Intervention contre les troupes de Kadhafi
Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
Qu'est-ce que la France va donc faire dans les pays arabo-musulmans avec son armée ? De quoi se mêle-t-elle ? Elle a conservé son esprit colonialiste, c'est pas Dieu possible...
- Petit Matthieu
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Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
Essayons de discuter sans animosité : est-ce que la France fait la guerre comme un pays bélliqueux avide de pouvoir, de sang, de richesses ?
En Afghanistan : les français se montrent particulièrement habiles et maintiennent autant que possible une certaine sécurité. Si les alliés s'en vont, ce sont les talibans qui reprennent le pouvoir. Quel est vraiment l'intérêt pour nous de rester en Afghanistan ? Pétrole, richesse ? Nous perdons pas mal d'argent dans cette opération militaire.
Les "bavures" françaises en Afghanistan sont quasiment inexistantes, cela est du à une excellente tenue de nos troupes.
En Côte d'Ivoire, ce n'est pas la France qui intervient, c'est l'Onu, et les soldats français n'agissent pas au nom de la France mais sous mandant de l'Onu. Hypocrisie vous me direz ? Je ne pense pas, justement. De par son histoire, la France a un rôle à jouer, mais plus en tant que nation, mais sous drapeau de l'Onu. On a vu ce que donnait une guerre civile en Afrique avec le Rwanda. En quelques mois on avait plus d'un million de morts. On dit qu'il faut prendre les leçons de l'histoire non ? En Côte d'Ivoire, les soldats français détruisent les armes lourdes de Ouattara et en même temps accélèrent le départ de Gbagbo. Gbagbo est-il vraiment souverain ? Si l'Onu peut accélérer cette transition politique sans massacre, alors je suis content de cet investissement.
En Lybie maintenant. Vos arguments sont :
1/ la Lybie est un pays souverain (avec cet argument, l'attaque contre l'Allemagne nazie en 1945 aurait été impossible) et
2 /la coalition massacre des civils.
Je suis d'accord sur un point, il s'agit de l'opération militaire la plus délicate. Mais pour moi justement, le masacre aurait été beaucoup plus important si nous avions laissé Kadhafi reprendre la main. Le peuple libyen hurle en grande partie la haine de ce "guide" de pacotille (pas seulement en Cyrénaïque) ce qui donne le fondement de cette opération militaire. Le bombardement vise uniquement des cibles militaires précises. Si des bavures sont possibles, elles ne peuvent pas être comparées avec les centaines de morts civils qui ont déjà été tuées par les pro-Kadhafi.
Enfin, pour le moment, la popularité de la France est à son maximum chez les Libyens, ce qui est plutôt une bonne nouvelle dans les rapports entre la France et le monde arabe.
Donc je vais peut-être vous faire hurler, mais je soutiens, pour le moment, ces trois opérations militaires. Ne rien faire c'est prendre le risque de bains de sang effroyables, et boucher un avenir politique qui pourra être un jour plus souriant pour ces peuples.
En Afghanistan : les français se montrent particulièrement habiles et maintiennent autant que possible une certaine sécurité. Si les alliés s'en vont, ce sont les talibans qui reprennent le pouvoir. Quel est vraiment l'intérêt pour nous de rester en Afghanistan ? Pétrole, richesse ? Nous perdons pas mal d'argent dans cette opération militaire.
Les "bavures" françaises en Afghanistan sont quasiment inexistantes, cela est du à une excellente tenue de nos troupes.
En Côte d'Ivoire, ce n'est pas la France qui intervient, c'est l'Onu, et les soldats français n'agissent pas au nom de la France mais sous mandant de l'Onu. Hypocrisie vous me direz ? Je ne pense pas, justement. De par son histoire, la France a un rôle à jouer, mais plus en tant que nation, mais sous drapeau de l'Onu. On a vu ce que donnait une guerre civile en Afrique avec le Rwanda. En quelques mois on avait plus d'un million de morts. On dit qu'il faut prendre les leçons de l'histoire non ? En Côte d'Ivoire, les soldats français détruisent les armes lourdes de Ouattara et en même temps accélèrent le départ de Gbagbo. Gbagbo est-il vraiment souverain ? Si l'Onu peut accélérer cette transition politique sans massacre, alors je suis content de cet investissement.
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1/ la Lybie est un pays souverain (avec cet argument, l'attaque contre l'Allemagne nazie en 1945 aurait été impossible) et
2 /la coalition massacre des civils.
Je suis d'accord sur un point, il s'agit de l'opération militaire la plus délicate. Mais pour moi justement, le masacre aurait été beaucoup plus important si nous avions laissé Kadhafi reprendre la main. Le peuple libyen hurle en grande partie la haine de ce "guide" de pacotille (pas seulement en Cyrénaïque) ce qui donne le fondement de cette opération militaire. Le bombardement vise uniquement des cibles militaires précises. Si des bavures sont possibles, elles ne peuvent pas être comparées avec les centaines de morts civils qui ont déjà été tuées par les pro-Kadhafi.
Enfin, pour le moment, la popularité de la France est à son maximum chez les Libyens, ce qui est plutôt une bonne nouvelle dans les rapports entre la France et le monde arabe.
Donc je vais peut-être vous faire hurler, mais je soutiens, pour le moment, ces trois opérations militaires. Ne rien faire c'est prendre le risque de bains de sang effroyables, et boucher un avenir politique qui pourra être un jour plus souriant pour ces peuples.
