La question du mal et l'existence de Dieu

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ximatt
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par ximatt »

Charles a écrit :Dire que l'existence du mal implique l'inexistence de Dieu donc est absurde.
jusque là je suis assez d'accord.
Charles a écrit :Si l'on dit que Dieu n'existe pas, alors il faut dire aussi que le mal non plus.
Là par contre, Metazet et moi avons deja expliqué que ça n'etait pas le cas. Si dans la conception chretienne, le mal est l'absence de Dieu, le mal athée peut se concevoir de maniere transcendantale (Metazet) ou non (moi) independamment de Dieu.
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Métazét »

Bonjour Charles,
Charles a écrit :
Métazét a écrit :Il pourrait y avoir autre chose que Dieu qui ne soit pas le monde.
Non parce que si cette chose n'était pas Dieu, elle se laisserait additionner et donc serait du monde (ou de l'univers si vous préférez).
Donc d'après vous, anges et démons font partie du monde ?... Peut-être n'ai-je pas été assez clair : j'entendais par monde ce qui est saisisable (directement ou indirectement) par les sens.

Revenons si vous le voulez bien, sur l'hypothèse que j'émettais : il existe des valeurs morales objectives. Ces valeurs morales ne sont pas des choses que l'on pourrait additionner, pourtant elles ne sont pas Dieu, il me semble (elle n'ont pas de personnalité, n'ont pas créé le monde, etc.).

Je crois qu'il faut qu'on se mette au clair sur les définitions avant d'aller plus loin.
Charles a écrit :Ce qui n'est pas le monde n'est pas quoi que ce soit. La raison et la foi nous disent qu'il est un être, vivant, parfait, éternel, acte pur, pensée se pensant elle-même (Aristote),
Permettez-moi d'en douter (pas tant de l'existence d'un tel être que du fait qu'il soit inféré par la raison). Jusque là, en tout cas, vous ne vous écartez guère de Spinoza :

"VI. J'entends par Dieu un être absolument infini, c'est-à-dire une substance constituée par une infinité d'attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie." (Spinoza, L'éthique, I, définition VI)
Charles a écrit :le seul être au sens fort et originaire
Si Dieu est le seul être au sens fort et orginaire, cela implique que le monde est un être au sens plus faible et second. Donc il me semble que vous tombez dans les mêmes travers que vous dénonciez :
Charles a écrit :on est obligé de repousser dans l'ombre le monde lui-même, d'en faire une sorte d'illusion, de brume fantomatique. Ce qui est la logique des panthéismes, de calomnier le monde qu'ils ont prétendu diviniser.
Charles a écrit :
Métazét a écrit :3/ Il ne faut pas confondre la douleur, qui est un fait, avec le mal qui est de l'ordre des valeurs.
Si la douleur est un fait, le mal en est un aussi. A moins de prétendre vivre dans une sphère tellement privée d'expérience concrète qu'on n'imagine pas que la douleur puisse être une alerte du mal.
Là vous parlez d'un mal relatif. Moi je vous parle du mal comme valeur axiologique absolue.
Métazét a écrit :L'expérience du mal est aussi celle de notre condition de créature, d'un être réel mais limité, d'un être reçu et que l'on peut perdre. Nier le Créateur est un mauvais calcul parce que cela ne change en rien notre condition de créature, nier Celui qui nous donne l'être ne change pas que notre être soit reçu - que nous ne sommes pas inconditionnellement (ayant toujours été, étant, et devant toujours être).
Vous dites cela parce que vous croyez en Dieu. Si on n'y croit vraiment pas, ce n'est pas par calcul stratégique...
Métazét a écrit :Il y a ainsi quelque chose de puéril dans l'athéisme, un refus de voir le monde en adulte. De prendre la mesure de l'enjeu de nos vies : elles ne sont pas rien, nous avons beaucoup à perdre, et de toute façon nous devrons les perdre. Les athées sont conduits à soutenir qu'il n'y a pas de mal parce qu'ils refusent de devenir adultes, ils rejettent la création pour se débarrasser à la fois de la réalité de l'être reçu et donc de l'enjeu de nos vie, et à la fois du fait que cet être est de passage, que nous devrons le perdre. Les athées voudraient une vie inconditionnelle et sans enjeu : une vie adolescente pour l'éternité.
Il y a quelque chose de puéril dans votre vision de l'athéisme. Désolé mais je ne m'y reconnais aucunement. Je pourrais dire aussi que les croyants le sont par peur de la mort, ou par recherche d'un substitut à l'image du père, etc. Bref, le même genre de psycho à deux balles que vous nous servez là... Encore une fois, même si vous les trouvez mauvais (c'est votre droit), l'athéisme un minimum conséquent repose sur des arguments rationnels. Ce sont eux qu'il convient de critiquer.

