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Thomas d'Aquin
Publié : jeu. 20 oct. 2005, 11:15
par Larmorencourt
L'oeuvre de Thomas d'Aquin est-elle encore d'actualité? Est-elle dépassé ou doit-elle être rafraîchie. Si les Pères de l'Eglise ou Thomas ont pu concilier le savoir antique ou moyenâgeux avec le christianisme, ne faut-il pas, face aux progrès de la science, remettre le christianisme à niveau en réactualisant ou en prolongeant leurs travaux?
Publié : jeu. 20 oct. 2005, 15:25
par Charles
Il y a quelques années, j'ai assisté à un colloque à l'Ecole polytechnique sur la philosophie de la nature, avec l'idée de mettre en dialogue la grande tradition aristotélicienne et thomiste avec la physique contemporaine. Y intervenaient des gens comme René Thom, des philosophes et des astrophysiciens... pour aucun d'eux la possibilité de ce dialogue n'apparaissait comme incongrue, tout au contraire. Sur des questions de méthode en sciences, sur des questions comme le mouvement, la matière, le temps... la philosophie de la nature "catholique" garde une originalité et une puissance fécondante pour la recherche.
Digression...
Publié : jeu. 20 oct. 2005, 16:27
par Serge BS
Charles,
Permettez-moi de vous poser une question au sujet de ce colloque. Bruno Latour, qui sévit notamment aujourd'hui à l'École de Mines et à la London School of Economics, était-il présent ? ;-) Si oui, quelle fut sa position ? Car les seules fois où je l'ai rencontré ou entendu, j'ai été pour le moins surpris par les propos tenus par ce "philosophe à la mode"...
Fraternellement en Jésus-Christ.
Publié : jeu. 20 oct. 2005, 17:13
par Charles
Bonjour Serge,
je ne me souviens pas de Bruno Latour mais je n'ai pas assisté à toutes les interventions et puis ça remonte à plus de dix ans.
Je me souviens de René Thom, Bruno Pinchard, Eric Bois. D'un canadien de l'université Laval formé dans la lignée de Charles de Konninck.
"Par des analyses consacrées notamment à la morphogénèse des embryons et au " plan d'organisation générale " des organismes, il (René Thom) renoue avec une réflexion classique, délaissée par la biologie moléculaire, sur les formes des êtres vivants. Il n'est pas surprenant qu'il ait rencontré Aristote, ni qu'il se soit pris pour ce penseur du continu, chez qui toujours la matière est régie par la forme, d'" une sorte d'immense sympathie ". Sa lecture " catastrophiste " de l'oeuvre d'Aristote est étonnante, et les éléments de la discussion, joints en annexe, entre l'auteur et le jeune philosophe Bruno Pinchard sont d'un haut intérêt." (Extrait de la critique parue dans Le Monde à la sortie d'Esquisse d'une sémiophysique)
Pour répondre à Lamorencourt sur l'actualité du thomisme. Cette résurgence en lien avec les mathématiques et la physique fondamentale est étonnante, ce n'est pas là qu'on l'attendrait... Pour ce qui est de la philosophie en général, la grande qualité de saint Thomas d'Aquin est sa finesse. L'analogie est une manière de penser puissante et féconde, garantissant le travail intellectuel des dérives idéologiques, idéalistes, relativistes, sceptiques... C'est la souplesse de l'intelligence qui lui permet d'embrasser les problèmes et de les pénétrer comme en s'insinuant pour les traiter avec la plus grande pertinence possible. Saint Thomas est le plus éloigné des grosses mécaniques idéologiques bien rigides et aveugles.
Il n'y a qu'à lire un article de la Somme de Théologie pour le voir traiter une question : il conçoit toutes les données du problème et même parfois formule des objections qui ne lui sont pas encore posées et attendront quelques siècles avant de paraître dans l'oeuvre d'un autre philosophe. Je pense à la question de l'intentionnalité de la connaissance et de la phénoménologie. Je serais incapable de retrouver la référence. Il me semble que c'est au sujet des phantasmes, ce à partir de quoi l'intellect produit son concept, par abstraction : saint Thomas envisage la possibilité que le phantasme (on dirait aujourd'hui le phénomène) soit l'objet même de la connaissance, puis la réfute en concluant que ce sont les choses que nous connaissons, au moyen de sensations, phantasmes et concepts. Il me semble qu'il part d'une question posée dans l'oeuvre de Cicéron et la dépasse de loin, répondant par avance à l'idéalisme kantien.
