Bonjour Cmoi,
Pourquoi les dites-vous douteuses dans leur expression ? Toutes celles qui sont devenues publiques et approuvées par l’Église ont commencé par être des révélations privées, non ? Et parfois même par ne pas être reconnues ! Certaines ont même grandement contribué à la proclamation de dogmes (IC) ou des vérités de foi (les chœurs angéliques, etc.)…
Parce que les « révélations privées » ne sont pas, à proprement parler, des révélations.
Pour comprendre le concept de révélation, il faut le distinguer de ceux d'inspiration et d'illumination. Prenons l'exemple des textes bibliques.
I - Inspiration et révélation.
L’inspiration est quant à la LETTRE du texte biblique, la révélation quant au SENS que Dieu donne au texte inspiré dont il est totalement l’auteur, au premier chef desquels le sens littéral.
L'inspiration est quant à la lettre-même du texte biblique : Dieu et l'écrivain sacré sont deux causes totales du même effet (du même texte). Ainsi l’Évangile de saint Matthieu est totalement de Dieu et totalement de saint Mathieu. Dieu est donc, littéralement, l'Auteur de la Bible : la totalité du texte biblique a Dieu pour auteur. « Toute l’Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute œuvre bonne. » (II Tim. III, 16-17).
Dans l’inspiration c’est Dieu même qui, Auteur de la totalité du texte biblique,
s’exprime, raison pourquoi l’Écriture jouit, à l’inverse des dires mystiques, du privilège de l’inerrance formelle. N'en demeure pas moins que dans l'inspiration c'est autant Dieu inspirant que l'auteur inspiré qui
s'expriment : le texte biblique a deux causes efficientes totales, deux auteurs auxquels la totalité du même texte doit s'attribuer. Dieu est réellement l’auteur de la totalité des textes inspirés, mais l’inspiration n’est une dictée qu’en tant qu’elle est une diction divine se déployant en l’efficience instrumentale propre à l’écrivain inspiré, lui-même réellement auteur de ses textes selon son génie propre, son style littéraire, ses conditionnements sémantiques et culturels. Et ceci suffit à légitimer la distinction entre inspiration et révélation. Le texte inspiré ayant deux causes totales, Dieu et l'écrivain sacré, l'exégète doit tenir compte de la causalité de l'écrivain inspiré.
Les erreurs et les contradictions matérielles grevant les textes inspirés ne font pas obstacle à l’inerrance formelle des textes bibliques, relative non au texte inspiré dont Dieu est totalement l’auteur, mais au sens que Dieu lui donne. Ainsi, si Dieu s’exprime dans un midrash, une parabole, une historiette, l’inerrance n’est pas relative à la véracité-même de l’historiette prise en sa littéralité-même, mais au sens divinement révélé par le biais du texte totalement inspiré. Ainsi les contradictions matérielles des évangiles relatives à la généalogie du Christ sont un moyen, voulu par Dieu, pour nous signifier que l’important n’est pas la race mais l’élection dont la race est porteuse, non l’exacte généalogie humaine du Christ mais sa messianité conjointe à sa divinité. Quant aux « erreurs matérielles », comprenez ces assertions qui, prises à la lettre, sont fausses, tel ce verset affirmant la rotation du soleil autour de la terre (Jos. X, 13), elles ne sont erronées que lues en une perspective fondamentaliste. Les contradictions et les erreurs matérielles du texte totalement inspiré sont un moyen dont Dieu use pour nous signifier que l’inerrance est relative, non à la lettre-même du texte totalement inspiré, mais au sens divinement révélé dont le texte inspiré est porteur, le sens que Dieu-même donne au texte dont il est totalement l’auteur. Bref l’inerrance formelle du texte inspiré est relative non à sa littéralité-même mais à son sens révélé, au premier chef son sens littéral, toujours homogène à la lettre-même du texte. Et ceci suffit à expliquer pourquoi l’Église répudie la lecture fondamentaliste des textes bibliques. Le sens littéral du texte inspiré, quoique toujours homogène à la lettre du texte, ne s'y confond pas. La confusion de la lettre inspirée et de son sens révélé, d'ailleurs corrélative au refus d'envisager les écrivains inspirés comme de véritables auteurs de leurs textes, motif pris que Dieu en est aussi l'auteur, est constitutive de la lecture fondamentaliste. Confondant le sens littéral dont le texte est porteur au texte même, le fondamentaliste n'atteint qu'au sens littéraliste, caricature et corruption du sens littéral. D'où enfin que considérant les erreurs et contradictions matérielles comme incompossibles à l'inerrance formelle, une négation de l'inspiration divine, à moins, comme en la cas du Lapin, de nier l'omniscience ou la véracité de Dieu révélant, pour ensuite sombrer, en une rage paroxystique, dans la haine formelle de Dieu. Le châtiment d'un tel péché, c'est l'aveuglement, en ce sens qu'un cœur si endurcit, Dieu le laisse à son endurcissement : « Aussi ne pouvaient-ils croire, parce qu'Isaïe a dit encore : ‘’Il a aveuglé leurs yeux, et il a endurci leur cœur, de peur qu'ils ne voient des yeux, qu'ils ne comprennent du cœur, qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. » (Jn. XII, 39).
