Mais, pourquoi raisonner ainsi, chère Zélie ? Pourquoi ne pas envisager que la réalité corporelle de ces êtres nouveaux ait pu être façonnée par des processus évolutifs perçus par Darwin ?
Vous semble-t-il impensable qu’à un moment de l’histoire concrète, lors d’une rencontre entre un gamète féminin et un gamète masculin d’une espèce naturelle (lentement façonnée dans la nature selon les processus évolutifs), un souffle spirituel divin ait créé un être nouveau à l’instant même de la rencontre de ces gamètes de sorte qu’un être nouveau a été conçu par cette union d’un gamète féminin, d’un gamète masculin et d’un souffle spirituel divin, ayant ainsi une double nature corporelle et spirituelle ?
Vous semble-t-il nécessaire de considérer que la nature et ses règles ont été créés par Dieu sans lien avec la formation de notre corps qui n’aurait qu’une origine surnaturelle instantanée au moment de la création des premiers humains à l'image de Dieu, sauf la poussière des éléments chimiques dont il est composé ?
Cher Xavi,
d'abord permettez-moi de vous remercier de votre gentillesse et de toutes les qualités que vous exprimez dans vos interventions. J'apprécie quand les débats ne tournent pas à la querelle ou à la crispation.
Premièrement :
Ce qui me pose problème ici, ce n'est pas Darwin ou la science en soi; je ne suis pas contre lui par définition. Au contraire, pendant des décennies, pour moi, cela a toujours été chose acquise. Nous descendions du singe, et un jour "ploup!" Dieu donna la lumière à cet autrefois imbécile d'Adam et désormais illuminé.
Ma foi pourquoi pas, puisque ainsi tout se tient sans offusquer personne, puisque finalement c'est ce qu'on m'a toujours ou dit ou suggéré pour relier foi et science, vu que de nos jours, la science tient lieu de preuve là où elle ne devrait être qu'étude et recherche.
Et puis un jour j'ai compris que cette façon de penser était aussi illogique, dégonflée et rampante que dénier sa virginité à Marie, ou ses miracles à Dieu. Et c'est à partir de ce genre de constat qu'on finit par douter du package Darwinien pris en intégralité. Non que tout soit faux dans Darwin, je ne pense pas. Le milieu et les expériences, ainsi que l'alimentation influencent le comportement et les gênes et vice-versa, cela est étudié depuis longtemps. Ses observations sur les pinsons se tiennent pas mal.
Mais que d'une bactérie sorte un girafe, ça ne passe pas. Mais ça, on va dire tant pis, c'est hors-sujet, c'est personnel, etc.
Mais que Dieu ait créé l'homme descendant d'un autre animal (le singe), alors qu'Il nous a créé à Son Image, car nous seuls avons une âme, etc. ça ne me semble pas logique. Il y a un raté quelque part, quelque chose que la science n'a pas encore découvert.
Je ne dis pas non plus que la science a tout faux; par nature, la science émet des hypothèses pour essayer de comprendre le monde et vérifie ou infirme son hypothèse de départ. Cet aspect fondamental de la science est aujourd'hui balayé au profit d'une autre philosophie largement relayée médiatiquement : la science a dit, donc c'est la vérité. Non. Je ne vais pas vous refaire l'histoire humaine et sa ponctuation d'erreurs "scientifiques".
De plus, l'hypothèse de départ procède toujours des préjugés du chercheur, cela aussi est un obstacle à l'objectivité. Combien de fois pensant mon chien enragé j'ai pu le tuer parce que mes observations confirmaient mes hypothèses de départ! On fait tous ça, tout le temps.
Et au final, les trois doutes ajoutés, ça me laisse grandement sur ma faim.
A coté, si on dit qu'on a la foi, qu'on croit en Dieu, cela comporte en soi une part absolue.
Dieu est Tout-Puissant ou ne l'est pas*.
