Les poèmes ont besoin de lecteurs
Re: Les poètes
Charles Baudelaire, XVI. Châtiment de l'Orgueil
En ces temps merveilleux où la théologie
Fleurit avec le plus de sève et d'énergie,
On raconte qu'un jour un docteur des plus grands,
Après avoir forcé les cœurs indifférents ;
Les avoir remués dans leurs profondeurs noires ;
- Après avoir franchi vers les célestes gloires
Des chemins singuliers à lui-même inconnus,
Où les purs esprits seuls peut-être étaient venus, -
- Comme un homme monté trop haut, pris de panique,
S'écria, transporté d'un orgueil satanique :
" Jésus, petit Jésus ! Je t'ai poussé bien haut !
Mais, si j'avais voulu t'attaquer au défaut
De l'armure, ta honte égalerait ta gloire,
Et tu ne serais plus qu'un fœtus dérisoire ! "
Immédiatement sa raison s'en alla.
L'éclat de ce soleil d'un crêpe se voila ;
Tout le chaos roula dans cette intelligence,
Temple autrefois vivant, plein d'ordre et d'opulence,
Sous les plafonds duquel tant de pompe avait lui.
Le silence et la nuit s'installèrent en lui,
Comme dans un caveau dont la clef est perdue.
Dès lors il fut semblable aux bêtes de la rue,
Et, quand il s'en allait sans rien voir, à travers
Les champs, sans distinguer les étés des hivers,
Sale inutile et laid comme une chose usée,
Il faisait des enfants la joie et la risée.
En ces temps merveilleux où la théologie
Fleurit avec le plus de sève et d'énergie,
On raconte qu'un jour un docteur des plus grands,
Après avoir forcé les cœurs indifférents ;
Les avoir remués dans leurs profondeurs noires ;
- Après avoir franchi vers les célestes gloires
Des chemins singuliers à lui-même inconnus,
Où les purs esprits seuls peut-être étaient venus, -
- Comme un homme monté trop haut, pris de panique,
S'écria, transporté d'un orgueil satanique :
" Jésus, petit Jésus ! Je t'ai poussé bien haut !
Mais, si j'avais voulu t'attaquer au défaut
De l'armure, ta honte égalerait ta gloire,
Et tu ne serais plus qu'un fœtus dérisoire ! "
Immédiatement sa raison s'en alla.
L'éclat de ce soleil d'un crêpe se voila ;
Tout le chaos roula dans cette intelligence,
Temple autrefois vivant, plein d'ordre et d'opulence,
Sous les plafonds duquel tant de pompe avait lui.
Le silence et la nuit s'installèrent en lui,
Comme dans un caveau dont la clef est perdue.
Dès lors il fut semblable aux bêtes de la rue,
Et, quand il s'en allait sans rien voir, à travers
Les champs, sans distinguer les étés des hivers,
Sale inutile et laid comme une chose usée,
Il faisait des enfants la joie et la risée.
-
etienne lorant
- Pater civitatis

