Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
- Petit Matthieu
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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
Dictionnaire amoureux du catholicisme, de Denis Tillinac.
Un très bon livre de chevet, belle plume passionnée et intéressantes analyses de l'époque.
Un très bon livre de chevet, belle plume passionnée et intéressantes analyses de l'époque.
"Ce n’est que pour ton amour, pour ton amour seul, que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes."
Phrase finale de saint Vincent de Paul dans le film "Monsieur Vincent".
Phrase finale de saint Vincent de Paul dans le film "Monsieur Vincent".
- Jean-Mic
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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
C'est toujours tellement mieux de lire en VO, quand on a la chance de pouvoirEstel a écrit :The Lord of the Rings en vo !!!
Plus sérieusement, même à ceux qui ne possèdent qu'imparfaitement une langue, je conseille d'essayer :
- primo, sur un texte (ou à la rigueur, un thème) qu'on connaît déjà, par exemple, la VO d'un livre après avoir vu le film : personnellement, en anglais, j'ai un souvenir formidable de For Whom the bell rings - Pour qui sonne le glas d'Hemingway
; pour le Docteur Jivago de Pasternak, en revanche, j'en reste à la version française
,
secundo, à chaque fois que nécessaire, ne pas hésiter à lire à haute voix, avec l'intonation : malgré mon piètre niveau en italien, c'est comme ça que j'ai découvert l'Enfer et le Purgatoire de Dante ; c'est à la fois exaltant ... et fatigant ; c'est sans doute pour ça que je n'ai jamais pu atteindre le Paradis
.
Heureux ceux qui savent rire d'eux-mêmes. Ils n'ont pas fini de s'amuser !
- Kerniou
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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
Bravo, Jean-Mic, vous avez pleinement raison, mais je n'ai pas votre courage !
Bonne soirée à vous.
Bonne soirée à vous.
" Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu , car Dieu est Amour " I Jean 4,7.
- coeurderoy
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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
Christophe André : Les états d'âme, un apprentissage de la sérénité
Quelqu'un a-t-il lu Jacqueline Kelen ? (L'esprit de solitude, par ex ?) et qu'en pensez-vous ?
Quelqu'un a-t-il lu Jacqueline Kelen ? (L'esprit de solitude, par ex ?) et qu'en pensez-vous ?
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"
Saint Bernard de Clairvaux
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patrick_mtl
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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
Je commence un roman: La révolte d'Atlas par Ayn Rand.
Omnes cum Petro ad Iesum per Mariam.
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jeanbaptiste
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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
Je viens d'achever "Histoire des conciles" d'Yves Chiron. Comme son nom l'indique il s'agit d'une ... histoire des Conciles !
C'est très simple : 21 Conciles, 21 chapitres. À chaque fois le contexte historique, le déroulement et la présentation des décrets. Le tout en 280 pages. C'est synthétique, ça ne dépasse son sujet, c'est clair.
Il ne s'agit pas d'un grand texte qui vous éclairera sur tel et tel Concile, mais c'est une excellente introduction, ou un excellent rappel, des Conciles. À lire en cette année anniversaire de Vatican II !
Personnellement ce qui m'a frappé en le lisant c'est de constater que Vatican II est sur de nombreux points que l'on a dit "nouveaux" totalement dans la lignée des précédents :
- Présence des évêques : quasiment tous les Conciles précédents réunissent la catholicité entière. Mais comme la population est moindre et l'étendue du monde catholique également, et bien les Concile, jusqu'à Vatican I, se "limitent" à 200-400 évêques plus les autres religieux. Vatican I on passe à 600-700 !
- Médiatisation : Vatican I connaît déjà une forte médiatisation, et cela paraît déjà comme une nouveauté. Ça n'est pas tellement surprenant.
- Conciliarisme et collégialité : la théorie "conciliariste" (le Concile est une autorité supérieure au pape) apparaît très tôt, bien avant le Concile de Constance (1414-1418) qui en sera une application : Il y a alors trois papes, le Concile dépose Jean XXIII (oui Jean XXIII ! Comme il n'est pas reconnu pape dans l'Église, son nom pourra être repris par Roncalli) et les deux antipapes et élit Martin V.
