marie du hellfest a écrit :j'avoue que ça me laisse perplexe. Qu'est-ce-que le docteur (docteur en plus

) Guivier veut dire par là ? Que les adeptes font vraiment de la magie qui marche ? L'état français reconnait-il l'efficacité de la magie ?
Je vous confirme, Marie, la réalité du problème. Ceci dit, ici l'état ne porte pas son jugement sur l'efficacité ou non des pratiques dans ce qu'elles visent, mais sur la réalité de ces pratiques, et leur impact sur la psyche des personnes et leur dignité.
Avant ma conversion complète au catholicisme, j'ai fait partie de sociétés secrètes et mouvements divers de pratiques ésotériques. La pratique magique, qu'elle soit blanche, noire, satanique, luciférienne, chaotique ou purement sexuelle, est bien réelle. A la base, les niveaux d'initiations ouvert à tous sont pas ou peu dangereux (je ne parle pas de l'aspect spirituel), mais s'adressent essentiellement aux adolescents, période à laquelle s'expriment le plus fortement la découverte de "pouvoirs" particuliers, les rêves prémonitoites, l'empathie, etc... ET la période aussi où l'on a le plus de fascination pour cet univers.
Ce recrutement des plus jeunes, en les tenant avec des "tu ne peux pas tout connaitre tout de suite, il faut que tu travaille beaucoup puis tu progresseras, et tu apprendras à maitriser les dons qui sont en toi", les conditionnent déjà à un esprit communautaire assez radical, qui pousse au confinement sur soi (rejet de la société de profanes qui ne connaissent rien des réalités spirituelles), à une marginalisation sociale (mode gothique par exemple), et à des pratiques telles que la scarification ou la recherche d'états de transe à partir de pseudo méditation. Bizarrement, l'usage de drogues y est rarement prôné. On est dans une logique de développement personnel assez élitiste, réservé aux futurs initiés qui se reconnaissent un peu, même si c'est risible, dans des modèles comme les sorcières de Charmed, menant une double vie, et regardant le monde profane avec plus ou moins de charité.
Et puis on avance. Selon les choix de pratiques ou de sensibilité qu'on va juger adapté à soi, et s'étant totalement affranchi des questions morales ("le bien et le mal c'est la pédagogie des profanes qui ne connaissent rien des réalités spirituelles"), on va passer au cap supérieur. Cela peut rester des pratiques méditatives intense, avec recherche de sortie de corps, de contrôle des rêves, d'empathie et de télépathie, etc... On peut déjà avoir là des conditionnement de la conscience assez intense, et j'en ai fait l'expérience. Ou encore des pratiques divinatoires, qui elles ont déjà pignon sur rue (tarologie, ...). Mais on peut aussi entrer dans des pratiques rituelle beaucoup plus concrètes, avec cercle magique, symboles et paroles particulières, utilisation du sang, d'animaux, etc... Avec à la clef des "pactes", c'est-à-dire au minimum pour quelqu'un comme vous qui ne croit pas particulièrement aux réalités spirituelles, des conditionnements psychologiques de type hypnotique. Enfin, on peut aller vers toute la gamme des rituels à plusieurs, qui du fait de la dimension sociale créent un bouleversement identitaire particulier (même sans croire à son efficacité, je vous laisse apprécier l'effet que peuvent avoir des rituels sataniques répétés dans des cimetières sur le mental d'une personne), quand elles ne vont pas carrément vers des orgies sexuelles, des pratiques dangereuses et dégradantes. Ceci dit, ce dernier aspect n'est pas spécifique aux mouvements ésotériques, on le retrouve dans certains types de bizutages plus socialement admis.
Les dérives qui peuvent conduire au suicide sont réelles. Celles qui conduisent au désespoir le sont encore plus. Enfin c'est dans leur essence de conduire à un certain isolement et communautarisme malsain. Je vous parle de tout ça, non seulement de ma propre expérience, mais aussi des milieux que j'ai fréquenté, car d'une communauté à l'autre on se "reconnait", on utilise un même jargon, et surtout "on y croit". Cela fait énormément souffrir la personne, ainsi celles qui vivent avec, quand ça n'a pas simplement des conséquences dramatiques et irréversibles.
Je ne vous parle évidemment même des dégats spirituels, des enfermements, possessions et dominations démoniaques, puisqu'il faudrait évidemment que vous y croyiez un minimum.
Par rapport au metal, et au black metal en particulier, de ce que j'en sais ce n'est pas un élément constitutif de toutes ces pratiques. Par contre une très grande proportion des jeunes qui sont attirés dans ces mouvements et ses dérives sont des jeunes qui se sont reconnu à un moment ou l'autre dans la culture métal, milieu dans lequel ils se reconnaissent entre eux et sont facilement "recrutables". Les ponts entre les deux sont assez évident : l'esprit assez communautaire des métalleux (même si c'est très bon esprit), dans le même registre, l'esprit minoritaire et incompris, la dimension artistique (détaché du matérialisme donc plus proche du spirituel), et les thématiques propres au métal, en particulier le black metal, qui constituent une sorte de point d'achoppement : cohérence dans l'identité du gars qui écoute une musique en phase avec ses idées et ses intérêts pour la spiritualité, la mort, le mystère, ...
Tout ça ne signifie donc pas que le metal est un déclencheur, d'après moi. Mais il est un catalyseur indéniable pour ceux qui sont déjà tentés par ce chemin, et un axe de recrutement évident pour ceux qui "recrutent".