MB a écrit :Re
Pour en rester au débat. On peut voir, comme l'a remarqué Metazet, à quel point la question du sexe est "clivante" et provoque toutes sortes de crispations... beaucoup plus que les autres, c'est, semble-t-il, LE sujet de disccussion (ou d'insultes) qui fait que le monde occidental européen rejette l'Eglise. Quand on observe finement la substance réelle, le substrat, des arguments lancés par nombre d'adversaires de l'Eglise, on s'aperçoit, au fond, que tout tourne autour du sexe. Le reste fait en général objet de consensus ; mais quand on polémique, sur quelque sujet que ce soit, la toile de fond, soyons honnêtes, c'est l'existence ou non du "droit au sexe".
J'avais vu le site d'un prêtre qui donnait des conseils en discernement, et qui livrait, désolé, les réflexions suivantes : dans le sexe, il y a deux aspects, l'un sérieux, lié à la procréation, à la morale, aux enjeux graves de ces choses, et l'autre léger, lié aux roucoulades des amoureux, à la tendresse entre gens qui s'aiment, et au plaisir qui s'ensuit en général. Le léger avait autant sa place que le sérieux ; malheureusement, la société ne parlait que du léger, et d'après lui, trop longtemps l'Eglise n'avait parlé que du sérieux. D'où cette espèce d'énervement permanent, de part et d'autre. On le voit ici...
- Bon, alors essayons de suivre une autre voie - puisque les actuelles mènent à la crispation - afin de voir pourquoi il est légitime d'associer des enjeux moraux, et pourquoi pas des interdits, à toutes ces questions, et pourquoi l'Eglise a quelque chose à dire à ce sujet. Non ?
Tiens, un exemple précis. Il y a des femmes qui apprécient particulièrement une situation sexuelle de domination machiste ; sans aller jusqu'au SM (ça, c'est une autre question), elles sont titillées par le côté "gorille hautain" de certains hommes qui eux, sont ravis d'en profiter. Certains hommes sont odieux ; et certaines femmes savent les apprécier. A priori, tout va bien, les deux sont consentants. Circulez, y a rien à voir.
A ce problème près que les comportements mis en jeu ici sont particulièrement pénibles. Dans l'exemple donné (je précise bien que c'est un exemple précis, et pas une généralité sur les rapports homme-femme), d'un côté, l'homme en question satisfait ses pulsions de domination et d'humiliation (il se permet donc de traiter sa partenaire comme une serpillère - "ben quoi, c'est ce qu'elle veut") ; de l'autre côté, la femme en question recherche chez le mâle ce qu'il y a de pire en lui et ne s'intéresse pas au reste. Chacun utilise l'autre comme un outil de son propre plaisir. Supposons que ce plaisir soit réel et réellement obtenu ; reste quand même un malaise, on peut l'avouer.
Le problème de cette situation précise, finalement, n'est pas spécifiquement sexuel : c'est qu'on a affaire à deux personnes qui, dans un contexte donné, se servent chacune de l'autre comme d'un kleenex, sans égard à sa personnalité, sans égard à sa dignité et à ses vraies qualités. On ne cultive pas les qualités les plus élevées du partenaire, c'est le moins qu'on puisse dire : on recherche même les pires. En restreignant à la masturbation, on sera très mahonnête en affirmant qu'elle ne s'accompagne pas, chez le "sujet agissant", d'images et de fantasmes où l'on rêve d'un(e) partenaire pour le seul service sexuel qu'i-elle pourrait offrir, indépendamment de sa vie, de sa personne, de ses aspirations...
Et c'est là qu'est le péché. Quand on y réfléchit, peu importe qu'une telle situation arrive dans un couple marié ou non ; ici ou là, il y a exploitation et asservissement du prochain. Dans l'exemple que j'ai donné, cela se produit en contexte sexuel ; mais cela se pourrait produire dans n'importe quel autre contexte. Première conclusion (sur laquelle je reviendrai), il n'y a donc pas de spécificité sexuelle du péché : il y a des moments où l'on fait le mal car on méprise le prochain. Cela peut être au lit, mais n'importe quand dans la vie également. Donc la vie sexuelle est - au même titre que les autres aspects de la vie - le lieu d'un jugement moral possible, voire indispensable.
- Mais revenons sur la première conclusion ("pas de spécificité sexuelle du péché"), et nuançons-la fortement. Car si, on a beau dire, quelque chose est spécifique au sexe : c'est qu'il s'agit d'une question de vie et de mort : un petit être peut en résulter, une vie se peut créer à partir de cela. Et là - mais vous en conviendrez, Métazêt - il y a quand même un élément supplémentaire à prendre en compte dans le jugement sur toutes ces choses-là..
Quand on parle de responsabilité des amants, on a raison ; en un moment d'égarement, on risque d'engager sa vie par le fait de la naissance d'un enfant. C'est une lourde responsabilité pour les partenaires. Mais le point de vue des partenaires n'est quand même pas le seul à devoir être pris en compte ! Car l'existence d'une vie supplémentaire, c'est un fait objectif qui ne saurait se réduire au sentiment subjectif de "responsabilité", si important soit-il, de ceux qui l'ont conçue ! Et c'est la présence de ce fait objectif qui impose d'avoir une morale touchant spécifiquement toutes ces questions-là.
