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Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : jeu. 27 nov. 2008, 15:18
par Nanimo
Bonjour Balade,
Il semble que nous sommes une foule à suivre votre rubrique. Merci de la diffuser. Je m'adresse à tous cependant : il apparaît que les termes militant et militaire sont de racine commune (comme dans "les catholiques ne sont ni des militants, ni des militaires" ;) ), quelqu'un connaît-il l'origine de leur évolution ou saurait faire cette recherche? Merci.

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : ven. 28 nov. 2008, 17:44
par Fée Violine
militant et militaire (et milice) viennent du latin miles, militis, qui signifie "soldat".
Le mot "militant" a été employé d'abord, paraît-il, dans l'expression "Eglise militante" (l'Eglise qui combat sur la terre, par opposition à l'Eglise triomphante, celle qui est au ciel, et à l'Eglise souffrante, les gens du Purgatoire), et a été ensuite sécularisé (un militant est celui qui combat pour un idéal), mais Balade en sait sûrement davantage là-dessus.

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : sam. 29 nov. 2008, 3:32
par Anne
:( Mais... Où est donc passée Balade???!!!! :incertain:

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : sam. 29 nov. 2008, 10:07
par Fée Violine
pour continuer sur le mot "militant", j'ai trouvé ceci, sur un site parlant du symbolisme des églises :
Organisation verticale de l'église: nef, tour ou flèche et crypte.
La plupart des grandes églises sont construites sur une crypte; toutes ont des tours, des flèches ou des clochers. On interprétait ces trois catégories d'une façon symbolique: au Moyen-Age, les théologiens voyaient trois aspects dans l'Eglise chrétienne. L'Eglise Triomphante (les saints déjà au Ciel après une vie exemplaire), l'Eglise Militante (ceux comme nous qui sont sur la terre) et l'Eglise Souffrante (les morts qui n'ont pas vécu assez saintement pour aller directement au Paradis et qui sont au Purgatoire en attentant que leurs péchés soient effacés.)

Logiquement, ces trois Eglises se retrouvent dans la structure du bâtiment : les tours et les clochers dressés vers le ciel suggèrent l'Eglise Triomphante. Au niveau du sol on trouve l'Eglise Militante (avec ces gens luttant contre le péché jour après jour). Enfin, la crypte représente l'Eglise souffrante (ou le Purgatoire).

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : mar. 02 déc. 2008, 20:23
par Balade
Nanimo a écrit : Bonjour Balade, Il semble que nous sommes une foule à suivre votre rubrique.
Merci de la diffuser.
Merci, Nanimo ! J'ai été, moi aussi, surprise du succès de cette rubrique, mais j'en
suis ravie. Ça fait toujours plaisir quand d'autres s'intéressent à ce qu'on aime. :)
AnneT a écrit : :( Mais... Où est donc passée Balade???!!!! :incertain:

Merci de penser à moi, Anne ! Je suis occupée dernièrement, mais j'espère que ça
ne durera pas. :)


Zvijezdana, je vous ai promis de parler de la superstition du chat noir ... C'est parti ! :)

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51. SUPERSTITION LIEE AU CHAT NOIR

La crainte du chat noir est étroitement liée à une période complexe du moyen âge
que les historiens ont nommée La chasse aux sorcières ...

Cet animal, domestiqué en Égypte vers 3000 av. J.C, avait été jusque-là divinisé
et protégé, et voir un chat traverser le chemin devant soi était de bon augure.

Lorsque les Grecs découvrirent cet animal, ils lui attribuèrent le nom de galê.
Les Romains l’appelaient felis (pensez à félin, félidé, etc.) ou cattus, issu de
cattire, "guetter". Certaines légions romaines arboraient même l’effigie du chat
sur leur bannière, symbolisant l’indépendance. Le poète grec Aristophane (Vème
siècle av. JC.) cite, lui, le fructueux commerce du chat au marché d'Athènes.

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Les chats se propagèrent dans toute l’Europe au cours des conquêtes romaines,
mais il fallut attendre le IVème siècle après J.C. et la disparition des cultes païens
pour que cet animal soit ramené à son rôle de chasseur de vermine.

