La question du mal et l'existence de Dieu

« Dieu leur donnera peut-être de se convertir et de connaître la vérité. » (2Tm 2.25)
Règles du forum
Forum de débats dialectiques entre personnes de bonne volonté autour de la religion chrétienne (catholicisme) et des objections formulées à son encontre

NB : L'attention des intervenants est particulièrement attirée sur la courtoisie et le respect ; les blasphèmes et provocations visant à blesser le sentiment religieux des lecteurs seront modérés ; les discussions inutilement polémiques seront verrouillées et leur initiateurs sanctionnés.
Métazét
Rector provinciæ
Rector provinciæ
Messages : 546
Inscription : mar. 27 juin 2006, 18:42
Localisation : Nancy (France)
Contact :

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Métazét »

Bonsoir Franck,

Je n'avais pas compris l'intervention d'Hélène en ce sens, mais je veux bien partir de cet angle d'attaque, puisque l'autre semble conduire à un dialogue de sourds...

Mon avis sur la question est partagé :

- D'un côté, Jésus semble accepter pleinement et librement sa mission. Il sait tout ce qui va lui arriver, et l'accepte, alors qu'il aurait pu refuser. Donc, de ce point de vu là, son Père n'est pas un mauvais Père dans la mesure où il n'y a pas contrainte. Toutefois, nous, humains, ce n'est pas librement que nous acceptons de souffrir et d'être privés de notre liberté, donc plus généralement (en dépassant le seul cas de Jésus), je ne pense pas que l'on puisse dire que Dieu soit un bon Père. Si mon père me laissait souffrir les bras croisés alors qu'il pourrait m'aider, je me dirais que non, ce n'est pas un bon père.

- Toutefois, si c'était contre la volonté de Jésus que son Père l'avait laissé subir tout cela (et le passage où Jésus dit : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" pourrait laisser entendre qu'à un moment au moins, les choses ne sont pas passées pour Jésus comme il l'espérait), alors ce serait un mauvais Père pour son Fils.

Bien cordialement... et tous mes vœux sincères de réussite pour vos examens :> :supertop:

Mikaël
« La majorité des philosophes n'a pas de courage ; ils commencent par avaler les principes essentiels du code actuel : monogamie, structure familiale, continence, tabous corporels, restrictions concernant l'acte sexuel et la suite, puis ils chipotent sur les détails… jusqu'à des sottises telles que de savoir si la vue de la poitrine féminine est obscène ou non. » (Robert Heinlein, En terre étrangère)
Avatar de l’utilisateur
Anne
Prætor
Prætor
Messages : 6923
Inscription : jeu. 21 févr. 2008, 1:05
Conviction : Catholique romaine
Localisation : Provincia Quebecensis

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Anne »

L'évangile de la messe dominicale de cette semaine me semble convenir à la discussion qui précède:

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 25-30)

25 En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits.
26 Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.
27 Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
28 «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
29 Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos.
30 Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Dans notre arrogance, nous essayons de tout saisir de Dieu et de son "fonctionnement"...

Quelqu'un a déjà dit que de s'y essayer est à peu près l'équivalent pour une fourmi de comprendre comment fonctionne une télévision...

Des fois, être trop savant, trop rationnel, ça détourne de ce qui est simple et accessible. À trop raisonner, on perd de vue l'essentiel...
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…
".
2 Co 4, 8-10
Métazét
Rector provinciæ
Rector provinciæ
Messages : 546
Inscription : mar. 27 juin 2006, 18:42
Localisation : Nancy (France)
Contact :

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Métazét »

Bonjour Anne,
AnneT a écrit :[...]
[...]ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits.
[...]

Dans notre arrogance, nous essayons de tout saisir de Dieu et de son "fonctionnement"...

