Bonjour,
Après quelques jours d'absence, me revoici
Reprenons. Je ne dis pas que les caresses intimes sont
stricto sensu amicales. Bien évidemment que cela manifeste un peu plus que de l'amitié simple. Rappelez-vous mes "catégories". Ce que je conteste, c'est que les caresses intimes exprimeraient nécessairement de l'amour conjugal. L'amour conjugal doit être exclusif car il est relié à la question de la procréation (voir mes arguments contre la polygamie). L'amitié simple et l'amitié érotique non-conjugal n'ont cependant pas besoin d'être exclusifs car ils ne sont pas reliés à cette question. Pour autant, l'amitié érotique n'est pas un type d'amitié susceptible de s'établir entre un enfant et un adulte. C'est une question de maturité psychologique liée au développement biologique. N'oubliez pas que l'esprit et le corps forment un tout.
Il faut tenir compte, pour interagir avec quelqu'un, des caractéristiques de ce quelqu'un. C'est pourquoi les caresses intimes entre enfant et adulte ne sont pas appropriées. En revanche, la non-exclusivité amoureuse (au sens de l'amitié érotique), ne me paraît pas poser de problème, à partir du moment où elle implique deux adultes, psychologiquement matures, et qui pourraient donc former éventuellement un couple au sens conjugal. Vous allez sans doute me dire :
"quoi ? vous tenez compte de la psychologie à présent ? ah ah, je vous ai piégé !". Point du tout : avant d'agir, il faut tenir compte de la psychologie des personnes qui sont concernées
directement par mon action. Je n'ai jamais nié ce principe, puisque je tiens qu'on ne peut avoir de rapport sexuel avec quelqu'un à l'encontre de son consentement.
Alors pourquoi est-ce que je semble me désintéresser de la psychologie de l'épouse dont le mari aurait une maîtresse ? Tout d'abord, je ne m'en désintéresse pas complétement. Je n'éprouve évidemment aucun plaisir à la souffrance d'autrui, et j'aimerais bien qu'une telle souffrance n'ait pas lieu. Cependant, je tiens pour évident que cette souffrance est
indirecte (et je ne pense pas qu'on me contredira sur ce point). Elle est indirecte, parce que l'épouse ne fait évidemment pas partie des protagonistes impliqués dans une relation amoureuse entre son mari et une tierce personne. Je ne vois pas bien pourquoi on devrait tenir compte des caractéristiques, de la psychologie, de son épouse, pour interagir avec quelqu'un d'autre que son épouse. Je ne vois pas pourquoi je devrais savoir si Pneumatis aime le chocolat, pour offrir une boîte de pralines à Ti'hamo...
Ensuite, et là je suis moins sûr de moi : je me demande jusqu'à quel point l'exigence d'exclusivité de l'épouse ne serait pas une pure construction psychosociale.. Or je me dis que ce qui a été posé par le libre-arbitre humain, le libre-arbitre humain peut le révoquer. Or la différence entre une réalité sociale et une réalité naturelle, je la situe précisément dans ce fait que la réalité sociale a été créée par le libre-arbitre humain, tandis que la réalité naturelle lui préexiste, et conditionne son exercice. L'exclusivité amoureuse est-elle donc une réalité naturelle ou une réalité seulement sociale ? Pour revenir au cas des enfants : si leur immaturité psychologique ne dépendait que de facteurs sociaux, il serait légitime, moralement, de jouer sur ces facteurs sociaux pour les rendre matures, et alors, cela fait, leur prodiguer des caresses intimes ne serait plus immoral. Mais puisque cette maturité dépend de facteurs biologiques, alors il faut attendre que la puberté fasse son œuvre...
Pour me prouver que j'ai tort, il faudrait donc me prouver que l'exclusivité amoureuse est une réalité naturelle, et non pas seulement une réalité sociale sans autre légitimité que la décision de quelques personnes charismatiques relayées par le poids de la tradition. Or, ce qui vient se dresser contre cette vision, c'est entre autres l'existence de couples ouverts qui ne semblent souffrir aucunement de l'absence d'exclusivité amoureuse, voire même semblent trouver de l'épanouissement dans ce mode de vie. On peut bien sûr sortir des banalités paternalistes genre "ils sont en fait blessés et souffreteux mais dans leur aveuglement ils l'ignorent"...

J'espère que vous m'épargnerez ce genre d'argument qu'on peut facilement retourner contre celui qui l'utilise, et qui a pour défaut d'infantiliser les gens, de considérer qu'on est mieux apte qu'eux à savoir ce qui est bien pour eux, et qu'il faut faire leur "bonheur" à leur place, voire contre leur gré... Quant à moi, je pars du principe que la plupart des gens sont suffisamment rationnels, sauf démonstration explicite du contraire, pour savoir ce qui leur convient. Bien sûr, il y a des gens déraisonnables, mais il faut faire la preuve de leur déraison avant de l'affirmer, et on ne peut partir de la considération de leur choix de vie pour faire cette démonstration, surtout s'il s'agit justement de juger de la déraison des choix de vie en question... (il n'échappera à personne, je l'espère, qu'on serait alors en plein cercle vicieux).
Cordialement.