Ce n’est qu’en 1175 que le mot chat passe dans la langue française et remplace
cattus et autres termes latins. Remarquons que cattus est à l'origine du mot
chat dans plusieurs langues : cat (en anglais), katze (en allemand), kat
(en néerlandais) gato (en espagnol et en portugais), gatto (en italien).

Et si la femme fut, depuis la Rome antique, parfois comparée au chat, la raison
n’était pas morphologique mais purement lexicale : le mot latin catta désignait
la femelle du chat, la chatte. Ce même mot, lorsqu’il prenait un C majuscule
(Catta) signifiait "femme".

LE CHAT NOIR

La crainte du chat, et surtout du chat noir, apparut dans l’Europe médiévale
au XIIIème siècle, et plus particulièrement en Angleterre.

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Le christianisme imprégnait alors toutes les couches de la société européenne.
Au début du XIIIème siècle, l’Eglise était en pleine lutte contre les sectes hérétiques
(Cathares, Vaudois, Albigeois, Béguines, etc.) et vit apparaître de nombreuses
sectes pratiquant sorcellerie, magie noire et satanisme.

Or, dans les cérémonies de magie noire au moyen âge, le chat noir jouait un rôle
particulier : il était la victime qu’on offrait en sacrifice au diable. Les adeptes du
satanisme considéraient, pour leur part, que le diable s’incarnait en chat noir :
l’animal était ainsi adoré par les disciples au cours des rituels.

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Sorciers et sorcières furent également associés au chat noir. Les sorcières s’entouraient
de chats et prétendaient partager avec leur animal les pouvoirs que leur accordait le diable
(une croyance voulait que la sorcière soit capable de se transformer en chat neuf fois).

Sorciers et sorcières se réunissaient lors des cérémonies nocturnes appelées "sabbats".
Ces cérémonies étaient présidées par le démon incarné en grand chat noir. Des orgies
y avaient lieu ; des enfants y étaient amenés et utilisés pour les rituels.

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Au-delà des frontières françaises, en Ecosse, se pratiquait le rituel du taghairm :
on offrait au diable des chats noirs qu’on embrochait et faisait rôtir vivants. Attiré par
les hurlements des malheureux, Satan apparaissait sous la forme d’un chat et exauçait
les vœux des participants …

Ces hérésies et cultes païens représentaient un danger pour le christianisme, la stabilité
politique du royaume et l’ordre social. Les sérieuses rumeurs d’enfants enlevés, utilisés
et sacrifiés au cours des rituels sataniques, les actes sacrilèges et blasphématoires
commis par les sectes contre les symboles chrétiens et la foi chrétienne, ainsi que les
liens tissés entre le paganisme et le personnage du chat, inquiétèrent la Couronne et
l’Eglise. Celles-ci amorçèrent une campagne contre la sorcellerie, la magie noire et le
satanisme.

A partir de 1229, avec l’assentiment de la Couronne, la lutte de l’Église contre les sectes
prend la forme de l’Inquisition, un tribunal organisé par le pape Grégoire IX.
Des inquisiteurs, souvent membres des ordres mendiants (comme les Dominicains et
les Franciscains, considérés alors comme les ordres les plus "intellectuels") étaient
chargés d’enquêter, de constater l’hérésie puis de convertir l’éventuel coupable. En cas
d’échec, le coupable était remis aux autorité civiles qui décidaient du sort de celui-ci.

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C’est ainsi que débuta dans toute l’Europe ce qu’on a appelé plus tard La chasse aux
sorcières
, une appellation réductrice qui, en réalité, englobait toutes les sectes, y
compris les sectes hérétiques. En effet, de nombreux hérétiques, telles que les Béguines,
pratiquaient au grand jour des moeurs sexuelles scandaleuses impliquant souvent des
enfants. D’autres, comme les Vaudois, s’adonnaient à la sorcellerie.

