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Les crises de la foi

Publié : dim. 11 avr. 2010, 0:44
par Damas Drive
Bonsoir à vous tous,
Pourrait-on me dire quels ont été les "Pères de l'Église" et les "Saints" qui ont traversé une longue ou profonde "crise de la foi" ?
Quels sont ceux qui ont le plus douté à une certaine période de leur vie ?
Merci d'avance pour vos réponses

Re: Les crises de la foi

Publié : lun. 12 avr. 2010, 12:31
par Raistlin
J'en ai deux à vous conseiller :

:arrow: Saint Jean de la Croix. Il a écrit la nuit obscure à ce sujet.

:arrow: Bienheureuse Mère Teresa

Bien à vous,

Re: Les crises de la foi

Publié : mar. 13 avr. 2010, 1:00
par Damas Drive
Merci Raistlin,
Je ne connais pas Jean de la croix mais ce qui est certain c'est que je vais faire connaissance...
Merci pour vos conseils...

Re: Les crises de la foi

Publié : mar. 13 avr. 2010, 20:47
par Laurent L.
Bonsoir, Damas Drive,

il y a aussi eu Sainte Thérèse de Lisieux :
Ste Thérèse de Lisieux - histoire d'une âme a écrit :Aux jours si lumineux du temps pascal, Jésus me fit comprendre qu'il y a réellement des âmes sans foi et sans espérance qui, par l'abus des grâces, perdent ces précieux trésors, source des seules joies pures et véritables. Il permit que mon âme fût envahie par les plus épaisses ténèbres et que la pensée du ciel, si douce pour moi depuis ma petite enfance, me devînt un sujet de combat et de tourment. La durée de cette épreuve n'était pas limitée à quelques jours, à quelques semaines; voilà des mois que je la souffre, et j'attends encore l'heure de ma délivrance. Je voudrais pouvoir exprimer ce que je sens; mais c'est impossible l Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l'obscurité. Cependant je vais essayer de l'expliquer par une comparaison :

Je suppose que je suis née dans un pays environné d'épais brouillards ; jamais je n'ai contemplé le riant aspect de la nature, jamais je n'ai vu un seul rayon de soleil. Dès mon enfance, il est vrai, j'entends parler de ces merveilles, je sais que le pays où j'habite n'est pas ma patrie, qu'il en est un autre vers lequel je dois sans cesse aspirer. Ce n'est pas une histoire inventée par un habitant des brouillards, c'est une vérité indiscutable ; car le Roi de la patrie au brillant soleil est venu trente-trois ans dans le pays des ténèbres... Hélas ! et les ténèbres n'ont point compris qu'il était la lumière du monde (1).

Mais, Seigneur, votre enfant l'a comprise votre divine lumière ! elle vous demande pardon pour ses frères incrédules, elle accepte de manger aussi longtemps que vous le voudrez



1 Joan., I, 5.



le pain de la douleur, elle s'assied pour votre amour à cette table remplie d'amertume, où les pauvres pécheurs prennent leur nourriture et d'où elle ne veut point se lever avant le signe de votre main. Mais ne peut-elle pas dire en son nom, au nom de ses frères coupables : « Ayez pitié de nous, Seigneur, car nous sommes de pauvres pécheurs (1) » ? Renvoyez-nous justifiés ! Que tous ceux qui ne sont point éclairés du flambeau de la foi le voient luire enfin! O mon Dieu, s'il. faut que la table souillée par eux soit purifiée par une âme qui vous aime, je veux bien y manger seule le pain des larmes, jusqu'à ce qu'il vous plaise de m'introduire dans votre lumineux royaume; la seule grâce que je vous demande, c'est de ne jamais vous offenser !



Je vous disais, ma Mère, que la certitude d'aller un jour loin de mon pays ténébreux m'avait été donnée dès mon enfance; non seulement je croyais d'après ce que j'entendais dire, mais encore je sentais dans mon coeur, par des aspirations intimes et profondes, qu'une autre terre, une région plus belle, me servirait un jour de demeure stable, de même que le génie de Christophe Colomb lui faisait pressentir un nouveau monde. Quand, tout à coup, les brouillards qui m'environnent pénètrent dans mon âme et m'enveloppent de telle sorte, qu'il ne m'est plus possible même de retrouver en moi l’image si douce de ma patrie... Tout a disparu!...

