Re: Phrase incompréhensible de Jésus
Publié : lun. 26 oct. 2009, 14:50
par Serge BS
Dieu, en Lui-même, en Sa Trinité, « voit » toute la ligne du temps humain d’un seul coup d’œil, et donc aussi les futurs, mêmes contingents, et ce parce qu’Il coexiste à toute cette trajectoire dont Il est la source et l’éternel présent !
Au contraire, si Dieu se place dans le système de référence humain, ici en tant que l’Incarné, malgré toute Sa science et Son intelligence, il ne peut prévoir tous les futurs, ne pouvant savoir que l’avenir de ce qui n’est déjà plus contingent, bien que non encore arrivé à son épanouissement dans l’existence du présent !
Il y a cependant loin de là à soutenir que les futurs contingents - qui ne sont connaissables qu’au moment où ils se réalisent - sont prédéterminés dès à présent. Que certains futurs, dont nous ignorons qu’ils sont la conséquence automatique, inévitable d’une levée d’indétermination qui a déjà eu lieu, c’est-à-dire que certains futurs que nous croyons à tort contingents sont prédéterminés dès à présent, d’accord… Mais, justement, ce ne sont plus des futurs contingents ; ils l’ont été, mais ils ne le sont plus ! N’étant pas encore déterminé ad unum, aucun futur qui est dans le présent contingent ne peut être prévu, même par Dieu.
Mais, attention, cette incapacité n’est pas du côté de Dieu qui est dans l’éternel présent, mais uniquement du côté de l’objet qui est la source de ce défaut (au sens d’absence), mais uniquement sur le plan humain ! Par contre, Dieu connait tous ces événements, mais ne les pré-connait pas, et ce en ce sens qu’il est coexistant en permanence aussi bien selon notre système de référence qui est futur, qu’à ce qui est du présent et du passé, car il est éternel présent dans sa simplicité ! Dans la Somme théologique, saint Thomas d’Aquin dit d’ailleurs que l’infaillibilité de la science divine confère une nécessité aux futurs contingents, mais uniquement dans la mesure où ils sont l’objet d’une connaissance vraie (Thomas d’Aquin, Somme théologique Ia q. XIV, a. 13, ad. 2) !
Re: Phrase incompréhensible de Jésus
Publié : lun. 26 oct. 2009, 16:20
par Invité
A priori (corrigez-moi si je me trompe), Jésus ne savait pas tout depuis le début.
Si, il sait tout parfaitement. Il va même répondre point par point mais il aimait bien parler en énigme pour laisser planer l'incertitude du moment.
C'est un peu long mais la lecture en vaut le coup
Commentaire de St Thomas D'Aquin
[24, 36]
2455. QUANT À CE JOUR ET À CETTE HEURE, PERSONNE NE LES CONNAÎT. Dans cette section, [le Seigneur] tranche à propos de l’incertitude du moment. À ce sujet, il fait deux choses : premièrement, il présente l’incertitude du moment ; deuxièmement, il exhorte par une comparaison ; troisièmement, il montre l’avènement à venir. Le second point [se trouve] en cet endroit : COMME LES JOURS DE NOÉ, etc. [24, 37] ; le troisième, en cet endroit : ALORS DEUX HOMMES SONT AUX CHAMPS [24, 40].
2456. Il dit : ILS VERRONT LE FILS DE L’HOMME. «Tu parles de manière indéterminée. Dis-nous de façon précise si cela est vrai.» QUANT À CE JOUR ET À CETTE HEURE, PERSONNE NE LES CONNAÎT, NI LES ANGES DES CIEUX. Ce qu’il dit au sujet des anges des cieux est clair et ne comporte pas grand doute, car il existe une connaissance naturelle chez eux et elle ne s’étend qu’à ce qui arrive selon le cours de la nature. Mais le jugement n’arrivera que selon la volonté de Dieu. Il existe aussi une autre connaissance, celle de la gloire, et, de cette manière, ceux-là seuls savent à qui le Seigneur a voulu le révéler, et cela, il l’a gardé pour lui. Ml 3, 2 : Voici que le Seigneur viendra, et qui pourra connaître son avènement ? 1 Th 5, 2 : Le jour du Seigneur est comme un voleur dans la nuit : il viendra de cette manière.