L’association chats/sorcières n’était cependant pas nouvelle. Elle existait avant le moyen
âge. Ainsi une légende ancienne parlait d’une déesse de l'obscurité nommée Diane, qui
aima Lucifer et en eut une fille, Aradia. Lucifer avait un chat. Il envoya sa fille et son chat
sur la terre pour enseigner aux hommes la magie noire ... De même, dans l’ère pré-
chrétienne, le panthéon nordique adorait la déesse Frigga (ou Freyja). Devenue
sorcière, elle se déplaçait dans un char tiré par des chats ...

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Sorcellerie et chats noirs enflammèrent l’imagination d’une partie de la population qui
se mit à répandre les croyances les plus folles, qui échappèrent bientôt à tout contrôle
et donnèrent lieu à des abus de la part de la population. Ainsi en France, des milliers
de chats, noirs et autres, étaient brûlés chaque mois jusqu'à ce que Louis XIII mît un
terme à cette cruelle pratique.

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La chasse aux sorcières atteint son apogée vers la fin du XVIème siècle. Elle a été la
résultante de nombreux procès organisés pendant plus de 300 ans, particulièrement
en Europe du nord. Chose curieuse, ce phénomène, qui n’eut eut lieu qu’en Europe,
s’épuisa brusquement et simultanément au XVIIème siècle.

Si la crainte du chat noir a survécu jusqu’à nos jours, elle s’est fortement affaiblie.
Ainsi au Royaume-Uni, le chat noir porte bonheur … depuis la défaite de Napoléon
à la bataille de Waterloo, en 1815 ! Une légende britannique raconte en effet que
Napoléon, qui était très superstitieux, aurait croisé un chat noir juste avant la bataille.
Ce serait pour cette raison que le chat noir porte malheur aux Français et bonheur
aux Anglais ...

Quand on voit le nombre de siècles pendant lesquels des chats noirs furent sacrifiés
dans de nombreux pays d'Europe, il est surprenant de constater que le gène de la
couleur noire a survécu .... A moins que les chats ne possèdent effectivement
neuf vies ? :)

COMPLEMENTS

• Norman Cohn : Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen âge
• Robert I. Moore (professeur d’histoire médiévale) :
La Première révolution européenne : Xe- XIIIe siècles

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : mar. 02 déc. 2008, 20:58
par Fée Violine
Et si la femme fut, depuis la Rome antique, parfois comparée au chat, la raison
n’était pas morphologique mais purement lexicale : le mot latin catta siignifait
"chatte". Ce même mot, lorsqu’il prenait un C majuscule (Catta) signifiait "femme".
ah non, votre auteur a mal lu ! "Catta" ne signifie pas "femme", mais "une femme catte", les Cattes, ou Chattes, ou Catthes, étant un peuple de Germanie.
Quant aux majuscules, c'est anachronique d'en parler à propos des Romains, qui ne connaissaient ni majuscules, ni ponctuation, ni même la séparation entre les mots.
Sorciers et sorcières se réunissaient lors des cérémonies nocturnes appelées "sabbats".
Ces cérémonies étaient présidées par le démon incarné en grand chat noir. Des orgies
y avaient lieu ; des enfants y étaient amenés et utilisés pour les rituels.
c'est du moins ce que les sorcières présumées racontaient sous la torture. On leur demandait si elles avaient fait tout cela, et elles n'avaient plus qu'à dire que oui. Du moins il me semble, mais je n'en suis pas certaine.
Des inquisiteurs, souvent membres des ordres mendiants (comme les Dominicains et
les Franciscains, considérés alors comme les ordres les plus "intellectuels")
les Dominicains sont un ordre intellectuel et l'ont toujours été, mais pour les Franciscains, je n'ai jamais entendu dire ça !
La chasse aux sorcières atteint son apogée vers la fin du XVIème siècle. Elle a été la
résultante de nombreux procès organisés pendant plus de 300 ans, particulièrement
en Europe du nord. Chose curieuse, ce phénomène, qui n’eut eut lieu qu’en Europe,
s’épuisa brusquement et simultanément au XVIIème siècle. Les érudits voient dans
cette période particulière du moyen-âge
au 17ème, le Moyen Âge était fini depuis longtemps ! C'est au 16ème et au 17ème qu'il y a eu le plus de personnes brûlées pour sorcellerie, il me semble, beaucoup plus qu'au Moyen Âge.

