Journal de Julien Green

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etienne lorant
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Re: Pourquoi la lecture ?

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Je peux facilement démontrer l'intérêt historique du Journal de Julien Green. Je prends sa note du 7 avril 1968: "En Amérique, la violence: des incendies à Baltimore et ailleurs. Il est consternant de songer qu'un imbécile qui vise bien (assassinat de M.L. King le 4 avril 1968) peut d'un seul coup de feu mettre un immense pays dans un état voisin du chaos, en ce qui concerne les grandes villes"; ensuite, je tape sur google : "Baltimore : les événements d'avril 1968" et je trouve ceci:

"Les Émeutes de 1968 à Baltimore sont une série d'émeutes qui éclatèrent en 1968 à Baltimore (Maryland, États-Unis) suite à l'assasinat de Martin Luther King.Le 4 avril 1968 à Memphis, Martin Luther King est tué. Des émeutes prirent rapidement naissance dans 125 villes à travers les États-Unis. À Baltimore, l'émeute ne débuta que deux jours plus tard. A l'apparition des manifestations le samedi 6 avril, le gouverneur du Maryland Spiro Agnew fit appel à des milliers de soldats de la garde nationale et à 500 policiers de l'état pour stopper les violences. Lorsqu'il est apparu que les troupes d'état n'arrivèrent à faire face aux incidents, le gouverneur fit appel au président Lyndon B. Johnson pour avoir un soutien de l'armée fédérale. Le dimanche après-midi, 5 000 soldats du XIIIe corps de l'armée de l'air, spécialement entraîné pour ce type d'évènements, furent déployés dans la ville la baïonnette au fusil. Ils étaient équipés également de dispersants chimiques. Deux jours plus tard, ils furent rejoints par une brigade d'infanterie légère de Fort Benning (Géorgie). Au total, 6 personnes furent tuées, 700 furent blessées, des milliers d'incendies furent déclenchés et 4 500 manifestants furent arrêtés par l'armée avant d'être remis à la police. Des milliers de commerces furent ravagés et les dommages furent estimés à 13,5 millions de dollars. Un des faits marquants de cette émeute fut la sortie de Spiro Agnew qui critiqua la faible mobilisation des leaders afro-américains pour apaiser les esprits. Il se fit alors remarquer par Richard Nixon qui le mit candidat au poste de vice-président lors des élections présidentielles de 1968."

A partir du même article, j'ai découvert le discours improvisé de Robert Kennedy, apprenant la mort de Martin Lugher King:

http://www.wat.tv/video/robert-kennedy- ... vzfh_.html

Robert Kennedy fut assassiné à son tour le 5 juin de la même année, mais je comprends bien que JG n'en ai pas fait mention dans son Journal. Pourtant, je trouve de plus en plus intéressant de savoir ce qui s'est réellement passé dans les esprits au cours de ces années-là. Le monde était prospère (selon les économistes), mais que de sang versé, que de bouleversements dont les conséquences se font sentir encore !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Présence de Dieu

Message non lu par etienne lorant »

Julien Green 23 avril 1971 (Dans « Ce qui reste de jour »)

La goutte d’eau dans l’océan ne pense pas : « Je suis une goutte d’eau ». Elle ne pense pas non plus : « Je suis l’océan. » Simplement, elle est dans cet océan de joie, et cet océan, c’est Dieu.

19 juin 1971

L’homme dit : « Ce qui rend la vie supportable, c’est le plaisir charnel »
« J’ôte ce plaisir », dit quelqu’un.. – J’ai ma lecture, cela me reste.» - « J’ôte la lecture, je te frappe aux yeux » - Il me reste la musique – « Cela aussi, je te l’ôte, je prends l’ouïe » - Il reste Dieu ». Dieu s’efface, et l’homme s’accommode de cette absence-présence. « J’ôte aussi cette certitude ». A présent, c’est le vide, la nuit. « Bien, dit le Seigneur, je suis là, tu m’as trouvé. Tu veux savoir où j’étais. J’étais dans ton cœur et dans ta tête. Je me cachais dans l’air de tes poumons. J’étais dans l’infatigable fleuve de sang que je fais circuler dans tes veines. Je suis l’âme de ton âme. »
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Le progrès et l'homme

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Constat terrible de Julien Green sur le XXième siècle. Ces mots datent de 1971 et même si c'est lui qui me semble désespérer en écrivant ces lignes, je les cite car elles disent une part de vérité:

