Xavi :
De même qu’une femme humaine (qui n’est pas Dieu) a été capable d’enfanter un être nouveau et unique dans la nature (Dieu lui-même fait homme), il me semble que c’est de manière similaire [....]
Il y a plusieurs problème dans cette soi-disant similitude qui semble en fasciner quelques uns.
Jésus est un être singulier. Il est fort singulier contrairement au premier homme (Adam, fils d'Adam ...) qui serait par nature un être collectif, si je puis dire. L'homme a bien besoin de son semblable pour se faire.
Dans sa singularité première, Jésus ressortit du monde des purs esprits pratiquement (Dieu, anges) mais en ce que ces derniers sont tous des êtres uniques, tous différents en nature les uns des autres, étrangers au mode de génération. Dieu n'est pas le fruit de l'accouplement de deux divinités antérieures et il ne génère pas de descendants par le même moyen. Dieu est unique et il le reste; chaque ange est créé immédiatement en un claquement de doigt, chacun unique, chacun étant une espèce séparée à lui seul, adulte immédiatement pour faire image (zéro évolution organique).
et
Dans la singularité seconde qui est celle de Jésus mais en y joignant son caractère d'humanité cette fois : sa mère est de même nature humaine que lui. Marie et Jésus sont de la même espèce. Avec la survenue de Jésus dans le monde, il n'y a pas création d'une nouvelle espèce justement. Marie était déjà à l'image de Dieu avant même que Jésus ait pu être conçu dans son ventre. Au plan de l'espèce, il n'y a
pas de rupture entre Marie et son fils Jésus.
Pour continuer
Dans l'analogie pré-historique concordiste, voici que la "mère du premier Adam" serait d'une espèce "X" et son fils de l'espèce humaine. Il y a rupture entre la mère et le fils. Et la rupture est telle que la mère doit connaître le sort commun qui serait celui des espèces animales, à la différence de son fils lui étant alors étranger en nature.
La conception historique de Jésus n'explique en rien pourquoi sa mère serait déjà détentrice d'une nature humaine. Or c'est justement ce que nous voudrions savoir au départ. Comment la nature humaine aurait bien pu apparaître dans la création ! Elle n'apparaît pas dans la création en même temps que Jésus en Palestine.
L'explication ...
C'est Dieu qui aura pu créer cette nature humaine plus anciennement ("avec un premier spécimen isolé - Adam") et tel que directement dans le ventre d'une génitrice d'une espèce "autre".
Il semble peu considéré ici le fait pourtant crucial (... et "oh combien !") que le caractère d'humanité n'est pas uniquement tel un donné biologique brut. Ce n'est pas comme le fait de pouvoir être avec les cheveux roux au lieu de brun ou noir. Le caractère humain proprement dit n'en peut appartenir que d'un caractère à la fois personnel et communautaire simultanément.
Il est assez vain d'aller parler de ce premier Adam comme d'un homme arrivant tout armé de cette nature humaine, choisissant de l'y faire naître d'une génitrice non humaine pour échapper à la difficulté d'un merveilleux insoutenable en premier (un homme créé de nulle part), si c'est pour nous dire ensuite et forcément que ce même Adam aura bien dû apprendre à parler tout seul, à raisonner comme un homme tout seul, à conceptualiser le monde comme un homme tout seul, à dessiner, à abstraire tout un tas de trucs et à se cultiver, etc. Toutes ces capacités que cet Adam aura dû acquérir seul ne seront pas moins un miracle extraordinaire que s'il avait fallu que Dieu nous le crée de nulle part. On ne trouve pas dans la création d'homme qui se soit humainement construit tout seul. C'est si vrai que si l'on prend un nourrisson pourtant bien humain, et qu'on l'abandonne seul dans la nature (à condition qu'il puisse ensuite survivre), l'individu ne sera pas retrouvé quinze ou vingt-cinq ans plus tard avec des facultés de chanteur, d'écrivain, de musicien, d'agriculteur ou d'ingénieur civil.
Nous soutenir que la mère non humaine du premier Adam aurait été d'une espèce différente, mais alors oui, entendons-nous, d'une espèce animale très évoluée, capable malgré tout de parler, chanter, calculer, dessiner, projeter des plans relativement compliqués dans l'avenir mais - quoi ? bien qu'étant dépourvu d'âme humaine ? Ce serait comme faire appel à une sorte de distinction ou de catégorie d'être que personne n'a jamais vu ni connu. Et on verrait bien mal ce qui pourrait séparer si dramatiquement la nature de la mère d'Adam de celle du fils, rendu là, s'il faut que celle-ci puisse posséder des talents de l'autre.
Il aurait fallu, supposons-le, que la mère étrangère à l'humanité lègue "quand même" une capacité de parler à son fils Adam, et quand nous dirions que la parole serait pourtant une caractéristique humaine !??? La mère non humaine détiendrait certaine capacités humaines mais sans devoir appartenir pour autant à l'essence humaine recherchée !??
