Mais justement, là vous divisez le monde entre "progressistes" et "conservateurs".Héraclius a écrit :Moi je veux bien en théorie hein. Laisser de côté des catégories caricaturales, c'est super.
Sauf que changer les structures c'est impossible. Impossible de se soustraire à l'implacabilité des manières de pensées. Si je vois un prêtre en soutane, je peux essayer de me convaincre que c'est peut-être un genre de progressiste, que juger par avance c'est pas bien, etc... Mais la probabilité qu'il soit conservateur d'esprit approche quand même les 99 pourcent.
Peut-être que si vous conversiez avec ce prêtre manifestement "conservateur" - mais peut-être aussi d'une génération plus jeune, à moins encore qu'il ne soit encore... étranger (le port de l'habit n'a pas la même résonance dans tous les pays) et que vous lui demandiez son point de vue sur certaines questions ecclésiales, vous seriez très surpris de quelques-unes des réponses.
Après, il est vrai qu'en France, il a été (sans doute moins maintenant) très difficile de porter la soutane dans un cadre eccléial "classique". Donc les prêtres diocésains (même "conservateurs") portaient le clergyman ou le complet-veston, ne serait-ce que pour s'intégrer, et un prêtre en soutane venait probablement d'un institut tradi, soumis à d'autres règles, ou alors un très vieux prêtre ayant fait de la résistance ouverte à la révolution conciliaire. Mais même ces derniers ont peut-être des avis originaux sur tel ou tel sujet, pas forcément en accord avec leur famille ecclésiale (idem pour les "progressistes").
Personne n'a dit qu'il faut se couper d'eux. On peut savoir sur quel mode ils raisonne sans être obligé d'en rester à la même pauvreté d'analyse et aux mêmes schémas binaires.Et quand bien même j'arriverais à m'extraire des catégories de pensée - ce qui est possible au niveau du conscient peut-être, mais pas de l'inconscient - 99 pourcent des gens autour de moi penseront toujours sur le schéma des catégories de pensées classiques : refuser de parler le même language, c'est se couper d'eux, c'est se priver de toute possibilité de fédérer, de critiquer, de penser en commun.
Ah ben justement, il y a des différences essentielles et substantielles entre les espèces, n'en déplaise aux délires darwiniens. Un ours n'est pas un saumon qui se serait habitué à vivre sur la terre ferme et à manger ses cousins éloignés. Je peux même décrire une espèce: son milieu d'évolution, son régime alimentaire, son habitat, ses habitudes reproductives... Si j'ai en face de moi un individu de cet espèce, je peux lui attribuer sans risque ces mêmes caractéristiques.En un sens, on pourrait faire l'analogie avec le règne animal. Définir les animaux en des termes essentialistes pour les ranger en catégories peut laisser à penser qu'il y aurait des différences substantielles et transcendantes entre les espèces - ce qui est faux - mais malgré leur inexactitude et leur limites, ces catégories sont quand même bien utiles. Et comme tout le monde les utilise...
Alors que si j'essaye de catégoriser un "conservateur", un "tradi", un "progressiste" ou ce que vous voulez, je peux éventuellement définir des habitudes de pensée dominantes - par exemple le "tradi" est attaché à la Messe de St Pie V, n'aime pas la Messe de Paul VI et le Concile Vatican II, voit rouge si on lui parle du Cardinal Congar, s'il est prêtre il porte la soutane, s'il ne l'est pas il a une ribambelle d'enfants, il est hostile à la liberté religieuse, favorable à la monarchie et à la théocratie papale (les 2 sont un peu contradictoires d'ailleurs mais bon).
A vrai dire, pour dresser ce tableau, il a déjà fallu que j'ignore les divers courants. Il y a les "SaintPiedistes" et les "Ecclesiadeistes", ceux qui s'intéressent surtout à la liturgie et ceux qui sont surtout obnubilés par la question de la liberté religieuse, etc...