- Vernaculaire : c'est une demande récurrente, au moins depuis Trente.
Les "nouveautés" :
- La manière de débattre assez "libre", qui n'est que l'expression de l'attitude sociale contemporaine.
- Le rapport entre l'Église et l'État qui contredit les §15 et §77-79 du Syllabus et dont la notion de liberté religieuse est une conséquence directe.
Et encore, nous voyons bien que la question du rapport entre l'Église et l'État a été un problème constant tout au long de l'histoire de la chrétienté et qu'elle s'exprimait sous d'autres formes lors des précédents Conciles.
Bref, c'est un texte qui a cet immense mérite de replacer Vatican II dans une histoire. Le texte ne le fait pas "volontairement", c'est tellement vrai que ce sentiment que j'ai eu d'un Vatican II qui est dans la continuité des précédents n'est pas du tout partagé par Yves Chiron qui le présente plutôt comme une nouveauté.
C'est très simple : 21 Conciles, 21 chapitres. À chaque fois le contexte historique, le déroulement et la présentation des décrets. Le tout en 280 pages. C'est synthétique, ça ne dépasse son sujet, c'est clair.
Il ne s'agit pas d'un grand texte qui vous éclairera sur tel et tel Concile, mais c'est une excellente introduction, ou un excellent rappel, des Conciles. À lire en cette année anniversaire de Vatican II !
Personnellement ce qui m'a frappé en le lisant c'est de constater que Vatican II est sur de nombreux points que l'on a dit "nouveaux" totalement dans la lignée des précédents :
- Présence des évêques : quasiment tous les Conciles précédents réunissent la catholicité entière. Mais comme la population est moindre et l'étendue du monde catholique également, et bien les Concile, jusqu'à Vatican I, se "limitent" à 200-400 évêques plus les autres religieux. Vatican I on passe à 600-700 !
- Médiatisation : Vatican I connaît déjà une forte médiatisation, et cela paraît déjà comme une nouveauté. Ça n'est pas tellement surprenant.
- Conciliarisme et collégialité : la théorie "conciliariste" (le Concile est une autorité supérieure au pape) apparaît très tôt, bien avant le Concile de Constance (1414-1418) qui en sera une application : Il y a alors trois papes, le Concile dépose Jean XXIII (oui Jean XXIII ! Comme il n'est pas reconnu pape dans l'Église, son nom pourra être repris par Roncalli) et les deux antipapes et élit Martin V.
- Vernaculaire : c'est une demande récurrente, au moins depuis Trente.
Les "nouveautés" :
- La manière de débattre assez "libre", qui n'est que l'expression de l'attitude sociale contemporaine.
- Le rapport entre l'Église et l'État qui contredit les §15 et §77-79 du Syllabus et dont la notion de liberté religieuse est une conséquence directe.
Et encore, nous voyons bien que la question du rapport entre l'Église et l'État a été un problème constant tout au long de l'histoire de la chrétienté et qu'elle s'exprimait sous d'autres formes lors des précédents Conciles.
Bref, c'est un texte qui a cet immense mérite de replacer Vatican II dans une histoire. Le texte ne le fait pas "volontairement", c'est tellement vrai que ce sentiment que j'ai eu d'un Vatican II qui est dans la continuité des précédents n'est pas du tout partagé par Yves Chiron qui le présente plutôt comme une nouveauté.