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Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
Je vous suis volontiers sur l'idée de la possibilité d'interventions armées à visées pacifiques : Si vis pacem para bellum
Mais dans tous les cas il serait bien venue de développer de nouveaux vrai diplomates
Quant à la Lybie, le mouvement du gouvernement proposant une décision souveraine du peuple lybien, devrait nous obliger à cesser et à organiser ce scrutin (même si je suis persuadé que l'après Kadhafi sera pire…)
Mais dans tous les cas il serait bien venue de développer de nouveaux vrai diplomates
Quant à la Lybie, le mouvement du gouvernement proposant une décision souveraine du peuple lybien, devrait nous obliger à cesser et à organiser ce scrutin (même si je suis persuadé que l'après Kadhafi sera pire…)
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Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
Non. Ce n'est pas LA France qui agit, mais un gouvernement UMP et atlantiste soumis aux intérêts financiers, notamment à ceux de la City londonienne et de Wall Street. Est-ce un hasard si la France vient de rejoindre l'OTAN et s'est mise systématiquement à la remorque des EU et de la GB (sauf lorsque Chirac a osé s'opposer à la guerre en Irak, la seule bonne chose qui soit à mettre à son actif, renouant ainsi, quoique brièvement, avec une vision gaullienne) ? Et concernant ces intérêts financiers, on peut effectivement dire qu'ils sont "avides de pouvoir, de sang et de richesses". Vous apportez d'ailleurs votre suffrage à ces comportements archaïques et préhistoriques, alors que, j'en suis sûr, vous en subissez les conséquences comme tout le monde. On pourrait souscrire à un autre type de société, axé non pas sur les rapports de force rudimentaires, mais sur le partage, l'équité, la justice, bref, des valeurs chrétiennes qui, semble-t-il, vous sont complètement étrangères.Petit Matthieu a écrit :Essayons de discuter sans animosité : est-ce que la France fait la guerre comme un pays bélliqueux avide de pouvoir, de sang, de richesses ?
Afghanistan : pièce maîtresse de la géopolitique locale, aux confins du Moyen-Orient (Iran), de l'Asie Centrale (anciennes républiques d'URSS), de la Chine. Pourquoi, à votre avis, les Russes s'y sont usés jusqu'à la corde, et pourquoi les Américains ont armé contre eux les rebelles du crû, qui allaient ensuite se transformer en Talibans ? Le gouvernement français n'envoie pas des troupes là-bas, aux frais du contribuables, pour servir nos intérêts particuliers, mais plutôt pour servir la politique étrangère anglo-saxonne. Et vous avez raison de souligner que ça nous coûte la peau des fesses, ce qui rend encore plus notre présence là-bas scandaleuse.En Afghanistan : les français se montrent particulièrement habiles et maintiennent autant que possible une certaine sécurité. Si les alliés s'en vont, ce sont les talibans qui reprennent le pouvoir. Quel est vraiment l'intérêt pour nous de rester en Afghanistan ? Pétrole, richesse ? Nous perdons pas mal d'argent dans cette opération militaire.
Ouattara est l'homme du FMI, où il a fait toute sa carrière. Son élection est loin d'être claire : dans les zones que contrôlent ses soldats, il a obtenu plus de 95 % des voix, ce qui est évidemment un signe de bourrage massif des urnes. Dans le reste du pays, c'est Gbagbo qui arrive en tête, avec un résultat plus normal, d'environ 54 %. Et c'est en faisant la moyenne de ces résultats qu'on obtient un score final favorable à Ouattara. Mais revenons en arrière : à la fin du règne de Houphouët-Boigny, qui était un dictateur mégalo et sanguinaire (qui a transformé son village natal en capitale, y faisant construire des édifices extravagants), soutenu et honoré (même après sa mort) par la France, le premier ministre était... Ouattara, qui fit mettre en prison... Gbagbo parce qu'il militait pour l'établissement de la démocratie en Cote d'Ivoire. Après l'élection de Gbagbo, se produit contre lui une tentative de putsch, auquel est mêlé... Ouattara, qui s'exile ensuite en France, et organise depuis la France, avec le soutien du Burkina-Faso voisin, une rébellion armée dans le nord du pays. La France intervient par la suite officiellement comme force d'interposition, empêchant opportunément Gbagbo de reprendre le contrôle du pays (le scénario fait d'ailleurs étrangement penser à la Libye). Maintenant, la France intervient directement pour faire tomber Gbagbo et installer le poulain du FMI : Alassane Ouattara... Quand DSK sera à l'Elysée, la boucle sera bouclée.En Côte d'Ivoire, ce n'est pas la France qui intervient, c'est l'Onu, et les soldats français n'agissent pas au nom de la France mais sous mandant de l'Onu. Hypocrisie vous me direz ? Je ne pense pas, justement. De par son histoire, la France a un rôle à jouer, mais plus en tant que nation, mais sous drapeau de l'Onu. On a vu ce que donnait une guerre civile en Afrique avec le Rwanda. En quelques mois on avait plus d'un million de morts. On dit qu'il faut prendre les leçons de l'histoire non ? En Côte d'Ivoire, les soldats français détruisent les armes lourdes de Ouattara et en même temps accélèrent le départ de Gbagbo. Gbagbo est-il vraiment souverain ? Si l'Onu peut accélérer cette transition politique sans massacre, alors je suis content de cet investissement.
Alors, je suis désolé, mais croire à ce tableau idyllique où la France, telle un chevalier blanc, viendrait défendre la veuve et l'orphelin en Afrique, mais laissez-moi rigoler, quoi. C'est d'un ridicule consternant. La réalité est beaucoup plus cynique que cela.
En Lybie maintenant. Vos arguments sont :
1/ la Lybie est un pays souverain (avec cet argument, l'attaque contre l'Allemagne nazie en 1945 aurait été impossible)
Encore cette remarque effarante ! La Libye n'a envahi aucun pays, contrairement à l'Allemagne nazie. Kadhafi n'est pas Hitler, et nous ne sommes pas en guerre mondiale. En revanche, à force de chercher la petite bête, ça pourrait bien recommencer.
Je suis d'accord sur un point, il s'agit de l'opération militaire la plus délicate. Mais pour moi justement, le masacre aurait été beaucoup plus important si nous avions laissé Kadhafi reprendre la main.