II - Inspiration et illumination.
Dans l'illumination mystique, c'est le mystique seul qui
s'exprime. Pour le dire en termes simples, la parole du mystique n'est pas, à l'inverse de la parole de l'écrivain sacré, une parole de Dieu.
Dans l'illumination mystique, la parole ou le texte du mystique n'est pas une parole de Dieu. Dieu n'exprime pas cette parole conjointement au mystique : c'est le mystique seul qui s'exprime, parle, profère un dire, raison pourquoi les conditionnements culturels du mystique peuvent ici altérer voire corrompre, distordre, ce que ce que Dieu lui manifestât par infusion d'impresses mystiques. Bref, la parole du mystique ne jouit aucunement de l'inerrance formelle.
Dans l'illumination mystique, Dieu imprime une lumière surnaturelle en l'intellect patient, qui ensuite réagit vitalement pour exprimer ce qui lui fut imprimé, mais cette expression est du seul mystique : la parole est celle du seul mystique ; elle n'est pas une parole de Dieu proférée à travers le dire du mystique. C'est pourquoi l'expresse mystique peut contenir des éléments erronés liés au conditionnement sémantique et culturel du saint.

La théologie mystique relève du jugement surnaturel d’inclination, jugement de co-surnaturalité de l’intellect patient surélevé par l’impression divine de grâces d’illuminations mystiques, à toute réalité antécédemment surnaturellement révélée ainsi surnaturellement jugée. Mais si l’homme spirituel juge de tout sans être jugé par personne, car il a la pensée du Christ (I Cor. II, 14-16), son jugement n’échappe à l’erreur qu’autant que ses expresses judicatives expriment véritablement la pensée du Christ. Ce qui doit être vérifié selon qu’il est écrit : « examinez toutes choses » (I Th. V, 20), « discernez les esprits » (I Jn. IV 1), « gardez-vous des faux prophètes » (Mt. VII, 15). Car l’illumination mystique s’arrête ordinairement aux impresses infuses, là où l’inspiration scripturaire se termine aux expresses bibliques porteuses du sens révélé. Dans l’inspiration c’est Dieu même qui s’exprime, raison pourquoi l’Écriture jouit, à l’inverse des dires mystiques, du privilège de l’inerrance formelle. Les assertions mystiques ne jouissent pas, à l’inverse des assertions bibliques, du privilège de l’inerrance, d’ailleurs relative au sens révélé du texte biblique totalement inspiré. L’inspiration va jusqu’aux expresses des écrivains sacrés ; l’inspiration s’arrète ordinairement aux seules impresses mystiques, sans aller jusqu’aux expresses. L’illumination n’impliquant pas l’inerrance des expresses, les assertions des saints peuvent être erronées et doivent être vérifiées.
La différence de l’illumination à l’inspiration ne s’estompe qu’en les cas extraordinaires où, en grande similitude à l’inspiration, l’Esprit s’exprime lui-même par celui qu’il illumine. Mais l’Esprit peut s’exprimer directement dans les expresses judicatives des causes secondes indépendamment de l’état de grâce ou de péché mortel d’icelles, Dieu les mouvant par une grâce actuelle, gratis data et efficace de soi, à proférer charismatiquement un dire pour le bien de l’Église. En tout les cas la dissimilitude de l’illumination à l’inspiration perdure. Car n’étant plus dans l’âge de la Tradition constitutive (révélation) mais continuative (explicitation), l’explicitation mystique du donné révélé donnée par l’Esprit exprimant lui-même l’expression de celui qu’il exerce à l’exprimer n’appartient aucunement à la révélation dont elle n’est que l’explicitation. En d’autres termes, même à ce que, par extraordinaire, l’expression du mystique soit, comme en la révélation, une expression de Dieu s’exprimant en et par l’expression du mystique, Dieu n’y garantit pas c’est Lui qui s’y exprime, raison pourquoi il n’exige pas l’assentiment de foi divine aux « révélations privées », seraient-elles surnaturellement véritablement perçues par quelques uns d’entre nous, en un jugement de co-surnaturalité, comme directement données par Dieu en leur expression-même.