Martin Luther King
Martin Luther King, La force d'aimer 
"Ce livre ne décrit pas l'action de MLK. Il nous en révèle la source vive, en une méditation très profonde et d'une actualité frappante, qui jaillit de la rencontre entre l'Evangile et un chrétien du XXe siècle. La perspective s'y élargit : si le problème racial est souvent évoqué, nous y sommes aussi confrontés avec les autres problèmes posés par notre époque à la conscience chrétienne : la guerre et la paix, la bombe atomique, le sous-developpement, le rôle de la science te de la technique, le matérialisme, l'économie sociale, le communisme... En vérité, dans ce livre le pasteur King nous invite à nous poser une question fondamentale sur ce que, pour chacun de nous, vraiment, concrètement, vitalement, signifie la foi au Christ et à son Message". (résumé)
"Ce livre ne décrit pas l'action de MLK. Il nous en révèle la source vive, en une méditation très profonde et d'une actualité frappante, qui jaillit de la rencontre entre l'Evangile et un chrétien du XXe siècle. La perspective s'y élargit : si le problème racial est souvent évoqué, nous y sommes aussi confrontés avec les autres problèmes posés par notre époque à la conscience chrétienne : la guerre et la paix, la bombe atomique, le sous-developpement, le rôle de la science te de la technique, le matérialisme, l'économie sociale, le communisme... En vérité, dans ce livre le pasteur King nous invite à nous poser une question fondamentale sur ce que, pour chacun de nous, vraiment, concrètement, vitalement, signifie la foi au Christ et à son Message". (résumé)
Κύριε ελέησον !
- Jean-Mic
- Pater civitatis

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- Inscription : mar. 07 févr. 2012, 20:17
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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
Relecture pour les besoins d'un autre fil de ce forum :
Folklore du Nivernais et du Morvan de Jean Drouillet,
le tome I (sur VII) : le calendrier traditionnel, le culte populaire de la Vierge et des Saints, ...
Folklore du Nivernais et du Morvan de Jean Drouillet,
le tome I (sur VII) : le calendrier traditionnel, le culte populaire de la Vierge et des Saints, ...
Heureux ceux qui savent rire d'eux-mêmes. Ils n'ont pas fini de s'amuser !
-
PrieAvecVan
- Ædilis

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De Gaulle
"C'était de Gaulle", coffret de 3 tomes au format de poche, presque 2000 pages en tout.
Entretiens avec Alain Peyrefitte, qui fut une sorte de confident privilégié du général de Gaulle de 1962 à la mort de celui-ci.
Ces textes sont des transcriptions précises des paroles du général, notées aussi tôt que possible sur un carnet qui ne quittait jamais M. Peyrefitte. Une mine pour l'historien et le citoyen qui veut comprendre la France d'aujourd'hui et l'oeuvre de Charles de Gaulle dans un siècle fertile en problèmes et périls d'une extrême gravité pour notre pays.
Cette édition est quasiment impossible à obtenir aujourd'hui, j'ai eu la chance d'avoir été aidé par un libraire parisien qui a réalisé l'impossible en me trouvant cet exemplaire.
Si vous y tenez, je peux essayer de vous aider : extraits, etc.
En ce temps d'élections présidentielles qui approchent, c'est une lecture précieuse !
Que le Bon Dieu vous bénisse et bénisse la France !
Entretiens avec Alain Peyrefitte, qui fut une sorte de confident privilégié du général de Gaulle de 1962 à la mort de celui-ci.
Ces textes sont des transcriptions précises des paroles du général, notées aussi tôt que possible sur un carnet qui ne quittait jamais M. Peyrefitte. Une mine pour l'historien et le citoyen qui veut comprendre la France d'aujourd'hui et l'oeuvre de Charles de Gaulle dans un siècle fertile en problèmes et périls d'une extrême gravité pour notre pays.
Cette édition est quasiment impossible à obtenir aujourd'hui, j'ai eu la chance d'avoir été aidé par un libraire parisien qui a réalisé l'impossible en me trouvant cet exemplaire.
Si vous y tenez, je peux essayer de vous aider : extraits, etc.
En ce temps d'élections présidentielles qui approchent, c'est une lecture précieuse !
Que le Bon Dieu vous bénisse et bénisse la France !
- Fée Violine
- Consul

- Messages : 13015
- Inscription : mer. 24 sept. 2008, 14:13
- Conviction : Catholique ordinaire. Laïque dominicaine
- Localisation : France
- Contact :
"Alexis Zorba"
"Alexis Zorba", de Nikos Kazantzakis.