2457. Mais une question se pose ici, selon Jérôme, car Mc 13, 26 dit : Pas même le Fils de l’Homme. Ce sur quoi Arius semble avoir appuyé son hérésie, car si le Père sait ce que le Fils ne sait pas, il est donc plus grand que lui. On peut donc dire que le Fils sait et que le jour du jugement a été déterminé selon une certaine raison, et que ce qui a été déterminé par Dieu a été déterminé par son Verbe éternel. Il est donc impossible que le Fils ne sache pas. Mais pourquoi [le Seigneur] dit-il qu’il ne sait pas ? Augustin et Jérôme disent que, selon la façon habituelle de parler, on dit ne pas connaître quelque chose lorsqu’on ne le fait pas connaître. Ainsi, il est dit en Gn 22, 12 : Maintenant, je sais que tu crains Dieu, c’est-à-dire : «J’ai fait connaître.» On dit ainsi que le Fils ne sait pas parce qu’il ne fait pas savoir. D’une autre façon, Origène dit que le Christ et l’Église sont comme la tête et le corps, car, de même que la tête et le corps sont comme une seule personne, de même en est-il du Christ et de l’Église. Mais le Christ prend parfois la forme de l’Église, comme en Ps 21, 2 : Dieu, mon Dieu, regarde-moi, de sorte que lorsqu’on dit que le Christ ne sait pas, on entend que l’Église ne sait pas. Le Seigneur dit donc en Ac 1, 7 : Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments, etc.
2458. Remarquez ce que dit Augustin : [le Seigneur] voulait montrer par certains signes que l’avènement du jugement ne peut être connu de manière précise, parce qu’il ne fixe aucun moment. La démonstration dit que [l’avènement du jugement] ne peut être connu parce qu’il en est des âges du monde comme des âges de l’homme. Comme l’âge ultime d’un homme n’a pas de fin déterminée, mais se prolonge parfois davantage qu’un autre, il faut parler de la même façon de l’étape ultime du monde, qui n’a pas de fin déterminée, et pourra durer plus que toutes les autres étapes.
[24, 37]
2459. COMME AUX JOURS DE NOÉ, AINSI EN SERA-T-IL DE L’AVÈNEMENT DU FILS DE L’HOMME. Plus haut, le Seigneur a présenté l’incertitude de l’heure de son avènement ; maintenant, il propose une comparaison. Premièrement, il la présente ; deuxièmement, il l’explique, en cet endroit : EN CES JOURS QUI PRÉCÉDÈRENT LE DÉLUGE, etc. [24, 38].
2460. Il présente une comparaison appropriée, car, alors qu’il parlait de la fin du monde, il se reposa à la fin du monde. Il propose donc une comparaison. En effet, on lit qu’il y eut une double fin. L’une par l’eau, 1 P 2, 5 : Il n’a pas épargné l’ancien monde. Tout en préservant huit personnes, dont Noé, héraut de la justice, il a amené le déluge sur un monde d’impies. C’est de manière assez appropriée qu’il est dit que la première fin arriva pour diminuer les péchés de la chair. C’est ainsi qu’il est dit en Gn 6, 2 : Les fils de Dieu, voyant que les filles des hommes étaient belles, prirent des épouses parmi toutes celles qu’ils avaient choisies. C’est ainsi qu’il fallut mettre fin à une telle concupiscence par l’eau.
