Nanimo a écrit :
Bonjour Balade, Il semble que nous sommes une foule à suivre votre rubrique.
Merci de la diffuser.
Merci, Nanimo ! J'ai été, moi aussi, surprise du succès de cette rubrique, mais j'en
suis ravie. Ça fait toujours plaisir quand d'autres s'intéressent à ce qu'on aime.
AnneT a écrit : 
Mais... Où est donc passée Balade???!!!!

Merci de penser à moi, Anne ! Je suis occupée dernièrement, mais j'espère que ça
ne durera pas.
Zvijezdana, je vous ai promis de parler de la superstition du chat noir ... C'est parti !
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51. SUPERSTITION LIEE AU CHAT NOIR
La crainte du chat noir est étroitement liée à une période complexe du moyen âge
que les historiens ont nommée
La chasse aux sorcières ...
Cet animal, domestiqué en Égypte vers 3000 av. J.C, avait été jusque-là divinisé
et protégé, et voir un chat traverser le chemin devant soi était de bon augure.
Lorsque les Grecs découvrirent cet animal, ils lui attribuèrent le nom de
galê.
Les Romains l’appelaient
felis (pensez à
félin,
félidé, etc.) ou
cattus, issu de
cattire, "guetter". Certaines légions romaines arboraient même l’effigie du chat
sur leur bannière, symbolisant l’indépendance. Le poète grec Aristophane (Vème
siècle av. JC.) cite, lui, le fructueux commerce du chat au marché d'Athènes.
Les chats se propagèrent dans toute l’Europe au cours des conquêtes romaines,
mais il fallut attendre le IVème siècle après J.C. et la disparition des cultes païens
pour que cet animal soit ramené à son rôle de chasseur de vermine.
Ce n’est qu’en 1175 que le mot
chat passe dans la langue française et remplace
cattus et autres termes latins. Remarquons que
cattus est à l'origine du mot
chat dans plusieurs langues :
cat (en anglais),
katze (en allemand),
kat
(en néerlandais)
gato (en espagnol et en portugais),
gatto (en italien).
Et si la femme fut, depuis la Rome antique, parfois comparée au chat, la raison
n’était pas morphologique mais purement lexicale : le mot latin
catta désignait
la femelle du chat, la chatte. Ce même mot, lorsqu’il prenait un C majuscule
(
Catta) signifiait "femme".
LE CHAT NOIR
La crainte du chat, et surtout du chat noir, apparut dans l’Europe médiévale
au XIIIème siècle, et plus particulièrement en Angleterre.
Le christianisme imprégnait alors toutes les couches de la société européenne.
Au début du XIIIème siècle, l’Eglise était en pleine lutte contre les sectes hérétiques
(Cathares, Vaudois, Albigeois, Béguines, etc.) et vit apparaître de nombreuses
sectes pratiquant sorcellerie, magie noire et satanisme.
Or, dans les cérémonies de magie noire au moyen âge, le chat noir jouait un rôle
particulier : il était la victime qu’on offrait en sacrifice au diable. Les adeptes du
satanisme considéraient, pour leur part, que le diable s’incarnait en chat noir :
l’animal était ainsi adoré par les disciples au cours des rituels.
Sorciers et sorcières furent également associés au chat noir. Les sorcières s’entouraient
de chats et prétendaient partager avec leur animal les pouvoirs que leur accordait le diable
(une croyance voulait que la sorcière soit capable de se transformer en chat neuf fois).
Sorciers et sorcières se réunissaient lors des cérémonies nocturnes appelées "sabbats".
Ces cérémonies étaient présidées par le démon incarné en grand chat noir. Des orgies
y avaient lieu ; des enfants y étaient amenés et utilisés pour les rituels.