Magnifique roman qui me fait un peu penser à "Dersou Ouzala" : dans les deux cas, le narrateur est un intellectuel qui lie amitié avec un homme de la nature, tout en instinct et plein de sagesse.
Dans les deux cas aussi, un film a été tiré du livre. Mais je n'ai pas vu le film sur Zorba.
"Alexis Zorba" est un livre métaphysique et poétique. Il donne envie de s'émerveiller.
Magnifique roman qui me fait un peu penser à "Dersou Ouzala" : dans les deux cas, le narrateur est un intellectuel qui lie amitié avec un homme de la nature, tout en instinct et plein de sagesse.
Dans les deux cas aussi, un film a été tiré du livre. Mais je n'ai pas vu le film sur Zorba.
"Alexis Zorba" est un livre métaphysique et poétique. Il donne envie de s'émerveiller.
-
lmx
- Barbarus

Maritain
Je poursuis mon exploration de l'oeuvre de Maritain avec "Le songe de Descartes, suivi de quelques essais".
Maritain livre dans cet ouvrage une critique désormais plutôt classique de Descartes mais qui mérite d'être lue pour comprendre un peu notre époque.
Il montre ainsi les ambiguïtés d'une pensée, ses incohérences, les limites spéculatives d'un philosophe qui déclarait passer très peu de temps à réfléchir sur les problèmes métaphysiques.
Descartes est un métaphysicien qui déteste la métaphysique et qui cherche avant tout à fonder une physique et une médecine en leur donnant pour fondement sa propre métaphysique qu'il bricole parfois à la va-vite sans beaucoup de rigueur. Bref, Descartes est d'abord un esprit pratique et pragmatique qui s'improvise métaphysicien.
Maritain expose comme notre grand rationaliste a divinisé la "Science" divinisée et la conçu comme toute a priori, comme se trouvant déjà toute entière dans l'entendement. Ainsi, le Sujet humain qui ne doit plus rien aux données des sens, et qui n'a plus qu'à chercher la science en lui même devient tyrannique. Il est la norme et la mesure de toutes choses. Armé d'"idées" semblables aux idées divines, le Sujet cartésien est un démiurge qui peut partir à la conquête du monde pour lui appliquer l'ordre de l'entendement humain. Il semble toutefois que cette volonté de transformer le monde et de le conquérir par les mathématiques semble être une conséquence de sa théorie gravement erronée de la connaissance qui met en question la possibilité même de connaître la réalité. Aussi, en transformant, en produisant, et donc en appliquant ses idées à la nature on s'assure par là même de l'existence d'une réalité extérieure et de la possibilité de connaître quelque chose d'extérieur à nous. Pour la défense de Descartes, sa conception du sujet humain ne relève peut-être pas tant de la volonté de puissance et de l'orgueil démiurgique que d'une théorie de la connaissance viciée qui dévalue les données des sens.
D'autre part, en maniaque de l'a priori, Descartes veut des principes pures et quasi révélés, des idées simples et claires qui ne doivent donc rien aux sens, il ne connaît pas la notion d'analogie, il ne conçoit pas qu'une idée inadéquate qui reste en deçà de ce qui est signifié puisse être vraie du fait de sa signification analogique.
Ses idées devant donc parfaitement saisir et englober une chose, ne concevant qu'un seul mode de signification, alors l'exercice théologique qui traite de réalités divines sur un mode analogique devient impossible, et même inutile puisque comme le dit Descartes les simples vont aussi au paradis. C'est pourquoi il n'aime pas la théologie et préfère se réfugier dans un fidéisme qui colle mal avec l'image du monstre de rationalité qu'on se fait de lui. On voit donc ainsi chez lui la théologie se séparer de la philosophie.
Plus spectaculaire encore, on voit dans la pensée cartésienne un de ces premiers bouleversement qui ont marqué l'Occident à jamais et qui ont fait notre modernité : la subordination de la connaissance à l'action, à l'activité technique, mécanique (mèchanè -> ruse).