2461. Mais, à la fin du monde, il y aura péché, car la charité se refroidira, comme on l’a dit plus haut. C’est pourquoi le feu sera un châtiment approprié. Il dit donc : COMME AUX JOURS DE NOÉ, à savoir, à une époque où la fin était incertaine, comme on le lit en Gn 6, 13 : La fin de toute chair se présente devant moi. De même que ceux qui étaient attachés à Noé furent sauvés, de même, lors de l’avènement du Fils de l’homme, ceux qui seront attachés au Fils, le Christ, seront-ils sauvés.
[24, 38]
2462. En second lieu, [le Seigneur] explique cette comparaison sous l’aspect de son incertitude : EN EFFET, LES JOURS QUI PRÉCÉDÈRENT LE DÉLUGE, ON MANGEAIT ET ON BUVAIT, etc. Par ces paroles, il semble aborder deux choses : le désespoir par rapport à un avènement futur, et la cause [de ce désespoir]. La cause pour laquelle un homme n’espère pas d’avènement futur est qu’il s’adonne aux préoccupations de la chair, puisqu’il marche selon sa concupiscence. Jc 5, 5 : Vous vous êtes repus sur la terre, et vous avez nourri vos cœurs de luxure. Ils s’adonnaient donc à la licence, qui comporte deux aspects : Ripailles et orgies, luxure et débauche, Rm 13, 13. À propos du premier aspect, il dit : ON MANGEAIT ET ON BUVAIT, non pas que manger et boire soit péché, mais en faire sa fin est péché. À propos du second aspect, il dit : ON PRENAIT FEMME ET MARI, etc.
[24, 39]
2463. Vient ensuite : ON NE SE DOUTAIT DE RIEN JUSQU’À L’ARRIVÉE DU DÉLUGE, QUI LES EMPORTA TOUS, à savoir, ceux qui n’étaient pas attachés à Noé, figure du Christ.
TEL SERA AUSSI L’AVÈNEMENT DU FILS DE L’HOMME. Mais on lit en Lc 21, 26 : Les hommes sècheront de frayeur. Et plus haut, on y trouve la même chose, à savoir, LE SOLEIL S’OBSCURCIRA. Comment donc les hommes seront-ils en sécurité pour manger et s’adonner à la luxure ? Il y a une double réponse. Jérôme dit qu’il est vrai que, vers l’époque de l’Antéchrist, il y aura beaucoup de tribulations, et cela, pour la mise à l’épreuve des élus ; et, par la suite, ils seront rétablis dans la tranquillité, et, dans cette tranquillité, les mauvais se laisseront aller à la joie. Luc parle donc de l’état de tribulation ; mais Matthieu, de l’époque qui précédera immédiatement l’avènement de Dieu. De même, autre interprétation : certains sont bons, d’autres mauvais. L’Église supportera les tribulations de manière universelle, et les bons seront punis par les mauvais. Ainsi, il est dit plus haut, 10, 22 : Tous vous haïront à cause de mon nom. Ce seront donc les bons qui souffriront ; ceux qui causeront ces tribulations, ce seront les mauvais. Ce qui est dit ici : ON MANGEAIT ET ON BUVAIT, etc., s’entend des mauvais ; mais ce qui est dit en Luc : Les hommes sècheront de frayeur, s’entend des bons. Ou bien, [on l’interprète] ainsi : comme il arrive souvent que les bons soient corrigés par les tribulations, alors que les mauvais ne le sont pas, les mauvais se dessécheront donc, mais les bons ne [se dessécheront] pas.
[24, 40]
2464. ALORS DEUX HOMMES SERONT DANS UN CHAMP : L’UN SERA PRIS, L’AUTRE LAISSÉ. Dans cette section, [le Seigneur] présente le résultat de cette incertitude. Quel sera-t-il ? Car il arrivera que, chez des hommes retenus pour une fonction, l’un soit choisi et l’autre laissé de côté. Cela peut être interprété, selon Chrysostome, au sens où, ne voulant rien dire d’autre, certains seront rejetés et d’autres choisis pour toutes les conditions et toutes les fonctions exercées par les hommes. Comment cela ? Comme il a été dit plus haut, 13, 41, les anges viendront et retiendront les bons pour le Christ. De même, certains vivent dans les plaisirs, mais d’autres exercent des fonctions.
