Re: Relations Église-État
Publié : jeu. 28 mai 2020, 17:51
Alain Thomasset, jésuite, théologien moraliste, enseignant au Centre Sèvres ...
Ici :
Ce qui est premier (dans la tradition, etc.) , c'est que Dieu est amour et que nous avons à répondre à cet amour ... il faut donc reconnaître cet amour de Dieu qui donne le sens et l'orientation.
Mais ...
Pourrait-on penser et dire franchement, en 2020, que nos institutions publiques (gouvernement, écoles, etc.) aideraient réellement les personnes à bien voir, saisir, comprendre ce qui est premier, comme l'écrivait Alain Thomasset ? Que ce qui est premier serait la connaissance de Dieu, pouvoir reconnaître cet amour, répondre à cet amour, en voir le sens et l'orientation ?
Personnellement, j'aurais plutôt le sentiment que cette connaissance de Dieu est chose bien secondaire, facultative, pas vraiment essentielle. Qu'il ne serait même pas nécessaire que cette connaissance soit la même pour tous, disons ici jusque (au moins ?) parmi les membres du gouvernement, le corps professoral, les juges, etc. Du moins, ce serait là comme la "profession de foi" de nos gérants de l'administration de la cité. 'Il n'est pas très important que les magistrats soient athées, déistes informes (New Age), plus ou moins satanistes, matérialistes pur jus, révolutionnaires rêvant de changer la nature de l'homme, islamistes ... Ce n'est pas important. Parce que ce qui est premier c'est la licence, le jouir, la faculté de pouvoir accumuler des biens, engranger en paix un petit capital, consommer."
Évidemment, si ce qui est premier n'est que cela ( entendre : jouir en toute tranquillité, travailler pour accumuler, consommer, se réaliser soi-même, etc.)" mais on peut bien être sataniste, islamiste, incroyant, animiste, disciple de Gaïa, indifférent aux choses sacrées et tous concourir quand même en vue d'obtenir à peu près les mêmes choses ( la santé du corps, de l'argent, des biscuits, du sexe, des loisirs, un boulot ...)
Il n'empêche ...
Dans cette dernière éventualité collective et licencieuse qui semble être la nôtre en 2020, un catholique estimerait "normalement" qu'il se trouverait là un manque, un recul, du moins bien, une lacune et comme du côté de ceux qui dirigent la cité. On ne croirait pas que ces dirigeants travailleraient dans le même sens que l'Église le souhaiterait. Avec de semblables chefs : ce dont parle Alain Thomasset aura peu de chance d'être pris en considération réellement, non ? Dieu premier ...
Mon impression est que la cité s'accapare les deux rôles, faisant allusion ici à cette dualité de Léon XIII. Notre cité terrestre veut tenir les rênes du temporel et du spirituel. Les curés et autres experts dans leur domaine n'y tenant plus qu'une fonction d'assistance à l'usage de quelques intéressés. La relation est renversée. Ces experts doivent reconnaître alors la primauté des "valeurs spirituelles" des chefs civils de la cité ( égalité des cultes, ne pas se poser en enseignant des nations, n'y entretenir un dialogue qu'afin de pouvoir remettre en question nos certitudes, préjugés, pour reconnaître que les autres croyants que les chrétiens ont également raison, etc.)
Ici :
Le mot "morale" n'est pas bien vu. Dans les enseignements, lorsqu'on interroge les auditeurs pour savoir ce qu'ils ont en tête quand ils entendent ce mot, ils répondent : "interdit ... loi" Mais ne viennent jamais les mots importants : le bonheur ou la joie.
En effet, la morale est d'abord faite pour être heureux. Saint Augustin, dans les Moeurs chrétiennes, commence en disant : "Personne ne me contredira si je dis que tout homme cherche à être heureux." La morale est au service du bonheur de l'homme. Le Dieu d'Israël promet, à qui observe la loi, bonheur et de longs jours sur la terre promise (cf, Dt 11,9). Dans le sermon sur la montagne, Jésus énonce d'abord les béatitudes et la promesse d'entrer dans le Royaume (cf. Mt 5,3-10).
Souvent nous ne voyons que la face négative, le visage sévère de la morale - les interdits, les obligations, la loi - mais elle est au service du versant positif : vivre une vie bonne. Or on ne peut pas vivre une vie heureuse tout seule. Nous avons besoin des autres et d'une ambiance qui permet à chacun de s'épanouir.