Donnant à la connaissance une finalité pratique, il annonce toute sorte de maux modernes : utilitarisme, technicisme etc. Ainsi, Descartes ruinera la métaphysique comme sommet de la sagesse dans l'ordre naturel, comme savoir désintéressé, cette métaphysique qui était comme dit ailleurs Maritain "inutile parce que supra-utile, bonne en soi et pour soi", il la ruinera en l'asservissant aux sciences expérimentales qui constituent le sommet de la connaissance et qui en ce sens doivent nous faire parvenir au sommet de la vie morale.
Il préfigure notre modernité qui fera de la technique une morale, une praxis (terme réservé chez Aristote à l'éthique). Transformer le monde pour répandre le bien, se soumettre le monde par des moyens techniques et créer un paradis sur terre voilà le sens de l'entreprise cartésienne qu'on retrouve bien dans les idéologies socialisantes.
Mais le monde fait d'espaces infinies et vides de la révolution galiléo-cartésienne qui effrayait déjà les libertins du temps de Pascal s'annoncera comme le monde du nihilisme et du désespoir. Descartes ne nous a pas fait descendre sur terre, il a contribué (avec d'autres) à nous déraciner de notre milieux.
Comme le dit si bien Maritain, St Thomas distinguait pour unir, Descartes distingue pour isoler et éparpiller. Descartes, c'est l'homme des dualismes. C'est ainsi qu'il scindera la réalité en deux ordres hétérogènes : l'étendue (res extensa) qui s'identifie à la matière (l'espace cartésien est fait d'une matière invisible) et la substance pensante (res cogitans), l'âme consistant ainsi tout entière en un acte de pensée ce qui limite les possibilités de son étude. Ainsi, l'homme deviendra une âme commandant à un corps mécanique rejeté hors du domaine de l'humanité. Le sujet cartésien qui n'a aucune attache dans la nature, qui ne doit rien à ses sens, est un ange qui connaît d'une connaissance angélique. Et c'est cet esprit qu'on retrouve dans la théorie du gender où le psychisme se trouve complètement isolé du corps et de ses déterminations biologiques ; théorie qui n'a évidemment rien de scientifique et qui manifeste une violente haine du corps et de la nature qui ne doivent pas contaminer la pureté de l'âme. Enfin, ce sujet isolé qui va devenir la raison universelle puis "l'homme universel" de Rousseau va, comme le montre J. Borella, être une des sources de ce dualisme non moins radical et ravageur : le dualisme nature/culture qui postule une nature enfermée sur elle-même, insignifiante, et une culture constituant un ordre anti-naturel, une production arbitraire fruit des forces économiques ou politiques, donc comme un ordre qui mutile et réprime l'homme et où finalement les signes du transcendant ne peuvent être que des illusions de la conscience.
Maritain livre dans cet ouvrage une critique désormais plutôt classique de Descartes mais qui mérite d'être lue pour comprendre un peu notre époque.
Il montre ainsi les ambiguïtés d'une pensée, ses incohérences, les limites spéculatives d'un philosophe qui déclarait passer très peu de temps à réfléchir sur les problèmes métaphysiques.
Descartes est un métaphysicien qui déteste la métaphysique et qui cherche avant tout à fonder une physique et une médecine en leur donnant pour fondement sa propre métaphysique qu'il bricole parfois à la va-vite sans beaucoup de rigueur. Bref, Descartes est d'abord un esprit pratique et pragmatique qui s'improvise métaphysicien.
