Bonjour à tous,
gerardh a écrit : ↑ven. 02 avr. 2021, 13:16
Bonjour Jean-Mic,
Gérard : Quel est l'intérêt pour la foi du linceul de Turin ?
Jean-Mic : Le même que celui de toute relique du Christ (qu'elle soit vraie ou fausse, d'ailleurs) : nous amener à méditer sur la Passion du Seigneur.
Je ne vois pas le rapport qu'il y aurait entre les unes et l'autre.
N'y a t'il pas des moyens de méditation plus adéquats ?
Je rappelle que je n'ai pas évoqué la question de la véracité de ce linceul.
Il me semble pourtant, surtout dans cette section Histoire de notre forum, qu’il est utile de commencer par cette question de la véracité historique pour pouvoir expliquer l’intérêt pour la foi, le rapport avec la mort et la résurrection du Christ, et en quoi le Saint Suaire est un moyen de méditation adéquat.
1. La question de la véracité historique
On se demande souvent si le Saint Suaire est authentique ou «
faux », en ne considérant que deux hypothèses : soit il s’agit du linceul qui a réellement enveloppé le corps mort du Christ, soit il s’agit d’une œuvre d’un faussaire qui ne mériterait aucun respect. Mais, il y a d’autres hypothèses.
En réalité, il est aussi possible qu’il s’agisse d’un miracle postérieur datant du Moyen-Âge. Ceux qui l’auraient découvert l’auraient identifié au linceul disparu du Christ. Mais, dans l’hypothèse d’un tel miracle, pourquoi le linceul ayant réellement enveloppé le Christ n’aurait-il pas été plutôt préservé et conservé, au besoin miraculeusement ? Pourquoi Dieu aurait-il laissé se perdre et se dégrader le linceul authentique avant d’en refaire miraculeusement un autre ?
Il est aussi possible qu’il s’agisse d’une œuvre d’art d’un artiste exceptionnellement doué pour reproduire dans un matériau le corps du Christ dans son linceul, comme le ferait une peinture ou une sculpture. Dans ce cas, rien ne permet d’affirmer ou de présumer que l’auteur d’une œuvre aussi remarquable serait un faussaire. Il a pu simplement vouloir réaliser une œuvre exprimant l’instant de la résurrection dans un linceul semblable à celui qui a enveloppé le corps mort du Christ. Dans un tel cas, il est possible que d’autres, plus tard, aient oublié cette origine artistique et l’aient considéré, de bonne ou de mauvaise foi, par erreur ou tromperie, comme le linceul ayant enveloppé réellement le corps du Christ.
Retenons qu’il y a,
au moins, cinq hypothèses concernant l’origine historique du Saint Suaire :
1. C’est le linceul qui a enveloppé le corps mort du Christ
2. C’est un miracle postérieur survenu à une date indéterminée
3. C’est une œuvre artistique dont l’origine a été oubliée et qui a été considérée de bonne foi comme le linceul qui a enveloppé le corps mort du Christ
4. C’est une œuvre artistique dont l’origine était connue et qui a été considérée de mauvaise foi comme le linceul qui a enveloppé le corps mort du Christ par un faussaire qui n’est pas l’auteur de cette œuvre artistique
5. C’est une œuvre d’un faussaire qui a lui-même fait croire faussement que son œuvre humaine était le linceul qui a enveloppé le corps mort du Christ.
Mais,
dans tous les cas et même dans le cas de la cinquième hypothèse la plus fausse,
le linceul de Turin nous témoigne d’une réalité historique authentique pour tous les chrétiens.
2. La question de l’intérêt pour la foi
Quelle que soit la réalité historique, le linceul de Turin a tout simplement la valeur d’un signe, d’un témoignage extraordinaire de ce que fut la résurrection corporelle du Christ.