Quelqu'un a déjà dit que de s'y essayer est à peu près l'équivalent pour une fourmi de comprendre comment fonctionne une télévision...
Moi je veux bien. Mais comme je l'ai déjà dit (ou plutôt comme j'ai essayé de le faire entendre) : si qqch dépasse notre entendement, pourquoi dès lors embrasser telle hypothèse à son sujet que telle autre ? Autrement dit : ou bien on admet que la nature de Dieu est inaccessible à notre raison, et en ce cas, toutes les hypothèses à son sujet se valent (Dieu bon, Dieu mauvais, Dieu puissant, Dieu impuissant...) ; ou bien on admet que le discours rationnel est possible sur la nature divine, et en ce cas, on ne peut pas d'un côté se focaliser sur les arguments en faveur de sa bonté et de sa puissance, et d'un autre côté rejeter d'un revers de main tous les contre-arguments. Autrement dit encore, on ne peut pas dire : "Dieu est bon et puissant, parce que raison 1, raison 2, raison 3", puis si qqn objecte à l'encontre de cette thèse : raison 4, raison 5, raison 6, écarter tout à la fois ses arguments sous prétexte d'arrogance à vouloir saisir le "fonctionnement" de Dieu et parce que ce dernier se situerait en dehors d'un discours raisonnable. Car se faisant, on mine la validité de raison 1, raison 2 et raison 3 à parler valablement de Dieu. Je ne sais pas si je me fais comprendre : en fait, il s'agirait là du paralogisme de double standard.
Des fois, être trop savant, trop rationnel, ça détourne de ce qui est simple et accessible. À trop raisonner, on perd de vue l'essentiel...
[/quote]

Sauf qu'une télévision, pour reprendre votre exemple, n'a rien de simple et accessible. Si une chose est simple et accessible, alors le raisonnement, tout au contraire, sera utile. C'est si une chose est très complexe et inaccessible que le raisonnement risque au contraire d'être peu pertinent.

Bien à vous,
Mikaël
« La majorité des philosophes n'a pas de courage ; ils commencent par avaler les principes essentiels du code actuel : monogamie, structure familiale, continence, tabous corporels, restrictions concernant l'acte sexuel et la suite, puis ils chipotent sur les détails… jusqu'à des sottises telles que de savoir si la vue de la poitrine féminine est obscène ou non. » (Robert Heinlein, En terre étrangère)
ximatt
Censor
Censor
Messages : 88
Inscription : mer. 11 juin 2008, 14:56

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par ximatt »

Quelques formulations plusieurs messages avant m'interpellent.

Il est dit que la victoire de Dieu sur le mal a déjà eu lieu, et que ce qui est attendu est l'actualisation de cette victoire.
Faut-il comprendre que le point de vue est chretien est que :

-la victoire n'a pas encore eu lieu mais qu'elle est inevitable, pour les raisons données. ?
-la victoire a deja eu lieu dans un "temps different", Dieu n'etant pas vraiment soumis au temps, et qu il faut attendre que notre temps et le temps de cette victoire se rejoignent ?
ou est-ce autre chose ?
Charles
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1642
Inscription : mer. 14 juil. 2004, 16:44

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Charles »

Il y en a qui veulent prouver que Dieu n'existe pas en s'appuyant sur le fait qu'il y a du mal dans le monde.

Si Dieu n'existait pas, le monde serait seul, et si le monde était seul, rien ne lui manquerait, mais si rien ne lui manquait, il n'y aurait pas de mal dans le monde.

Dire que l'existence du mal implique l'inexistence de Dieu donc est absurde. :-D

Si l'on dit que Dieu n'existe pas, alors il faut dire aussi que le mal non plus. Et cela a deux conséquences : on passe pour stupide, on ne peut avancer le mal pour nier l'existence de Dieu.

S'appuyer sur la mal pour rejeter Dieu, c'est en fait déjà reconnaître qu'Il existe et c'est un schéma très proche du satanisme qui renie Dieu mais pour le renier a besoin d'en reconnaître l'existence.

L'athéisme rigoureux se doit de nier le mal, ce que fait Spinoza par exemple, et de taire toute plainte relativement au mal, à son existence, son étendue, ses effets douloureux, etc. puisqu'il ne peut y avoir de mal s'il n'y a pas de Dieu. Donc : silence, on serre les dents, et l'on soutient que les maladie, les crimes, les tortures, les fractures ouvertes, les amputations, tout cela ne fait pas mal et n'est qu'illusion... C'est dur d'être athée... :-@
Avatar de l’utilisateur
Raistlin
Prætor
Prætor
Messages : 8038
Inscription : jeu. 01 mars 2007, 19:26
Localisation : Paris

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Raistlin »

ximatt a écrit :la victoire a deja eu lieu dans un "temps different", Dieu n'etant pas vraiment soumis au temps, et qu il faut attendre que notre temps et le temps de cette victoire se rejoignent ?
Oui, c'est ce en quoi croient les chrétiens.
Le Christ a vaincu le Mal et la Mort par sa Résurrection. Mais cette victoire n'est pas encore actualisée, elle le sera lors du Jugement Dernier. Alors, "Il essuiera toute larme de leurs yeux ; de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé " (Apocalypse 21, 4).