Tout cela remonte pour moi à si loin qu'il est bien possible que je raconte n'importe quoi, dans ce cas soyez indulgents... :blink:
Publié : jeu. 20 oct. 2005, 18:12
par Larmorencourt
Merci pour vos réponses. Ma question est un peu prétentieuse dans la mesure où je connais très mal Thomas d'Aquin. Je n'ai lu qu'une partie de la Somme contre les gentils. Je ne sais par ailleurs s'il ne m'eût fallu commencer par la somme théologique, plus accessible apparement. En effet, je suis assez séduit par la finesse de ses raisonnements.
Publié : mer. 02 nov. 2005, 15:54
par monachorum
Il y a une phrase du Docteur Angélique que je trouve particulièrement belle et tout à fait juste (dans sa somme théologique), c'est lorsqu'il dit que "le corps est le tabernacle de Dieu".
En Christ,
"Monachorum"
st Thomas d'Aquin
Publié : sam. 09 oct. 2010, 9:32
par Olivier C
jeanbaptiste a écrit :Ce n'est qu'une "impression" mais j'ai très franchement le sentiment que si nous avons globalement fait le tours de la théologie de Saint Augustin (qui est extrêmement riche, mais que nous avons globalement assimilée), la théologie de Saint Thomas d'Aquin regorge d'intuitions et de trésors qui sont des réponses directes aux problèmes les plus fondamentaux du monde contemporain.
Bonjour Jean Baptiste,
Ce ne sais pas pour Saint Augustin, mais je pense effectivement que Saint Thomas a encore beaucoup de chose à dire de par l'héritage qu'il nous a laissé. Le problème étant qu'aujourd'hui peu de personnes - et même de théologiens - sont en mesure de tirer partie de son savoir, qui demande des connaissances métaphysiques pointues. On s'est aussi rendu compte que Saint Thomas s'appuyait beaucoup sur les Pères grecs de dernières génération, et cela, une certaine scolastique l'avait oubliée.
C'est tout un travail de réappropriation à faire, d'autant plus difficile que Saint Thomas n'est gère à la mode en ce moment. Sauf dans les séminaires : mais chez les séminaristes c'est souvent plus un sentiment d'appartenance qui prévaux qu'une réelle connaissance de Saint Thomas. N'est pas thomiste qui veux ! Cela demande beaucoup de travail...
Publié : sam. 09 oct. 2010, 22:32
par jeanbaptiste
C'est tout un travail de réappropriation à faire, d'autant plus difficile que Saint Thomas n'est gère à la mode en ce moment. Sauf dans les séminaires : mais chez les séminaristes c'est souvent plus un sentiment d'appartenance qui prévaux qu'une réelle connaissance de Saint Thomas.
C'est vrai, mais je suis un peu plus un tout petit plus optimiste
Trois points me semblent important :
1) Thomas d'Aquin dure, sa théologie est solide, extrêmement solide, à tel point que quoique l'on fasse il est toujours là, toujours très étudié, malgré qu'il n'y a pas une période après sa mort qui ne fut pas dure à son égard.
2) Il y a un renouveau des études thomistes depuis le milieu du XXe siècle qui est tout à fait réjouissant car à la fois extrêmement honnête (loin de la "rigidité" des études "traditionnelles" du XIXe, ou des libertés foncièrement malhonnête prises à la même époque par les "progressistes"), et dévoilant plein de choses "nouvelles" dont vous êtes vous-mêmes le porte parole (et sans doute Étienne Gilson est-il un peu le maître de tout ce renouveau).
3) Sa pensée intéresse à nouveau les philosophes, et ça ça n'est pas rien ! Thomas d'Aquin à l'agrégation de philosophie c'est un événement !
Un quatrième :
Le mouvement "oecuménique "Radical Orthodoxy" est, à mon avis, l'un des mouvements intellectuel les plus important du siècle, et peut-être de toute la modernité (dans la continuité des Lubac, Balthazar etc.). Qu'il soit franchement thomiste est hautement significatif.
Qu'il soit très occupé par la liturgie l'est tout autant.
Et c'est là que nous retrouvons... Joseph Ratzinger !
J'ai le sentiment que nous sommes en train de connaître un renouveau de la théologie et de la liturgie, les prémisses d'une réponse franche et puissante à la modernité qu'aucune autre religion n'est aujourd'hui franchement capable.
Soyons clair, le monde musulman est tiraillé entre un traditionalisme de plus en plus sclérosé, et une sécularisation mortifère.