Bien à vous,

Mikaël
« La majorité des philosophes n'a pas de courage ; ils commencent par avaler les principes essentiels du code actuel : monogamie, structure familiale, continence, tabous corporels, restrictions concernant l'acte sexuel et la suite, puis ils chipotent sur les détails… jusqu'à des sottises telles que de savoir si la vue de la poitrine féminine est obscène ou non. » (Robert Heinlein, En terre étrangère)
Charles
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Charles »

ximatt a écrit :
Charles a écrit :Si l'on dit que Dieu n'existe pas, alors il faut dire aussi que le mal non plus.
Là par contre, Metazet et moi avons deja expliqué que ça n'etait pas le cas. Si dans la conception chretienne, le mal est l'absence de Dieu, le mal athée peut se concevoir de maniere transcendantale (Metazet) ou non (moi) independamment de Dieu.
Vous n'avez rien expliqué et ni vraiment pris la mesure de ce que signifie "Dieu n'existe pas".

Si Dieu n'existe pas, la quantité d'être qu'il n'y a dans le monde n'est mesurée par rien, et elle est donc forcément maximale : le mal ne peut exister. C'est ce qui est décrit dans le Poème de Parménide :

II faut penser et dire que ce qui est; car il y a être :
il n’y a pas de non-être
; voilà ce que je t’ordonne de proclamer.
Je te détourne de cette voie de recherche.
où les mortels qui ne savent rien

[5]s’égarent incertains; l’impuissance de leur pensée
y conduit leur esprit errant: ils vont
sourds et aveugles, stupides et sans jugement;
ils croient qu’être et ne pas être est la même chose
et n’est pas la même chose; et toujours leur chemin les ramène au même point.

Jamais tu ne feras que ce qui n’est pas soit;
détourne donc ta pensée de cette voie de recherche;
que l’habitude n’entraîne pas sur ce chemin battu
ton oeil sans but, ton oreille assourdie,

[5]ta langue; juge par la raison de l’irréfutable condamnation
que je prononce.

II n’est plus qu’une voie pour le discours,
c’est que l’être soit; par là sont des preuves
nombreuses qu’il est inengendré et impérissable,
universel, unique, immobile et sans fin.
[5]Il n’a pas été et ne sera pas; il est maintenant tout entier,
un, continu. Car quelle origine lui chercheras-tu ?
D’où et dans quel sens aurait-il grandi? De ce qui n’est pas? Je ne te permets
ni de dire ni de le penser; car c’est inexprimable et inintelligible
que ce qui est ne soit pas. Quelle nécessité l’eût obligé

[10]plus tôt ou plus tard à naître en commençant de rien?
Il faut qu’il soit tout à fait ou ne soit pas.