- Messages : 13130
- Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53
Re: Les poètes
Voici un jeu de mots qu'il faut avoir essayé !
Cortège de Prévert (Paroles, 1949)
Un vieillard en or avec une montre en deuil
Une reine de peine avec un homme d’Angleterre
Et des travailleurs de la paix avec des gardiens de la mer
Un hussard de la farce avec un dindon de la mort
Un serpent à café avec un moulin à lunettes
Un chasseur de corde avec un danseur de têtes
Un maréchal d’écume avec une pipe en retraite
Un chiard en habit noir avec un gentleman au maillot
Un compositeur de potence avec un gibier de musique
Un ramasseur de conscience avec un directeur de mégots
Un repasseur de Coligny avec un amiral de ciseaux
Une petite sœur du Bengale avec un tigre de Saint-Vincent-de-Paul
Un professeur de porcelaine avec un raccommodeur de philosophie
Un contrôleur de la Table Ronde avec des chevaliers de la Compagnie du gaz de Paris
Un canard à Sainte-Hélène avec un Napoléon à l’orange
Un conservateur de Samothrace avec une victoire de cimetière
Un remorqueur de famille nombreuse avec un père de haute mer.
Un membre de la prostate avec une hypertrophie de l’Académie française
Un gros cheval in partibus avec un grand évêque de cirque
Un contrôleur à la croix de bois avec un petit chanteur d’autobus
Un chirurgien terrible avec un enfant dentiste
Et le général des huîtres avec un ouvreur de Jésuite
Cortège de Prévert (Paroles, 1949)
Un vieillard en or avec une montre en deuil
Une reine de peine avec un homme d’Angleterre
Et des travailleurs de la paix avec des gardiens de la mer
Un hussard de la farce avec un dindon de la mort
Un serpent à café avec un moulin à lunettes
Un chasseur de corde avec un danseur de têtes
Un maréchal d’écume avec une pipe en retraite
Un chiard en habit noir avec un gentleman au maillot
Un compositeur de potence avec un gibier de musique
Un ramasseur de conscience avec un directeur de mégots
Un repasseur de Coligny avec un amiral de ciseaux
Une petite sœur du Bengale avec un tigre de Saint-Vincent-de-Paul
Un professeur de porcelaine avec un raccommodeur de philosophie
Un contrôleur de la Table Ronde avec des chevaliers de la Compagnie du gaz de Paris
Un canard à Sainte-Hélène avec un Napoléon à l’orange
Un conservateur de Samothrace avec une victoire de cimetière
Un remorqueur de famille nombreuse avec un père de haute mer.
Un membre de la prostate avec une hypertrophie de l’Académie française
Un gros cheval in partibus avec un grand évêque de cirque
Un contrôleur à la croix de bois avec un petit chanteur d’autobus
Un chirurgien terrible avec un enfant dentiste
Et le général des huîtres avec un ouvreur de Jésuite
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
- Fée Violine
- Consul

- Messages : 13015
- Inscription : mer. 24 sept. 2008, 14:13
- Conviction : Catholique ordinaire. Laïque dominicaine
- Localisation : France
- Contact :
Re: Les poètes
Je suis contente que tu aies mis ce poème de Nougaro "Paris mai", Etienne, car je pense aussi, depuis longtemps, que c'est de la magnifique poésie. 
-
etienne lorant
- Pater civitatis

- Messages : 13130
- Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53
Re: Les poètes
Pendant tout un temps, je me suis fait un "cinéma" en essayant de réexplorer mai 68 ... Je me suis demandé ce qui aurait pu présager cet air de révolte qui a traversé le monde... avec les assassinats de Martin Luther King, de Ted Kennedy, le soulèvement de Prague... et l'année d'après, l'homme mettait le pied sur la Lune ! Le texte de Nougaro me parle d'une - vaguement, mais tout de même - d'un sursaut de conscience de l'humain contre le rationnel, du sentiment contre l'idée, de l'esprit d'enfance contre les "tours inhabitables" que se construit l'indivu désormais.
Surtout ce passage:
Le jeune homme harassé déchirait ses cheveux
Le jeune homme hérissé arrachait sa chemise
Camarade ma peau est-elle encore de mise
Et dedans, mon coeur seul, ne fait-il pas vieux jeu
Avec ma belle amie quand nous dansons ensemble
Est-ce nous qui dansons ou la terre qui tremble?
Je ne veux plus cracher dans la gueule à papa
Je voudrais savoir si l'homme a raison ou pas
Si je dois endosser cette guérite étroite
Avec sa manche gauche, avec sa manche droite
Ses pâles oraisons, ses hymnes cramoisis
La passion du futur, sa chronique amnésie
Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris
Mai, Paris
Il y a cette évocation de la danse : est-ce nous qui dansons, ou la terre qui tremble ? N'est-ce pas une crise de l'inconscient contre le rationnel , ou d'un sursaut de l'esprit d'enfance contre une société désormais sans idéal ?
Surtout ce passage:
Le jeune homme harassé déchirait ses cheveux
Le jeune homme hérissé arrachait sa chemise
Camarade ma peau est-elle encore de mise
Et dedans, mon coeur seul, ne fait-il pas vieux jeu
Avec ma belle amie quand nous dansons ensemble
Est-ce nous qui dansons ou la terre qui tremble?
Je ne veux plus cracher dans la gueule à papa
Je voudrais savoir si l'homme a raison ou pas
Si je dois endosser cette guérite étroite
Avec sa manche gauche, avec sa manche droite
Ses pâles oraisons, ses hymnes cramoisis
La passion du futur, sa chronique amnésie
Mai, mai, mai, Paris mai, mai, mai, mai, Paris
Mai, Paris
Il y a cette évocation de la danse : est-ce nous qui dansons, ou la terre qui tremble ? N'est-ce pas une crise de l'inconscient contre le rationnel , ou d'un sursaut de l'esprit d'enfance contre une société désormais sans idéal ?
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
- Fée Violine
- Consul