Au-delà des frontières françaises, en Ecosse, se pratiquait le rituel du
taghairm :
on offrait au diable des chats noirs qu’on embrochait et faisait rôtir vivants. Attiré par
les hurlements des malheureux, Satan apparaissait sous la forme d’un chat et exauçait
les vœux des participants …
Ces hérésies et cultes païens représentaient un danger pour le christianisme, la stabilité
politique du royaume et l’ordre social. Les sérieuses rumeurs d’enfants enlevés, utilisés
et sacrifiés au cours des rituels sataniques, les actes sacrilèges et blasphématoires
commis par les sectes contre les symboles chrétiens et la foi chrétienne, ainsi que les
liens tissés entre le paganisme et le personnage du chat, inquiétèrent la Couronne et
l’Eglise. Celles-ci amorçèrent une campagne contre la sorcellerie, la magie noire et le
satanisme.
A partir de 1229, avec l’assentiment de la Couronne, la lutte de l’Église contre les sectes
prend la forme de l’Inquisition, un tribunal organisé par le pape Grégoire IX.
Des inquisiteurs, souvent membres des ordres mendiants (comme les Dominicains et
les Franciscains, considérés alors comme les ordres les plus "intellectuels") étaient
chargés d’enquêter, de constater l’hérésie puis de convertir l’éventuel coupable. En cas
d’échec, le coupable était remis aux autorité civiles qui décidaient du sort de celui-ci.
C’est ainsi que débuta dans toute l’Europe ce qu’on a appelé plus tard
La chasse aux
sorcières, une appellation réductrice qui, en réalité, englobait toutes les sectes, y
compris les sectes hérétiques. En effet, de nombreux hérétiques, telles que les Béguines,
pratiquaient au grand jour des moeurs sexuelles scandaleuses impliquant souvent des
enfants. D’autres, comme les Vaudois, s’adonnaient à la sorcellerie.
L’association chats/sorcières n’était cependant pas nouvelle. Elle existait avant le moyen
âge. Ainsi une légende ancienne parlait d’une déesse de l'obscurité nommée Diane, qui
aima Lucifer et en eut une fille, Aradia. Lucifer avait un chat. Il envoya sa fille et son chat
sur la terre pour enseigner aux hommes la magie noire ... De même, dans l’ère pré-
chrétienne, le panthéon nordique adorait la déesse Frigga (ou Freyja). Devenue
sorcière, elle se déplaçait dans un char tiré par des chats ...
Sorcellerie et chats noirs enflammèrent l’imagination d’une partie de la population qui
se mit à répandre les croyances les plus folles, qui échappèrent bientôt à tout contrôle
et donnèrent lieu à des abus de la part de la population. Ainsi en France, des milliers
de chats, noirs et autres, étaient brûlés chaque mois jusqu'à ce que Louis XIII mît un
terme à cette cruelle pratique.
La chasse aux sorcières atteint son apogée vers la fin du XVIème siècle. Elle a été la
résultante de nombreux procès organisés pendant plus de 300 ans, particulièrement
en Europe du nord. Chose curieuse, ce phénomène, qui n’eut eut lieu qu’en Europe,
s’épuisa brusquement et simultanément au XVIIème siècle.
Si la crainte du chat noir a survécu jusqu’à nos jours, elle s’est fortement affaiblie.
Ainsi au Royaume-Uni, le chat noir porte bonheur … depuis la défaite de Napoléon
à la bataille de Waterloo, en 1815 ! Une légende britannique raconte en effet que
Napoléon, qui était très superstitieux, aurait croisé un chat noir juste avant la bataille.
Ce serait pour cette raison que le chat noir porte malheur aux Français et bonheur
aux Anglais ...
Quand on voit le nombre de siècles pendant lesquels des chats noirs furent sacrifiés
dans de nombreux pays d'Europe, il est surprenant de constater que le gène de la
couleur noire a survécu .... A moins que les chats ne possèdent effectivement
neuf vies ?
COMPLEMENTS
• Norman Cohn :
Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen âge
• Robert I. Moore (professeur d’histoire médiévale) :
→ La Première révolution européenne : Xe- XIIIe siècles