"Tel est ce malheureux XXième siècle, dont on espérait je ne sais quel bonheur arrivant sur les ailes du progrès. Le progrès est là, fidèle au rendez-vous, avec le désespoir". Journal 11/11/1971
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Coepit pavere et taedere - Marc 14:33

Message non lu par etienne lorant »

Ce matin, je lisais le passage de Matthieu sur l’agonie à Gethsémani et j’ai été frappé comme toujours et comme pour la première fois par les mots : « coepit pavere et taedere » (il commença à sentir la peur et l’épuisement). C’est, je crois, taedere qu’on traduit faiblement. « Jésus dans l’ennui » écrit Pascal. Ennui dans le sens et avec toute la force que lui donnait parfois le XVIIe siècle : douleur odieuse, tourment insupportable, d’après le dictionnaire du français classique de Gaston Cayrou. Comment ne pas songer à ce que nous appelons la dépression nerveuse dans toute son horreur ? Liddel et Scott, autorités reconnues en Angleterre, donnent pour taedium : disgust, loathing, expressions fort énergiques. Dans cet accablement dont nous n’avons aucune idée parce qu’il dépasse tout ce que nous avons jamais éprouvé, il y a l’immense lassitude. Jésus en avait assez. Assez de la méchanceté des hommes, assez de tout et de tous, assez de ta médiocrité à toi qui me lis et de la mienne qui écris ces choses. Et il avait peur.

(Julien Green dans « La bouteille à la mer » - 19/09/1974)
Dernière modification par etienne lorant le mer. 26 août 2009, 15:34, modifié 1 fois.
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Etrigan
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Re: Coepit pavere et taedere

Message non lu par Etrigan »

Très beau commentaire.

Est-ce que cette parole en Latin est bien celle là ? : "Alors il leur dit: " Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici et veillez avec moi. " ?
« Le Verbe s’est incarné pour la Rédemption du Péché. Faudra-t-il que le Saint-Esprit s’incarne pour la rédemption de la sottise ? » Léon Bloy
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Julien Green

Message non lu par etienne lorant »

Oui, en effet, j'ai cette biographie. Elle est beaucoup plus "réaliste" que les Fioretti, bien sûr, mais elle m'a en réalité révélé plus de choses sur Julien Green que sur saint François. Dans son Journal, Julien Green exprime en effet beaucoup de regrets de n'avoir pas pu, entre vingt et trente ans, faire une coupure radicale avec la vie dans le monde. Je me souviens qu'il a écrit: "Quel est le problème de coucher à la dure si l'on a, durant la nuit, la visite de Jésus et de Marie ?" (cité de mémoire). Mais cet écrivain fut un homme incroyable: seul américain membre de l'Académie Française, c'était un homme qui disait: "Je ne suis qu'un paresseux, mais je m'efforce de travailler" ... en réalité, il était capable de passer six heures pour écrire trois lignes afin, dit-il, de ne pas utiliser une "recette" déjà employée dans un autre roman. Il a aussi appris l'hébreu pour lire la Bible dans le texte. Cependant, ses romans sont assez sombres (disons carrément que la plupart du temps, ils sont vraiment TRES sombres !)

Nous en reparlerons, je dois filer chez moi !
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Re: Les Fioretti de saint François

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Cher Gyrovague,

J'ai posté de très nombreux extraits du journal de Julien Green, mais cela remonte à quelque temps déjà.
A dire vrai, j'ai arrêté de commenter des passages du Journal de Julien Green, car je n'en ai plus trouvé d'exemplaires en format de poche. On m'a bien proposé l'intégrale, mais le prix m'a fait reculer. Je souhaiterais bien trouver d'autres mémoires de laïques sur les questions spirituelles, mais ils ne sont pas vraiment nombreux !

Mais je poursuis ma lecture des Fioretti qui me fait du bien pour l'instant !
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Le Journal de Julien Green

Message non lu par etienne lorant »

Si j'en ai l'occasion, ayant trouvé "Ce qui reste de jour", je rapporterai ici les notes de Julien Green qui me semblent intéressantes. C'était l'époque de grands bouleversements, et j'ai pu apprécier la lucidité de l'auteur...

5 mars 1967
Visite d'un jeune prêtre qui m'a confié beaucoup souffrir au point de se croire être en train de perdre la raison. Il m'a parlé un peu plus tard de la force énorme dont dispose l'Église par ses sacrements. Sans la communion, la vie change, la foi faiblit et s'en va. C'est à peu près sans exception.