Et la force de la raison ne te laissera pas non plus, de ce qui est,
faire naître quelque autre chose. Ainsi ni la genèse
ni la destruction ne lui sont permises
par la Justice; elle ne relâchera
pas les liens

[15]où elle le tient. [ Là-dessus le jugement réside en ceci ] :
Il est ou n’est pas; mais il a été décidé qu’il fallait
abandonner l’une des routes, incompréhensible et sans nom, comme sans vérité,
prendre l’autre, que l’être est véritablement.
Mais comment ce qui est pourrait-il être plus tard? Comment aurait-il pu devenir?
[20]S’il est devenu, il n’est pas, pas plus que s’il doit être un jour.
Ainsi disparaissent la genèse et la mort inexplicables
.
II n’est pas non plus divisé, car Il est partout semblable;
nulle part rien ne fait obstacle à sa continuité, soit plus,
soit moins; tout est plein de l’être,

[25]tout est donc continu, et ce qui est touche à ce qui est.
Mais il est immobile dans les bornes de liens inéluctables,
sans commencement, sans fin, puisque la genèse et la destruction
ont été, bannies au loin
. Chassées par la certitude de la vérité.
il est le même, restant en même état et subsistant par lui-même;

[30]tel il reste invariablement; la puissante nécessité
le retient et l’enserre dans les bornes de ses liens.
II faut donc que ce qui est ne soit pas illimité;
car rien ne lui manque et alors tout lui manquerait. Ce qui n’est pas devant tes yeux, contemple-le pourtant comme sûrement présent a ton esprit.
Ce qui est ne peut être séparé de ce qui est;
il ne se dispersera pas eu tous lieux dans le monde,
il ne se réunira pas. . .]
C’est une même chose, le penser et ce dont est la pensée;

[35]car, en dehors de l’être, en quoi il est énoncé,
tu ne trouveras pas le penser; rien n’est ni ne sera
d’autre outre ce qui est; la destinée l’a enchaîné
pour être universel et immobile; son nom est Tout,
tout ce que les mortels croient être en vérité et qu’ils font

[40]naître et périr, être et ne pas être,
changer de lieu. muer de couleur.

Mais, puisqu’il est parfait sous une limite extrême!
il ressemble à la masse d’une sphère arrondie de tous côtés,
également distante de son centre en tous points. Ni plus

[45]ni moins ne peut être ici ou là;
car il n’y a point de non-être qui empêche l’être d’arriver
à l’égalité; il n’y a point non plus d’être qui lui donne,
plus ou moins d’être ici ou là, puisqu’il est tout, sans exception.
Ainsi, égal de tous côtés, il est néanmoins dans des limites.


Si Dieu n'existe pas, le mal, le devenir, le mouvement, ne peuvent exister et doivent être considérés comme des illusions. Et il faut s'armer de sophismes pour défendre cette illusion. C'est la tendance et le terme de tout athéisme profond, qu'il soit spinoziste, bouddhiste ou autre.
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Métazét »

Bon alors c'est un problème de vocabulaire. Je crois en cet Être parménidien et je suis d'accord avec les attributs qui lui sont prêtés par Parménide. Sauf que je ne rajoute pas ceux du judéo-christianisme en plus. Je crois en l'Être mais je ne crois pas en Dieu. Pour moi, cet Être n'est pas un dieu, n'est pas Dieu. Dieu, pour les chrétiens, a d'autres caractéristiques en plus de celles évoquées par Parménide. Exemple non-exhaustifs : une personnalité, un plan de salut pour l'homme, il s'est révélé, il est triune, il a un Fils unique qui s'est fait homme, etc.
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par ximatt »

Et moi qui ne croit pas en cet etre, je vous concede que l'absence de cet etre exclue pour moi le mal transcendantal, qui est celui dont ce texte demontre l'inexistence. Je me contente donc du mal relatif. Et cette notion qui n'est pas si lointaine du mal transcendantal si on considere que dans une conception croyante le mal (absolu, transcendental) est ce qui est sans ou contre Dieu, soit le mal relatif à Dieu, referentiel absolu. L'absence de referentiel absolu empechant les choses absolues, mais n'empechant pas les choses d'exister de maniere relative.
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Métazét »

