Eh bien quelle époque !, quelle époque épique !
Je salue d’abord Fleur de lys, envers qui j’avais voulu aussi et indirectement rappeler (ou discrètement apprendre...) qu’en matière religieuse et concernant le catholicisme, le caractère légal des choses relevait de ce qui s’appelle le droit canon.
Je comprends très bien sa remarque comparative faisant appel au baccalauréat, qui ne manque pas de pertinence et qui est attristante, même si se comprennent les raisons de l’Eglise pour en avoir décidé ainsi – mais toute situation étant perfectible, prions pour que le ferment de la grâce agisse et dépasse cet inconvénient.
C’est en quoi il ne m’étonne en rien que Cinci n’ait rien trouvé de tel dans le code de « droit canon », les arguments pour que cela y figure ou non étant partagés et l’avis prédominant jusqu’à ce jour laissant donc cela à l’appréciation de l’évêque dans son diocèse, pour autant que de besoin.
Il s’agit donc d’un domaine relevant de la jurisprudence - Kerygme ayant assez rappelé sur ce forum les prérogatives d’un évêque dans son diocèse, qui sont égales à celle du pape lui-même sur Rome.
Je ne pensais pas devoir aller jusqu’à cette explication suivante, mais les circonstances m’y obligent et au fond c’est normal et vous avez eu raison : ma réponse s’en réfère d’abord à celle apportée par un évêque, Mgr Le Couëdic, à une époque où la messe du samedi soir n’existait pas ni celle du dimanche soir d’ailleurs.
Cet évêque était fort habité et imprégné par son sacerdoce et sa magnificence, certains auraient dit « imbu » : bref il n’est pas soupçonnable de « laxisme ».
L’assistance à la messe dominicale, pour une certaine famille, dépendait toute entière de celui qui seul avait le permis de conduire, et qui à cause d’une maladie dont je ne parlerai pas, entraînait régulièrement le retard de celle-ci à la dite messe. C’était une cause de querelle récurrente entre ses membres et qui les plongeait dans tous leurs états. Je précise qu’à cette époque, on se mettait sur son 31 pour aller à la messe, cela faisait partie intégrale du « rite dominical », ce qui pour de bons croyants, ce qu’ils étaient tous, voulait aussi dire toilette, etc.
Or cette famille, pour entrer un peu seulement dans le détail des circonstances, n’avait qu’une seule salle de bains ! Croyez bien que toutes les solutions furent essayées sans succès, et évitons de chercher le saugrenu.
Bref, la question ici posée leur fut cruciale et fut posée, la réponse fut celle que j’ai ici donnée en abrégé (car elle fut bien plus riche et argumentée, précise et je dirais même « belle », du moins quand elle me fut rapportée plus tard et dans ma jeunesse par ce Mgr lui-même, ami de ma famille... qui soit dit en passant fut de tous mes interlocuteurs celui qui résolut le mieux mes « colles » théologiques d’adolescent).
Je l’ai depuis soumise (sans préméditation mais avec délibéré) à bien des théologiens, évêques et même cardinaux, tous ont convenu de son excellence avec des variantes tenant à leurs préoccupations ou tendances. Or c’est la collégialité qui finit par donner à une mesure locale une valeur universelle. Je n’en dirai pas plus pour rester « soft », ceux qui auront besoin d’une lumière sur le sujet sauront la prendre. La théologie chrétienne repose sur la prière et l’expérience, « ce n’est pas à n’importe qui qu’il appartient de disputer sur Dieu (...) J’ajouterais que ce n’est pas partout, ni devant tous, ni sur tous points, mais en certaines circonstances, devant certaines personnes et dans une certaine mesure » (Grégoire de Nazianze).
Là où cela devient amusant, vu la querelle ici en train de s’échauffer, c’est que cet évêque fut une des figures de la contre réforme au concile Vatican II (dont il respecta cependant les suites, dont la liturgie, il est vrai avant que la situation ne s’envenime vraiment car son âge lui épargna d’entrer en activité dans le vif du sujet), qu’il accueillit au sein de son diocèse l’abbé de Nantes, mais finit par le suspendre « a divinis » - l’avenir lui donnera raison et cet abbé finira même plus tard par être black outé par le mouvement traditionaliste, qui lui doit pourtant plus que beaucoup, notamment grâce à ses lettres (25000 lecteurs dans toute la France) qui permirent de répandre des « astuces » et des modes opératoires pour « avoir une messe de St Pie V » à une époque où ce n’était pas possible sans risquer sa place ou l’excommunication immédiate, sauf à faire appel à un prêtre retraité ou jouissant d’une situation canonique particulière.