19 mars 1967
Hier, procession des Rameaux, dans l'immmense jardin potager de l'église des missions. Un reposoir dans un coin, des croix et des statues blanches, des merles sur les pelouses, tout cela dans un froid glacial. Des chants, de la ferveur, les voix qui s'enflent en regagnant les couloirs des grands bâtiments, tout cela est d'un autre temps et je le regrette.

Image
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Re: Le Journal de Julien Green

Message non lu par etienne lorant »

2 mai 1967

"A la campagne. Quittant la grande maison pour aller dormir dans la petite, j'ai été saisi d'admiration devant le ciel étoilé dans l'air glacial. Peu d'étoiles, mais si brillantes et si merveilleusement belles que j'ai pensé au langage au-delà du langage humain qui est celui du Ciel, langage sans paroles et dont rien ne peut donner une idée. Dans ma chambre, avant de me coucher, j'ai ouvert ma Bible et je suis tombé sur ces paroles: "Je suis la lumière du monde." Ce verset m'a toujours frappé par tout l'absolu qu'il renferme et le mystère dont il s'entoure. Quand j'étais enfant, ce mot de monde me faisait rêver à l'infini. Je voyais des centaines de royaumes baignés d'une lumière surnaturelle. Beaucoup de silence dans le verset où se retrouve le même langage que celui du Ciel, rapprochement qui m'a ravi. J'ai refermé le livre et je me suis endormi en paix. Et comme il arrive, car ces grâces ont leur prix, une journée inquiète a suivi, avec les tentations ordinaires.

Note personnelle
: vivant en ville, j'ai rarement l'occasion de voir un ciel comme le décrit Julien Green. L'idéal est de s'écarter loin de tout éclairage urbain, en ce compris, bien sûr, les éclairages autoroutes et des routes, et donc de "s'égarer" soi-même à "Petaouchnokville" ou "Saint-Loinloin de Pas-Proche", ou Pohénagamook, bref un trou perdu où la main de l'homme n'a pas encore mis les pieds - et franchement, ce n'est pas si simple à trouver ! Mais pour le peu que j'en ai vu, oui, l'impression ressentie fut celle de la démesure. Il suffit que l'on passe une minute ou deux à contempler les étoiles la nuit, en rase campagne, et il se passe quelque chose dans la personne de l'observateur. Un peu comme si le "moi", d'un instant à l'autre, allait se laisser enlever, absorbé par cet infini.

Je me souviens aussi de l'exclamation d'un des astronautes de la première fusée lunaire. Il s'était exclamé : 'Difficile de diren qu'on ne croit pas en Dieu lorsqu'on regarde la Terre depuis l'espace, mais aussi l'espace depuis l'espace ! Toutes les perspectives et les proportions qui paraissent claires sur le papier sont dépassées par un simple regard". Un jour, j'ai éprouvé un sentiment similaire, bien que de moindre intensité, en contemplant longtemps un de ces "champs de blé sous le soleil" qu'a peints Vincent van Gogh. Ou bien j'ai perçu quelque chose du vertige qui l'habitait, ou bien encore: existerait-il, dans la nature comme dans l'art, une sorte de "dé-construction de logique" qui invite l'âme ? Mais c'est peut-être aussi le sentiment d'incapacité à tout saisir dans la création : le premier homme qui a utilisé un microscope, n'a-t-il pas connu une sorte de révélation devant 'tout ce qui grouille et qui vit' de l'autre côté de l'œilleton de son appareil ?


Petaouchnok n'existe pas, bien sûr, ni Saint-Loinloin de Pas-Proche. Par contre Pohénagamook, oui, ça existe ! Demandez à Anny !

http://www.fond-ecran-image.com/galerie ... 536jpg.php

http://www.fond-ecran-image.com/galerie ... latjpg.php
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Re: Le Journal de Julien Green

Message non lu par etienne lorant »

16 mai 1967
"Dans la seconde Épître aux Corinthiens, chapitre 10, verset 10, saint Paul nous dit l'impression qu'il fait: "Présence faible, élocution méprisable". Il se sent beaucoup plus à l'aise et vraiment fort lorsqu'il écrit. Moïse bégayait, Jérémie aussi, c'est à ceux-là que Dieu a confié ses missions formidables".

