Larmorencourt a écrit :"La chair n'est rien, c'est l'esprit qui vivifie". Quel est le rapport entre la matière et l'esprit dans la doctrine catholique? Quel est le rapport entre l'esprit et la matière dans les autres systèmes philosophiques? La matière engendre l'esprit? L'esprit est-il émergence de la matière? L'esprit est-il autonome par rapport à la matière? Je ne suis ni philosophe ni théologien, j'aimerais que vous m'éclairiez sur ce point et si possible en termes simples. Que disent la doctrine catholique, Aristote, Spinoza ou Kant?
Je n'ai pas non plus de philosophie ni de théologie à vous citer, même si j'ai étudié les deux. Mais quand Jésus dit ces mots, il dit que les pensées, les raisonnements, les idées et tous les calculs auxquels l'homme peut se livrer - en se considérant lui-même comme "chair", ce qui veut dire immédiatement : périssable, cela ne l'avance en rien, il n'en tire aucun avantage. Il n'y a véritablement que l'esprit qui vivifie.
Autrement dit, il y a les pensées qui sont d'abord issues de la conscience que nous avons d'être des chairs "périssables" et il y a des pensées qui sont issues de l'Esprit. En réalité, le seul fait de pouvoir se reconnaître comme périssable, implique que l'esprit de l'homme est vivant. C'est un paradoxe. Mais c''est cela qui peut sauver l'homme- et il n'y a que l'esprit pour vivifier la chair qui va pourrir, et il n'y a que la chair pour nier qu'il y a l'esprit.
La frontière entre les deux, c'est la conscience de chacun. Ce que j'écris n'est pas forcément logique, mais peu importe, la vérité chez un humain est dans son mouvement.
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En mon temps, le poème de Victor Hugo m'a obligé de faire le choix :
Victor Hugo n'était pas catholique - mais j'ai eu l'occasion d'écouter ce poème récité par Jean Negroni, et quel souffle a ce texte !
Et la chute est évidemment extraordinaire.
Tout est azur, aurore, aube sans crépuscule,
et fournaise d'extase où l’âme parfum, brûle.
Le noir c'est non et non c'est rien.
Tout est certain, tout est blancheur, vertu, soleil levant,
matin placide et clair, rayon serein, frisson de flamme.
Un ange qui dirait "la nuit" dirait "je blâme".
Tout rayonnement vient du centre et du milieu.
Comme il n'est qu'une aurore, il n'est qu'un soleil: Dieu.
Qui, pour les yeux de chair couverts de sombres voiles
pleut le jour en rayons et la nuit en étoiles.
L’âme est l'œil, Il est l'astre
elle ne voit que Lui !
Tout est clarté !
Le ver rampant , l'ange ébloui, tout !
Les immensités ou se perdent les sondes, tout !
Ces vagues de Dieu que vous nommez les mondes,
l'apparent, le réel, le lever, le déclin,
hommes, enfants, cieux et mers, espaces,
tout est plein d'un resplendissement d'éternité tranquille !
Rien n’existe que Lui !
Le flamboiement profond et les âmes, les grains de lumière,
les mythes, les mois mystérieux -atomes sans limites-
qui vont vers le grand Moi, leur centre et leur aimant !
Point touchant au zénith par le rayonnement
ainsi qu'un vêtement subissant la matière,
traversant tour à tour dans l'étendue entière
la formule de chair propre à chaque milieu :
ici la sève, ici le sang, ici le feu.
Bloc, arbre, griffe, dent, front pensant, auréole
retournant au cercueil, comme à des alvéoles,
mourant pour s’épurer, tombant pour s’élever sans fin,
ne se perdant que pour se retrouver.
Chaîne d’Êtres qu'en haut, l'échelle d'or réclame
vers l’Éternel foyer, volant de flamme en flamme.
Juste éclos du pervers, bon sorti du méchant,
montant, montant, montant sans cesse
et Le cherchant, et L'approchant toujours
mais sans jamais l'atteindre,
Lui, L’Être qu'on ne peut toucher, ternir, éteindre,
Le Voyant, Le Vivant,
sans mort, sans nuit, sans mal,
l'idée énorme au fond de L’immense idéal.
La matière n'est pas et l’âme seule existe !
Astres, mondes, soleils, étoiles, apparences, masques d'ombre ou de feu,
face des visions, globe, humanité, terre, création,
univers ou jamais on ne voit rien qui dorme,
point d'intersection du nombre et de la forme,
choc de l’éclair: puissance! et du rayon: beauté !,
rencontre de la vie avec l'éternité,
Ô fumées écoutez,
et vous écoutez, âmes qui seules resterez étant souffle et flamme,
esprits purs qui mourrez et naissez tour à tour,
Dieu n'a qu'un front Lumière
et n'a qu'un Nom Amour !'