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : mar. 02 déc. 2008, 21:18
par DavidB
Mon professeur d'Histoire du christianisme du second millénaire nous avait parlé des béguines et des vaudois et affirmait que ce que vous nous rapportez n'était qu'une très grave calomnie à cause du fait qu'elles se démarquaient de certaines "normes sociales", mais on ne pouvait leur reprocher d'avoir manquer aux règles morales... Êtes-vous certaine de ce que votre auteur avance ?...

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : mar. 09 déc. 2008, 19:49
par Zvjezdana62
Bonsoir :)
Zvijezdana, je vous ai promis de parler de la superstition du chat noir ... C'est parti !
Merci beaucoup Balade. Cette chose m’intéresse vraiment. J’adore les chats. Les chats de toutes les couleurs et de toutes les races. Quand j’étais petite j’ai eu une chatte et elle passait tout son temps avec moi. Elle était une sorte de baby-sitter pour moi. Mes parents travaillaient à l’époque dans un village isolé et perdu dans les montagnes et j’habitais avec ma grand-mère et cette chatte. Elle était grise et blanche et était fidèle comme un chien.
Quand j’ai eu 12/13 ans la mère d’une amie m’a demandé si je connaissais quelqu’un qui donne un chaton à adopter. Je me suis mise à chercher et j’ai trouvé un chaton noir. Quand je lui ai porté ce chaton, elle a eu une crise hystérique. Elle m’a traitée de monstre, elle m’a dit qu’elle a déjà perdu son fils (le frère aîné de mon amie est mort dans un accident), elle m’a demandé si je veux tuer aussi sa fille, mon amie, ou elle en personne. Je suis restée choquée, je ne savais rien sur cette superstition sur les chats noirs.
Après j’ai connu un tas d’autres gens qui n’aiment pas les chats en général et surtout les chats noirs en particulier et croient qu’ils portent malheur.

amicalement
Zvjezdana

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : lun. 22 déc. 2008, 21:08
par Balade
Bonjour ! :ciao:

Noël, la belle fête de Noël, approche à grands pas. Mais d'où vient-il, ce mot
Noël, et que signifie-t-il ? Posons la question au linguiste Bernard Cerquinglini ...

52. NOEL

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Un ami me demande de lui expliquer l’origine du mot Noël. Cette question me
permet d’évoquer une de mes marottes : rappeler en effet que de toutes les
langues romanes, la française possède la phonétique la plus particulière.

Pourquoi ?

Parce que le latin introduit en Gaule, et mêlé d’un peu de gaulois, a subi durant
l’occupation des Visigoths, de Burgondes, des Francs - c’est-à-dire pendant des
siècles - une influence germanique. Celle-ci a donné au gallo-roman une coloration
phonique propre.

Prenez l’adjectif latin natalis ("natal"). L’expression natalis dies, ("le jour natal"),
désignait dans le latin chrétien, la date de naissance de Jésus-Christ. L’expression,
réduite à natalis, a donné l’italien natale, qui n’en est guère distinct. L’occitan
dit nadal, avec simplement sonorisation du t inter-vocalique et chute de la finale.

Qu’en est-il du français ?

Tout d’abord, en Gaule, on a dit notalis, pour bien distinguer les deux voyelles. Et
ensuite, tous les phénomènes phonétiques propres au français se sont appliqués :

• le t intervocalique a disparu.
la, très accentuée de part l’influence germanique, est passé à è
• la consonne l s’est maintenue (tout de même !)
• la finale est tombée.

On obtient ainsi Noël, en deux syllables, d’où le tréma sur le è.

Comme vous le voyez, on est bien loin de natalis, mais on y a gagné ce mot bref
et si beau par le contact des deux voyelles : noël. Ce n’est pas un hasard si on
l’employait beaucoup au moyen âge comme exclamation heureuse, comme cri de
joie : Noël, Noël, Noël ! On comprend par suite, ce beau proverbe médiéval :
Tant crie-t-on Noël, qu’il vient ...