Prenons l'exemple des interdits que l'on pose dès l'enfance : interdit de l'inceste, du mensonge, du meurtre, ils permettent à l'enfant d'entrer dans la relation humaine [...] d'entrer dans des relations authentiques. Autre exemple : dans les camps scouts "plein vent", avec des jeunes qui ne savent pas toujours très bien ce qu'est le vivre-ensemble, on commence souvent par écrire une "charte", en leur demandant : Qu'est-ce que vous voulez vivre ensemble ? Ils répondent souvent : l'amitié, la découverte, se faire de nouveaux copains ... Ensuite on leur demande : Comment faire ? Et on écrit alors le règlement intérieur : ne pas piquer les affaires des copains, ne pas réveiller les autres quand ils dorment, être présent à l'heure aux activités ...
Pour en revenir à la morale chrétienne [...] ce qui est premier dans la tradition chrétienne, c'est que Dieu est amour, qu'il nous appelle à l'amour et que nous avons à répondre à cet amour. Notre morale chrétienne est d'abord une éthique du bonheur avec les autres. Ce sont les interdits et les obligations qui vont mettre en oeuvre ce désir de bien vivre en indiquant le chemins d'impasse qui mènent au malheur.
Avant d'appliquer ou d'enseigner les règles morales, il faut donc reconnaître cet amour de Dieu qui en donne le sens et l'orientation . Le pape François le dit dans La joie de l'Évangile, il s'agit d'abord d'annoncer l'amour salvifique de Dieu, c'est ce qui est premier pour tout homme et pour tout chrétien (cf. 39, 168). La loi morale est au service de cela, et elle est seconde. Comment faire pour être heureux ? Certains chemins ne le permettent pas, et il faut les éviter.
Tiré de :
Sophie de Villeneuve (dir.), Y a-t-il un catholique dans la salle ?, Bayard Éditions, 2017, p. 244
Ce qui est premier (dans la tradition, etc.) , c'est que Dieu est amour et que nous avons à répondre à cet amour ... il faut donc reconnaître cet amour de Dieu qui donne le sens et l'orientation.
Mais ...
Pourrait-on penser et dire franchement, en 2020, que nos institutions publiques (gouvernement, écoles, etc.) aideraient réellement les personnes à bien voir, saisir, comprendre ce qui est premier, comme l'écrivait Alain Thomasset ? Que ce qui est premier serait la connaissance de Dieu, pouvoir reconnaître cet amour, répondre à cet amour, en voir le sens et l'orientation ?
Personnellement, j'aurais plutôt le sentiment que cette connaissance de Dieu est chose bien secondaire, facultative, pas vraiment essentielle. Qu'il ne serait même pas nécessaire que cette connaissance soit la même pour tous, disons ici jusque (au moins ?) parmi les membres du gouvernement, le corps professoral, les juges, etc. Du moins, ce serait là comme la "profession de foi" de nos gérants de l'administration de la cité. 'Il n'est pas très important que les magistrats soient athées, déistes informes (New Age), plus ou moins satanistes, matérialistes pur jus, révolutionnaires rêvant de changer la nature de l'homme, islamistes ... Ce n'est pas important. Parce que ce qui est premier c'est la licence, le jouir, la faculté de pouvoir accumuler des biens, engranger en paix un petit capital, consommer."
Évidemment, si ce qui est premier n'est que cela ( entendre : jouir en toute tranquillité, travailler pour accumuler, consommer, se réaliser soi-même, etc.)" mais on peut bien être sataniste, islamiste, incroyant, animiste, disciple de Gaïa, indifférent aux choses sacrées et tous concourir quand même en vue d'obtenir à peu près les mêmes choses ( la santé du corps, de l'argent, des biscuits, du sexe, des loisirs, un boulot ...)
Il n'empêche ...
Dans cette dernière éventualité collective et licencieuse qui semble être la nôtre en 2020, un catholique estimerait "normalement" qu'il se trouverait là un manque, un recul, du moins bien, une lacune et comme du côté de ceux qui dirigent la cité. On ne croirait pas que ces dirigeants travailleraient dans le même sens que l'Église le souhaiterait. Avec de semblables chefs : ce dont parle Alain Thomasset aura peu de chance d'être pris en considération réellement, non ? Dieu premier ...
Mon impression est que la cité s'accapare les deux rôles, faisant allusion ici à cette dualité de Léon XIII. Notre cité terrestre veut tenir les rênes du temporel et du spirituel. Les curés et autres experts dans leur domaine n'y tenant plus qu'une fonction d'assistance à l'usage de quelques intéressés. La relation est renversée. Ces experts doivent reconnaître alors la primauté des "valeurs spirituelles" des chefs civils de la cité ( égalité des cultes, ne pas se poser en enseignant des nations, n'y entretenir un dialogue qu'afin de pouvoir remettre en question nos certitudes, préjugés, pour reconnaître que les autres croyants que les chrétiens ont également raison, etc.)