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"Et le Verbe s'est fait chair"
Publié : lun. 14 déc. 2009, 16:40
par La Chartreuse
"Et le Verbe s'est fait chair"
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Si nous voulions donner un autre nom à la Fête de Noël, il faudrait l'appeler: Amour, Miséricorde, Bonté.
Sous les humiliations de Bethleem se cache la cause: l'Amour. L'Enfant-Dieu couché sur la première croix que l'ingratitude humaine lui a préparée, est la Parole fait chair qui vient nous dire l'amour du Père.
Le Père, dont nous ne connaissions pas l'amour se manifeste au travers du Cœur Divin qui bat dans la poitrine de l'Enfant de la Crèche.
La Parole éternelle réduite au silence, elle ne peut parler, de ses lèvres aucun mot, seulement le son des pleurs d'un amour méconnu qui dans la nuit sainte couvrent la terre.
Dans le mystère de l'Incarnation on se demande parfois lequel surpasse l'autre: l'amour ou l'anéantissement?
Difficile de résoudre cette énigme.
Pourtant, si nos yeux jette un coup d'œil vers le futur de cet Enfant, il parait bien que l'amour vient au premier rang car, les humiliations de la crèche, ne sont que le prélude de celle de la Croix, de ce dernier lit que notre méchanceté et perversité préparera à Celui qui a passé en faisant le bien et en guérissant toutes nos langueurs.
Les abaissements du Verbe ne disent pas toute la profondeur son amour. Il nous aime plus qu'il ne s'abaisse.
Si notre esprit pouvait réfléchir en profondeur sur ces mots "Et le Verbe s'est fait chair" nous serions pris d'un vertige qui nous plongerait dans un abîme d'amour que nous ne saisissons pas ou si peu.
L'essence divine qui prend une nature lépreuse; l'Unique qui prend dans la plèbe ses compagnons de table; l'Impénétrable qui s'offre à nos sens; La Toute-puissance qui devient impuissance; Toutes ces misères sont les signes de sa Majesté, et c'est à ce dénuement total que l'Écriture nous dit que nous le reconnaitrons.
Comme en toutes choses, un effet à une cause, nous restons muets et émerveillé en constatant que cette humiliation sans pareil est seulement l'effet de son Amour.
Il s'est fait chair, afin que ce qui était venu du limon de la terre puisse devenir participant de la nature divine par la grâce de Rédemption.
Re: "Et le Verbe s'est fait chair"
Publié : lun. 14 déc. 2009, 17:20
par etienne lorant
Ce qui était depuis le commencement,
ce que nous avons entendu,
ce que nous avons contemplé de nos yeux,
ce que nous avons vu et que nos mains ont touché,
c'est le Verbe, la Parole de la vie.
Oui, la vie s'est manifestée,
nous l'avons contemplée,
et nous portons témoignage :
nous vous annonçons
cette vie éternelle qui était auprès du Père
et qui s'est manifestée à nous.
Ce que nous avons contemplé,
ce que nous avons entendu,
nous vous l'annonçons à vous aussi,
pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous.
Et nous, nous sommes en communion avec le Père
et avec son Fils, Jésus Christ.
Et c'est nous qui écrivons cela,
afin que nous ayons la plénitude de la joie.
En écrivant ce texte, Jean montre bien que cette plénitude de la joie existe bien, qu'elle demeure en lui et qu'il demeure en elle. Je retrouve ici la même "ferveur de douceur" que j'ai trouvée dans le prologue de son Evangile: une sorte de contemplation qui dure et continue et se renouvelle encore - remarquez comme les verbes entendre et contempler reviennent deux fois chacun, c'est une sorte de ronde et de renouvellement dans la contemplation, comme la vague qui tourne sur elle-même, mais chaque fois s'épanche un peu plus loin sur la plage. Le témoignage de Jean, c'est l'Amour qui tourne en son coeur et à chaque ronde laisse échapper l'un ou l'autre aspect nouveau de la connaissance intime du Seigneur.