Il concorde parfaitement avec le récit biblique en ce qui concerne la matérialité de ce qu’il montre et il concorde tout aussi parfaitement avec le récit biblique quant à la valeur que ce récit donne au linceul historique qui a enveloppé le corps mort du Christ.
Nous nous rappelons St Jean : il entra dans le tombeau, il vit le linge qui avait enveloppé le corps de Jésus et il crut. L’Évangile nous raconte ainsi que ce linge fut
un signe décisif pour la foi de Saint Jean. Jean vit et crut.
Une méditation sur le linge qui a enveloppé le corps mort du Christ, par une vénération de l’objet réel ou d’une représentation artistique, peut donc être adéquate pour nous rapprocher de la mort et de la résurrection du Christ.
3. La question du témoignage de la résurrection du Christ
Peu importe qu’il s’agisse du vrai linceul du Christ ou d’une œuvre artistique extraordinaire humaine ou miraculeuse du Moyen-Âge, le linceul de Turin
exprime de manière parfaitement correcte notre foi en la résurrection corporelle du Christ survenue à un moment où son corps mort était enveloppé d’un linceul : en un instant le corps mort de Jésus de Nazareth, déposé depuis plus d’une journée dans un tombeau, a été transformé et a quitté le linceul qui l’enveloppait, laissant le tombeau vide ainsi que ce linceul à l’endroit même où il avait été mis.
Depuis des siècles, le linceul de Turin a soutenu l’annonce de la résurrection et réchauffé le cœur et la foi d’un grand nombre.
Le linceul de Turin exprime notre foi, notre conviction que, par sa résurrection, le corps de Jésus a traversé physiquement le linceul qui l’enveloppait ce qui peut susciter une méditation profonde sur le mystère de sa mort et de sa résurrection.
Nous n’avons aujourd’hui aucun autre moyen matériel, aucune autre représentation visible de l’instant de la résurrection.
La méditation a ce sujet n’est certes pas fermée. S’agit-il (de manière réelle ou suggérée par un artiste du Moyen-Âge) d’un miracle qui aurait marqué physiquement le linceul pendant le temps où il a enveloppé le corps mort de Jésus, d’un témoignage de sa mort ? Ou, s’agit-il d’un miracle qui aurait marqué physiquement le linceul à l’instant de sa résurrection ? On peut méditer les deux hypothèses mais, en fait, elles se rejoignent. Celui qui médite le Saint Suaire comme une image de la mort médite aussitôt que ce linceul n’a pas retenu le corps mort qu’il montre. Celui qui médite le Saint Suaire comme une image de la résurrection, peut se souvenir que la résurrection du Christ n’est pas une réalité abstraite seulement métaphysique mais aussi une réalité physique : son corps a soudainement été transformé et Jésus a quitté le tombeau avec son corps ressuscité.
Ce passage physique, par un phénomène physique unique dans l’histoire, a pu photographier ou irradier le corps du Christ dans le linge qui l’enveloppait à l’instant de sa résurrection. Peut-être. Si le linceul devait être un jour daté d’une autre époque, il s’agirait toujours alors d’une œuvre d’art particulièrement extraordinaire exprimant de manière juste la foi de tous les croyants dans la réalité physique de la résurrection du Christ.
Chacun peut en penser ce qu’il veut, mais, linceul authentique du Christ ou œuvre d’art extraordinaire, le linceul de Turin a ému beaucoup de croyants depuis des siècles et restera en toute hypothèse un trésor précieux parce qu’il exprime la foi de l’Église de manière profondément touchante.
Le corps de Jésus était mort. Aucune intervention humaine, ni animale, ne l’a fait sortir de son linceul, ni de son tombeau. Le matin de Pâques, une résurrection a transformé son corps mort et a donné au Christ ressuscité une vie corporelle nouvelle qu’il a manifestée par quelques apparitions mais dont la réalité mystérieuse nous échappe.
Elle reste un sujet de méditation qui comble de joie.
Joyeuse et sainte fête de Pâques à tous !