Maritain expose comme notre grand rationaliste a divinisé la "Science" divinisée et la conçu comme toute a priori, comme se trouvant déjà toute entière dans l'entendement. Ainsi, le Sujet humain qui ne doit plus rien aux données des sens, et qui n'a plus qu'à chercher la science en lui même devient tyrannique. Il est la norme et la mesure de toutes choses. Armé d'"idées" semblables aux idées divines, le Sujet cartésien est un démiurge qui peut partir à la conquête du monde pour lui appliquer l'ordre de l'entendement humain. Il semble toutefois que cette volonté de transformer le monde et de le conquérir par les mathématiques semble être une conséquence de sa théorie gravement erronée de la connaissance qui met en question la possibilité même de connaître la réalité. Aussi, en transformant, en produisant, et donc en appliquant ses idées à la nature on s'assure par là même de l'existence d'une réalité extérieure et de la possibilité de connaître quelque chose d'extérieur à nous. Pour la défense de Descartes, sa conception du sujet humain ne relève peut-être pas tant de la volonté de puissance et de l'orgueil démiurgique que d'une théorie de la connaissance viciée qui dévalue les données des sens.
D'autre part, en maniaque de l'a priori, Descartes veut des principes pures et quasi révélés, des idées simples et claires qui ne doivent donc rien aux sens, il ne connaît pas la notion d'analogie, il ne conçoit pas qu'une idée inadéquate qui reste en deçà de ce qui est signifié puisse être vraie du fait de sa signification analogique.
Ses idées devant donc parfaitement saisir et englober une chose, ne concevant qu'un seul mode de signification, alors l'exercice théologique qui traite de réalités divines sur un mode analogique devient impossible, et même inutile puisque comme le dit Descartes les simples vont aussi au paradis. C'est pourquoi il n'aime pas la théologie et préfère se réfugier dans un fidéisme qui colle mal avec l'image du monstre de rationalité qu'on se fait de lui. On voit donc ainsi chez lui la théologie se séparer de la philosophie.
Plus spectaculaire encore, on voit dans la pensée cartésienne un de ces premiers bouleversement qui ont marqué l'Occident à jamais et qui ont fait notre modernité : la subordination de la connaissance à l'action, à l'activité technique, mécanique (mèchanè -> ruse).
Donnant à la connaissance une finalité pratique, il annonce toute sorte de maux modernes : utilitarisme, technicisme etc. Ainsi, Descartes ruinera la métaphysique comme sommet de la sagesse dans l'ordre naturel, comme savoir désintéressé, cette métaphysique qui était comme dit ailleurs Maritain "inutile parce que supra-utile, bonne en soi et pour soi", il la ruinera en l'asservissant aux sciences expérimentales qui constituent le sommet de la connaissance et qui en ce sens doivent nous faire parvenir au sommet de la vie morale.
Il préfigure notre modernité qui fera de la technique une morale, une praxis (terme réservé chez Aristote à l'éthique). Transformer le monde pour répandre le bien, se soumettre le monde par des moyens techniques et créer un paradis sur terre voilà le sens de l'entreprise cartésienne qu'on retrouve bien dans les idéologies socialisantes.
Mais le monde fait d'espaces infinies et vides de la révolution galiléo-cartésienne qui effrayait déjà les libertins du temps de Pascal s'annoncera comme le monde du nihilisme et du désespoir. Descartes ne nous a pas fait descendre sur terre, il a contribué (avec d'autres) à nous déraciner de notre milieux.
Comme le dit si bien Maritain, St Thomas distinguait pour unir, Descartes distingue pour isoler et éparpiller. Descartes, c'est l'homme des dualismes. C'est ainsi qu'il scindera la réalité en deux ordres hétérogènes : l'étendue (res extensa) qui s'identifie à la matière (l'espace cartésien est fait d'une matière invisible) et la substance pensante (res cogitans), l'âme consistant ainsi tout entière en un acte de pensée ce qui limite les possibilités de son étude. Ainsi, l'homme deviendra une âme commandant à un corps mécanique rejeté hors du domaine de l'humanité. Le sujet cartésien qui n'a aucune attache dans la nature, qui ne doit rien à ses sens, est un ange qui connaît d'une connaissance angélique. Et c'est cet esprit qu'on retrouve dans la théorie du gender où le psychisme se trouve complètement isolé du corps et de ses déterminations biologiques ; théorie qui n'a évidemment rien de scientifique et qui manifeste une violente haine du corps et de la nature qui ne doivent pas contaminer la pureté de l'âme. Enfin, ce sujet isolé qui va devenir la raison universelle puis "l'homme universel" de Rousseau va, comme le montre J. Borella, être une des sources de ce dualisme non moins radical et ravageur : le dualisme nature/culture qui postule une nature enfermée sur elle-même, insignifiante, et une culture constituant un ordre anti-naturel, une production arbitraire fruit des forces économiques ou politiques, donc comme un ordre qui mutile et réprime l'homme et où finalement les signes du transcendant ne peuvent être que des illusions de la conscience.