Re: "Et le Verbe s'est fait chair"
Publié : lun. 14 déc. 2009, 18:57
par gerardh
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Je citerais aussi Jean 1, 12 :
"A tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le droit d'être enfants de Dieu, savoir à ceux qui croient en son nom";
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Re: "Et le Verbe s'est fait chair"
Publié : lun. 14 déc. 2009, 20:50
par La Chartreuse
gerardh a écrit :________
Je citerais aussi Jean 1, 12 :
"A tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le droit d'être enfants de Dieu, savoir à ceux qui croient en son nom";
_________
Merci, pour votre citation

Re: "Et le Verbe s'est fait chair"
Publié : mar. 15 déc. 2009, 11:55
par etienne lorant
Voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés :
il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu
- et nous le sommes.
Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître :
puisqu'il n'a pas découvert Dieu.
1jn 2,29. 3,1
Vraiment viennent s'opposer ici, d'un côté la grâce absolue, et de l'autre une déchéance quasi insupportable. Que nous dit Jean ? D'une part, l'amour de Dieu envers nous est extraordinaire, puisqu'en son Fils, Il nous a voulu Ses enfants - et nous le sommes. Mais le corollaire immédiat de cette découverte, c'est que le monde ne peut pas nous connaître, nous les enfants de Dieu, pour la simple raison que le monde n'a pas découvert Dieu.
Pour le moindre mal, cela fait de nous des exilés, enfants adoptifs qu'un Père que le monde refuse.
Mais pour le pire - du moins selon la raison, notre situation me paraît en même temps baroque et périlleuse. L'image qui s'impose à mon esprit est celle du funambule : devenus croyants, nous sommes devenus funambules. Nous marchons jour après jour sur un fil, et un fil qui nous place en équilibre entre plusieurs dimensions : ce qui est en bas, ce qui est en haut, ce qui est à gauche, ce qui est à droite. Et, en ce sens, je dirais que notre fil, c'est la foi, et notre équilibre, c'est la grâce.
Sans la foi et la grâce, lesquelles, loué soit Dieu !, nous sont octroyées généreusement, ce serait la chute - par la gauche ou la droite, mais de toute manière, ce serait la chute et une chute d'autant plus épouvantable que le fil de notre foi s'élève un peu plus à chaque pas !
Avec cette image, je comprends d'autant mieux la vertu de l'humilité, car sur le fil dont j'ai parlé, une fourmi ou une puce trouvent leur point d'équilibre beaucoup plus facilement qu'un homme. Et à côté de cette image du funambule, je ne peux qu'admirer la grandeur, la beauté, la vertu du risque de l'Amour : il faut bien nous rendre compte qu'à un certain niveau (notamment celui des martyrs), cette équilibre de la grâce tient complètement du miracle, et le miracle est le signe de l'impossible, impossible mais véritable : "pour l'homme ce n'est pas possible, mais rien n'est impossible à Dieu" !
Re: "Et le Verbe s'est fait chair"
Publié : mar. 15 déc. 2009, 22:30
par Invité
Pour dire qu'il fait partie de notre humanité, qu'il est né dans un peuple et qu'il est juif de naissance j'aime bien les généalogies qui sont placé pour Matthieu comme prologue et donnant sens à son évangile Mt1,1
et Luc comme confirmation du baptême de Jésus avant sa tentation au désert Lc 3,23
Ce qui est important de noter c'est que la généalogie de Matthieu est descendante d'Abraham à Jésus
et celle de Luc qui est montante de Jésus à fils d'Adam fils de Dieu. Sa naissance a bénéficié de la fidélié de beaucoup de personnes
Re: "Et le Verbe s'est fait chair"
Publié : mer. 16 déc. 2009, 16:14
par La Chartreuse
"Et le Verbe s'est fait chair"
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L'Enfant Jésus n'est pas dans les bras de Marie, il est couché sur la paille, pour le couvrir : une espèce de guenille trop petite pour lui, puisqu'elle n'arrive même pas à cacher son épaule gauche. Tous ces détails renferment des leçons mystérieuses qu'il me faut chercher afin de comprendre les vertus qui s'y trouvent.