Mais si tout est relatif, alors le relatif est absolu, non ? ;) D'autre part, pour qu'un concept soit possible il faut que le concept contraire soit possible. Donc l'existence du relatif (qui implique la possibilité du relatif) implique la possibilité de l'absolu. Mais si on en croit certaines variantes de la logique modale, s'il est possible qu'il soit nécessaire que p, alors p. Or l'absolu est soit nécessaire soit contingent. S'il est contingent, il reçoit son être de quelque chose d'autre, donc il n'est pas l'absolu. Donc l'absolu est nécessaire. Par conséquent, si l'absolu est possible, alors il est possible qu'il soit nécessaire qu'il existe, donc il existe (et même nécessairement).

(désolé pour cette démonstration un peu rapidement bâclée, je suis au boulôt :oops: mais c'est un sujet intéressant qui mériterait plus amples développements...)

Cordialement,

Mikaël
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Charles »

Métazét a écrit :
Charles a écrit :le seul être au sens fort et originaire
Si Dieu est le seul être au sens fort et orginaire, cela implique que le monde est un être au sens plus faible et second. Donc il me semble que vous tombez dans les mêmes travers que vous dénonciez :
Charles a écrit :on est obligé de repousser dans l'ombre le monde lui-même, d'en faire une sorte d'illusion, de brume fantomatique. Ce qui est la logique des panthéismes, de calomnier le monde qu'ils ont prétendu diviniser.
Objection d'une légèreté insoutenable. En effet, être en un sens plus faible et second ne signifie pas illusion. Le juvénile, l'embryonnaire, ne sont pas une illusion de l'adulte, de l'achevé. L'amas, le tas, les gravats, ne sont pas une illusion du temple ou du palais. Le cadavre n'est pas une illusion du corps vivant. Et pourtant, ils ne peuvent être dits "être" dans le même sens. Toutes ces choses sont réelles, mais ont l' "être" en un sens plus ou moins fort. Mais l'illusion efface et la réalité et les différents sens de l'être. Avec l'illusion, l'être au sens le plus faible n'a rien à perdre, ni plus ni moins que l'être au sens plus fort. On se dispense ainsi de penser le monde, la nature ; on réduit la raison à l'inutilité, comme une vieille impotente.

La condition de créature n'est pas fantomatique, elle est humiliante. Le fantomatique, lui, n'a aucune expérience de l'humilité à faire, parce qu'il n'a rien de réel. Mais si je tombe malade, c'est un corps réel qui subit cette humiliation - un corps qui n'a pas l'être en un sens suffisamment fort pour être sauf de toute maladie, mais qui est pourtant bien réel.

D'où l'enjeu qui s'impose à la créature : parce qu'elle a tout reçu, elle a tout à perdre. Et d'où son besoin d'être sauvée. Evidemment, l'athéisme nie cet enjeu et le salut : les athées n'ont pas besoin d'être sauvés, car ils n'ont rien à perdre, et bien sûr n'ont rien reçu. Et c'est véritablement une posture adolescente, comme l'exprimait si bien Nietzsche, si je me souviens bien : "S'il y avait des dieux, je ne supporterais pas de ne pas en être : il n'y a donc pas de dieux". Adolescente et obscurantiste, parce qu'il s'agit d'un aveuglement volontaire, par crainte de l'enjeu et de son risque. C'est une façon de ne pas affronter la condition humaine qui est d'être la créature qui se sait créature, qui se sait mortelle, qui sait que son être est reçu et sera perdu. Ainsi disparaissent la genèse et la mort inexplicables disait Parménide...
Dernière modification par Charles le mer. 09 juil. 2008, 17:42, modifié 4 fois.
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Charles »

Métazét a écrit :Je crois en cet Être parménidien et je suis d'accord avec les attributs qui lui sont prêtés par Parménide.
Bon, très bien, je prends note.
Charles
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Charles »

Métazét a écrit :Je crois en cet Être parménidien et je suis d'accord avec les attributs qui lui sont prêtés par Parménide.
Vous pourrez donc justifier sans peine, parmi ses attributs :

- qu'il est immobile, sans mouvement local ni d'altération ni d'aucune sorte / le mouvement est une illusion

- qu'il ne devient pas et qu'il ne peut être inscrit dans le temps / le temps est une illusion

- qu'il n'y a en lui aucune différence, discontinuité, altérité / le multiple est une illusion

Si vous êtes convaincant, je veux bien me déclarer athée.