« Par conséquent le Synode [des Évêques sur la Parole de Dieu] a recommandé ‘‘d’aider les fidèles à bien distinguer la Parole de Dieu des révélations privées’’, dont le rôle ‘‘n’est pas de… compléter la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire’’. La valeur des révélations privées est foncièrement diverse de l’unique révélation publique… Le critère pour établir la vérité d’une révélation privée est son orientation vers le Christ lui-même. Quand celle-ci nous éloigne de Lui, à ce moment-là elle ne vient certainement pas de l’Esprit Saint, qui nous conduit à l’Évangile et non hors de lui. La révélation privée est une aide pour la foi, et elle se montre crédible précisément parce qu’elle renvoie à l’unique révélation publique. C’est pourquoi l’approbation ecclésiastique d’une révélation privée indique essentiellement que le message s’y rapportant ne contient rien qui s’oppose à la foi et aux bonnes mœurs. Il est permis de le rendre public, et les fidèles sont autorisés à y adhérer de manière prudente. » (Benoit XVI, Verbum domini, 14).
Rajoutons que cette approbation n'est donnée qu'en forme générique. La distinction des approbations en forme générique et spécifique se prend des approbations par le magistère ecclésiastique de documents ayant une valeur moindre. Par exemple si un Pape approuve un document de la Congrégation pour la doctrine de la foi (qui est elle-même un organe du magistère), de deux choses l'une : si l'approbation est en forme spécifique, le document devient un enseignement pontifical : le pape fait sienne l'ensemble des affirmations contenues dans le document qu'il approuve. Si l'approbation n'est qu'en forme générique, le pape n'approuve le document que dans ses lignes principales, sans donc véritablement le faire sien, raison pourquoi le document ainsi approuvé ne devient pas un enseignement pontifical. De la même manière le Pape ou la Congrégation pour la doctrine de la foi peuvent approuver en forme générique ou spécifique des documents émanant de Commissions pontificales, qui ne sont pas de soi des organes du magistère ; de sorte que si leur document n'est approuvé qu'en forme générique, il ne devient pas un acte d'enseignement du magistère. Quant à l'approbation des « révélations privées », elle signifie seulement que ces « révélations » ne contiennent, en leurs lignes principales, rien de contraire à la foi, sans pourtant que le magistère s'engage sur le détail de ce qu'elles disent. Rien de contraire à la foi, cela signifie que même des imaginations pieuses, alors même qu'inventées de toute pièce, mais conformes à la foi, peuvent se trouver dans les « révélations privées ». Aussi, à supposer qu'on accepte d'assentir à ces « révélations privées » (pas d'obligation à y assentir), on ne peut y assentir qu'avec prudence : « les fidèles sont autorisés à y adhérer de manière prudente ».
Il y a eu d’autres manifestations surnaturelles pour le faire, comme à Amsterdam. Y croire n’est pas forcément s’opposer à la doctrine, mais vouloir y ajouter. Qu’en pensez-vous de cet éventuel dogme ?
Un dogme étant une vérité de foi divine dont il est de foi catholique qu'elle est de foi divine, jamais une « révélation privée » ne peut être dogmatisée. Une vérité de foi divine est une vérité formellement révélée, explicitement ou implicitement, qui n'est révélée que si contenue dans la Révélation publique, la Tradition constitutive, close à la fin de l'âge apostolique. Il peut se passer du temps avant qu'une vérité formellement mais implicitement révélée soit infailliblement explicitée par l’Église comme étant de foi divine. Dans ce procès conduisant le magistère à définir infailliblement, les débats contradictoires des théologiens peuvent autant retarder qu'éclairer la prise de position définitive du magistère. Quant aux « révélations privées », elles peuvent certes contribuer à convaincre le magistère, pour autant qu'il fut déjà suffisamment convaincu par l'enseignement des théologiens pour en reconnaitre l'authenticité. Cette reconnaissance disant seulement que la « révélation privée » ne contient rien de contradictoire à la foi catholique, rien n'aurait pu empêcher que, du temps où l'Immaculée Conception était objet de débat théologique, temps donc où la foi n'était pas fixée et où les tenants de deux opinions pouvaient librement enseigner, des « révélations privées » contradictoires pût êtres conjointement approuvées...