Le monde juif se contente de ses traditions et de sa théologie classique.
Idem pour le bouddhisme, qui en plus de se contenter de se reposer sur ses acquis ne crains pas de se présenter comme une religion "bisounours" au monde occidental au risque de perdre son âme.
Le monde protestant n'arrive à sortir de l'impasse que vit le monde musulman que par le mouvement évangélique qui ne s'appuie sur rien, fait table rase de tout, et fait bien souvent preuve d'une connaissance au mieux médiocre au pire inexistante de la théologie.
Le monde orthodoxe me semble globalement être dans la même situation que les juifs, bien que quelqu'un comme Cyril de Smolensk soit porteur d'espoir sur le point qui nous occupe.
Mais bien évidemment, tout cela n'est qu'un sentiment et je suis persuadé que les connaisseurs de toutes ces religions peuvent me reprendre

Publié : lun. 11 oct. 2010, 18:06
par Olivier C
"Sa pensée intéresse à nouveau les philosophes, et ça ça n'est pas rien ! Thomas d'Aquin à l'agrégation de philosophie c'est un événement !"
Ça je dois dire, je ne le savais pas...
Sessions de formation sur saint Thomas d'Aquin
Publié : sam. 14 janv. 2012, 20:47
par Fée Violine
SAINT THOMAS D’AQUIN PHILOSOPHE
SEMINAIRE DE LECTURE
Session à la Sainte-Baume du 6-11 août 2012
Le propos :
Notre but est de familiariser ceux qui s’intéressent à la pensée de Thomas d’Aquin avec les éléments-clefs de sa doctrine. En 2011 nous avons parlé des attributs divins ; cette année nous aborderons l’anthropologie de S. Thomas.
Le public :
Ce séminaire de lecture s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à la pensée philosophique du docteur angélique : les professeurs de philosophie, les séminaristes ou les prêtres, les étudiants en philosophie et en théologie. La lecture commune des textes doit permettre aussi bien de découvrir saint Thomas aux uns que d’approfondir sa connaissance aux autres.
Sujet et modalité :
Après une brève présentation historique, nous aborderons les questions de la Somme de théologie consacrées à la personne et à la nature humaine (Ia pars, q. 75-89). La nature de l’âme humaine, le mode de son union au corps, les grands principes de la connaissance, les rapports de l’intelligence et de la volonté – voilà les thèmes qui guideront notre lecture. Il faut compter 5 heures d’enseignement par jour, soit 20 heures au total sur quatre jours pleins. Le fr. Pavel Syssoev, dominicain de la province de Toulouse, servira d’animateur de cette lecture commune
(
pavelsyssoev@gmail.com ).
Date et lieu :
Elle durera quatre jours pleins du mardi 7 au vendredi 10 août compris, ce qui suppose d’arriver le lundi 6 au soir et repartir le samedi 11 au matin. Elle aura lieu à l’hôtellerie de la Sainte-Baume, sanctuaire de la grotte de sainte Marie-Madeleine dans la montagne entre Marseille, Aix et Toulon (83640 Le Plan d’Aups, site :
http://www.hotellerie-saintebaume.com), à l’hôtellerie tenue par la communauté des Dominicains. Cette hôtellerie, outre la participation aux offices des frères dominicains, offre la possibilité d’accueillir des familles avec enfants.
Contact :
Pour tout renseignement et pour s’inscrire : tel. 04.42.04.54.84 et email
contact@hotellerie-saintebaume.com
Initiation à la théologie de saint Thomas d'Aquin
Publié : sam. 14 janv. 2012, 20:54
par Fée Violine
INITIATION A LA THEOLOGIE DE SAINT THOMAS D’AQUIN
Session à la Sainte-Baume du 30 juillet au 4 août 2012
Pourquoi cette session ?
Elle a été demandée en particulier par des prêtres de la trentaine et de la quarantaine, qui ont la ferveur spirituelle de la « génération Jean-Paul II » mais n’ont pas toujours bénéficié dans leur formation de la théologie correspondante. Elle sera toutefois ouverte à tous ceux qui sont intéressés par son sujet : prêtres plus jeunes (bien formés aujourd’hui mais rarement avec saint Thomas) ou plus âgés, religieux, religieuses et laïcs de tous âges.
Est-elle destinée à des thomistes ?