UN SAINT ET JOYEUX NOEL A TOUS LES MEMBRES DE LA CITE CATHOLIQUE !

A bientôt, et ne mangez pas trop de chocolat ! ;) :ciao:

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Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : sam. 27 déc. 2008, 18:21
par Balade
Bonjour ! :ciao:

Le jour de Noël est derrière nous mais l'Eglise et les Chrétiens sont toujours dans le
temps de Noël et le resterons jusqu'au 6 janvier, jour de l'Epiphanie. Aussi, restons
dans l'esprit de fête avec une expression de circonstance :

53. PORTER UN TOAST / TOSTE

Le Jour de l'an, je ne manquerai pas, chers lecteurs, de porter un toste à votre
santé. Aussi vous prie-je de bien vouloir tendre vos verres, que je puisse y jeter
ma petite mouillette de pain rôti …

Eh oui. C'est bien un petit bout de pain grillé qui est à l'origine de cette expression :
la tostée, que l’on mangeait en guise d’amuse-bouche en France, au XVème siècle.

Séduits par la pratique, nos amis anglais nous l’empruntèrent, d’où la double
orthographe : porter un toste (version française) et porter un toast (version
anglaise).

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Nos voisins d’outre-Manche inventèrent un jeu pour accompagner la tostée. Lorsqu’un
homme avait des vues sur une dame, il réunissait ses amis pour porter un toast à la belle.
Il s’agissait de remplir une coupe de vin et d’y jeter la tostée. Chacun buvait à tour de
rôle. Le galant buvait en dernier et mangeait la fameuse tostée, à la santé de son aimée.

Les Anglais conservèrent cette coutume très longtemps, d’où certainement la
prédominance de l’orthographe anglaise. Au XVIIIème siècle, des Français de passage
en Angleterre furent séduits par cette pratique et ramenèrent au pays l’expression
ainsi que l’usage. Voilà pourquoi, depuis lors, nous portons des toasts (ou des tostes).

Aujourd'hui, nous ne trempons plus du pain grillé dans notre vin et porter des tostes
n'est plus réservé, comme autrefois, aux seuls beaux yeux d'une femme. La coutume
s'est étendue à tous ... Et puisque nous parlons d’yeux, connaissez-vous cette
expression dont les racines plongent jusqu’au moyen âge : trinquer dans les yeux
avec quelqu’un
?

TRINQUER DANS LES YEUX AVEC QUELQU'UN

A une époque où les empoisonnements n’étaient pas peu courants, on prit l’habitude,
pour échapper à l’angoisse de boire avec quelqu’un qui avait peut-être versé de la ciguë
dans votre verre, d'entrechoquer les verres bien fort afin que les liquides se mélangent ...

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On ne se lâchait pas du regard jusqu’à avoir complètement avalé la première gorgée.
Cette coutume avait pour but de prouver à l'autre que l’on n’avait rien à se reprocher.
Si cette très ancienne méfiance est obsolète de nos jours, il est toujours d’usage de
regarder dans les yeux la personne avec laquelle on trinque au moment où les verres
se choquent l'un contre l'autre. Le non respect de cette coutume est considérée par
beaucoup, et dans de nombreux pays, comme une impolitesse.

A votre bonne santé, donc, chers lecteurs, et UNE HEUREUSE NOUVELLE ANNEE A TOUS !

A bientôt ! :ciao:

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : mar. 30 déc. 2008, 5:20
par Anne
Balade a écrit : La chasse aux sorcières atteint son apogée vers la fin du XVIème siècle. Elle a été la
résultante de nombreux procès organisés pendant plus de 300 ans, particulièrement
en Europe du nord. Chose curieuse, ce phénomène, qui n’eut eut lieu qu’en Europe,
s’épuisa brusquement et simultanément au XVIIème siècle.
On peut tout-de-même souligner le bel "effort" de Salem, Massachusetts, aux États-Unis, au XVIIe ... :s

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : dim. 04 janv. 2009, 20:41
par Zvjezdana62
J’ai entendu dire que la chasse aux sorcières ait commencé à cause des ‘femmes sages’, c'est-à-dire les femmes qui pratiquaient des avortements. Après la chose est grandie et elle est devenue une paranoïa collective.