Quant à la co-rédemption, elle peut paraître découler logiquement de l'exemption de tout péché, originel comme actuel. Reste pourtant que l'offense infinie à Dieu (infinie par la dignité de l'offensé) ne pouvait être réparée que par une satisfaction elle-même infinie (en tant qu'offerte par Dieu le Fils opérant synergiquement par son humanité la satisfaction vicaire offerte à Dieu le Père, raison de la Déité et source de la Trinité, de qui tout vient et vers qui nous allons). Donc la co-rédemption de Marie, pourquoi pas, mais seulement de congruo (vs. de condigno) et en participation à l'unique rédemption de condigno opérée par le Christ, Dieu le Fils fait homme.
Je voudrais distinguer déjà le péché grave qui relève de l’esprit, de celui qui relève de la faiblesse de la concupiscence (avec à l’origine par exemple : paresse, luxure et gourmandise, colère… qui peuvent entrainer des addictions/passions ponctuelles (car sinon, le plein consentement disparaîtrait), et non orgueil, jalousie, avarice (dont les passions subséquentes pourraient être tenues pour « surfaites »).
Par cet exemple, un vol ou un mensonge, un meurtre, quels qu’en soient les motifs d’excuse, relèvent pour moi de l’esprit (je ne parle pas de celui qui vole par nécessité ou ment pour essayer de sauver un innocent, etc. mais de ce qui en constitue la gravité)
Selon cette distinction, il est bien possible de commettre un péché mortel, mais parce que juste avant on a capitulé face à la force de la concupiscence. Est-ce pour autant que l’on a renié Jésus et sa foi ? Momentanément on peut dire que oui, surement, car répondre « non », à cette question, signifierait qu’il n’est pas possible de considérer qu’ils puisent y avoir des péchés mortels de cette « catégorie », ce qui vous en conviendrez n’est pas correct.
Or il me semble que dans la réalité, ce « non » existe. Et c’est dans ce cas-là que j’adhère à ce qu’a écrit Maria Valtorta et que j’ai cité.
Quelque soit son espèce, tout péché grave l'est par sa matière. Que le péché grave soit d'orgueil, d'envie, ou de quelque autre espèce, s'il porte sur une matière objectivement grave, il est et sera toujours grave par son
objet, quoique les circonstances puissent atténuer cette gravité jusqu'à la rendre légère. Car si outre que grave par son objet, commis avec pleine advertance, mortel du fait-même. Les
circonstances capables d'atténuer (voire d'excuser, à supposer que le péché ne soit pas « grave de tout son genre ») la malice du péché sont relatives au défaut d'advertance. Le péché véniel l'est soit par la légèreté de sa matière (objet), soit par l'atténuation circonstancielle de la gravité objective. Si donc le péché n'est que véniel, son auteur n'encourt pas damnation. Mais s'il est mortel, il encourt nécessairement damnation : c'est de foi. Reste donc à celui en état de péché mortel à l'article de la mort de finir damné, sauf à recevoir sacramentellement ou extra-sacramentellement la justification que Dieu opère. Si extra-sacramentellement, par une grâce ultime de conversion miséricordieusement donnée. Mais attention ! Ce n'est pas seulement qu'il faille, jusqu'au seuil de la mort, se tourner vers Jésus rempli de confiance, autrement dit d'espérance - Jésus j'ai confiance en toi - ; c'est encore qu'il faille, dans les larmes du repentir - pénitence et conversion - y pleurer ses fautes.
« Si vous ne faites pas pénitence, vous mourez tous » (Lc. XIII, 5). Je ne saurais trop vous recommander la lecture de la Session XIV du Concile de Trente, Doctrine sur le sacrement de pénitence ; ainsi que celle du Catéchisme du Concile de Trente, Deuxième partie, chapitres 21 à 24. Tout catholique devrait méditer ces textes plusieurs fois le jour...
D’autant plus si on considère (le considérez-vous ?) qu’être hérétique suffirait pour être damné !
Matériellement hérétique, non. Formellement hérétique, oui.