La Vierge, en cette nuit sainte, me donne un exemple de détachement complet et de soumission à la volonté du Père. Jésus était son fils, la chair de sa chair, elle aurait pu le garder dans ses bras, le serrer contre son cœur; mais non, elle sait qu'il lui a été donné pour accomplir la volonté du Père; il appartient avant tout au Père; elle aussi doit soumettre son amour naturel pour Jésus au bon plaisir de Dieu et c'est dans cet esprit de soumission et de détachement qu'elle dépose sur la paille le fruit de ses entrailles. Contemple silencieusement la souffrance de Marie dans ce détachement : rien n'est plus grand que Dieu, rien n'est plus vil qu'une crèche ! L'étable n'est pas l'habitation des hommes; elle ne sert d'abri qu'aux animaux. En prenant une étable pour demeure, Dieu se déclare donc inférieur aux hommes ! Cette déclaration brise le cœur de Marie, mais elle sait que c'est le prix de la rédemption et que, par elle, ce fils tant aimé sera glorifié. O Notre Dame aimez-moi, à comprendre votre peine; votre vie n'est pas une succession de faits prodigieux, mais plutôt une succession de croix déchirantes.
Ce linge qui recouvre à peine le Saint Enfant n'est-il pas l'image de notre déchéance : notre cœur est trop étroit pour aimer, il ne sait pas couvrir de tendresse et de délicatesse ce Dieu si bon qui nous aime; je suis si souvent mesquine, pesant dans une balance chaque geste fait pour Dieu, prenant bien soin de ne pas trop en donner et surtout de ne pas tout donner.
Ah ! comme je sais bien me couvrir entièrement de milles excuses, pour ne pas aimer comme je le devrais; je ne souffre pas le moindre inconfort que la croix apporte avec elle; pauvre créature que je suis : si je comprenais ce don de Dieu, c'est à genoux et en larmes que je supplierais Dieu de daigner me faire partager sa croix.
Re: "Et le Verbe s'est fait chair"
Publié : mer. 16 déc. 2009, 16:20
par etienne lorant
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc (Lc 2, 16-21)
16i Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans une mangeoire.
17 Après l'avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.
18 Et tout le monde s'étonnait de ce que racontaient les bergers.
19 Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur.
20 Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé.
21 Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l'enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l'ange lui avait donné avant sa conception.
Dans ce passage, je vois les bergers qui viennent à la crèche voir Jésus tel que les anges leur ont annoncés, puis repartir. Le mystère a envahi le quotidien de leurs vies sans qu'en apparence leur existence soit changée - et cependant je remarque qu'ils sont les premiers à voir "ce que les prophètes ont désiré voir et n'ont pas vu", et d'emblée, au coeur du quotidien, leur témoignage commence de se répandre, et avec leur témoignage, l'étonnement, la louange, la glorification.
Un mouvement secret, qui a pour coeur la méditation de Marie, vient de se déclencher: il me fait penser à l'inverse de ce qui se passe lors de la création d'un trou noir : celui-ci se met à absorber toute la lumière qui l'entoure, sa masse ne fait que s'accroître et sa force d'attraction ne fait qu'augmenter. Eh bien, voici comme un trou noir inversé. Toute l'histoire humaine change de sens: le "trou blanc" se met à répandre la Lumière, et au fur et à mesure que la Lumière rencontre l'obstacle des refus, des blessures, de la souffrance, de la folie... elle n'a de cesse que de se projeter plus en avant encore, car le Verbe est dans le monde et, dit le Seigneur : "Ma Parole ne me revient pas qu'elle ait tout accompli"...
