Noam Chomsky,
L'ivresse de la force, Fayard, 2008
Un bouquin stimulant qui ouvre des pistes pour ceux qui aiment fréquenter le café du commerce. Je le recommande surtout à ceux qui ne fréquente pas souvent la Cité catholique, à tous les cuistres sympathiques de passage, tous ceux dont Benoit XVI n'est pas nécéssairement leur plus grande idôle, à tous les vieux qui sont fatigués de la génération ''X'' et de son émulation croissante pour une société chilienne post-1973 et son anti-progressisme.
J'apprend grâce à ce bouquin que le président Clinton aurait déclassifié (qqs années en arrière) des informations au sujet des opérations aériennes conduites lors de la campagne de bombardements au-dessus de l'ancienne Indochine (Vietnam, Camboge, Laos) soit pendant la guerre du Vietnam. Il ressortirait des données de l'armée américaine que le Cambodge à l'époque aurait été bombardé cinq fois plus sévèrement (en terme de tonnage de bombes déversées) que les chiffres les plus audacieux de l'époque pouvaient le laisser entrevoir. Cinq fois ! Il y aurait là de quoi nous apporter une lumière nouvelle sur l'origine de la prise du pouvoir par les Khmers rouge de Pol Pot ( ... avec ce qui s'ensuivra).
C'est l'intense campagne de bombardements aux objectifs indiscriminés demandée par le président Nixon (des tapis de bombes largués au-dessus de civils, des paysans à la campagne) qui aurait fait pencher la balance en faveur de Pol Pot.
Pour illustrer :
Years after the war ended, journalist Bruce Palling asked Chhit Do, a former Khmer Rouge officer, if his forces had used the bombing as anti-American propaganda. Chhit replied:
Every time after there had been bombing, they would take the people to see the craters, to see how big and deep the craters were, to see how the earth had been gouged out and scorched
. The ordinary people sometimes literally shit in their pants when the big bombs and shells
came. Their minds just froze up and they would wander around mute for three or four days. Terrified and half crazy, the people were ready to believe what they were told. It was because of their dissatisfaction with the bombing that they kept on co-operating with the Khmer Rouge,
joining up with the Khmer Rouge, sending their children off to go with them. Sometimes the bombs fell and hit little children, and their fathers would be all for the Khmer Rouge.
http://www.yale.edu/cgp/Walrus_Cambodia ... _OCT06.pdf
«... pendant la période des bombardements, les Khmers rouge sont passés d'une dizaine de milliers à deux cents mille. Il est certain que les bombes, qui rendaient les paysans fous furieux, leur ont servi d'argument de recrutement. Bref, on avait là une information d'une extrême importance sur les attaques aériennes au Cambodge, mais elle n'a intéressé personne. Parfois des révélations atterantes sont rendues publiques, sans éveiller la moindre réaction, par exemple l'ordre de Nixon et de Kissinger, en décembre 1970, d'effectuer une campagne de bombardements massifs au Cambodge en utilisant
«tout ce qui vole contre tout ce qui bouge». Si nous trouvions une déclaration semblable signée par Milosevic dans les archives serbes, elle ferait les gros titres. Fondamentalement c'est un appel au génocide, que le
New York Times cite sans commentaire. Toute l'histoire des guerres d'Indochine a été tant remodelée qu'elle en est méconnaissable. Aujourd'hui les gens n'ont aucune idée de ce qui s'est passé.» (Chomsky, p.118; qui cite lui-même le professeur de l'université Yale)
Sinon au sujet de l'Amérique du Sud :
«... les tenants de la théologie de la libération, au Brésil en particulier, ont apporté les vrais évangiles aux paysans. Ils ont dit : lisons ces textes, et essayons d'agir conformément aux principes qu'ils énoncent. Tel a été le crime majeur qui a déclenché les guerres terroristes de Reagan et la répression du Vatican. Les États-Unis ont pratiquement fait la guerre à l'Église catholique dans les années 1980. C'était un choc des civilisations, si vous voulez : les États-Unis contre les Évangiles.» (Chomsky, p.97)
En fonction de cette dernière idée de Chomsky, on aurait là un autre son de cloche pour expliquer peut-être le succès des «évangéliques» (pro-américain bien entendu) en Amérique du Sud. C'est un autre prisme potentiel pour l'analyse et qui nous change d'un discours culpabilisateur qui voudra mettre la faute sur le dos des mauvais catholiques trop peu zélés et blablabla.
PLutôt :
Guerre conservatrice + répression vaticane + installation du néolibéralisme déjanté = Vent dans les voiles pour le
Jesus's business abouché à l'économisme de la grosse machine.