Lorsque je veux reposer mon coeur, fatigué des ténèbres qui l’entourent, par le souvenir fortifiant d'une vie future et éternelle, mon tourment redouble. Il me semble que les ténèbres, empruntant la voix des impies, me disent en se moquant de moi : « Tu rêves la lumière, une patrie embaumée, tu rêves la possession éternelle du Créateur de ces



1 Lucae, XVIII, 13.



merveilles, tu crois sortir un jour des brouillards où tu languis; avance !... avance !... réjouis-toi de la mort qui te donnera, non ce que tu espères, mais une nuit plus profonde encore, la nuit du néant!... »



Mère bien-aimée, cette image de mon épreuve est aussi imparfaite que l'ébauche comparée au modèle; cependant je ne veux pas en écrire plus long, je craindrais de blasphémer... j'ai peur même d'en avoir trop dit. Ah! que Dieu me pardonne! Il sait bien que, tout en n'ayant pas la jouissance de la foi, je m'efforce d'en faire les oeuvres. J'ai prononcé plus d'actes de foi depuis un an que pendant toute ma vie.

A chaque nouvelle occasion de combat, lorsque mon ennemi veut me provoquer, je me conduis en brave : sachant que c'est une lâcheté de se battre en duel, je tourne le dos à mon adversaire sans jamais le regarder en face; puis je cours vers mon Jésus, je lui dis être prête à verser tout mon sang pour confesser qu'il y a un ciel, je lui dis être heureuse de ne pouvoir contempler sur la terre, avec les yeux de l'âme, ce beau ciel qui m'attend, afin qu'il daigne l'ouvrir pour l'éternité aux pauvres incrédules.

Aussi, malgré cette épreuve qui m'enlève tout sentiment de jouissance, je puis m'écrier encore : « Seigneur, vous me comble de joie par tout ce que vous faites (1). » Car est-il une joie plus grande que celle de souffrir pour votre amour? Plus la souffrance est intense, moins elle paraît aux yeux des créatures, plus elle vous fait sourire, ô mon Dieu ! Et si, par impossible, vous deviez l'ignorer vous-même, je serais encore heureuse de souffrir, dans l'espérance que, par mes larmes, je pourrais empêcher ou réparer peut-être une seule faute commise contre la foi.



1 Ps. XCI, 4.



Vous allez croire sans doute, ma Mère vénérée, que j'exagère un peu la nuit de mon âme. Si vous en jugez par les poésies que j'ai composées cette année, je dois vous paraître inondée de consolations, une enfant pour laquelle le voile de la foi s'est presque déchiré! Et cependant... ce n'est plus un voile, c'est un mur qui s'élève jusqu'aux cieux et couvre le firmament étoilé !

Lorsque je chante le bonheur du ciel, l'éternelle possession de Dieu, je n'en ressens aucune joie; car je chante simplement ce que je veux croire. Parfois, je l'avoue, un tout petit rayon de soleil éclaire ma sombre nuit, alors l'épreuve cesse un instant ; mais ensuite, le souvenir de ce rayon, au lieu de me consoler, rend mes ténèbres plus épaisses encore.

Ah ! jamais je n'ai si bien senti que le Seigneur est doux et miséricordieux; il ne m'a envoyé cette lourde croix qu'au moment où je pouvais la porter; autrefois je crois bien qu'elle m'aurait jetée dans le découragement. Maintenant elle ne produit qu'une chose : enlever tout sentiment de satisfaction naturelle dans mon aspiration vers la patrie céleste.



Ma Mère, il me semble, qu'à présent rien ne m'empêche de m'envoler : car je n'ai plus de grands désirs, si ce n'est celui d'aimer jusqu'à mourir d'amour...

Re: Les crises de la foi

Publié : mer. 21 avr. 2010, 15:44
par Théophane
Raistlin a écrit :J'en ai deux à vous conseiller :

:arrow: Saint Jean de la Croix. Il a écrit la nuit obscure à ce sujet.

:arrow: Bienheureuse Mère Teresa
En 2007, ont été publiées des lettres inédites de la bienheureuse Teresa de Calcutta, réunies dans un livre intitulé Viens, sois ma lumière (Come, be my light).

J'avais depuis longtemps une grande affection pour Mère Teresa, mais la lecture de ces pages n'a fait que me la rendre plus attirante encore. La sainte de Calcutta y décrit longuement ses doutes, ses tentations, ses angoisses. Il est impressionnant de constater qu'une femme aussi aimée, toujours souriante et chaleureuse, qui s'est consacrée pendant plus de cinquante ans aux plus démunis, a en même temps passé tout ce temps dans une souffrance continuelle.

Dans ses lettres, elle parle de ténèbres, de nuit, de néant. Cela ne fait que grandir à l'infini l'image de Mère Teresa. Sa fidélité sans faille au milieu d'une telle épreuve spirituelle ne peut que nous inviter à la regarder encore plus comme un modèle, un secours et surtout comme une mère.

À mes yeux, et sans doute aux yeux de beaucoup d'autres, la bienheureuse Teresa est sans aucun doute l'un des personnages les plus marquants de l'Église du XXème siècle, et même de l'Histoire du XXème siècle.