Re: "Et le Verbe s'est fait chair"
Publié : sam. 26 déc. 2009, 16:12
par La Chartreuse
Sermon de saint Léon Pape
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Notre Sauveur, mes bien-aimés, est né en ce jour : réjouissons -nous. Car il n'est pas permis de s'adonner à la tristesse au jour natal de la Vie qui, en détruisant la crainte de la mort, nous apporte la joie de l'éternité promise. Personne n'est exclu de la participation à cette allégresse. la raison de la joie commune est la même pour tous ; car notre Seigneur, destructeur du péché et de la mort, pour n'avoir trouvé personne exempt de péché, est venu nous délivrer tous. Que le juste tressaille, parce qu'il approche du triomphe ; que le pécheur se réjouisse, parce qu'on l'invite au pardon ; que le Gentil prenne courage, parce qu'on l'appelle à la vie. En effet, le Fils de Dieu, dans la plénitude du temps marqué par le conseil divin aux profondeurs impénétrables, a revêtu la nature humaine pour la réconcilier avec son auteur ; afin que le démon, inventeur de la mort, fût vaincu par cette même nature dont il avait triomphé.
En cette lutte engagée pour nous, le combat s'est livré avec une grande et merveilleuse équité, puisque le Seigneur tout -puissant lutte contre un ennemi très cruel, non avec sa majesté, mais avec notre humble nature : il lui oppose la même forme et la même nature, participant en vérité à notre mort, mais exempte de tout péché. Certes, elle n'a rien à voir, cette naissance, avec ce qu'on lit de toutes les autres : Nul n'est pur de souillure, pas même le petit enfant dont la vie sur terre ne dure qu'un jour (Job 14,4). Dans cette naissance singulière, rien n'a passé de la concupiscence de la chair, rien n'y est parvenu de la loi du péché. une vierge de la race royale de David est choisie pour porter dans son sein ce fruit sacré, l'enfant divin et humain qu'elle conçoit spirituellement avant de le concevoir corporellement. Et de peur qu'ignorante du dessein céleste, elle ne soit troublée par l'étonnante nouvelle, elle apprend de la bouche d'un ange que ce qui se fera en elle sera l'oeuvre de l'Esprit-Saint : elle ne craint aucune atteinte à sa pureté, celle qui bientôt sera la Mère de Dieu.
C'est pourquoi, mes bien-aimés, rendons grâces à Dieu le Père, par son Fils dans le Saint-Esprit. À cause de la grande charité dont il nous a aimés, il a eu pitié de nous ; et, alors que nous étions morts par le péché, il nous a vivifiés dans le Christ (Éphés. 2, 4-5), afin que nous soyons en lui créature nouvelle et ouvrage nouveau. Dépouillons-nous donc du vieil homme et de ses actions (Coloss 3,9) ; et admis à participer à la naissance du Christ, renonçons aux oeuvres de la chair. Reconnais, ô Chrétien, ta dignité et, devenu participant de la nature divine (2 Pierre 1, 4), garde-toi de retourner à ton ancienne vilenie par une conduite indigne. Souviens-toi de quel chef et de quel corps tu es membre. Rappelle-toi qu'arraché à la puissance des ténèbres, tu as été transporté dans la lumière et le royaume de Dieu (Col. 1,13)
Re: "Et le Verbe s'est fait chair"
Publié : lun. 28 déc. 2009, 15:47
par etienne lorant
Et voici, pour suivre saint Léon, l'homélie de Benoît XVI - pour que chacun(e) en ait pour son époque.
