J'ai passé cette nuit au mont des Oliviers:
Étais-je auprès de Vous, bien indigne, Seigneur?
Je ne sais, mais la chaîne était lourde à mes pieds
Et je suais aussi, comme Vous, ma sueur.
Ce n'est pas sans grand mal, voyez-Vous, qu'on arrache
Notre coeur aux seuls biens auxquels il fut voué,
Et l'ange vient trancher plutôt qu'il ne détache
Le fil de ce bateau que Vous aviez noué.
Vous avez trop connu cette terre où nous sommes,
Vous avez trop aimé l'air que nous respirons
Pour n'avoir pas souffert ce que souffrent les hommes
Et n'avoir pas gémi dans votre Passion.
Ah! Si demain, Seigneur, du jardin des Olives
Je pouvais repartir vers le monde qu'on voit,
Laissez-moi boire encore aux fontaines d'eau vive
Et laissez s'éloigner cette coupe de moi.
Mais s'il Vous faut encore mon attente, Seigneur,
S'il Vous faut l'aube noire et la plus dure peine,
Prenez l'arrachement et prenez la douleur,
Que votre volonté soit faite, et non la mienne.
Robert Brasillach (1909-1945)
Le mont des Oliviers
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