Contrairement à ce que dit Métazet, Dieu n'est pas inactif face au Mal. Il est à nos côtés depuis le début (cf la condamnation du Serpent dans la Genèse) et s'implique dans le combat jusqu'à s'incarner et à souffrir pour nous sauver.

Cordialement,
« Dieu fournit le vent. A l'homme de hisser la voile. » (Saint Augustin)
Métazét
Rector provinciæ
Rector provinciæ
Messages : 546
Inscription : mar. 27 juin 2006, 18:42
Localisation : Nancy (France)
Contact :

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Métazét »

Bonsoir Charles,

1/ Si par "monde" vous entendez monde de la matière et de l'énergie, alors bien sûr, si on ne croit qu'en l'existence du monde, on ne peut que nier l'existence absolue du mal (ainsi que du bien d'ailleurs).
Cela dit, je ne crois pas qu'au monde seul pris en ce sens. Je crois aussi en l'existence de valeurs morales absolues, qui transcendent ce monde.
Par conséquent, votre argument ne m'atteint pas. Vous partez du présupposé tacite suivant lequel si Dieu n'existe pas, alors forcément, le monde est seul. Mais c'est une fausse alternative. Il pourrait y avoir autre chose que Dieu qui ne soit pas le monde. Maintenant, si vous définissez Dieu comme "quoi que ce soit qui n'est pas le monde", alors selon cette définition très large, on peut dire en effet que je crois en Dieu... Mais ce n'est pas ce Dieu là qui est la cible de mes objections. C'est le Dieu Père, bienveillant, personnel, tout-puissant, créateur. Mon athéisme, comme je l'ai déjà exprimé, doit s'entendre en son sens étymologique de rejet du théisme qui est précisément l'option philosophique qui postule un Dieu comme vous le concevez. Mais je n'ai rien contre d'autres variantes de la croyance en Dieu ou en des dieux.

2/ Cependant, même si je ne croyais qu'en l'existence de la seule matière-énergie, je pourrais quand même utiliser l'argument du mal avec pertinence, car pour critiquer un système, on peut aussi provisoirement l'endosser et chercher la contradiction ou l'absurdité. On peut donc le critiquer de l'intérieur.

3/ Il ne faut pas confondre la douleur, qui est un fait, avec le mal qui est de l'ordre des valeurs. On n'est pas obligé de nier l'existence de la douleur pour nier l'existence du mal. Spinoza peut donc continuer de pousser des gémissements lorsqu'il se brûle, par contre il n'a pas le droit de juger que c'est un mal absolu :>

Bien cordialement,

Mikaël
« La majorité des philosophes n'a pas de courage ; ils commencent par avaler les principes essentiels du code actuel : monogamie, structure familiale, continence, tabous corporels, restrictions concernant l'acte sexuel et la suite, puis ils chipotent sur les détails… jusqu'à des sottises telles que de savoir si la vue de la poitrine féminine est obscène ou non. » (Robert Heinlein, En terre étrangère)
Charles
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1642
Inscription : mer. 14 juil. 2004, 16:44

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Charles »

Métazét a écrit :1/ Si par "monde" vous entendez monde de la matière et de l'énergie, alors bien sûr, si on ne croit qu'en l'existence du monde, on ne peut que nier l'existence absolue du mal (ainsi que du bien d'ailleurs).
Cela dit, je ne crois pas qu'au monde seul pris en ce sens. Je crois aussi en l'existence de valeurs morales absolues, qui transcendent ce monde.
Par conséquent, votre argument ne m'atteint pas. Vous partez du présupposé tacite suivant lequel si Dieu n'existe pas, alors forcément, le monde est seul. Mais c'est une fausse alternative. Il pourrait y avoir autre chose que Dieu qui ne soit pas le monde.
Non parce que si cette chose n'était pas Dieu, elle se laisserait additionner et donc serait du monde (ou de l'univers si vous préférez).
Métazét a écrit :Maintenant, si vous définissez Dieu comme "quoi que ce soit qui n'est pas le monde", alors selon cette définition très large, on peut dire en effet que je crois en Dieu... Mais ce n'est pas ce Dieu là qui est la cible de mes objections. C'est le Dieu Père, bienveillant, personnel, tout-puissant, créateur. Mon athéisme, comme je l'ai déjà exprimé, doit s'entendre en son sens étymologique de rejet du théisme qui est précisément l'option philosophique qui postule un Dieu comme vous le concevez. Mais je n'ai rien contre d'autres variantes de la croyance en Dieu ou en des dieux.
C'est naturel, vous admettez les dieux qui n'existent pas - confortables et indifférents, vous rejetez celui qui existe - le seul vraiment engageant. Ce qui n'est pas le monde n'est pas quoi que ce soit. La raison et la foi nous disent qu'il est un être, vivant, parfait, éternel, acte pur, pensée se pensant elle-même (Aristote), le seul être au sens fort et originaire : « Voici ce que tu diras aux Israélites : «Je suis» m'a envoyé vers vous" (Exode 3, 14) et "En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham existât, Je Suis" (Jean 8, 58).
Métazét a écrit :3/ Il ne faut pas confondre la douleur, qui est un fait, avec le mal qui est de l'ordre des valeurs.
Si la douleur est un fait, le mal en est un aussi. A moins de prétendre vivre dans une sphère tellement privée d'expérience concrète qu'on n'imagine pas que la douleur puisse être une alerte du mal.
Métazét a écrit :On n'est pas obligé de nier l'existence de la douleur pour nier l'existence du mal.