-
Sofia
- Barbarus

Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
Je lis pas mal Isaac Asimov en ce moment...
Les trois premiers tomes du cycle de Fondation - Fondation, Fondation et Empire et Seconde Fondation - sont dans l'ensemble assez prenants et intéressants. Fondation et Empire a ma préférence. Pour résumer, un mutant, le mulet, peut influencer à son gré les émotions des gens : leur faire ressentir de la peur, de la tristesse, de l'"amour" etc. L'idée est pas mal, mais (attention spoiler) je trouve illogique qu'Han Pritcher devienne la marionnette du mulet et son serviteur dévoué alors qu'il est tout à fait conscient de n'admirer celui-ci que parce qu'il est soumis à ses pouvoirs. Le mulet est censé contrôler les émotions, pas la volonté ! Les deux romans suivants, Fondation foudroyée et Terre et Fondation, sont à mon goût beaucoup moins réussis et moins prenants (surtout le dernier), même si le personnage principal, Trevize, est assez attachant.
J'ai lu aussi deux recueils de nouvelles du même auteur, Les Robots et Nous les robots. Leur qualité est très inégale. Dans l'ensemble, les histoires avec Susan Calvin m'ont plu. D'autres beaucoup moins : Asimov m'a parfois donné l'impression de vouloir décortiquer ses théories devant ses lecteurs... sauf que c'est indigeste. Il a aussi tendance à verser facilement dans un pathos de pacotille.
Je, François Villon, une BD sur le poète du XVe siècle. Les dessins sont réussis, mais je connais trop mal la biographie de Villon pour dire si elle est respectée ou non... En tous cas on ne s'ennuie pas en lisant l'ouvrage.
La douleur, un mal à combattre, de Thierry Delorme. Pas très long mais très intéressant. Le livre est divisé en cinq chapitres : neurophysiologie de la douleur (l'aspect "biologique"), les facteurs psychologiques, le puzzle de la douleur (douleurs inexpliquées), comment évaluer et traiter la douleur, témoignages et documents. Je ne résiste pas à la tentation de reprendre la citation de René Leriche qui figure sur la page de garde : "Il n'y a qu'une douleur qu'il soit facile de supporter, c'est la douleur des autres. [...] Toujours inutile, [la douleur] appauvrit l'homme. En peu de temps, elle fait de l'esprit le plus lumineux un être traqué, replié sur lui-même, concentré sur son mal. [...] En fait, la douleur est toujours un sinistre cadeau qui diminue l'homme, qui le rend plus malade qu'il ne serait sans elle, et le devoir strict du médecin est de s'efforcer toujours à la supprimer, s'il le peut."
Et je relis La femme au temps des cathédrales de Régine Pernoud. Il faut que je pense à prendre des notes cette fois-ci (ou carrément à acheter le bouquin...).
Les trois premiers tomes du cycle de Fondation - Fondation, Fondation et Empire et Seconde Fondation - sont dans l'ensemble assez prenants et intéressants. Fondation et Empire a ma préférence. Pour résumer, un mutant, le mulet, peut influencer à son gré les émotions des gens : leur faire ressentir de la peur, de la tristesse, de l'"amour" etc. L'idée est pas mal, mais (attention spoiler) je trouve illogique qu'Han Pritcher devienne la marionnette du mulet et son serviteur dévoué alors qu'il est tout à fait conscient de n'admirer celui-ci que parce qu'il est soumis à ses pouvoirs. Le mulet est censé contrôler les émotions, pas la volonté ! Les deux romans suivants, Fondation foudroyée et Terre et Fondation, sont à mon goût beaucoup moins réussis et moins prenants (surtout le dernier), même si le personnage principal, Trevize, est assez attachant.