Bien à vous

Charles

:>
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Métazét »

Charles,

Excusez-moi mais je ne suis pas bien sûr de comprendre ce que vous me demandez... Pouvez-vous reformuler ? Vous voulez que je vous démontre que l'Être est un, immobile et éternel c'est ça ? Mais Parménide le fait assez bien dans son poème, que dois-je rajouter de plus ?... Par contre, je ne suis pas tout à fait d'accord (et même pas du tout) pour dire que le temps, le mouvement et le multiple sont illusoires. Ils sont bien réels mais d'une réalité relative. Le contraire de l'absolu (l'Être), c'est le relatif, pas l'illusoire.

Bien à vous,

Mikaël
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Charles »

Métazét a écrit :Excusez-moi mais je ne suis pas bien sûr de comprendre ce que vous me demandez... Pouvez-vous reformuler ?
Vous avez expliqué que : "Je crois en cet Être parménidien et je suis d'accord avec les attributs qui lui sont prêtés par Parménide."

Vous pourriez nous expliquer comment il vous paraît raisonnable et rationnel que le mouvement, le temps et le multiple soient des illusions, puisque les attributs de l'être parménidien en lequel vous croyez les excluent.
Métazét a écrit :Vous voulez que je vous démontre que l'Être est un, immobile et éternel c'est ça ?
Non, non, que vous démontriez comment les attributs avec lesquels vous êtes d'accord sont possibles : que vous établissiez l'illusion du mouvement, du temps et du multiple.
Métazét a écrit :Mais Parménide le fait assez bien dans son poème, que dois-je rajouter de plus ?...
Si Zénon, a pris la peine de formuler un certain nombre de paradoxes pour justifier les attributs et leurs illusions respectives, c'est bien que le Poème ne semblait pas suffisant...
Métazét a écrit :Par contre, je ne suis pas tout à fait d'accord (et même pas du tout) pour dire que le temps, le mouvement et le multiple sont illusoires. Ils sont bien réels mais d'une réalité relative. Le contraire de l'absolu (l'Être), c'est le relatif, pas l'illusoire.
Alors maintenant, vous vous contredites sans scrupules. Car cette liste d'attributs n'évoque aucune relativité mais la négation pure et simple du temps, du mouvement et du multiple - "Il faut qu’il soit tout à fait ou ne soit pas" :

"il est inengendré et impérissable,
universel, unique, immobile et sans fin.
[5]Il n’a pas été et ne sera pas; il est maintenant tout entier,
un, continu. Car quelle origine lui chercheras-tu ?
D’où et dans quel sens aurait-il grandi? De ce qui n’est pas?

[10]plus tôt ou plus tard à naître en commençant de rien?
Il faut qu’il soit tout à fait ou ne soit pas.

Et la force de la raison ne te laissera pas non plus, de ce qui est,
faire naître quelque autre chose. Ainsi ni la genèse
ni la destruction ne lui sont permises par la Justice;

Mais comment ce qui est pourrait-il être plus tard? Comment aurait-il pu devenir?
[20]S’il est devenu, il n’est pas, pas plus que s’il doit être un jour.
Ainsi disparaissent la genèse et la mort inexplicables.