Un peu comme la liberté; ou on est libre, ou on ne l'est pas. Même si on nous enlève 1% de cette liberté, ce n'est plus de la liberté; c'est juste un espace limité d'action cadré par des contraintes. La foi c'est pareil, ce n'est pas un marché ;
on ne prend pas ce qui nous arrange pour rejeter ce qui ne nous arrange pas, surtout animé d'arrière-pensées calculatrices pour y sauver notre réputation; la seule excuse de ne pas tout prendre serait le questionnement qui ne saisit pas mais qui espère en Dieu pour qu'il guide nos recherches. Or, nous, dans les faits, ce que nous gardons, c'est tout ce qui n'est pas encore attaqué, ou inattaquable, ou de ce genre. Le reste, c'est à dire nos points de rupture, de faiblesse, nous les laissons à la chacalerie médiatique ou laïcarde. C'est de la démission, pour ne pas dire de la couardise.
Donc :
Dieu a-t-il, dans la réalité la plus matérielle du fait, ouvert la mer rouge? Oui.
Rendu la vie à des hommes, créé l'univers, soigné des lépreux, dicté les 10 commandements, enlevé Elie, protégé Daniel? Oui.
Jacob a-t-il lutté jusqu'à se blesser, Nââman a-t-il fait trempette sept fois ? Oui.
Tout oui.
Tout ce que disent les évangiles des actes de Jésus : oui.
Créé Adam et Eve : oui.
Il n'y a pas d'exception car il ne peut y avoir d'exception. Sinon ce n'est pas en Dieu que l'on croit; on ne fait que se persuader qu'on y croit, pour ne pas se faire harceler par notre conscience.
Deuxièmement :
Pourquoi dans ce divin panel de magie insaisissable qu'on appelle surnaturel justement parce qu'on ne sait pas ni le cerner, ni le comprendre, tout passe dans la crédibilité, même l'incarnation de Jésus ou des miracles comme les yeux qui se mettent à exister dans les orbites dépourvus de globes oculaires, mais pas Adam et Eve? Pourquoi ce fait-là principalement?
Et pourquoi, parmi tous les faits de la Bible plus incroyables les uns que les autres, ce n'est pas le miracle de la main qui écrit sur le mur qui est démonté par la science et le rationalisme? Pourtant cette main, c'était une main vengeresse qui faisait grave la leçon aux déviances de l'époque, nan?
Parce qu'il se trouve que le "mythe fondateur" de toute la religion chrétienne, de son message et de ses lois, de la venue de Jésus et de sa mort en Croix est celui-là ; Adam et Eve, celui de la création de l'homme et du péché originel. Cet aspect n'a pas échappé aux huiles catholiques, et c'est aussi pour cela qu'ils sont si "accomodants" : parce que la peur de la défection des fidèles reste toujours présente à leur esprit, comme en a largement témoigné les crimes contre l'innocence qui ont fait les gros titres tantôt.
Donc question suivante dans l'ordre logique :
Si on admet l'aspect central et fondateur de l'existence d'Adam et Eve, pourquoi s'acharner à le détruire?
A qui profite le crime, comme on dirait? Qui tirerait profit qu'on efface de la mémoire de l'humanité entière Adam et Eve en appauvrissant tellement leur "figure" qu'on les viderait de toute substance?
Les ennemis de la foi.
J'arrête là pour ne pas aller dans le hors-sujet. Je laisse imaginer les ennemis de la foi à la guise de tous ceux que ça amuse.
Derrière les ennemis de la foi de tous poils, il n'y en a pourtant qu'un. Le démon. Mais lui aussi on le cantonne au mythe, on lui dénie toute existence, même dans les milieux chrétiens qui devraient au contraire lutter contre lui. Comme ça,
il est peinard et on ne peut plus libre.
Qu'est-ce qu'on est cons quand même!
En fait, pas partout mais sur pas mal de points, on a appris à avoir une sorte de honte, de gêne, de nécessité de restriction à la l'invisibilité de notre religion, de notre foi, de nos croyances.
Qui prie le chapelet dans le RER ou le train? Personne. Pourtant ce n'est pas interdit par la loi...
Qui porte une croix bien visible autour du cou? Personne. Pourtant ce n'est pas interdit par la loi, c'est juste interdit pour les fonctionnaires ayant affaire à du public, comme les enseignants, le personnel hospitalier, etc. Tout le monde n'est pas aide-soignante ou inspecteur de l'éducation nationale que je sache...