En fait, si, on est obligé de repousser dans l'ombre le monde lui-même, d'en faire une sorte d'illusion, de brume fantomatique. Ce qui est la logique des panthéismes, de calomnier le monde qu'ils ont prétendu diviniser. Parce que la douleur ouvre une expérience fondamentale du mal et du monde.

L'expérience du mal est aussi celle de notre condition de créature, d'un être réel mais limité, d'un être reçu et que l'on peut perdre. Nier le Créateur est un mauvais calcul parce que cela ne change en rien notre condition de créature, nier Celui qui nous donne l'être ne change pas que notre être soit reçu - que nous ne sommes pas inconditionnellement (ayant toujours été, étant, et devant toujours être).

Il y a ainsi quelque chose de puéril dans l'athéisme, un refus de voir le monde en adulte. De prendre la mesure de l'enjeu de nos vies : elles ne sont pas rien, nous avons beaucoup à perdre, et de toute façon nous devrons les perdre. Les athées sont conduits à soutenir qu'il n'y a pas de mal parce qu'ils refusent de devenir adultes, ils rejettent la création pour se débarrasser à la fois de la réalité de l'être reçu et donc de l'enjeu de nos vie, et à la fois du fait que cet être est de passage, que nous devrons le perdre. Les athées voudraient une vie inconditionnelle et sans enjeu : une vie adolescente pour l'éternité.
Dernière modification par Charles le mar. 08 juil. 2008, 14:22, modifié 1 fois.
ximatt
Censor
Censor
Messages : 88
Inscription : mer. 11 juin 2008, 14:56

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par ximatt »

Charles, je ne pretends pas tout comprendre chez les croyants et je le reconnais.

De votre coté, il serait mieux que vous ne pretendiez pas comprendre les athées suffisamment bien pour leur dire quoi penser. Si l'atheisme, en plus d'etre faux (ça, vous avez tout à fait le droit de le dire), vous semble incoherent et pueril, vous devez vous demander si ce n'est pas parce que vous ne le comprenez pas. Poser les bonnes questions serait plus humble et plus juste.
Vous imposez votre vision de l'atheisme (illusion du monde, pas de mal, pas d'enjeu de la vie) pour denoncer son incoherence. Ca ne menera nulle part. Parlez de l'incoherence de nos conceptions, pas de l'incoherence de la conception athée que vous voulez nous imposer.
Avatar de l’utilisateur
Hélène
Mater civitatis
Mater civitatis
Messages : 1523
Inscription : lun. 13 juin 2005, 3:51
Localisation : Sous le regard de Dieu
Contact :

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Hélène »

Métazét a écrit :A t'entendre, on croirait que toutes les relations au père sont névrotiques...
Non pas au père... mais au Père, oui. Parce que les relations humaines, et particulièrement celles avec ceux qui représentent l'instance divine pour le petit enfant - et j'ai nommé les parents - sont blessées à la racine pour cause d'un triste matin de Genèse 3.
En ce cas, explique moi pourquoi tout le monde n'est pas athée alors ?
Il y a deux formes d'athéisme :
1) ouvertement déclaré
2) pratique