- Messages : 13015
- Inscription : mer. 24 sept. 2008, 14:13
- Conviction : Catholique ordinaire. Laïque dominicaine
- Localisation : France
- Contact :
Re: Les poètes
Oui, quelque chose comme ça. Une action du Saint Esprit en tout cas, un aspiration à une vie plus vivante, mais pour finir, comme dit ce poème, "chacun est rentré chez son automobile". L'art des poètes est de dire beaucoup de choses en peu de mots.
-
etienne lorant
- Pater civitatis

- Messages : 13130
- Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53
Re: Les poètes
Curieusement, peut-être, cela me rappelle ce petit texte de Prévert:
jacques prévert / il ne faut pas
Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les
allumettes
Parce que Messieurs quand on le laisse seul
Le monde mental Messieurs
N'est pas du tout brillant
Et sitôt qu'il est seul
Travaille arbitrairement
S'érigeant pour soi-même
Et soi-disant généreusement en l'honneur des travailleurs
du bâtiment
Un auto-monument
Répétons-le Messsssieurs
Quand on le laisse seul
Le monde mental
Ment
Monumentalement.
Du point de vue économique, on cite toujours "les trente glorieuses" comme des années de bonheur et de progrès vers la société de consommation... rattrapage d'un retard avec les Etats-Unis. Mais, à mon sens, que ce soit le sytème socialiste (façon soviétique) ou le système libéral (mode américain), il y a toujours eu mensonge sur la nature réelle de l'être humain - mais en fait, à ce sujet, il y a toujours débat. Je crois que c'est Dostoïevsky qui avait écrit qu'à partir du moment où l'on dirait que Dieu n'existe pas, les hommes se jetteraient les uns sur les autres pour s'embrasser et tenter de se consoler, et qu'ils se jetteraient, dans le même but, "sur le moindre brin d'herbe"... çà me donne froid dans le dos rien que d'y songer !
jacques prévert / il ne faut pas
Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les
allumettes
Parce que Messieurs quand on le laisse seul
Le monde mental Messieurs
N'est pas du tout brillant
Et sitôt qu'il est seul
Travaille arbitrairement
S'érigeant pour soi-même
Et soi-disant généreusement en l'honneur des travailleurs
du bâtiment
Un auto-monument
Répétons-le Messsssieurs
Quand on le laisse seul
Le monde mental
Ment
Monumentalement.
Du point de vue économique, on cite toujours "les trente glorieuses" comme des années de bonheur et de progrès vers la société de consommation... rattrapage d'un retard avec les Etats-Unis. Mais, à mon sens, que ce soit le sytème socialiste (façon soviétique) ou le système libéral (mode américain), il y a toujours eu mensonge sur la nature réelle de l'être humain - mais en fait, à ce sujet, il y a toujours débat. Je crois que c'est Dostoïevsky qui avait écrit qu'à partir du moment où l'on dirait que Dieu n'existe pas, les hommes se jetteraient les uns sur les autres pour s'embrasser et tenter de se consoler, et qu'ils se jetteraient, dans le même but, "sur le moindre brin d'herbe"... çà me donne froid dans le dos rien que d'y songer !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
- coeurderoy
- Pater civitatis