Nous pouvons, après, discuter de bien des choses ; acceptez-vous du moins celles que je viens de dire ?
Amicalement
MB
La sexualité est la chose la plus compliquée au monde parce qu’elle est autant le lieu des plus intenses plaisirs que celui des plus violents traumatismes. Un même acte, mené avec la même énergie, va être merveilleusement bon ou atrocement douloureux selon qu’on est disposé ou pas, forcé ou consentant. Parce que d’une part il n’est pas facile de communiquer sur le sujet et d’autre part, parce que le sexe est située en zone très délicate : le ventre, les organes d’excrétion, bref, le lieu potentiel des pathologies les plus invalidantes, physiquement ou socialement. Ce qui, on l’oublie trop souvent, peut constituer un facteur de difficulté de se donner corps et âme pour la vie (avec à la clé le fameux « devoir conjugal »). Ne parlons pas des grossesses pour une femme, autre raison de bonheur ou de traumatisme intense.
J’aurais voulu parler de façon asexuée pour garder un maximum d’anonymat, mais je me rends compte qu’il est impossible de parler du sexe sans parler avec son sexe. Donc je suis une femme. Et pour une femme, c’est compliqué. Quand on se blesse intimement, c’est à l’intérieur, dans le ventre. S’il y a un « accident », c’est nous qui portons l’enfant. Comme nous avons régulièrement des « indisponibilités », nous sommes moins en demande que Monsieur avec les frottements que ça peut impliquer. Bien sûr, nous ne sommes pas des bêtes, mais c’est compliqué quand même. Bref, pour peu qu’on ait une histoire un peu compliqué avec son corps et son ventre, l’idée du mariage peut vite prendre des allures épouvantables. Il est plus simple de mener une vie indépendante avec des amants bien drillés à n’avoir aucune velléité de possession. Parce qu’au fond, c’est ça la terreur : qu’on possède votre ventre.
Le problème évidemment, c’est qu’on peut bien maîtriser l’homme (encore que pas toujours), il faut encore maîtriser la fécondité. Il y a la pilule, mais ça rend malade. Il y a la capote, mais on perd du contact, puis ça claque aussi de temps à autre. Il est possible d’avorter, mais on tue une vie, faut pouvoir assumer l’idée ! Et tout ça sans parler des multiples et terribles maladies dont la sexualité semble avoir hérité comme en miroir avec toutes ces violences portées dans notre intimité corporelle depuis la nuit des temps et dont j’ai parfois l’impression d’être la focale…
Ne vous inquiétez pas, je suis bien moins noire qu’il n’y parait dans ma façon d’écrire. Disons que grâce à de précieuses aides dans ma vie, je peux en ce moment regarder mon vécu avec une prise de distance comme si j’étais quelqu’un d’autre. Alors j’ai fait des choix qui me permettent plus ou moins d’avoir l’impression de rester libre avec éventuellement une privation, liée au fait que le corps et le mental ont leur limite : l’intimité profonde. Ca tombe bien puisque j’ai la terreur d’être psychiquement et ventralement possédée. Mais il est vrai que ça m’ennuie aussi car je fais un lien entre intimité profonde et spiritualité. Et il se fait que j’ai l’impression d’avoir de puissantes aspirations spirituelles.
Bref, il faut bien faire de son mieux avec la vie qu’on a, j’ai décidé de donner ce que je pouvais donner avec la conscience de mon manque. J’ai au moins quelque chose pour moi : j’aime le contact avec les gens même si j’ai une peur bleue qu’ils m’envahissent. Ainsi, je peux dire à tous ceux qui se tracassent pour des histoires de masturbation que c’est un faux problème. Le vrai problème réside dans l’ouverture et la capacité de se donner à un autre. De la même façon, un jeu de rôle qui simule la domination, pour reprendre l’exemple cité par notre co-forumeur ci-dessus, n’est pas un souci en soi. On peut bien rendre ludique la sexualité et se jouer des scénettes pour ajouter du plaisir. Même si c’est bien plus délicat que du simple théâtre. De nouveau, tout est dans la façon dont on est capable d'échanger.
En fait, les choses sont encore bien plus compliquées qu’on ne le croit. C’est pour ça que l’Eglise (et la société) a édicté des lois. La sexualité est la forme de don la plus extrême et la plus aboutie qui soit en raison de tout ce à quoi ça touche. Impossible d’éviter les erreurs d’interprétations et les blessures quand on est aussi loin dans l’intimité. Il donc tout à fait légitime de se poser en l’absolu des questions sur certaines choses, même si toutes les règles ont une particularité : elles sont toujours trop rigides et paraissent « hors vécu ». Il faut bien quelques balises pour arriver à comprendre l’essence du problème : la capacité de donner, mais aussi de recevoir. Les deux choses sont liées et la seconde n’est pas vraiment plus simple que la première.
A tel point qu’on pourrait reformuler le problème : toute la difficulté réside dans la capacité de donner et recevoir – soit échanger – seule condition indispensable pour la Vie.
Bref, quelque soit notre vécu et nos difficultés personnelles, c’est toujours la même question qui se pose…
Merci de m’avoir lue !