Cette deuxième est la plus insidieuse car elle atteint même ceux qui croient en Dieu (même les catholiques... rassure-toi) ! Car croire "en" Dieu est facile, même les démons y croient nous dit saint Jacques. Mais croire dans tous les fibres de notre être que Dieu est un Père bienveillant qui nous aime tous, chacun personnellement... là, on peut dire que le monde est athée (confus, angoissé, voire névrosé dans sa relation au Père) depuis encore ce triste matin de Genèse 3 (dans chacune de nos vies) où le serpent nous a fait douter de la paternité bienveillante de Dieu et la méfiance a remplacé la confiance. Les seules qui ne sont pas athées sont les saints qui se sont laissés aimer de Dieu et qui, comme la Vierge Marie, ont une totale confiance en sa Paternité bienveillante. Mais Dieu ne se laisse pas arrêter par cet obstacle car Il sait que c'est une blessure à la racine de notre être. Voilà pourquoi Il nous a envoyé son Fils afin qu'en Lui nous retrouvions le Chemin de la filiation dans l'abandon confiant en sa Bonté et en son Amour. Ceci dit, nous sommes tous en chemin mais le Père a définitivement révélé son vrai visage sur le visage du Christ... et nous continuons de douter, et nous continuons d'avoir peur de Lui (alors qu'Il s'est présenté comme un petit enfant dans une crèche... depuis quand est-ce qu'un bébé fait peur ?!), comme le pauvre, comme le Bon Berger, comme la Vie, comme la Vérité... et nous doutons, et nous refusons, et nous nous détournons... que doit-Il faire pour ne plus faire peur ? Ne vas pas croire que les cathos ne portent pas en eux des peurs secrètes et des doutes.

Et de l'autre côté de la peur, il y a la défiance (autre effet pervers de Genèse 3, premier mouvement de révolte... d'athéisme), le bras de fer, le rejet, l'incompréhension, etc.

Et bien sûr, il y a les chemins qui cherchent Dieu mais qui se fourvoient en adorant de faux dieux...

Alors, tu vois Mikaël, le monde est plus athée que tu ne l'imagines... c'est une conséquence de la blessure et du péché des origines... toute l'humanité en est atteinte, c'est une forme de lèpre, une sclérose du coeur... j'ai entendu ton pas et j'ai eu peur... je me suis caché...

Mais le Seigneur est venu pour guérir tout cela... si nous voulons bien lui faire confiance et se laisser guérir.

Hélène
"Le Père n'a dit qu'une seule Parole, c'est son Fils et, dans un éternel silence, il la prononce toujours". (Saint Jean de la Croix)
Métazét
Rector provinciæ
Rector provinciæ
Messages : 546
Inscription : mar. 27 juin 2006, 18:42
Localisation : Nancy (France)
Contact :

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Métazét »

Bonsoir Hélène,
Hélène a écrit :Il y a deux formes d'athéisme :
1) ouvertement déclaré
2) pratique

[...]

Alors, tu vois Mikaël, le monde est plus athée que tu ne l'imagines...
Tiens pour une fois je vais parler de ce sur quoi nous sommes d'accord, histoire de faire une pause :> Figure-toi que je partage largement ton classement, sauf que j'y ajouterais aussi les "théistes pratiques". Les "théistes pratiques" se croient athées parce qu'ils rejettent ouvertement le théisme, mais n'en tirent pas toutes les conséquences et, notamment, restent fortement imprégnés des valeurs judéo-chrétiennes. Les "théistes pratiques" certes ne se comportent pas dans tous les aspects de leur vie comme des chrétiens en général, mais ils ont gardés des vestiges importants de façons de penser et d'agir chrétiennes, lesquelles ne sont pas en cohérence avec l'athéisme qu'ils affichent.

Amicalement,
Mikaël
« La majorité des philosophes n'a pas de courage ; ils commencent par avaler les principes essentiels du code actuel : monogamie, structure familiale, continence, tabous corporels, restrictions concernant l'acte sexuel et la suite, puis ils chipotent sur les détails… jusqu'à des sottises telles que de savoir si la vue de la poitrine féminine est obscène ou non. » (Robert Heinlein, En terre étrangère)
ximatt
Censor
Censor
Messages : 88
Inscription : mer. 11 juin 2008, 14:56

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par ximatt »

Je ne suis pas sur de vous suivre, Metazet. Le rejet d'un theisme voire des theismes ne se limite pas aux atheismes (il faut y ajouter les deismes, les agnosticismes, certains pantheismes...)
Métazét
Rector provinciæ
Rector provinciæ
Messages : 546
Inscription : mar. 27 juin 2006, 18:42
Localisation : Nancy (France)
Contact :

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Métazét »

ximatt a écrit :Je ne suis pas sur de vous suivre, Metazet. Le rejet d'un theisme voire des theismes ne se limite pas aux atheismes (il faut y ajouter les deismes, les agnosticismes, certains pantheismes...)
J'entends "athéisme" au sens étymologique, comme je l'avais exprimé je crois dans ma présentation. Or étymologiquement, on a le "a" privatif qui signifie "absence de" et la racine "théisme" qui exprime l'idée de la croyance en un Dieu personnel, transcendant, créateur, bienveillant et puissant.