II n’est pas non plus divisé, car Il est partout semblable;

Mais il est immobile dans les bornes de liens inéluctables,
sans commencement, sans fin, puisque la genèse et la destruction
ont été, bannies au loin.

il ne se dispersera pas eu tous lieux dans le monde,
"

"Il faut qu’il soit tout à fait ou ne soit pas" : quelle relativité là-dedans ? Aucune. Les attributs dont il est question ici sont qu'il n'y a ni temps, ni multiple, ni multiple. Et c'est pourquoi le concept d'illusion est pertinent et que Zénon tente par ses paradoxes de montrer que les sens nous trompent sur eux.

Je ne comprend pas pourquoi vous dites d'abord que vous êtes d'accord avec les attributs pour vous contredire ensuite en disant que ces attributs ne peuvent être ce qu'ils sont. Vraiment je ne vous comprends pas : vous disiez croire dans un monde inengendré, sans origine, sans créateur, et maintenant vous reculez devant les conséquences les plus immédiates...

Je n'ose bien sûr pas imaginer que vous ayez pu lire le texte de Parménide et dire votre adhésion ("je crois en", "je suis d'accord avec") sans comprendre ce à quoi vous adhériez...

Bien à vous

Charles
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Métazét »

Charles,

La synthèse de l'Être est du Devenir me semble possible. Je vous avouerai que je nage surtout dans la philosophie analytique donc mes connaissances concernant les anciens grecs sont approximatives, mais il me semblait qu'Aristote avait réalisé une synthèse ma foi assez satisfaisante des deux, avec sa notion d'acte et de puissance (Platon avait essayé aussi mais je suis moins convaincu par sa solution qui consiste en quelque manière a dire, en effet, que le monde du Devenir est illusoire).

Intuitivement, je dirais la chose suivante : l'Être est effectivement absolu, mais la perception qu'on en a est - comme toute perception - relative, car toute perception implique une relation entre un sujet percevant et un objet perçu. Il faut distinguer la pomme elle-même et ce que nous saisissons de la pomme. Il se peut que notre connaissance de la pomme ait des propriétés différentes de la pomme elle-même. Cela dit, ça ne rend pas cette connaissance illusoire pour autant, car c'est bien sous un certain aspect de la pomme qu'on la saisi. La pomme, en tant que perçue par un sujet humain, est bien conditionnée par la pomme elle-même (puisque si par exemple on enlève la pomme, on enlève aussi la perception de la pomme).

Bien à vous,

Mikaël
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Métazét »

(Platecarpus et Ximatt, la suite de notre discussion est dans le sous-forum "Badinage" : http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... =10&t=5779. A tout de suite ;))
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Anne »

Charles a écrit :Oui revenons au sujet :

Il y en a qui veulent prouver que Dieu n'existe pas en s'appuyant sur le fait qu'il y a du mal dans le monde.
Que doit-on déduire, donc, de la présence du bien?

Et je vais me stocker en Aspirin pour lire vos réponses, messieurs! ;)
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…
".
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Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Christophe »

La providence et le scandale du mal

309 Si Dieu le Père Tout-puissant, Créateur du monde ordonné et bon, prend soin de toutes ses créatures, pourquoi le mal existe-t-il ? A cette question aussi pressante qu’inévitable, aussi douloureuse que mystérieuse, aucune réponse rapide ne saura suffire. C’est l’ensemble de la foi chrétienne qui constitue la réponse à cette question : la bonté de la création, le drame du péché, l’amour patient de Dieu qui vient au devant de l’homme par ses alliances, par l’Incarnation rédemptrice de son Fils, par le don de l’Esprit, par le rassemblement de l’Église, par la force des sacrements, par l’appel à une vie bienheureuse à laquelle les créatures libres sont invitées d’avance à consentir, mais à laquelle elles peuvent aussi d’avance, par un mystère terrible, se dérober. Il n’y a pas un trait du message chrétien qui ne soit pour une part une réponse à la question du mal.