Ce que je veux dire
c'est que nous n'arriverons jamais à figurer la possibilité qu'il y ait jamais eu un premier représentant de l'espèce humaine, en tant que spécimen véritablement isolé, seul et premier de son espèce, comme "pièce inédite" dans l'univers, et qui aurait pu parler un moment donné sans pourtant avoir dû passer lui-même par tout un processus d'apprentissage auprès d'un autre. C'est comme le fait que l'on ne s'imagine pas que Victor Hugo aurait pu écrire des poèmes sans avoir eu d'abord des professeurs pour lui enseigner à écrire, pour lui faire connaître l'alphabet, les règles de grammaire. La langue française est elle-même un produit collectif, un outil culturel.
La théorie d'un premier Adam conçu dans le ventre d'une mère porteuse d'une autre espèce ne parvient pas à évacuer le caractère de merveilleux à toute l'affaire, ni à l'incompréhensibilité de la chose ni l'émergence de problèmes logiques. Quand on parle de l'homme,;
de l'humanité, on parle tout à la fois d'un phénomène singulier et communautaire. Et cette caractéristique humaine (être un carrefour) est elle-même une singularité.
Résumons :
Jésus tient de son Père éternel tout ce qu'il est et qu'il sait comme Dieu, de ses parents humains (Marie, Joseph, etc.) tout ce qu'un homme peut savoir ou apprendre communément tel parler, compter, chanter, écrire, cuisiner, manier des instruments pour construire des meubles, faucher le blé, semer, raconter des histoires au coin du feu, etc.
L'Adam de la théorie concordiste (idée de Xavi) tiendrait du Père éternel ce qu'il est et ce qu'il pourrait appréhender ou pressentir de Dieu comme la vie éternelle, la justice divine, la nécessité de se conformer au vouloir divin, une certaine inspiration, etc., de ses parents non humains assez peu d'éléments qui seraient réellement caractéristiques de l'humanité.
Cet "Adam-Robinson Crusoé" aurait dû être un surdoué capable pratiquement à lui seul d'apprendre le langage, l'art de manger avec des ustensiles, de produire des chansons, de fabriquer des chaises, tailler des chemises, se fabriquer des bas. des potions pour soigner ses maux de gorge, maux de tête, des cataplasmes pour les brûlures, l'art de faire du savon et de prendre un bain. Que pourrait bien être la vie d'un tel Adam si particulier, et devant vivre parmi une famille d'êtres (frères, soeurs, etc.) lui étant tout à fait étrangère en nature ? On n'imagine pas la chose. Vous imaginez Adam se berçant sur une chaise, fumant sa pipe, après consommation d'un dîner pris assis sur une table et dans son assiette, pendant que sa mère et son père mangeraient avec leurs doigts assis par terre en grognant, se contentant de découper le gigot avec leurs dents, et eux-mêmes vêtus que d'une grossière peau de gnou ?
Dur d'imaginer un premier homme sortant du néant tel d'un coup de baguette magique, difficile aussi d'imaginer un premier homme ressortant de l'animalité directement et au point que le premier spécimen humain d'entre tous aurait dû vivre et grandir d'abord dans l'intimité de sa mère et de ses frères, un peu comme on le dirait d'un homme parmi un groupe de chimpanzés bien qu'étant si différent qu'il aurait pu lui seul y cultiver sa vigne à côté, cuire son pain, etc. Jane Goodall en espèce mais une Jane Goodall qui serait littéralement elle-même la fille de la maman gorille et du grand mâle de la bande. Ce sera difficile à croire ça aussi. Une si extraordinaire mutation. Pour que l'analogie concordiste passe mieux les feux de la rampe au théâtre et soit bien reçue sur la croisette à Nice : il faudrait sérieusement réduire l'écart entre Lucy et Adam. Sauf qu'à trop réduire l'écart de potentiel et de capacités entre les deux justement, l'on ne voit plus ce qui pourrait justifier la différence de nature.
tout comme Marie n’était pas elle-même divine alors qu’elle a enfanté Dieu lui-même
Marie appartient à la même nature humaine que Jésus. Elle n'est pas naturellement divine. Non, mais appelée à être divinisée ! Le cas tout théorique de la mère étrangère d'Adam : c'est Lucy étrangère carrément à la nature humaine d'Adam son fils, et juste appelée à connaître le sort peu glorieux des vils objets ou prosaïques créatures du monde naturel. Il y a là une dissymétrie. C'est dommage pour Lucy. Ce n'est pas vraiment une situation parallèle. Une seule espèce de créature en cause (humaine) dans un cas, deux espèces de créatures différentes (non humaine, humaine) dans l"autre.
L'intervention merveilleuse et transcendante de Dieu avec Marie et qui nous vaut Jésus est une intervention qui sauve Marie, l'intègre, l'assimile à la famille du divin. Il n'est rien de tel avec Lucy la mère étrangère d'Adam. Il ne s'y trouve donc pas une véritable similitude en bout de piste. On n'y trouve rien de semblable si ce n'est - disons - que cette idée commune d'y vouloir faire intervenir un miracle pour expliquer l'inexplicable.