Chers Frères et Sœurs,
«Un enfant nous est né, un fils nous a été donné » (Is 9, 5). Ce qu'Isaïe, regardant de loin vers l'avenir, dit à Israël comme consolation dans ses angoisses et dans l'obscurité, l'Ange, nimbé de lumière, l'annonce aux bergers comme présent : « Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur » (Lc 2, 11). Le Seigneur est présent. À partir de ce moment, Dieu est vraiment un « Dieu avec nous ». Il n'est plus le Dieu lointain qui, à travers la création et au moyen de la conscience, peut de quelque façon être entrevu de loin. Il est entré dans le monde. Il est le Proche. Le Christ ressuscité l'a dit aux siens, à nous : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20). Pour vous est né le Sauveur : ce que l'Ange a annoncé aux bergers, Dieu aujourd'hui nous le rappelle par l'Évangile et par ses messagers. C'est une nouvelle qui ne peut nous laisser indifférents. Si elle est vraie, tout est changé. Si elle est vraie, elle me concerne moi aussi. Alors, comme les bergers, je dois dire moi aussi : Allez, je veux aller à Bethléem et voir la Parole qui, là, est advenue. L'Évangile ne nous raconte pas sans raison l'histoire des bergers. Ces derniers nous montrent comment répondre de façon juste à ce message qui nous est aussi adressé. Que nous disent alors ces premiers témoins de l'incarnation de Dieu ?
Des bergers, il est dit avant tout qu'ils étaient des personnes vigilantes et que le message pouvait les rejoindre précisément parce qu'ils étaient éveillés. Nous devons nous réveiller, parce que le message est arrivé jusqu'à nous. Nous devons devenir des personnes vraiment vigilantes. Qu'est-ce que cela signifie ? La différence entre celui qui rêve et celui qui est éveillé consiste tout d'abord dans le fait que celui rêve se trouve dans un monde particulier. Avec son moi, il est enfermé dans ce monde du rêve qui, justement, n'est que le sien et ne le relie pas aux autres. Se réveiller signifie sortir de cet état particulier du moi et entrer dans la réalité commune, dans la vérité qui, seule, nous unit tous. Les conflits dans le monde, les difficultés relationnelles proviennent du fait que nous sommes enfermés dans nos propres intérêts et dans nos opinions personnelles, dans notre minuscule monde intérieur. L'égoïsme, celui du groupe comme celui de l'individu, nous tient prisonnier de nos intérêts et de nos désirs, qui s'opposent à la vérité et nous séparent les uns des autres. Réveillez-vous, nous dit l'Évangile. Venez dehors pour entrer dans la grande vérité commune, dans la communion de l'unique Dieu. Se réveiller signifie ainsi développer sa sensibilité pour Dieu, pour les signes silencieux par lesquels il veut nous guider, pour les multiples indices de sa présence. Il y a des personnes qui disent être « religieusement privées d'oreille musicale ». L'aptitude à percevoir Dieu semble presque un don qui est refusé à certains. Et en effet - notre manière de penser et d'agir, la mentalité du monde contemporain, l'éventail de nos diverses expériences sont de nature à affaiblir la sensibilité à Dieu, à nous « priver d'oreille musicale » pour Lui. Et pourtant dans toute âme est présente, de façon cachée ou ouverte, l'attente de Dieu, la capacité de le rencontrer. Pour obtenir cette vigilance, cet éveil à l'essentiel, nous voulons prier, pour nous-mêmes et pour les autres, pour ceux qui semblent être « privés d'oreille musicale » et chez qui, cependant, le désir que Dieu se manifeste est vif. Le grand théologien Origène a dit : si j'avais eu la grâce de voir comme a vu Paul, je pourrais à présent (durant la Liturgie) contempler une multitude d'anges (cf. in Lc 23, 9). En effet - dans la sainte Liturgie, les anges de Dieu et les saints nous entourent. Le Seigneur lui-même est présent au milieu de nous. Seigneur, ouvre les yeux de nos cœurs, afin que nous devenions vigilants et voyants et qu'ainsi nous puissions aussi porter ta proximité aux autres.