Rien ne le prouve.
Là encore, aucune preuve. L'Otan a déjà fait des dizaines de morts civils innocents. Quant aux civils tués chez les anti-Kadhafi, combien l'ont été les armes à la main ? Quand on prend les armes, il me semble qu'on prend le risque de se faire tuer... Si demain je prends une arme et que je me mets à tirer sur les flics, c'est sûr qu'ils risquent fort de répliquer, puisque leur rôle est justement de maintenir l'ordre. Les forces gouvernementales sont donc parfaitement dans leur rôle lorsqu'elles répriment une rébellion armée. Ce n'est pas du tout pareil que de tirer sur une foule pacifique en train de manifester, comme en Tunisie et en Egypte.Le peuple libyen hurle en grande partie la haine de ce "guide" de pacotille (pas seulement en Cyrénaïque) ce qui donne le fondement de cette opération militaire. Le bombardement vise uniquement des cibles militaires précises. Si des bavures sont possibles, elles ne peuvent pas être comparées avec les centaines de morts civils qui ont déjà été tuées par les pro-Kadhafi.
N'importe quoi. La France est populaire chez les anti Kadhafi, et non chez les pro Kadhafi. Donc la France n'est pas populaire chez TOUS les Lybiens. Et encore moins dans le monde arabe, où les avis sont très mitigés sur ce que se passe en Lybie. La Ligue arabe n'a pas approuvé, par exemple, les bombardements : elle demandait seulement un contrôle aérien.Enfin, pour le moment, la popularité de la France est à son maximum chez les Libyens, ce qui est plutôt une bonne nouvelle dans les rapports entre la France et le monde arabe.
Vous devriez vous faire embaucher au Ministère de l'Information. Votre lyrisme propagandiste rappelle furieusement les années 30... les lendemains qui chantent, la fleur au fusil, les grands soirs, l'horizon des matins radieux, tout ça...Donc je vais peut-être vous faire hurler, mais je soutiens, pour le moment, ces trois opérations militaires. Ne rien faire c'est prendre le risque de bains de sang effroyables, et boucher un avenir politique qui pourra être un jour plus souriant pour ces peuples.
Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus
Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123
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Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
Je suis globalement, en laissant à coté les détails, d'accord avec ce que vous dites ... mais je ne peut laisser la phrase que je pointe sans réponse.philémon.siclone a écrit :Houphouët-Boigny, qui était un dictateur mégalo et sanguinaire (qui a transformé son village natal en capitale, y faisant construire des édifices extravagants)
NON Houphouet n'était pas un "dictateur" il avait l'avantage d'être un ministre de De Gaulle et d'être le premier président de la Cote d'ivoire ... et le fait d'établir la capitale à Yamoussoukro n'en fait pas un "mégalo" pour autant ce n'est pas le premier pays qui fait une distinction entre une capitale "économique" et une capitale "politique" ... quant'à la cathédrale/basilique de Yamoussoukro c'est d'une part un chef d'œuvre (même si elle est en pleine brousse) et montre qu'Houphouet était au moins Catho (c'est une réplique de St Pierre de Rome) ... mais surtout il n'avait absolument rien de "sanguinaire" je ne sais pas sur quoi vous vous basez pour signaler cela
Cordialement, Epsilon
-
Cinci
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Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
Un petit texte de l'an 1999-2000 écrit par Chomsky, dans le contexte de la crise du Kosovo et qui reste intéressant à relire à la lumière de ce qui se passe actuellement en Afrique.
... comme d'habitude pour comprendre ce discours à la gloire d'une mission accomplie il faut le décoder. Quand Clinton, Blair et consorts parlent de la crédibilité de l'OTAN, ils ne se soucient nullement de la crédibilité de l'Italie ou de la Norvège, mais bien de celle de la superpuissance dominante et de son bras armé. N'import quel chef de la mafia peut vous expliquer le sens du mot ''crédibilité''. Quand un commerçant refuse de se laisser racketter, les gangsters qui lui rendent visite ne se contentent pas de lui prendre son argent : ils laissent un champ de ruines derrière eux, pour que la leçon soit comprise par tous. Et il n'y a pas lieu de s'étonner que les chefs de la mafia mondiale raisonnent de la même façon.
Ce n'est pas, bien entendu, que le parrain ait besoin de l'argent du commerçant. Prétendre, comme on l'a souvent fait, que cette intervention était forcément humanitaire, du fait que le Kosovo a bien peu de ressources et présente peu d'intérêt pour les occidentaux, c'est faire preuve d'une grave incompréhension des données élémentaires de la politique menée et de l'histoire récente. La manoeuvre de déstabilisation dont a été victime le gouvernement de Maurice Bishop dès son installation à la Grenade (1979), ainsi que l'invasion (1983) qui a suivi étaient-elles motivées par la protection du commerce de la muscade ? Les États-Unis s'intéressent-ils aux resources du Guatémala ? de l'Indochine ? de Cuba ? du Nicaragua ? et de nombreux autres pays victimes de la violence ces dernières années ? Certes, on a parfois évoqué ces ressources afin d'obtenir des soutiens (l'étain et le caoutchouc en Indochine par exemple), mais sans grande conviction. Et s'il arrive parfois que des intérêts particuliers influencent les politiques suivies ( la United Fruit au Guatemala par exemple), leur influence est rarement décisive. À chaque fois, les vrais enjeux étaient ailleurs.
La question de la crédibilité est toujours importante et devient encore plus cruciale quand il y a lieu de craindre qu'une ''brebis galeuse'' ne parvienne à contaminer le troupeau, que le virus de l'indépendance n'infecte d'autres pays, pour utiliser le langage des stratèges haut placés. On pourrait citer à titre d'exemple ce que les intellectuels de l'entourage de John Kennedy disaient de la propagation de l'idée castriste «qu'on peut prendre en main son propre destin». Adaptées aux particularités de chaque situation, ces préoccupations se trouvent régulièrement à la base des interventions et des conflits.[...]