310 Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé un monde aussi parfait qu’aucun mal ne puisse y exister ? Selon sa puissance infinie, Dieu pourrait toujours créer quelque chose de meilleur (cf. S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 6). Cependant dans sa sagesse et sa bonté infinies, Dieu a voulu librement créer un monde " en état de voie " vers sa perfection ultime. Ce devenir comporte, dans le dessein de Dieu, avec l’apparition de certains êtres, la disparition d’autres, avec le plus parfait aussi le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les destructions. Avec le bien physique existe donc aussi le mal physique, aussi longtemps que la création n’a pas atteint sa perfection (cf. S. Thomas d’A., s. gent. 3, 71).

311 Les anges et les hommes, créatures intelligentes et libres, doivent cheminer vers leur destinée ultime par choix libre et amour de préférence. Ils peuvent donc se dévoyer. En fait, ils ont péché. C’est ainsi que le mal moral est entré dans le monde, sans commune mesure plus grave que le mal physique. Dieu n’est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du mal moral (cf. S. Augustin, lib. 1, 1, 1 : PL 32, 1221-1223 ; S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 79, 1). Il le permet cependant, respectant la liberté de sa créature, et, mystérieusement, il sait en tirer le bien :

  • Car le Dieu Tout-puissant (...), puisqu’il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même (S. Augustin, enchir. 11, 3).


312 Ainsi, avec le temps, on peut découvrir que Dieu, dans sa providence toute-puissante, peut tirer un bien des conséquences d’un mal, même moral, causé par ses créatures : " Ce n’est pas vous, dit Joseph à ses frères, qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu ; (...) le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien afin de (...) sauver la vie d’un peuple nombreux " (Gn 45, 8 ; 50, 20 ; cf. Tb 2, 12-18 vulg.). Du mal moral le plus grand qui ait jamais été commis, le rejet et le meurtre du Fils de Dieu, causé par les péchés de tous les hommes, Dieu, par la surabondance de sa grâce (cf. Rm 5, 20), a tiré le plus grand des biens : la glorification du Christ et notre Rédemption. Le mal n’en devient pas pour autant un bien.

313 " Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu " (Rm 8, 28). Le témoignage des saints ne cesse de confirmer cette vérité :

  • Ainsi, S. Catherine de Sienne dit à " ceux qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive " : " Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but " (dial. 4, 138).

    Et S. Thomas More, peu avant son martyre, console sa fille : " Rien ne peut arriver que Dieu ne l’ait voulu. Or, tout ce qu’il veut, si mauvais que cela puisse nous paraître, est cependant ce qu’il y a de meilleur pour nous " (Margarita Roper, Epistula ad Aliciam Alington (mense augusti 1534).

    Et Lady Julian of Norwich : " J’appris donc, par la grâce de Dieu, qu’il fallait m’en tenir fermement à la foi, et croire avec non moins de fermeté que toutes choses seront bonnes... Et tu verras que toutes choses seront bonnes ". " Thou shalt see thyself that all MANNER of thing shall be well " (rev. 13, 32).


314 Nous croyons fermement que Dieu est le Maître du monde et de l’histoire. Mais les chemins de sa providence nous sont souvent inconnus. Ce n’est qu’au terme, lorsque prendra fin notre connaissance partielle, lorsque nous verrons Dieu " face à face " (1 Co 13, 12), que les voies nous seront pleinement connues, par lesquelles, même à travers les drames du mal et du péché, Dieu aura conduit sa création jusqu’au repos de ce Sabbat (cf. Gn 2, 2) définitif, en vue duquel Il a créé le ciel et la terre.

EN BREF

324 La permission divine du mal physique et du mal moral est un mystère que Dieu éclaire par son Fils, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour vaincre le mal. La foi nous donne la certitude que Dieu ne permettrait pas le mal s’il ne faisait pas sortir le bien du mal même, par des voies que nous ne connaîtrons pleinement que dans la vie éternelle.
:arrow: Source : Catéchisme de l'Église catholique
« N'ayez pas peur ! » (365 occurrences dans les Écritures)
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