Revenons à l'Évangile de Noël. Celui-ci nous raconte que les bergers, après avoir entendu le message de l'ange, se dirent l'un à l'autre : « Allons jusqu'à Bethléem ... Ils y allèrent, sans délai » (Lc 2, 15ss). « Il se hâtèrent » dit littéralement le texte grec. Ce qui leur avait été annoncé était si important qu'ils devaient se mettre en route immédiatement. En effet, ce qui leur avait été dit là, allait absolument au-delà de l'ordinaire. Cela changeait le monde. Le Sauveur est né. Le Fils de David attendu est venu au monde dans sa ville. Que pouvait-il y avoir de plus important ? Bien sûr, la curiosité les poussait aussi, mais par-dessus tout la fébrilité liée à la grande réalité qui leur avait été communiquée précisément à eux, des petits et des hommes apparemment insignifiants. Ils se pressèrent - sans hésitation. Dans notre vie ordinaire, il n'en va pas ainsi. La majorité des hommes ne considère pas comme prioritaires les affaires de Dieu, celles-ci ne nous pressent pas immédiatement. Et nous aussi, pour l'immense majorité, nous sommes disposés à les renvoyer à plus tard. Avant tout nous faisons ce qui, ici et maintenant, apparaît urgent. Dans la liste des priorités, Dieu se retrouve souvent presqu'à la dernière place. Il sera toujours temps - pense-t-on - de s'en préoccuper. L'Évangile nous dit : Dieu a la plus grande priorité. Si quelque chose dans notre vie mérite urgence, c'est, alors, seulement la cause de Dieu. Une maxime de la Règle de saint Benoît dit : « Ne rien placer avant l'œuvre de Dieu (c'est-à-dire avant l'office divin) ». La Liturgie est, pour les moines, la priorité première. Tout le reste vient après. Toutefois, au fond, cette phrase vaut pour chaque homme. Dieu est important, il est dans l'absolu la réalité la plus importante de notre vie. C'est précisément cette priorité que nous enseignent les bergers. Nous voulons apprendre d'eux à ne pas nous laisser écraser par toutes les choses urgentes de la vie quotidienne. Nous voulons apprendre d'eux la liberté intérieure de mettre au second plan les autres occupations - pour importantes qu'elles soient - pour nous approcher de Dieu, pour le laisser entrer dans notre vie et dans notre temps. Le temps consacré à Dieu et, à partir de Lui, à notre prochain n'est jamais du temps perdu. C'est le temps dans lequel nous vivons vraiment, dans lequel nous vivons en tant que personnes humaines.
Certains commentateurs font remarquer que ce sont, en premier lieu, les bergers, les âmes simples qui sont venus auprès de Jésus dans la crèche et qui ont pu rencontrer le Rédempteur du monde. Les sages venus d'Orient, les représentants de ceux qui ont rang et renommée, viendront beaucoup plus tard. Les commentateurs ajoutent : ceci va de soi. Les bergers, en effet, habitaient à côté. Ceux-ci n'avaient qu'à « traverser » (cf. Lc 2, 15) comme on parcourt une courte distance pour se rendre chez les voisins. Les savants, en revanche, habitaient loin. Ceux-ci devaient parcourir un chemin long et difficile, pour arriver à Bethléem. Et ils avaient besoin d'un guide et d'indication. Eh bien, aujourd'hui encore, existent des âmes simples et humbles qui demeurent toutes proches du Seigneur. Celles-ci sont, pour ainsi dire, ses voisins et peuvent facilement aller chez Lui. Mais la majeure partie de nous, hommes modernes, vit loin de Jésus Christ, de Celui qui s'est fait homme, du Dieu venu au milieu de nous. Nous vivons dans les réflexions, dans les affaires et dans les occupations qui nous absorbent entièrement et depuis lesquelles le chemin vers la crèche est très long. De multiples manières, Dieu doit sans cesse nous pousser et nous aider, afin que nous puissions sortir de l'enchevêtrement de nos pensées et de nos engagements et trouver le chemin qui va vers Lui. Mais pour tous, il y a un chemin. Pour tous, le Seigneur dispose des signes adaptés à chacun. Il nous appelle tous, pour que nous aussi puissions dire : Allons, « traversons », allons jusqu'à Bethléem - vers ce Dieu, qui est venu à notre rencontre. Oui, Dieu s'est mis en chemin vers nous. De nous-mêmes, nous ne pourrions le rejoindre. Le chemin dépasse nos forces. Mais Dieu est descendu. Il vient à notre rencontre. Il a parcouru la plus grande partie du chemin. Maintenant, il nous demande : Venez et voyez combien je vous aime. Venez et voyez que je suis ici. Transeamus usque Bethleem, dit la Bible latine. Allons ! Dépassons-nous nous-mêmes ! Faisons-nous, de mille manières, voyageurs vers Dieu en étant intérieurement en route vers Lui. Mais aussi par des chemins très concrets - dans la Liturgie de l'Église, dans le service du prochain, où le Christ m'attend.