Je dirai qu’aujourd’hui, le participant à une messe tradi ne sera pas soupçonné de vouloir « resquiller » en arrivant après ou partant avant, tant il bénéficiera d’un préjugé favorable concernant sa piété. Tandis que de toute évidence ici, ce ne sera pas le cas pour une messe « normale », tant peut-être certains s’y croient les gardiens de ce que les tradis veulent « leur » enlever, ou d’autres se feraient les chantres d’une piété « à la carte ».
Que dire encore du parent qui aura dû s’absenter à la plus importante partie de la messe, pour ne pas faire supporter à toute l’assemblée les cris ou les larmes d’un de ses enfants ?
Bref, la question vaut d’être posée, et y réfléchir est un bon exercice qui oblige d’ailleurs à revenir aux fondamentaux, sans qu’il soit besoin de porter de jugement sur qui ou quoi que ce soit.
Il existe maintes occasions de « mise en pratique » encore aujourd’hui (en voyages, etc.). La durée d’une messe peut « déraper » pour plusieurs raisons (ne serait-ce que pour un baptême (ou même une étape vers) non annoncée, une remise de « cordon » à un ou des servants de messe, ou que sais-je... maintenant que cela se fait pendant la messe impromptu) et il est bon d’avoir une « vision sûre », même si en dernier ressort, cela revient à dire ou non en confession une faute au fond souvent involontaire.
Et qui peut être celle du prêtre habitué à ne pas respecter l’horaire fixé (rare en paroisse le dimanche), ce qui de sa part et sans excuse valable est une faute autant qu’un possible abus– que cela soit aussi dit !
Conscient de certaines contraintes, notamment en semaine, Vatican II a délibérément mis au point des variantes fort utilisées, y compris dans le canon, pour permettre des messes courtes –qui parfois deviennent prétexte à allonger d’autres moments bien plus insignifiants !
Traiter de la question, c’est avant toute chose éviter un débat liturgique ou un procès d’intention et ne répondre qu’aux cas d’imprévus, même s’ils peuvent être d’avance connus, non pour répondre à une vision étroite d’obligation à laquelle il se chercherait de déroger,
mais au contraire pour consoler et rassurer ceux qui en auraient besoin, leur donner aussi un critère de jugement sûr et serein.
Un peu comme autrefois certaines mamans ne « dormaient pas de la nuit », par crainte que leur enfant ne meure d’asphyxie dans leur sommeil (cas connu) avant d’être baptisé ! A une époque où, sinon, d’après les théologiens faisant autorité, c’était les limbes et non le paradis qui suivait !
Faire tenir sur 1 h/ 1H30 tant d’heures de la vie du Christ (institution de l’eucharistie, passion...) tient de la gageure. Elles peuvent heureusement se tenir toutes en un seul instant (consécration) si nous y mettons tout notre cœur, ou un peu plus. L’avis dont je me suis fait l’écho ici me semble fort raisonnable et fondé, construit, sans aucunement porter préjudice aux travaux liturgiques divers et variés pour « améliorer » la messe.
Ce n’est pas nouveau hélas, les théologiens qui s’égarent et égarent les autres, par une vision désespérante de Dieu. Il semble qu’aujourd’hui encore, il convienne de rappeler que «
le Sabbat est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le Sabbat ». Par ailleurs, qui s’accuse d’aller à la messe le samedi soir, quand il pourrait y aller le dimanche ? Bref, d’user d’une dérogation à titre non dérogatoire ?!
Cela fait penser à ces travailleurs qui restèrent dans le Word Trade Center par devoir d’état, qui savaient et auraient pu en sortir et qui y moururent, au débat qui s’en suivit. Que feriez-vous si votre Eglise commence à s’effondrer pendant la dernière messe dominicale, vous dessous ?
Les obligations de vie de chacun sont différentes et fluctuantes, laissons à chacun son jugement sans en porter.