Le contrôle des ressources, ainsi que d'autres intérêts économiques, joue souvent un rôle important, mais détermine rarement de manière décisive le choix de la cible proprement dite (à quelques exceptions près, les pays producteurs de pétrole, y compris l'Indonésie en 1958)
[...] en 1958, au conseil de sécurité national, Eisenhower et Dulles avaient défini les trois crises mondiales les plus graves. Les trois régions concernées, l'Indonésie, l'Afrique du Nord et le Moyen Orient, avaient pour point commun de faire partie du monde islamique, mais aussi, et surtout, d'être productrice de pétrole. [...]
Lors de la première grande campagne contre-insurrectionnelle de l'après-guerre, en Grèce [1947], il s'agissait principalement de contrôler le pétrole du Moyen Orient, tout comme pour la déstabilisation par les États-Unis de la démocratie italienne au cours des mêmes années. La Grèce est restée incluse dans la section Proche Orient du département d'État jusqu'à la chute, il y a vingt-cinq ans, de la dictature fasciste soutenue par les États-Unis. Dans une moindre mesure, le même type d'intérêts dicte la politique actuelle envers l'Asie centrale et l'on peut supposer que la proximité de la Turquie, principale base militaire de Washington dans la région avec Israël, est également prise en compte. Tant que la Serbie n'est pas incorporée dans la sphère d'influence américaine, il est logique que son insoumission soit sanctionnée de manière spectaculaire, afin que cela serve d'avertissement à ceux qui pourraient être tentés de suivre son exemple. En 1998, la crise du Kosovo a permis d'enclencher ce processus, dont on peut prévoir sans risque de se tromper qu'il se poursuivra, comme dans le cas de Cuba et d'autres nations récalcitrantes, jusqu'à la reddition ou l'écrasement de la Serbie.
Pour rester maître de l'opinion publique américaine, on lui joue des airs de propagande qui varient en fonction des circonstances («contrer l'influence soviétique», «promouvoir la démocratie», etc). Mais seuls les partisans obstinés de l'ignorance volontaire peuvent les accréditer.
Un autre avantage en prime est de stimuler la production et les ventes d'armes. Selon le Wall Street Journal, «en définitive, la guerre va probablement doper les dépenses militaires en général», surtout les systèmes d'armes de haute technologie. À elle seule la firme Raytheon s'attend à recevoir des commandes pour un montant de près d'un milliard de dollars afin de remplacer les missiles de croisières Tomahawk et d'autres armes utilisées pour détruire des cibles dans les Balkans. Ce chiffre ne tient pas compte des nouvelles commandes que passeront sans doute d'autres pays de l'OTAN. «Les vrais gagnants des guerres sont les industries de l'armement», titre le Financial Times. L'article en question fait le point sur les perspectives de croissance plutôt soutenues de l'industrie aérospatiale, surtout en ce qui concerne les produits qui utilisent une technologie sophistiquée et onéreuse : les équipements embarqués et les logiciels représentent la moitié du prix d'achat d'un nouvel avion de combat, ce qui favorise le développement de l'ensemble du secteur des technologies de pointe.
Pour le reste, le lectorat de la presse d'affaire n'a pas besoin qu'on lui fasse un dessin. Les dépenses d'armement ont été la forme principale sous laquelle est intervenu l'énorme secteur public de la haute technologie, sur lequel se fonde la suprématie américaine en matière d'informatique et d'électronique, de productique, de télécommunication, d'Internet, voire dans la plupart des secteurs de croissance de l'économie. [...]
En dehors des pays riches et industrialisés, ce qu'écrivit en 1991, au sujet des pays arabes, Paulo Evaristo Arns, cardinal de Sao Paulo au Brésil, résume bien le sentiment général :« les riches ont soutenu le gouvernement américain tandis que les millions de pauvres condamnaient cette agression militaire», partout dans le tiers-monde poursuivait-il, «règnent la haine et la peur : quand décideront-ils de nous envahir ?», et sous quel prétexte ?
Lorsque les deux États guerriers décidèrent de bombarder à nouveau l'Irak en décembre 1998, leur isolement s'était légèrement accentué. [....] même les États qu'on peut virtuellement considérés comme des valets de l'Amérique sont loin de pavoiser. La presse semi-officielle égyptienne a estimé très préoccupant le «nouveau concept stratégique» rendu public en avril 1999, en pleine guerre des Balkans, à l'occasion de l'anniversaire de l'OTAN. Pour Karim El-Gawhary de Al Ahram Weekly, «c'est la porte ouverte à un interventionnisme tous azimuts». Le discours de l'OTAN sur les nouvelles menaces «contre la paix et la stabilité euro-atlantique» ne peut qu'inquièter ceux qui n'ont que trop éprouvé la bienveillance européenne : les Britanniques ne sont pas les seuls pour lesquels le déchaînement de violence déclenché au nom de la morale par les États-Unis et le Royaume-Uni évoque un souvenir impérial très familier. Du point de vue de la périphérie de l'Alliance - par exemple, dans le monde arabe - ce document annonce des lendemains cauchemardesques, dans la mesure où il étend le concept de défense de l'OTAN à la sécurité et à la stabilité de la Méditerrannée [...]
Naturellement, poursuit le journaliste d'Al Ahram, le souci de garantir la circulation des ressources vitales et la stabilité est un refrain bien connu. [...] mais ce document comporte une nouveauté radicale : quoique émanant de Washington, il porte la signature des dix-huit autres États membres de l'OTAN, si bien qu'il est désormais possible d'intervenir au nom de l'OTAN contre n'importe quel État récalcitrant à la périphérie de la zone euro-atlantique, ce qui ajoute une dimension nouvelle au mode américain de domination mondiale, en tout cas, tant que l'Europe reste docile. [...] Les nouvelles règles du jeu des États-Unis et de leurs riches alliés occidentaux, telles qu'elles sont apparues en Yougoslavie, sont fondées sur le droit d'intervenir par la force pour imposer ce qui leur semble juste. Comme au temps des colonies, notre époque cache le recours à la force sous le masque de la rectitude morale.