Écoutons encore une fois directement l'Évangile. Les bergers se dirent l'un à l'autre la raison pour laquelle ils se mettent en chemin : « Voyons ce qui est arrivé ». Littéralement, le texte grec dit : « Voyons cette Parole, qui, là, est advenue ». Oui, telle est la nouveauté de cette nuit : la Parole peut être contemplée. Puisqu'elle s'est faite chair. Ce Dieu dont on ne doit faire aucune image, parce que toute image ne pourrait que l'amoindrir, et même le déformer, ce Dieu s'est rendu, Lui-même, visible en Celui qui est sa véritable image, comme dit Paul (cf. 2 Co 4, 4 ; Col 1, 15). Dans la figure de Jésus Christ, dans toute sa vie et son agir, dans sa mort et dans sa résurrection, nous pouvons regarder la Parole de Dieu et donc le mystère du Dieu vivant Lui-même. Dieu est ainsi. L'ange avait dit aux bergers : « Voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12 ; cf. 16). Le signe de Dieu, le signe qui est donné aux bergers et à nous, n'est pas un miracle bouleversant. Le signe de Dieu est son humilité. Le signe de Dieu est qu'Il se fait petit ; devient enfant ; se laisse toucher et sollicite notre amour. Comme nous désirerions, nous les hommes, un signe différent, un signe imposant, irréfutable du pouvoir de Dieu et de sa grandeur. Mais son signe nous invite à la foi et à l'amour, et en conséquence, nous donne l'espérance : ainsi est Dieu. Il possède le pouvoir et Il est la Bonté. Il nous invite à devenir semblables à Lui. Oui, nous devenons semblables à Dieu, si nous nous laissons façonner par ce signe ; si nous apprenons, nous-mêmes, l'humilité et ainsi la vraie grandeur ; si nous renonçons à la violence et ne recourrons qu'aux seules armes de la vérité et de l'amour. Origène, suivant une parole de Jean-Baptiste, a vu l'expression de l'essence du paganisme dans le symbole de la pierre : le paganisme est un manque de sensibilité, il signifie un cœur de pierre qui est incapable d'aimer et de percevoir l'amour de Dieu. Origène dit des païens : « Privés de sentiment et de raison, ils se transforment en pierres et en bois » (in Lc 22,9). Le Christ veut, cependant, nous donner un cœur de chair. Quand nous le voyons Lui, le Dieu qui est devenu enfant, notre cœur s'ouvre. Dans la Liturgie de la Sainte Nuit, Dieu vient à nous en tant qu'homme, afin que nous devenions vraiment humains. Écoutons encore Origène : « En effet, à quoi bon pour toi que le Christ soit venu une fois dans la chair, s'Il ne venait pas jusqu'en ton âme ? Prions pour qu'il vienne quotidiennement à nous et que nous puissions dire : je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi (Ga 2, 20) » (in Lc 22,3).
Oui, nous voulons prier pour cela au cours de cette Sainte Nuit. Seigneur Jésus Christ, toi qui es né à Bethléem, viens à nous ! Entre en moi, dans mon âme. Transforme-moi. Renouvelle-moi. Fais que moi et nous tous, de pierre et de bois, devenions des personnes vivantes, dans lesquelles ton amour se rende présent et le monde soit transformé.