Ensuite, au niveau des individus, il y a de tout. Vous aurez peut-être quelques caricatures, mais une minorité.
Ce qui est vrai, c'est qu'il y a des tendances et des mouvements. On trouve dans l'Eglise une tendance conservatrices, il y a eu dans les années 60 une tendance "conciliaire", "progressiste" ou "moderniste" à laquelle certains ont adhéré ou adhèrent avec des degrés variés, et une réaction traditionnaliste qui a fini par se regrouper autour de Mgr Lefebvre, avant de se diviser à l'occasion des sacres de 1988.
Il y a aussi des idées que l'on peut qualifier de "modernistes", par exemple, encore que ce mot est mal employé. Historiquement, le modernisme est lié à une certaine exégèse biblique. Et il y a aussi des idées tellement mal définies qu'elles servent surtout d'insulte pratique. Dans l'Eglise, il y a par exemple le qualificatif "janséniste" qui est de ce type depuis qu'il est apparu (allez définir le jansénisme...), certains auteurs l'avaient déjà remarqué à l'époque.
Donc justement, oui, quand quelqu'un traite l'autre de "janséniste", il est bon de savoir que c'est plus une connotation péjorative qu'une réelle description des opinions de l'individu, de même que dans le monde moderne on use et on abuse de qualificatifs tels que "fasciste", "homophobe", etc...
Mais ce n'est en aucun cas une raison pour user et abuser soi-même de ces catégories qui ne veulent rien dire. Et pour celles qui veulent dire quelque chose et désignent quand même une réalité, on doit en utiliser avec circonspection, parce que ça facilite effectivement les raisonnements dans une certaine mesure, en gardant à l'esprit la variété des tendances d'une part, et la variété encore plus grande des opinions individuelles et des positionnements sur telle ou telle question, d'autre part.
Sinon, très vite, on en vient à identifier le clan des "bons" (le sien, par définition), à adopter mimétiquement les opinions du clan des "bons", et à dialoguer avec les "méchants" uniquement à coups d'anathèmes, simplement parce qu'on s'est rendu incapable de comprendre le monde dans sa complexité.
En effet. Par exemple pour moi, la définition du catholicisme est avant tout la règle de foi apostolique et le canon lérinien (souvent résumé par "ce qui a été cru toujours partout et par tous", le texte complet de St Vincent de Lérins est bien plus riche que ça).Quant à la remarque de prodigal en particulier, je ferais simplement remarquer que si nous nous disons tous en effet catholique et tenons cette étiquette pour identité première et fondamentale, reste la question de la définition exacte de ce qu'est un catholique (parce que l'on est pas tous d,accord là-dessus). Si je dis qu'être catholique implique la soumission a-priori totale au magistère en matière de foi et de moeurs (sauf cas de conscience erronée invincible), je ne suis pas sûr que tout le monde soit d'accord avec moi.
Mais c'est aussi une question d'étiquetage ou de non-étiquetage. Je ne recherche pas avant tout l'appartenance à tel ou tel clan ou étiquette, mais à la base, j'essaye de faire mien ce qui a été révélé par Dieu et transmis par les Apôtres et les Prophètes. J'espère simplement que ça me permettra, au Jour du Jugement, de faire partie de la société de ceux qui sont sauvés, c'est-à-dire cette entité mystérieuse (cf les visions qu'en ont donné les Pères Apostoliques) qu'est l'Eglise.
Il se trouve que d'après la Révélation à laquelle j'adhère, cela me fait "concitoyen des Saints, édifiés sur le fondement des Apôtres et des Prophètes, dont la pierre angulaire est le Christ Jésus" (Ep 2:20). J'admets donc cette étiquette-là, si l'on veut - enfin j'espère en être vraiment digne et pas juste pour la forme (question que je ne puis envisager qu'en tremblant).
Finalement, suis-je traditionnaliste ou progressiste? :>
In Xto,
archi.