Quand les porte parole de l'OTAN décrivent calmement les destructions qu'ils ont infligées aux populations civiles, on a du mal à croire que ces déclarations sont celles de représentants d'États que nous qualifions d'éclairés, bien que, tout naturellement, les États qui se prétendent éclairés aient une tout autre opinion d'eux-mêmes, comme à l'époque coloniale et tout au long de l'histoire. Le XXe siècle se termine par des politiques de la canonnière d'un type nouveau, tout comme le siècle précédent s'était terminé par la guerre menée par les puissances coloniales occidentales qui, grâce à leur immense supériorité technologique, ont soumis des indigènes et des pays qui étaient dans l'incapacité de se défendre.
Le meilleur spécialiste israélien d'histoire militaire, Zeev Schiff, confirme ces analyses. Comme El-Gawhary, il écrit que la nouvelle doctrine de l'OTAN présentée par Tony Blair lors de l'anniversaire de l'Alliance ne peut que susciter de l'inquiétude partout dans le monde, car elle fait peu de cas des principes de la Charte des Nations Unies
[...]
Les plus perspicaces des commentateurs politiques du camp des «faucons» reconnaissent, et partagent dans une certaine mesure, les soucis des anciens pays colonisés. Dans la principale revue de l'establishment, Foreign Affairs, Samuel Huntington a mis en garde contre la voie dangereuse sur laquelle Washington s'est engagé. Aux yeux d'une bonne partie du monde (probablement la majorité, suggère-t-il), les États-Unis sont en train de devenir la superpuissance hors-la-loi, considéré comme le principal danger qui menace leur société.
À la lecture des projets stratégiques actuels, il y a lieu de s'inquièter encore plus de l'évolution de ces questions cruciales, ainsi que du regain d'expansionnisme de la superpuissance hors-la-loi et de ses alliés. La publication partielle d'une étude classés secrète du commandement stratégique américain (STRATCOM), datant de 1995, permet d'avoir un aperçu : intitulé «Principes essentiels de la dissuasion dans l'après-Guerre froide», l'étude passe en revue les conclusions de plusieurs années de réflexion sur le rôle des armes nucléaires dans l'après-Guerre froide. [...] L'étude du STRATCOM insiste sur le besoin de crédibilité : «le message dissuasif de Washington doit être convaincant et parfaitement lisible. Les États-Unis doivent pouvoir compter sur une gamme complète de ripostes [...] une des parties de l'étude a pour tire «Entretenir l'ambiguïté». Il faut absolument que les stratèges se gardent de définir de manière trop rationnelle [...] les intérêts les plus vitaux de l'adversaire, qui doivent tous être définis comme cibles. Nous n'avons pas intérêt à donner l'impression d'être trop rationnels et calmes. Le fait que les États-Unis puissent devenir irrationnels et vindicatifs, en cas d'attaque portant sur les intérêts vitaux, doit faire partie de l'image que notre nation projète. Du point de vue de notre posture stratégique, il est avantageux que des éléments puissent apparaître comme potentiellement incontrôlable».
De tels concepts ressuscitent «la théorie du fou» attribuée à Richard Nixon, avec à présent des preuves crédibles que cette théorie est opérationnelle. «Il faut que nos ennemis se rendent compte que la superpuissance hors-la-loi est dangereuse et imprévisible, qu'elle est prête à s'attaquer violemment à ce qu'ils ont de plus cher. Notre caractère irrationnel et vindicatif et les forces de destructions dont nous disposons les feront alors plier, par crainte de notre crédibilité».
Il semble que ce concept ait été inventé en Israël dans les années 1950 par le parti travailliste au pouvoir : le premier ministre modéré Moshe Sharrett a indiqué dans un journal intime que les dirigeants du parti préconisaient ''des actes de folie'' menaçant de devenir cinglés si on les poussait à bout, ce qui constituait une arme secrète dirigée entre autre contre les États-Unis qui, en ce temps-là, n'étaient pas encore devenus un parrain digne de confiance. Quand une telle position est reprise à son compte par la seule superpuissance de la planète, qui se considère au-dessus des lois et n'est soumises qu'à de rares limitations par ses propres élites, il est naturel que l'inquiètude s'empare de ceux qui ne peuvent se permettre le luxe de se contenter du masque de la rectitude morale, auquel aucun analyste sérieux ne croit.
- Noam Chomsky, Le nouvel humanisme militaire : leçon du Kosovo, pp.216-231
... comme d'habitude pour comprendre ce discours à la gloire d'une mission accomplie il faut le décoder. Quand Clinton, Blair et consorts parlent de la crédibilité de l'OTAN, ils ne se soucient nullement de la crédibilité de l'Italie ou de la Norvège, mais bien de celle de la superpuissance dominante et de son bras armé. N'import quel chef de la mafia peut vous expliquer le sens du mot ''crédibilité''. Quand un commerçant refuse de se laisser racketter, les gangsters qui lui rendent visite ne se contentent pas de lui prendre son argent : ils laissent un champ de ruines derrière eux, pour que la leçon soit comprise par tous. Et il n'y a pas lieu de s'étonner que les chefs de la mafia mondiale raisonnent de la même façon.