Cela me fait encore penser à la question récente de Trinité pour un voyage : je regrette de le dire, assister à la messe, ce n’est pas comme être au Golgotha, cela peut se reproduire une fois ! Si l’office Divin à l’Eglise est une école de prière,
ce qui importe c’est de l’emporter avec soi et de devenir soi-même Eglise, en silence, partout.
Un ermite religieux non ordonné est dispensé de la messe dominicale, un évêque peut aussi en dispenser qui il veut (sous réserve d’une raison qui lui paraîtra bonne, évidemment).
La vie, la vie sainte, l’intimité avec Jésus, vivre et prier « en esprit et vérité », cela se passe de ces « absolus » qui cachent souvent des (devenus) simulacres parce qu’il est plus facile de leur donner plus d’importance, cela en réalité nous engage à moins et nous donne à peu de frais (si on y croit) un passeport pour l’éternité !!!
Si la bienveillance fait partie des fruits de la prière, et si « il n’est point de nuage en l’absence de vent, il n’est point de passion en l’absence de pensée » (Marc l’ascète) et sachant que (Hésychius) « l’art des arts, c’est celui de combattre les pensées malfaisantes » (pour parvenir à la prière) je me demande comment font ceux qui courent après elles et s'en servent pour accuser, non sans faire preuve d’industrie, pour avoir une conversation honnête avec Dieu sans se montrer pharisiens.
2 lectures à propos de l’eucharistie m’ont personnellement édifié. L’une, de Lanza del Vasto, où il raconte (dans « le pèlerinage aux sources ») comment en Inde il parcourut à pied bien des kilomètres pour pouvoir communier. Une autre, de Michel Tournier, sur les rois mages, où il invente un 4ème roi qui manqua tous ses RDV avec Jésus mais finit par arriver, asséché, exsangue, à celui avec l’eucharistie.
Ce ne sont certes pas des auteurs « cathos modèles », mais il m’est arrivé quelque chose d’un peu similaire à ce qu’ils ont vécu ou inventé, et j’en garde un souvenir indélébile.
Les sujets sont rabattus (communion fréquente ou non, ou nécessité et contenu des commandements de l’Eglise) et donc je ne les aborderai pas, notamment quant à la priorité à donner à « la disposition intérieure » que chacun défend à sa manière.
C’est faire un hors sujet ici.
J’ai déjà été assez long, trop, et frôlé le hors sujet qui s’est déclaré devant et pas par moi. Je voudrais juste répondre à Suliko, dont les parutions sont souvent malmenées ici au point de disparaître, mais qui courageusement continue à en donner. Ici :
Suliko a écrit : ↑dim. 28 mars 2021, 21:27
(Pitié ! pas de discours lénifiants sur l'espérance, ou alors il me faudra rappeler qu'il s'agit avant tout d'une vertu théologale qui porte sur le salut et les moyens d'y parvenir, et non pas sur un bon avenir terrestre.)
Et lui dire : nul ne conteste l’affaiblissement ou l’infléchissement que vous dénoncez, mais l’espérance à quoi vous vous référez, précisément, ne fait acception de personne, et elle a donné assez de signes.
Elle ne dépend pas d’un rite.
Vous-même et vos affiliés avez reconnu ici, avec retard, que Jean-Paul II n’était « pas si mal ». Et le Christ par le biais de l’espérance nous oblige à croire « que les portes de l’enfer ne prévaudront pas ».
Vous le savez bien.
C’est donc votre pessimisme qui peut être pointé du doigt, qui de votre part correspond à un aveu qu’ont contredit ici par le passé vos velléités de croire et défendre que la messe tradi sauvera l’Eglise. Il serait plus profitable de croire qu’un futur remaniement liturgique fera apparaitre une messe encore meilleure que toutes, que nous vivons une période de transition, plutôt que de mettre en accusation le for interne de ceux qui assistent à une autre messe que celle qui a votre dilection, laquelle milite pour un rite « à la carte » tout en défendant le contraire – situation d’impasse.
Cela suppose de ne pas camper sur des positions extrêmes par principe, ce que vous savez critiquer et dont vous relevez le paradoxe quand ce ne sont pas les vôtres.
Voilà, je me dois de préciser par politesse que je n’interviendrai plus avant lundi prochain, pour cause de semaine sainte.