J'ai lu aussi deux recueils de nouvelles du même auteur, Les Robots et Nous les robots. Leur qualité est très inégale. Dans l'ensemble, les histoires avec Susan Calvin m'ont plu. D'autres beaucoup moins : Asimov m'a parfois donné l'impression de vouloir décortiquer ses théories devant ses lecteurs... sauf que c'est indigeste. Il a aussi tendance à verser facilement dans un pathos de pacotille.
Je, François Villon, une BD sur le poète du XVe siècle. Les dessins sont réussis, mais je connais trop mal la biographie de Villon pour dire si elle est respectée ou non... En tous cas on ne s'ennuie pas en lisant l'ouvrage.
La douleur, un mal à combattre, de Thierry Delorme. Pas très long mais très intéressant. Le livre est divisé en cinq chapitres : neurophysiologie de la douleur (l'aspect "biologique"), les facteurs psychologiques, le puzzle de la douleur (douleurs inexpliquées), comment évaluer et traiter la douleur, témoignages et documents. Je ne résiste pas à la tentation de reprendre la citation de René Leriche qui figure sur la page de garde : "Il n'y a qu'une douleur qu'il soit facile de supporter, c'est la douleur des autres. [...] Toujours inutile, [la douleur] appauvrit l'homme. En peu de temps, elle fait de l'esprit le plus lumineux un être traqué, replié sur lui-même, concentré sur son mal. [...] En fait, la douleur est toujours un sinistre cadeau qui diminue l'homme, qui le rend plus malade qu'il ne serait sans elle, et le devoir strict du médecin est de s'efforcer toujours à la supprimer, s'il le peut."
Et je relis La femme au temps des cathédrales de Régine Pernoud. Il faut que je pense à prendre des notes cette fois-ci (ou carrément à acheter le bouquin...).
Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
Je ne lis pas beaucoup les livres mais si quelqu'un à un livre à me conseiller je suis preneuse ! 
"Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement, ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu; ni par la terre, parce que c’est son marchepied; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi. Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu. Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu’on y ajoute vient du malin ". Matthieu 5 :34-37
Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
bonjour 75Nuage
euh tout dépend les genres que vous aimez....
mais il y en a un qui est très beau, très facile, et très prenant.....
"Le Très Bas" de C. Bobin...
bonne lecture
nad
euh tout dépend les genres que vous aimez....
mais il y en a un qui est très beau, très facile, et très prenant.....
"Le Très Bas" de C. Bobin...
bonne lecture
nad
"Reste avec nous, car le soir vient et déjà le jour baisse". Et Il resta avec eux. Luc 24, 29
« La parole de Dieu est première dans la mission, non seulement elle est antérieure au sacrement, mais il nous faut croire qu'elle est antérieure à l'annonce proprement dite faite par le disciple qui lui-même est d'ordre sacramentel. » p Christian de Chergé
« La parole de Dieu est première dans la mission, non seulement elle est antérieure au sacrement, mais il nous faut croire qu'elle est antérieure à l'annonce proprement dite faite par le disciple qui lui-même est d'ordre sacramentel. » p Christian de Chergé
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l'Ecossais
- Quæstor

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- Inscription : ven. 17 avr. 2009, 18:07
Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?
Bonjour!
Un livre prenant, édité quelques jours avant sa mort:"De l'amour,de la mort,de Dieu et autres bagatelles"Entretien avec Lucien Jerphagnon,chez Albin Michel.
Des souvenirs,des anectodes et le récit d'un étonnant parcours qui l'a amené de Jankélévitch à Saint Augustin.
Un livre prenant, édité quelques jours avant sa mort:"De l'amour,de la mort,de Dieu et autres bagatelles"Entretien avec Lucien Jerphagnon,chez Albin Michel.
Des souvenirs,des anectodes et le récit d'un étonnant parcours qui l'a amené de Jankélévitch à Saint Augustin.
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