Justement pas, car ils connaissent déjà le sujet. Elle s’adresse à des chrétiens, clercs ou laïcs, qui désirent connaître les axes et les articulations de la synthèse théologique de saint Thomas d’Aquin et découvrir comment celle-ci peut contribuer aujourd’hui à former notre intelligence de la foi, comme le Magistère de l’Eglise ne cesse de le rappeler (cf. en 1998 l’encyclique
Fides et ratio ou plus récemment les trois catéchèses du mercredi de Benoît XVI sur saint Thomas). La session propose une initiation qui tient compte de la situation actuelle de la foi et de la théologie et non pas un approfondissement spécialisé destiné à des thomistes.
Sujet et modalité :
L’année dernière la première session avait été consacrée au dessein de Dieu compris par saint Thomas selon sa finalité et l’instrumentalité de ses médiations. Vous pouvez vous procurer le CD de la session à prix coûtant en écrivant à Stéphane et Isabelle Trézéguet :
s.trezeguet@free.fr. Cette année nous étudierons à partir du
Compendium de Théologie le traité de Dieu Un, Dieu qui est pour saint Thomas à la fois l’objet et le sujet de la théologie. Il sera donc nécessaire de venir avec cette œuvre dont la traduction française a été publiée par les éditions du Cerf sous le titre
Abrégé de théologie (Paris 2007). Il faudra compter 5 heures d’enseignement par jour, soit 20 heures au total sur quatre jours pleins.
Intervenants :
La session sera assurée par les frères dominicains de la province de Toulouse Jean-Miguel Garrigues et Philippe-Marie Margelidon. La participation de Fr. François Daguet, qui a déjà été des nôtres l’année dernière, est espérée.
Date et lieu :
Elle durera quatre jours pleins du mardi 31 juillet au vendredi 3 août compris, ce qui suppose d’arriver le lundi 30 au soir et de repartir le samedi 4 au matin. La session aura lieu à l’hôtellerie de la Sainte-Baume, sanctuaire de la grotte de sainte Marie-Madeleine dans la montagne entre Marseille, Aix et Toulon (83640 Le Plan d’Aups, site :
http://hotellerie.sainte-baume.org), à l’hôtellerie tenue par la communauté des Dominicains. Cette hôtellerie, outre la célébration de la messe conventuelle et de la liturgie des heures avec les frères dominicains, offre la possibilité d’accueillir des familles avec enfants.
Contact :
Pour tout renseignement et pour s’inscrire : tel. 04.42.04.54.84 et email
hsbaume@gmail.com
Aristote, Thomas d'Aquin et Guy Delaporte
Publié : ven. 04 mai 2012, 13:58
par Fée Violine
Sur le site
http://www.thomas-d-aquin.com, de Guy Delaporte:
Pour la première fois en langue française vient de paraître aux éditions de L'Harmattan, la traduction du
Commentaire des douze livres des Métaphysiques d’Aristote
par Thomas d’Aquin, qui veut être la transmission d’un relais, à l’heure où la pratique de la langue latine disparaît, même parmi les intellectuels. Aucune nostalgie dans ces propos ; Thomas d’Aquin méconnaissait, semble-t-il, la langue grecque et dut, lui aussi, faire appel à des traductions pour son propre travail de commentaire. L’heure est simplement venue de traduire ce qui ne l’est pas encore et que l’on juge précieux.
Or, ce texte est l’expression achevée de la philosophie du Maître moyenâgeux. Assumant presque un millénaire d’histoire de la pensée païenne, arabe, juive et chrétienne, il commente la forme la plus élevée de l’intelligence grecque. Car la Métaphysique d’Aristote est unanimement reconnue comme la perfection éternelle de la sagesse antique.
Mais les lignes de pensée actuelles sont paradoxales. D’un côté, de nombreux thomistes opposent aux commentaires aristotéliciens de leur Docteur, une supposée philosophie sous-jacente à sa théologie, d’inspiration néoplatonicienne. D’un autre, les disciples d’Heidegger manifestent un intérêt croissant pour Aristote, au point de le préférer parfois au penseur de Fribourg. À droite, donc, Thomas d’Aquin sans Aristote, et à gauche, Aristote sans Thomas d’Aquin.
Cette traduction contribuera-t-elle au ralliement ? Démontrera-t-elle aux uns que Thomas d’Aquin est bien l’interprète majeur d’Aristote et aux autres que la philosophie d’Aristote est bien le fondement définitif de la pensée de Thomas d’Aquin ? Notre travail n’aspire qu’à offrir au lecteur les moyens du jugement.