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : lun. 05 janv. 2009, 6:14
par Anne
L'article semble valoir ce qu'il vaut, mais il reprend la plupart des théories que j'ai pu voir sur des sites anglophones, si ça vous intéresse...

Sorcières de Salem

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : mar. 20 janv. 2009, 13:59
par Fée Violine
Puisque Balade n'a apparemment plus le temps de nous parler d'étymologie, je vais prendre la suite.

Aujourd'hui, le mot "foie".
En latin, "foie" se dit jecur (qui est parent du "hèpar, hèpatos" grec).
Plus exactement : jecur fait au génitif jecoris ou jecinis. Comme les Romains hésitaient entre les deux formes de génitif, ils ont résolu le problème en créant la forme jecinoris.
Pour simplifier les choses, jecur se disait aussi jocur, qui bien entendu avait aussi deux génitifs : jocinoris ou jocineris.
Bref, un vrai casse-tête, si bien que les Romains ont fini par chercher un mot plus facile à utiliser.
Or il se trouve que les Romains, comme les Français du Sud-Ouest, faisaient du foie gras : ils gavaient leurs oies avec des figues (en latin ficus). Le foie gras ainsi obtenu s'appelait "jecur ficatum", "foie obtenu avec des figues", et en abrégé, ficatum tout court.
Autre hypothèse : il s'agit d'une recette de "foie d'oie farci de figues".
Comme le mot ficatum est très facile à utiliser (il se décline régulièrement), il a complètement supplanté le vieux jecur.
Et par suite de l'évolution phonétique, ficatum > foie.
Et ne mangez pas trop de figues, faites attention à votre foie !

Re: Rubrique étymologie : origine des mots de tous les jours

Publié : jeu. 22 janv. 2009, 12:28
par Fée Violine
Je continue...

Aujourd'hui le mot "livre".
Là c'est facile, livre vient du latin liber, libri.
Mais que signifie exactement liber ?
Le premier sens de liber, c'est la partie vivante de l'écorce, la pellicule qui se trouve entre le bois et l'écorce, sur laquelle on écrivait, et qui s'appelle en français le "liber". Et moi qui ai une égale passion pour les livres et pour les arbres, cette étymologie m'enchante !

D'après le Larousse :
"Liber, n. m. Tissu de la racine, de la tige ou de la feuille des plantes vasculaires, formé de tubes criblés, de cellules compagnes et de parenchyme. Son rôle essentiel est de conduire à toute la plante la sève élaborée dans les feuilles. Sous nos climats, il cesse ses fonctions en hiver, les cribles étant alors obstrués. // Liber interne, faisceaux surnuméraires de liber, que l'on trouve dans la moelle des solanacées, des apocyanacées".

Les Romains ont donc appelé "liber" les textes écrits sur ce support végétal.
Mais pas seulement les Romains, car en allemand, livre se dit Buch, mot qui lui aussi est emprunté au monde des arbres, à savoir de Buche, le hêtre (Buchenwald signifie "forêt de hêtres"), à cause de l'emploi du bois dans les premières écritures runiques.

Buche vient d'une racine indo-européenne bhag- (le hêtre) qui a donné
* en grec phêgos , une sorte de chêne, car le hêtre n'existe pas en Grèce,
* en latin fagus, le hêtre (qu'on appelle aussi en français "fayard"), et fagina (la faîne),
* et de là en français la fouine, animal qui cherche les faînes, et le fouet (primitivement une baguette de hêtre).
Dans d'autres langues germaniques, nous avons en anglais beech (hêtre), et book, livre. Et en français bouquin, qui vient du néerlandais boek.

Vous voyez que les livres nous font voyager...
Et que c'est beau cette relation entre le texte écrit et la sève de l'arbre, le livre écrit dans la partie vivante de l'arbre, de même que la parole de Dieu s'écrit dans la partie vivante de notre coeur !