Métazét a écrit :1/ Si par "monde" vous entendez monde de la matière et de l'énergie, alors bien sûr, si on ne croit qu'en l'existence du monde, on ne peut que nier l'existence absolue du mal (ainsi que du bien d'ailleurs).
Cela dit, je ne crois pas qu'au monde seul pris en ce sens. Je crois aussi en l'existence de valeurs morales absolues, qui transcendent ce monde.
Par conséquent, votre argument ne m'atteint pas. Vous partez du présupposé tacite suivant lequel si Dieu n'existe pas, alors forcément, le monde est seul. Mais c'est une fausse alternative. Il pourrait y avoir autre chose que Dieu qui ne soit pas le monde.
Non parce que si cette chose n'était pas Dieu, elle se laisserait additionner et donc serait du monde (ou de l'univers si vous préférez).
Métazét a écrit :Maintenant, si vous définissez Dieu comme "quoi que ce soit qui n'est pas le monde", alors selon cette définition très large, on peut dire en effet que je crois en Dieu... Mais ce n'est pas ce Dieu là qui est la cible de mes objections. C'est le Dieu Père, bienveillant, personnel, tout-puissant, créateur. Mon athéisme, comme je l'ai déjà exprimé, doit s'entendre en son sens étymologique de rejet du théisme qui est précisément l'option philosophique qui postule un Dieu comme vous le concevez. Mais je n'ai rien contre d'autres variantes de la croyance en Dieu ou en des dieux.
C'est naturel, vous admettez les dieux qui n'existent pas - confortables et indifférents, vous rejetez celui qui existe - le seul vraiment engageant. Ce qui n'est pas le monde n'est pas quoi que ce soit. La raison et la foi nous disent qu'il est un être, vivant, parfait, éternel, acte pur, pensée se pensant elle-même (Aristote), le seul être au sens fort et originaire : « Voici ce que tu diras aux Israélites : «Je suis» m'a envoyé vers vous" (Exode 3, 14) et "En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham existât, Je Suis" (Jean 8, 58).
Métazét a écrit :3/ Il ne faut pas confondre la douleur, qui est un fait, avec le mal qui est de l'ordre des valeurs.
Si la douleur est un fait, le mal en est un aussi. A moins de prétendre vivre dans une sphère tellement privée d'expérience concrète qu'on n'imagine pas que la douleur puisse être une alerte du mal.
Métazét a écrit :On n'est pas obligé de nier l'existence de la douleur pour nier l'existence du mal.
En fait, si, on est obligé de repousser dans l'ombre le monde lui-même, d'en faire une sorte d'illusion, de brume fantomatique. Ce qui est la logique des panthéismes, de calomnier le monde qu'ils ont prétendu diviniser. Parce que la douleur ouvre une expérience fondamentale du mal et du monde.
L'expérience du mal est aussi celle de notre condition de créature, d'un être réel mais limité, d'un être reçu et que l'on peut perdre. Nier le Créateur est un mauvais calcul parce que cela ne change en rien notre condition de créature, nier Celui qui nous donne l'être ne change pas que notre être soit reçu - que nous ne sommes pas inconditionnellement (ayant toujours été, étant, et devant toujours être).
Il y a ainsi quelque chose de puéril dans l'athéisme, un refus de voir le monde en adulte. De prendre la mesure de l'enjeu de nos vies : elles ne sont pas rien, nous avons beaucoup à perdre, et de toute façon nous devrons les perdre. Les athées sont conduits à soutenir qu'il n'y a pas de mal parce qu'ils refusent de devenir adultes, ils rejettent la création pour se débarrasser à la fois de la réalité de l'être reçu et donc de l'enjeu de nos vie, et à la fois du fait que cet être est de passage, que nous devrons le perdre. Les athées voudraient une vie inconditionnelle et sans enjeu : une vie adolescente pour l'éternité.