Ce n'est pas, bien entendu, que le parrain ait besoin de l'argent du commerçant. Prétendre, comme on l'a souvent fait, que cette intervention était forcément humanitaire, du fait que le Kosovo a bien peu de ressources et présente peu d'intérêt pour les occidentaux, c'est faire preuve d'une grave incompréhension des données élémentaires de la politique menée et de l'histoire récente. La manoeuvre de déstabilisation dont a été victime le gouvernement de Maurice Bishop dès son installation à la Grenade (1979), ainsi que l'invasion (1983) qui a suivi étaient-elles motivées par la protection du commerce de la muscade ? Les États-Unis s'intéressent-ils aux resources du Guatémala ? de l'Indochine ? de Cuba ? du Nicaragua ? et de nombreux autres pays victimes de la violence ces dernières années ? Certes, on a parfois évoqué ces ressources afin d'obtenir des soutiens (l'étain et le caoutchouc en Indochine par exemple), mais sans grande conviction. Et s'il arrive parfois que des intérêts particuliers influencent les politiques suivies ( la United Fruit au Guatemala par exemple), leur influence est rarement décisive. À chaque fois, les vrais enjeux étaient ailleurs.
La question de la crédibilité est toujours importante et devient encore plus cruciale quand il y a lieu de craindre qu'une ''brebis galeuse'' ne parvienne à contaminer le troupeau, que le virus de l'indépendance n'infecte d'autres pays, pour utiliser le langage des stratèges haut placés. On pourrait citer à titre d'exemple ce que les intellectuels de l'entourage de John Kennedy disaient de la propagation de l'idée castriste «qu'on peut prendre en main son propre destin». Adaptées aux particularités de chaque situation, ces préoccupations se trouvent régulièrement à la base des interventions et des conflits.[...]
Le contrôle des ressources, ainsi que d'autres intérêts économiques, joue souvent un rôle important, mais détermine rarement de manière décisive le choix de la cible proprement dite (à quelques exceptions près, les pays producteurs de pétrole, y compris l'Indonésie en 1958)
[...] en 1958, au conseil de sécurité national, Eisenhower et Dulles avaient défini les trois crises mondiales les plus graves. Les trois régions concernées, l'Indonésie, l'Afrique du Nord et le Moyen Orient, avaient pour point commun de faire partie du monde islamique, mais aussi, et surtout, d'être productrice de pétrole. [...]
Lors de la première grande campagne contre-insurrectionnelle de l'après-guerre, en Grèce [1947], il s'agissait principalement de contrôler le pétrole du Moyen Orient, tout comme pour la déstabilisation par les États-Unis de la démocratie italienne au cours des mêmes années. La Grèce est restée incluse dans la section Proche Orient du département d'État jusqu'à la chute, il y a vingt-cinq ans, de la dictature fasciste soutenue par les États-Unis. Dans une moindre mesure, le même type d'intérêts dicte la politique actuelle envers l'Asie centrale et l'on peut supposer que la proximité de la Turquie, principale base militaire de Washington dans la région avec Israël, est également prise en compte. Tant que la Serbie n'est pas incorporée dans la sphère d'influence américaine, il est logique que son insoumission soit sanctionnée de manière spectaculaire, afin que cela serve d'avertissement à ceux qui pourraient être tentés de suivre son exemple. En 1998, la crise du Kosovo a permis d'enclencher ce processus, dont on peut prévoir sans risque de se tromper qu'il se poursuivra, comme dans le cas de Cuba et d'autres nations récalcitrantes, jusqu'à la reddition ou l'écrasement de la Serbie.
Pour rester maître de l'opinion publique américaine, on lui joue des airs de propagande qui varient en fonction des circonstances («contrer l'influence soviétique», «promouvoir la démocratie», etc). Mais seuls les partisans obstinés de l'ignorance volontaire peuvent les accréditer.
Un autre avantage en prime est de stimuler la production et les ventes d'armes. Selon le Wall Street Journal, «en définitive, la guerre va probablement doper les dépenses militaires en général», surtout les systèmes d'armes de haute technologie. À elle seule la firme Raytheon s'attend à recevoir des commandes pour un montant de près d'un milliard de dollars afin de remplacer les missiles de croisières Tomahawk et d'autres armes utilisées pour détruire des cibles dans les Balkans. Ce chiffre ne tient pas compte des nouvelles commandes que passeront sans doute d'autres pays de l'OTAN. «Les vrais gagnants des guerres sont les industries de l'armement», titre le Financial Times. L'article en question fait le point sur les perspectives de croissance plutôt soutenues de l'industrie aérospatiale, surtout en ce qui concerne les produits qui utilisent une technologie sophistiquée et onéreuse : les équipements embarqués et les logiciels représentent la moitié du prix d'achat d'un nouvel avion de combat, ce qui favorise le développement de l'ensemble du secteur des technologies de pointe.
Pour le reste, le lectorat de la presse d'affaire n'a pas besoin qu'on lui fasse un dessin. Les dépenses d'armement ont été la forme principale sous laquelle est intervenu l'énorme secteur public de la haute technologie, sur lequel se fonde la suprématie américaine en matière d'informatique et d'électronique, de productique, de télécommunication, d'Internet, voire dans la plupart des secteurs de croissance de l'économie. [...]
En dehors des pays riches et industrialisés, ce qu'écrivit en 1991, au sujet des pays arabes, Paulo Evaristo Arns, cardinal de Sao Paulo au Brésil, résume bien le sentiment général :« les riches ont soutenu le gouvernement américain tandis que les millions de pauvres condamnaient cette agression militaire», partout dans le tiers-monde poursuivait-il, «règnent la haine et la peur : quand décideront-ils de nous envahir ?», et sous quel prétexte ?