2465. De même, chez ceux qui travaillent, certaines fonctions se rapportent aux hommes, et certaines aux femmes. Le travail des hommes s’exerce à proprement parler dans les champs. ALORS DEUX HOMMES SERONT DANS UN CHAMP. Au sens littéral, ils y travailleront. L’UN SERA PRIS, comme élu, L’AUTRE LAISSÉ, comme réprouvé. De même, DEUX FEMMES SERONT EN TRAIN DE MOUDRE : L’UNE SERA PRISE, L’AUTRE LAISSÉE. Cela est le rôle des femmes. C’était la coutume que les femmes moulent, et [le Seigneur] parle selon l’usage d’un pays où il n’y a pas d’eau ; maintenant, on mout avec des chevaux ou avec des hommes, mais alors c’était le rôle des femmes. Is 47, 2 : Prends la meule et mouds la farine. Il y avait donc DEUX FEMMES EN TRAIN DE MOUDRE, c’est-à-dire en train d’exercer leur rôle. L’UNE SERA PRISE : cela s’interprète comme [ce qui a été dit] auparavant. De même, DEUX SERONT DANS LE MÊME LIT : L’UN SERA PRIS, L’AUTRE LAISSÉ. Chrysostome dit que les riches ne travaillent pas mais se reposent ; ils sont donc indiqués par ceux qui sont couchés dans un lit. Parmi eux, un seul sera pris, et l’autre sera laissé.
2466. On peut aussi interpréter cela allégoriquement, et telle est l’interprétation d’Hilaire. Par le champ est désigné le monde, comme on l’a dit plus haut. Par les deux hommes, le peuple des fidèles et des infidèles. Parmi eux, un seul sera pris, à savoir, le peuple des fidèles, et l’autre sera laissé, à savoir, le peuple des infidèles. De même, la loi ancienne est désignée par la meule, qui est lourde et pesante. Ac 15, 10 : C’est un poids que ni nous, ni nos pères n’avons pu porter, etc. Parmi ceux qui acceptent la loi ancienne, certains acceptent le Christ, et d’autres non. On dit de tous ceux qui acceptent la loi ancienne qu’ils moulent avec une meule, et ceux qui acceptent la loi ancienne avec la loi nouvelle sont retenus, mais ceux qui ne l’acceptent pas sont laissés. De même, ceux qui acceptent le Christ ressemblent à ceux qui sont couchés dans un lit, car, par le lit, le souvenir de la passion est indiqué, et parmi ceux-ci, certains seront pris, d’autres seront laissés. En effet, certains se conforment à la passion par leurs bonnes œuvres, d’autres, non.
2467. On peut interpréter cela autrement, de sorte que cela se rapporte aux trois états des fidèles, car il y a trois genres d’hommes : les contemplatifs, les prélats et les actifs. Aucun état n’est sûr puisque certains seront damnés dans chaque état. L’état de contemplation est signifié par le lit. Il en est question en Ct 1, 15 : Notre lit est couvert de fleurs. Cependant, certains qui font partie de cet état seront damnés. L’état des actifs est désigné par ceux qui moulent avec une meule, car ils portent quelque chose de lourd et sont préoccupés. Lc 10, 41 : Marthe, Marthe, tu te soucies et t’agites pour beaucoup de choses. Ils sont donc impliqués dans les choses du siècle. Parmi eux, il y en aura donc qui seront damnés. Par le champ, vers lequel les hommes se dirigent pour travailler, sont indiqués les prélats. Ct 7, 11 : Viens, mon bien-aimé, allons au champ. Parmi ceux-ci, certains sont pris, et certains sont laissés.