Note personnelle : Moïse, en effet, avait de grandes difficultés d'élocution. Voir dans la Bible : Exode, chapitre 4 versets 10 à 17. En relisant ce passage, j'ai été frappé par l'étonnement même de de Dieu devant le "problème technique" soulevé par Moïse :
" Le Seigneur lui répondit: Qui a fait la bouche de l'homme? Qui a formé le muet et le sourd, celui qui voit et celui qui est aveugle? N'est-ce pas Moi?" J'en ai conclu que s'il avait eu assez de foi, Moïse se retrouvant devant Pharaon, eût soudain trouvé l'éloquence des plus grands... Quant à Jérémie, il se plaint : "Je ne sais point parler car je ne suis qu'un enfant" - le terme latin "infans" (précisé dans un renvoi de mon livre) désigne précisément celui qui ne parle pas. Dans le Livre de Jérémie, Dieu envoie un ange avec un tison pour lui toucher les lèvres et le Seigneur dit: "Voici que j'ai mis mes paroles dans ta bouche".

D'une certaine façon, le fait que Dieu ait envoyé, pour parler en Son nom des hommes qui avaient de telles difficultés, me confirme dans la pensée que "Tout est grâce". Car Jésus dira lui-même: "je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs" - et les premiers envoyés pour annoncer la bonne nouvelle du Royaume sont ceux que le Temple rejetait. Et, en définitive, ce que nous considérons en nous comme des talents, Dieu n'en a cure. Mais c'est presque le contraire : pour nous mettre au travail, Dieu va choisir nos imperfections et nos manques. L'homme qui n'écrirait jamais (j'en connais au moins un), le voici qu'il écrit sans avoir suivi de cours. A Nazareth, c'est le charpentier Jésus qui compte, lui qui connaît le meilleur usage du plus mauvais outil. Lorsque Dieu fait s'effondrer l'Empire romain, il n'a pas utilisé une massue, mais un grain de sable dans la machine à broyer. Bref, pour servir le Seigneur du mieux qu'on pourra, il suffit (c'est le plus dur, sans doute...) de s'abandonner. Combien de fois, jusqu'à ce jour, n'ai-je pas ressenti, après avoir fini d'écrire, lors de la relecture, cet étonnement étrange: "Est-ce possible, c'est moi qui ai écrit ces mots ? "


Pensée pour Florence Fiorini
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Anne
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Re: Le Journal de Julien Green

Message non lu par Anne »

etienne lorant a écrit : Petaouchnok n'existe pas, bien sûr, ni SSaint-Loinloin de Pas-Proche. Par contre Pohénagamook, oui, çà existe ! Demandez à Anny !

http://www.fond-ecran-image.com/galerie ... 536jpg.php
Pohénagamook ? Connais pas... :siffle:

De toutes façons, Pohénégamook, ça existe pas, c'est juste un "front" ! ;)
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…
".
2 Co 4, 8-10
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Re: Le Journal de Julien Green

Message non lu par etienne lorant »

19 Juin 1967 : La guerre des six jours en deux lignes !

Description de Julien Green : "La guerre israélo-arabe a prix fin hier après des discussions qui ont dû être pittoresques. Il y a eu un soulagement général. Dimanche dernier, les hostilités n'avaient pas encore commencé".

Note personnelle: J'ai vu un reportage dans lequel d'anciens officiers d'Hitler, ayant occupé le côté français du Rhin, avaient des ordres très clair - au moindre mouvement de l'armée française, pour intervenir, ils devaient se replier aussitôt. C'était du bluff, évidemment ! Mais le bluff souvent a eu du succès quand il s'oppose à des personnalités non déterminées. Mais les survivants des camps de la mort étaient extraordinairement déterminés. J'ai toujours applaudi les Israéliens pour avoir écrasé l'aviation arabe à peine cinq heures avant qu'elle décolle ! La guerre du Kippour fut beaucoup plus rude, mais Moshe Dayan fut pour le moins extraordinaire. Je crois que Dieu ne permettra plus que le peuple Juif, tant aimé, subisse un deuxième holocauste. L'Iran ? Même pas peur !



Wikipedia : l'attaque d'Israël

La plus grande force aérienne des armées arabes était en Égypte. Leurs avions étaient tous récents et de conception soviétique. Ils possédaient également 45 bombardiers moyens Tu-16 capables d'attaquer des cibles civiles ou militaires israéliennes. Toutefois, les infrastructures défensives égyptiennes étaient relativement faibles et ils ne disposaient pas non plus de bunkers pour protéger leur aviation en cas d'attaque.