Lorsque les deux États guerriers décidèrent de bombarder à nouveau l'Irak en décembre 1998, leur isolement s'était légèrement accentué. [....] même les États qu'on peut virtuellement considérés comme des valets de l'Amérique sont loin de pavoiser. La presse semi-officielle égyptienne a estimé très préoccupant le «nouveau concept stratégique» rendu public en avril 1999, en pleine guerre des Balkans, à l'occasion de l'anniversaire de l'OTAN. Pour Karim El-Gawhary de Al Ahram Weekly, «c'est la porte ouverte à un interventionnisme tous azimuts». Le discours de l'OTAN sur les nouvelles menaces «contre la paix et la stabilité euro-atlantique» ne peut qu'inquièter ceux qui n'ont que trop éprouvé la bienveillance européenne : les Britanniques ne sont pas les seuls pour lesquels le déchaînement de violence déclenché au nom de la morale par les États-Unis et le Royaume-Uni évoque un souvenir impérial très familier. Du point de vue de la périphérie de l'Alliance - par exemple, dans le monde arabe - ce document annonce des lendemains cauchemardesques, dans la mesure où il étend le concept de défense de l'OTAN à la sécurité et à la stabilité de la Méditerrannée [...]
Naturellement, poursuit le journaliste d'Al Ahram, le souci de garantir la circulation des ressources vitales et la stabilité est un refrain bien connu. [...] mais ce document comporte une nouveauté radicale : quoique émanant de Washington, il porte la signature des dix-huit autres États membres de l'OTAN, si bien qu'il est désormais possible d'intervenir au nom de l'OTAN contre n'importe quel État récalcitrant à la périphérie de la zone euro-atlantique, ce qui ajoute une dimension nouvelle au mode américain de domination mondiale, en tout cas, tant que l'Europe reste docile. [...] Les nouvelles règles du jeu des États-Unis et de leurs riches alliés occidentaux, telles qu'elles sont apparues en Yougoslavie, sont fondées sur le droit d'intervenir par la force pour imposer ce qui leur semble juste. Comme au temps des colonies, notre époque cache le recours à la force sous le masque de la rectitude morale.
Quand les porte parole de l'OTAN décrivent calmement les destructions qu'ils ont infligées aux populations civiles, on a du mal à croire que ces déclarations sont celles de représentants d'États que nous qualifions d'éclairés, bien que, tout naturellement, les États qui se prétendent éclairés aient une tout autre opinion d'eux-mêmes, comme à l'époque coloniale et tout au long de l'histoire. Le XXe siècle se termine par des politiques de la canonnière d'un type nouveau, tout comme le siècle précédent s'était terminé par la guerre menée par les puissances coloniales occidentales qui, grâce à leur immense supériorité technologique, ont soumis des indigènes et des pays qui étaient dans l'incapacité de se défendre.
Le meilleur spécialiste israélien d'histoire militaire, Zeev Schiff, confirme ces analyses. Comme El-Gawhary, il écrit que la nouvelle doctrine de l'OTAN présentée par Tony Blair lors de l'anniversaire de l'Alliance ne peut que susciter de l'inquiétude partout dans le monde, car elle fait peu de cas des principes de la Charte des Nations Unies
[...]
Les plus perspicaces des commentateurs politiques du camp des «faucons» reconnaissent, et partagent dans une certaine mesure, les soucis des anciens pays colonisés. Dans la principale revue de l'establishment, Foreign Affairs, Samuel Huntington a mis en garde contre la voie dangereuse sur laquelle Washington s'est engagé. Aux yeux d'une bonne partie du monde (probablement la majorité, suggère-t-il), les États-Unis sont en train de devenir la superpuissance hors-la-loi, considéré comme le principal danger qui menace leur société.
À la lecture des projets stratégiques actuels, il y a lieu de s'inquièter encore plus de l'évolution de ces questions cruciales, ainsi que du regain d'expansionnisme de la superpuissance hors-la-loi et de ses alliés. La publication partielle d'une étude classés secrète du commandement stratégique américain (STRATCOM), datant de 1995, permet d'avoir un aperçu : intitulé «Principes essentiels de la dissuasion dans l'après-Guerre froide», l'étude passe en revue les conclusions de plusieurs années de réflexion sur le rôle des armes nucléaires dans l'après-Guerre froide. [...] L'étude du STRATCOM insiste sur le besoin de crédibilité : «le message dissuasif de Washington doit être convaincant et parfaitement lisible. Les États-Unis doivent pouvoir compter sur une gamme complète de ripostes [...] une des parties de l'étude a pour tire «Entretenir l'ambiguïté». Il faut absolument que les stratèges se gardent de définir de manière trop rationnelle [...] les intérêts les plus vitaux de l'adversaire, qui doivent tous être définis comme cibles. Nous n'avons pas intérêt à donner l'impression d'être trop rationnels et calmes. Le fait que les États-Unis puissent devenir irrationnels et vindicatifs, en cas d'attaque portant sur les intérêts vitaux, doit faire partie de l'image que notre nation projète. Du point de vue de notre posture stratégique, il est avantageux que des éléments puissent apparaître comme potentiellement incontrôlable».
De tels concepts ressuscitent «la théorie du fou» attribuée à Richard Nixon, avec à présent des preuves crédibles que cette théorie est opérationnelle. «Il faut que nos ennemis se rendent compte que la superpuissance hors-la-loi est dangereuse et imprévisible, qu'elle est prête à s'attaquer violemment à ce qu'ils ont de plus cher. Notre caractère irrationnel et vindicatif et les forces de destructions dont nous disposons les feront alors plier, par crainte de notre crédibilité».
Il semble que ce concept ait été inventé en Israël dans les années 1950 par le parti travailliste au pouvoir : le premier ministre modéré Moshe Sharrett a indiqué dans un journal intime que les dirigeants du parti préconisaient ''des actes de folie'' menaçant de devenir cinglés si on les poussait à bout, ce qui constituait une arme secrète dirigée entre autre contre les États-Unis qui, en ce temps-là, n'étaient pas encore devenus un parrain digne de confiance. Quand une telle position est reprise à son compte par la seule superpuissance de la planète, qui se considère au-dessus des lois et n'est soumises qu'à de rares limitations par ses propres élites, il est naturel que l'inquiètude s'empare de ceux qui ne peuvent se permettre le luxe de se contenter du masque de la rectitude morale, auquel aucun analyste sérieux ne croit.