Qui prie dans la rue? Personne. Etc.
Les musulmans ont-ils honte de leur religion? Non, ils la portent haut. Prient-ils un peu partout, portent-ils des signes bien visibles de leur religion? Oui! Jusqu'à témoigner de leurs cheveux à leurs ongles de pieds qu'ils sont bien musulmans et pratiquants.
Les protestants, idem. Allez leur faire la moindre réflexion sur leur foi!
Les juifs, non, mais là, on touche à un lourd passé de persécutions et un quotidien encore dramatique de nos jours. La peur de se prendre une bombe dans chaque synagogue est bien réelle chez eux. Mais si ce n'était pas cela, je suis sûre que les kippas et les autres signes fleuriraient. Ils restent très attachés à leur religion en général.
Il serait peut-être temps qu'on se pose des quelques questions sur l'attitude collective chrétienne, nan ? Je vais encore faire un hors-sujet,
mais comment se fait-il que tant que la France a été parcourue de chemins de croix, de processions et de prières, de kermesses et foi chrétienne vécue au grand jour les autres religions ou courant de pensée n'ont pas pu s'imposer ? Pourquoi l'espace vide laissé par les chrétiens est-il aujourd'hui aussi plein d'autres choses de tous bords et de tous poils, des religions étrangères aux sectes et aux loges?
Mais enfin, on dirait qu'on a jamais lu un seul écrit de saint, où il est dit et répété à longueur de pages que
la Croix sauve toujours,
que sa simple présence est agissante, que la regarder ne serait-ce qu'une fois change l'âme pour toujours, etc, etc. Où sont nos Croix? Où sont nos armes? A-t-on déjà vu un soldat aller au combat sans armure ni arme, et un chrétien transmettre un esprit de foi sans messe, sans prière, sans croix et sans signe sur lui et en lui? Réalise-t-on qu'en agissant seul, sans Dieu, en lui attachant les bras derrière le dos, nous nous privons de son secours? Si la Croix est agissante, ne l'était-elle pas d'autant plus qu'elle était portée dans chaque village, dans chaque quartier, et ne bénissait-elle pas constamment lors de la procession qui la menait? Sinon, à quoi servait la procession coté spirituel... à ce que les anges regardent les petits bonhommes criailler autour d'une croix puis rentrer chez eux, sans que les anges ne s'associent à la louange, et
Dieu refusait-il ses grâces à la fête qu'on lui faisait ? Pourquoi ne veut-on pas réaliser que c'est justement dans les quartiers (ou endroits) où la Croix n'a plus sa place que la misère et la violence fleurissent?
Je suis partie loin du sujet, mais au fond, on se rend compte que la négation d'Adam et Eve est lié à tout un tas d'autres choses qu'on peut regrouper sous le vocable de rationalisme, ou de relativisme, du terme approprié que vous trouverez mieux que moi. Cette négation n'est pas un hasard ou une idée spontanée. Mais sous prétexte d'intelligence et de savoir, c'est bel et bien nier l'action de Dieu que de se contenter de la logique humaine, d'un "ploup!" divin avec 4 millions d'années de retard, pour Dieu, sur sa propre création hominisante !
*Au passage, une dernière remarque: Dieu n'est pas grand parce que d'un peu de boue il a fait l'homme, des yeux ou incarné Son Fils.
Vu qu'il a créé l'univers, qu'est-ce qu'un peu de matière pour Lui?
Dieu est bien plus grand d'avoir fait d'une putain une sainte angélique, d'un persécuteur acharné un apôtre, de peuples guerriers des chrétiens prêts au martyre, d'un enfant un héros (voir le saint patron des JMJ), d'un noceur un grand saint (C. de Foucauld, etc). C'est dans ces choses-là qu'Il nous a montré à quel point tout lui était possible, car bien beau de retourner une âme, tout le monde est prêt un jour à changer l'espace d'un instant, mais de faire en sorte ensuite que cette âme reste dans la disposition première, c'est tout l'art divin.