Le lundi 5 juin 1967 à 7h45, survolant la Méditerranée à très basse altitude pour éviter les radars, l'aviation israélienne attaqua l'Égypte où la plupart des avions de chasse et leurs pilotes étaient comme à leur habitude au sol après leur première patrouille de la matinée comme les services secrets israéliens l'avaient observé. La totalité de l'aviation israélienne est conservée tandis que seuls 12 intercepteurs seulement sont gardés en réserve pour protéger l'espace aérien israélien. En 500 sorties, Israël détruisit 309 des 340 avions militaires égyptiens. Cela représentait un succès au-delà des espérances des stratèges israéliens, qui avaient élaboré ce plan depuis longtemps. Les pertes israéliennes furent de 19 appareils, pour des causes techniques principalement. Cela eut pour conséquence une supériorité aérienne totale de l'aviation israélienne durant tout le conflit, supériorité dont dépendit en grande partie la victoire écrasante d'Israël.

http://www.cieldegloire.com/batailles_israel_1967.php

Des avions français ? Mais non, vous vous trompez ! Quoique: on dirait bien des Mystère 20 et des Mirages III ? " Mais non, mon vieux, vous avez trop lu de Tanguy et Laverdure !
Dernière modification par etienne lorant le mar. 09 nov. 2010, 18:23, modifié 1 fois.
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Re: Le Journal de Julien Green

Message non lu par etienne lorant »

Pour Julien Green, la disparition d'Israël en 1967 ressemble à un prédiction jamais réalisée. Est-ce par hasard, mais deux jours avant il cite une prédiction qu'il considère comme la plus invraisemblable jamais énoncée:

:-[ "Racine passera comme le café" :-[ A-t-on jamais fait prédiction plus exacte ? Ni l'un ni l'autre n'ont passé. :p
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Re: Le Journal de Julien Green

Message non lu par etienne lorant »

29 Juin 1967

"A la TV, l'autre jour, un vieux monsieur, vétéran de 14-18, disait que si les soldats français se battaient si bien pendant la première guerre mondiale, c'est qu'ils étaient, pour la majeure partie, des paysans défendant leur terre; celle qu'ils avaient perdue, ils comptaient bien la retrouver. Le mot de patrie ne leur disait pas grand-chose. C'était la terre, le champ perdu qui comptaient. Patrie, c'était trop abstrait."

Est-ce qu'il existe quelque chose de comparable sur le plan spirituel ? Oui, dans la mesure où nous devons tous nous battre pour regagner notre patrie céleste. Tout au début, si quelqu'un m'avait parler de la nécessité de tendre à la sainteté, je lui aurais répondu: 'Malheureusement, ce n'est pas pour moi. Il me suffit que Jésus m'ait prêté attention...' La lutte est venue plus tard et j'ai eu l'impression, comme les paysans engagés dans la guerre de 14-18, que l'Adversaire cherchait à reprendre la terre que ma conversion semblait m'avoir assurée. Et donc, j'ai commencé à lutter. L'ennemi était tout à fait imprévisible, puisque c'était moi. Me battre contre moi fut une longue lutte - et d'ailleurs, çà continue. Mais j'attends l'Armistice, et vous savez bien ce que je veux dire par là !
Dernière modification par etienne lorant le ven. 12 nov. 2010, 11:55, modifié 1 fois.
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Re: Le Journal de Julien Green

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1er juillet 1967

"L'encyclique du Pape sur le célibat obligatoire fera, je le crains, de larges coupes claires dans les rangs du clergé".

Cette note d'une ligne dans le Journal vaut la peine d'être relevée, non pas seulement du fait de sa concision, ni de sa lucidité, mais aussi à cause de son exactitude. Julien Green consacrait beaucoup de temps à vérifier et vérifier encore chacune des notes. Et donc, si je tape "Encyclique juin 1967" (il faut bien admettre qu'elle a été écrite au cours du mois de juin - non le 1er juillet), eh bien j'obtiens directement ce que je cherche:

Sacerdotalis Caelibatus (24 juin 1967) - Vatican: the Holy See
LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE PAUL VI .... Propos de l'Encyclique. 16. En esprit de foi, Nous considérons l'occasion maintenant offerte par la ...
http://www.vatican.va/.../hf_p-vi_enc_2 ... is_fr.html - En cache - Pages similaires
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