- Noam Chomsky, Le nouvel humanisme militaire : leçon du Kosovo, pp.216-231
Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
C'est bon de vous revoir, euh... de vous relire, Cinci !
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Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
A propos de Ouattara et de ses rebelles, il est bon de se souvenir qu'il s'agit de musulmans. Si les rebelles de Ouattara gagnent, la côte d'ivoire sera entièrement musulmane en dépit de la religion indescriptible de la femme de Ouattara grande patronne des salons de coiffure Jacques Dessange et qui passe sa vie à Neuilly où elle a d'ailleurs été marié à Ouattara par Sarkozy dont la religion est tout aussi indescriptible.
Cela rappelle effectivement l'action de BHL, dont la religion est aussi indescriptible, et qui a fait bombarder les chrétiens serbes pour les remplacer par des musulmans albanais complètement maffieux.
Sarkozy, kouchner, BHL, tous des faiseurs de guerre et grands artisans du choc des civilisations et dont la religion est incompréhensible, illisible, indescriptible et improbable qui favorisent partout (aussi en Lybie) l'accession au pouvoir de musulmans cinglés et armés.
Cela rappelle effectivement l'action de BHL, dont la religion est aussi indescriptible, et qui a fait bombarder les chrétiens serbes pour les remplacer par des musulmans albanais complètement maffieux.
Sarkozy, kouchner, BHL, tous des faiseurs de guerre et grands artisans du choc des civilisations et dont la religion est incompréhensible, illisible, indescriptible et improbable qui favorisent partout (aussi en Lybie) l'accession au pouvoir de musulmans cinglés et armés.
"Tant la concurrence au sens du LIBERALISME économique que la lutte des classes dans le sens marxiste sont contre nature et opposées à la conception chrétienne de la vie." Bienheureux Jean XXIII, encyclique Mater et Magistra n. 24
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Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
C'est aussi ma vision des choses
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Cinci
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Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
Géronimo écrivait :
Quelqu'un a une explication pour ce phénomène ? C'est vrai que c'est troublant un peu.... qui favorisent partout (aussi en Lybie) l'accession au pouvoir de musulmans cinglés et armés.
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- Inscription : lun. 21 juin 2010, 19:01
Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
Relisez l'Apocalypse
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Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
Je penserais plutôt à la venue du Mahdi, ce sympatique 12e imam... 
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…".
2 Co 4, 8-10
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
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Cinci
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Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
... et il n'obtint rien de significatif en guise de réponse.
Écoutez, je ne vais pas lire l'Apocalypse afin de trouver une réponse assez précise à une conjoncture politique du moment. Merci quand même.
Je perçois mal l'intérêt stratégique réel de la France (aux yeux d'un Juppé) à soutenir des opposants islamos en Libye, de même façon que je figurerais pas très bien quel serait donc l'intérêt stratégique des États-Unis (pour un Obama) mais s'il fallait qu'un canal de Suez finisse par tomber à la fin juste entre les mains d'une tribu ordinnaire de religieux musulmans (ordinnaire, je ne dis même pas fanatique). Mais c'est même que Donald Trump n'y comprend plus rien ! On jurerait que nos politiciens sont à considérer globalement tels des ex-porteurs de valises pour le compte du FLN du temps de l'Algérie française. On dirait que ce sont tous des amis de D. Cohn Bendit qui gouvernent.
On en retirerait l'impression que les politiciens sont des cireurs de babouches et travaillent uniquement dans le but de complaire déjà à un électorat recrutable à la mosquée du coin. Assez incroyable.
Écoutez, je ne vais pas lire l'Apocalypse afin de trouver une réponse assez précise à une conjoncture politique du moment. Merci quand même.
Je perçois mal l'intérêt stratégique réel de la France (aux yeux d'un Juppé) à soutenir des opposants islamos en Libye, de même façon que je figurerais pas très bien quel serait donc l'intérêt stratégique des États-Unis (pour un Obama) mais s'il fallait qu'un canal de Suez finisse par tomber à la fin juste entre les mains d'une tribu ordinnaire de religieux musulmans (ordinnaire, je ne dis même pas fanatique). Mais c'est même que Donald Trump n'y comprend plus rien ! On jurerait que nos politiciens sont à considérer globalement tels des ex-porteurs de valises pour le compte du FLN du temps de l'Algérie française. On dirait que ce sont tous des amis de D. Cohn Bendit qui gouvernent.
On en retirerait l'impression que les politiciens sont des cireurs de babouches et travaillent uniquement dans le but de complaire déjà à un électorat recrutable à la mosquée du coin. Assez incroyable.
- Nanimo
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Re: Intervention contre les troupes de Kadhafi
Remontons ce fil. On annonce la mort de Kadhafi. Étant donné que le CNT a donné pour mort des fils Kadhafi que l'on a vu ensuite se balader dans les rues plus tard, attendons.
Toutefois, si c'est vrai, c'est là que tous les mauvais esprits qui ont trouvé révoltant que l'insolent fasse un bivouac dans les jardins de l'Élysée vont regretter ce qu'ils ont dit : et le repas du condamné; connaissent pas?!
Regardez : on a monté à l'envers les drapeaux syriens sur la plus belle avenue du monde (ou on a mis le drapeau d'un autre pays, je ne sais plus). Résultat : le président syrien fait suer, fait comme si de rien était; "non, j'partirai pas, nananèreu!"
Toutefois, si c'est vrai, c'est là que tous les mauvais esprits qui ont trouvé révoltant que l'insolent fasse un bivouac dans les jardins de l'Élysée vont regretter ce qu'ils ont dit : et le repas du condamné; connaissent pas?!
Regardez : on a monté à l'envers les drapeaux syriens sur la plus belle avenue du monde (ou on a mis le drapeau d'un autre pays, je ne sais plus). Résultat : le président syrien fait suer, fait comme si de rien était; "non, j'partirai pas, nananèreu!"
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