie "bonne" face à un Dieu considéré comme tout-puissant ? C'est un peu la question, la notion de libre-arbitre est en elle même une réponse à une question plus difficile, "si Dieu est l'auteur de la création et si les hommes font le mal, n'est il pas indirectement une source du mal ?"
Le débat va ressurgir dans la pensée de la Réforme avec les Remontrants, ce qui indique que la question n'est pas réglée;
La position d'Erasme a toujours été d'être fidèle à l'unité de l'Eglise, il rejoint sur ce point les conceptions d'autres théologiens anglais qui voyaient dans la Réforme une possibilité d'explosion et de dispersion sans précédent.
La proximité intellectuelle et méthodologique avec les réformateurs est grande :
"C'est aux sources mêmes que l'on puise la pure doctrine ; aussi avons-nous revu le Nouveau Testament tout entier d'après l'original grec, qui seul fait foi, à l'aide de nombreux manuscrits des deux langues, choisis parmi les plus anciens et les plus corrects (...). Nous avons ajouté des notes pour justifier nos changements, expliquer les passages équivoques, ambigus ou obscurs, rendre moins facile dans l'avenir l'altération d'un texte rétabli au prix d'incroyables veilles."
ÉRASME, Lettre à Léon X, préface à l'édition du Nouveau Testament, 1516
Ceci un réformateur protestant aurait pu l'écrire,exactement dans les même termes, il faudrait confronter ce texte aux textes de Calvin qui encourageait les pasteurs à étudier à partir des textes originaux, en tenant compte des dictionnaires , des atlas, des livres d'histoires et des traités de linguistiques.
Une pensée libre qui n'aboutit toutefois pas aux mêmes conclusions, pour Erasme l'unité de l'Eglise est plus importante encore, (même si il est très sévères vis à vis de certains ecclésiastiques de son temps ).
" Voici ceux qu'on appelle ordinairement religieux ou moines, quoique ces deux noms ne leur conviennent nullement, puisqu'il n'y a peut-être personne qui ait moins de religion que ces prétendus religieux...
La plupart de ces gens-là ont tant de confiance dans leurs cérémonies et leurs petites traditions humaines, qu'ils sont persuadés que ce n'est pas trop d'un paradis pour les récompenser d'une vie passée dans l'observation de toutes ces belles choses. Ils ne pensent pas que Jésus-Christ, méprisant toutes ces vaines pratiques, leur demandera s'ils ont observé le grand précepte de la charité.*
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Mais le Christ arrêtera le flot sans fin de ces glorifications: "Quelle est, dira-t-il, cette nouvelle espèce de Juifs ? Je ne reconnais qu'une loi pour la mienne ; c'est la seule dont nul ne me parle. Jadis, et sans user du voile des paraboles, j'ai promis clairement l'héritage de mon père, non pour des capuchons, petites oraisons ou abstinences, mais pour les oeuvres de foi et de charité."
* Eloge de la folie