...J'aurais tendance à dire comme Abbaruah - je pense que la Théologie de la condition animale est tout à fait débutante, et je remarque les nombreuses représentations de saints accompagnés d'animaux.
Cela dit, à bien y réfléchir, il n'est sans doute pas exact que cette théologie de la condition animale soit débutante ; disons qu'elle est sans doute débutante dans le cadre de la pensée postérieure à Descartes.
J'insiste cependant sur un point :
. Il ne me semble pas que la question de l'espérance concernant les animaux doivent être évacuée ou mise de côté par le théologien, au motif qu'elle touche trop au sentimentalisme :
- certes, il faut mettre en garde et préciser d'entrée de jeu qu'on ne peut pas considérer qu'une proposition est vraie au seule motif qu'elle nous plaît ou nous rassure ;
certes, il faut redire que dans le cadre d'une telle réflexion, ne doit être affirmé que ce qui peut être affirmé de façon certaine, donc en se fondant sur la raison et la révélation, et que faire primer son ressenti personnel et subjectif sur tout le reste (raison et révélation) en prenant ses sentiments comme fondement de sa réflexion et de sa connaissance est une grosse erreur (d'autant que les sentiments sont ce qu'il y a de plus changeant en nous et de plus soumis aux variations extérieures - humeurs, météo, conjoncture...)
(erreur courante de notre époque qui consiste à toujours partir de ses impressions en les considérant d'emblée comme vraies et exactes, et sans jamais les remettre en question)
Cependant, une fois ceci rappelé, il devient possible de discuter d'espérances particulières et de ce que peut en dire la théologie (là encore, et toutes proportions gardées, la discussion s'apparente à celle sur les enfants morts sans baptême).
Si donc on rappelle qu'une âme animale, principe organisateur de cet être animal particulier, ne peut subsister après sa mort, il faut bien rappeler que cette affirmation est posée dans le cadre naturel : la nature de l'animal, la nature de l'âme animale, font que cette âme ne peut subsister après la mort.
Mais, on rappelle qu'au-delà de l'ordre naturel existe la grâce, qui ne s'y oppose pas mais le dépasse ; notamment, il se pourrait donc que, par grâce, tel ou tel animal subsiste
réellement dans l'éternité - donc dans cette éternité hors de ce temps et de cet espace, hors de cet univers, cette éternité qui pour nous advient après le jugement dernier. Donc, qu'il est
permis d'espérer.
(non pas au sens faible d'un "espoir" ou de "l'espoir fait vivre", mais bien dans le sens d'une espérance chrétienne, d'une confiance en Dieu).
Cependant, on ne peut pas affirmer comme un fait avéré que, oui, un animal pour qui on a eu de l'affection subsistera donc automatiquement dans cette éternité.
Si je peux me permettre une petite digression pour illustrer ce principe de l'affirmation juste sur une autre question :
prenons la question du salut et de la damnation :
. il est de foi d'affirmer que tout un chacun peut être sauvé, par les mérites du Christ, mais librement, et ce jusqu'à l'heure de sa mort ;
. il est donc de foi d'affirmer que l'on peut espérer le salut pour toute personne morte, qu'elle qu'ai été sa vie terrestre ;
. c'est bien pourquoi l'Église ne se prononce jamais sur la damnation de tel ou tel : il n'existe pas "d'anti-canonisation" qui consisterait à affirmer qu'untel serait damné.
. tout ce qu'on peut dire c'est donc que telle personne a passé sa vie à s'entraîner à la damnation, à s'entraîner à refuser Dieu, que donc toute sa vie tend à la damnation et l'y pousse (et encore faudrait-il ajouter : tout ce que nous pouvons connaître, nous, de sa vie) ; mais que dans le même temps personne ne peut affirmer quoi que ce soit de certain au sujet de son salut ou de sa damnation, et qu'il est permis d'espérer
(et en un sens que c'est un devoir puisqu'il faut prier pour lui).
Les deux erreurs possibles seraient :
. soit d'affirmer "voyez sa vie, donc, il est damné, c'est certain".
. soit d'affirmer "la miséricorde de Dieu est infinie, donc, il est sauvé, c'est certain".
Pour en revenir à la question des animaux dans l'éternité :
la problématique est un peu différente (il n'est pas question ici de choix libre de l'animal), mais les deux types d'erreurs possibles s'en rapprochent :
. affirmer que, parce que dans l'ordre naturel, une âme animale ne subsiste pas et qu'un animal n'a pas part à l'éternité, alors il est certain qu'aucun animal pour qui on se prend d'affection n'aura part à l'éternité ;
. affirmer que, parce que la miséricorde de Dieu est infinie et qu'on le souhaite à titre personnel, alors les animaux pour qui on a eu de l'affection auront forcément part à l'éternité, c'est certain.
Tout ce qu'on peut affirmer de certain, il me semble, c'est que :
. dans l'ordre naturel, d'après la nature d'un animal, cela est impossible ;
. que cela est cependant possible par grâce et qu'il est donc possible de l'espérer ;
Il faut cependant préciser qu'il est permis de l'espérer dans la mesure ou cette espérance est réellement une espérance :
. c'est-à-dire qu'elle n'est pas un attachement abusif à des réalités terrestres (du style "je ne veux pas aller au paradis si je n'y retrouve pas ce que j'apprécie ici-bas")
. qu'elle vise réellement au bien (bien pour soi, et pour l'être pour qui on espère)
. qu'elle est réellement confiance en Dieu et acceptation confiante, d'avance, de ce que sera réellement cette réalité, quand bien même elle ne cadrerait pas avec nos espoirs actuels.
Dit autrement, cette espérance est bonne (j'exprime là mon appréciation personnelle) si elle s'attache à ce qu'il y a de bon dans une telle affection : reconnaissance de la bonté et de la beauté dans l'animal, reconnaissance de cet animal comme créature de Dieu, donc dans ce qu'il exprime de l'acte créateur de Dieu, de la bonté de Dieu, reconnaissance de la beauté et de la bonté d'un tel lien d'affection, dans la possibilité de tels liens entres les créatures de Dieu si diverses et de natures si différentes.