Les anglo-saxons ont inventé un néologisme pour exprimer la même idée : nontheism

Mais outre que d'un point de vue étymologique c'est un peu scabreux (mélange de latin et de grec), "non" veut dire exactement la même chose que "a" me semble-t-il, donc je préfère dire que je suis athée plutôt que nontheist.

Autrement dit, pour moi, les déistes, les panthéistes, et même les panenthéistes sont des athées. Pour les agnostiques, c'est différent, puisque l'agnosticisme est une position épistémologique qui conteste la possibilité de connaître l'existence et/ou la nature de Dieu ou des dieux, du divin, de l'absolu. Mais ne pas connaître n'implique pas de ne pas prendre position. On peut donc être agnostique et théiste (exemple : le fidéisme) ou agnostique et athée.

Mais bon, ce n'est que ma perception des choses ;)

Bien à vous,

Mikaël
« La majorité des philosophes n'a pas de courage ; ils commencent par avaler les principes essentiels du code actuel : monogamie, structure familiale, continence, tabous corporels, restrictions concernant l'acte sexuel et la suite, puis ils chipotent sur les détails… jusqu'à des sottises telles que de savoir si la vue de la poitrine féminine est obscène ou non. » (Robert Heinlein, En terre étrangère)
ximatt
Censor
Censor
Messages : 88
Inscription : mer. 11 juin 2008, 14:56

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par ximatt »

Je ne connaissais pas ce neologisme, mais en general je designais deja cet ensemble comme les non-theistes. Ou alors libre-pensée, mais c'est un peu pompeux et parfois pejoratif.
Mais avec des nuances par rapport à vous (le dialogue va etre simple :-D )
Par non-theisme je ne designe pas l'absence de "Dieu personnel, transcendant, créateur, bienveillant et puissant" mais l'absence de "Dieu révélé"
Donc pour moi :
-tous les polytheismes sont theistes, peut etre pas pour vous. La personnification hindouiste Ishvara de la force creatrice Brahman n'est qu'un avatar et pas sa totalité, laquelle est impersonnelle.
-les agnostiques ne connaissent pas et ne prennent pas position (ou alors dans une position avec reserve). Je placerais donc le fideisme plutot dans les theismes.
-les pantheismes sont parfois theistes (certains courants du boudhisme et de l'hindouisme sont pantheistes)
-les non-theistes ne connaissent pas et se divisent suivant la position qu'ils prennent, dans des categories qui s'excluent les unes les autres : deistes croyants en un Dieu non révelé, athée excluant Dieu, agnostiques qui ne prennent pas position, autres pantheistes)

Si je vous ai suivis, dans mon classement vous seriez plutot agnostique, non ?
Et dans votre dénomination, vu qu'"athée" est dejà pris, comment appellez-vous ceux qui, parmi les nontheists, excluent assez fortement la possibilité de Dieu(x) ? neandeistes ? :-D
Charles
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1642
Inscription : mer. 14 juil. 2004, 16:44

Re: La question du mal et l'existence de Dieu

Message non lu par Charles »

Revenons au sujet :

Il y en a qui veulent prouver que Dieu n'existe pas en s'appuyant sur le fait qu'il y a du mal dans le monde.

Si Dieu n'existait pas, le monde serait seul, et si le monde était seul, rien ne lui manquerait, mais si rien ne lui manquait, il n'y aurait pas de mal dans le monde.

Dire que l'existence du mal implique l'inexistence de Dieu donc est absurde.

Si l'on dit que Dieu n'existe pas, alors il faut dire aussi que le mal non plus. Et cela a deux conséquences : on passe pour stupide, on ne peut avancer le mal pour nier l'existence de Dieu.

S'appuyer sur la mal pour rejeter Dieu, c'est en fait déjà reconnaître qu'Il existe et c'est un schéma très proche du satanisme qui renie Dieu mais pour le renier a besoin d'en reconnaître l'existence.
Répondre

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 20 invités