- Messages : 5771
- Inscription : sam. 31 mai 2008, 19:02
- Localisation : Entre Loire et Garonne
Re: Les poètes
Dans Arles où sont les Alyscamps,
Quand l'ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,
Prends garde à la douceur des choses
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton coeur trop lourd
Et que se taisent les colombes :
Parle tout-bas, si c'est d'amour
Au bord des tombes.
Paul-Jean Toulet
et Gauguin...en 1888 : http://www.ibiblio.org/wm/paint/auth/ga ... scamps.jpg
http://www.musee-orsay.fr/fr/collection ... o_cache=1&
Quand l'ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,
Prends garde à la douceur des choses
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton coeur trop lourd
Et que se taisent les colombes :
Parle tout-bas, si c'est d'amour
Au bord des tombes.
Paul-Jean Toulet
et Gauguin...en 1888 : http://www.ibiblio.org/wm/paint/auth/ga ... scamps.jpg
http://www.musee-orsay.fr/fr/collection ... o_cache=1&
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"
Saint Bernard de Clairvaux
Saint Bernard de Clairvaux
- coeurderoy
- Pater civitatis

- Messages : 5771
- Inscription : sam. 31 mai 2008, 19:02
- Localisation : Entre Loire et Garonne
Re: Les poètes
"Parle tout bas, si c'est d'amour..." Les Alyscamps, Van Gogh, 1888
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Va ... _other.jpg
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Va ... _other.jpg
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"
Saint Bernard de Clairvaux
Saint Bernard de Clairvaux
- coeurderoy
- Pater civitatis

- Messages : 5771
- Inscription : sam. 31 mai 2008, 19:02
- Localisation : Entre Loire et Garonne
Re: Les poètes
CREPUSCULE
L'heure viendra...l'heure vient...elle est venue
Où je serai l'étrangère en ma maison,
Où j'aurai sous le front une ombre inconnue
Qui cache ma raison aux autres raisons.
Ils diront que j'ai perdu ma lumière
Parce que je vois ce que nul oeil n'atteint :
La lueur d'avant mon aube la première
Et d'après mon soir le dernier qui s'éteint.
Ils diront que j'ai perdu ma présence
Parce qu'attentive aux présages épars
Qui m'appellent de derrière ma naissance,
J'entends s'ouvrir les demeures d'autre part.
Ils diront que ma bouche devient folle
Et que les mots ne savent plus ce qu'ils font
Parce qu'au bord du jour pâle, mes paroles
Sortent d'un silence insolite et profond.
Ils diront que je retombe au bas âge
Qui n'a pas encore appris la vérité
Des ans clairs et leur sagesse de passage,
Parce que je retourne à l'Eternité.
Marie Noël. 1883-1967. Chants d'arrière-saison, 1961
L'heure viendra...l'heure vient...elle est venue
Où je serai l'étrangère en ma maison,
Où j'aurai sous le front une ombre inconnue
Qui cache ma raison aux autres raisons.
Ils diront que j'ai perdu ma lumière
Parce que je vois ce que nul oeil n'atteint :
La lueur d'avant mon aube la première
Et d'après mon soir le dernier qui s'éteint.
Ils diront que j'ai perdu ma présence
Parce qu'attentive aux présages épars
Qui m'appellent de derrière ma naissance,
J'entends s'ouvrir les demeures d'autre part.
Ils diront que ma bouche devient folle
Et que les mots ne savent plus ce qu'ils font
Parce qu'au bord du jour pâle, mes paroles
Sortent d'un silence insolite et profond.
Ils diront que je retombe au bas âge
Qui n'a pas encore appris la vérité
Des ans clairs et leur sagesse de passage,
Parce que je retourne à l'Eternité.
Marie Noël. 1883-1967. Chants d'arrière-saison, 1961
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"
Saint Bernard de Clairvaux
Saint Bernard de Clairvaux
- coeurderoy
- Pater civitatis

- Messages : 5771
- Inscription : sam. 31 mai 2008, 19:02
- Localisation : Entre Loire et Garonne
Re: Les poètes
un souvenir de mes 7-8 ans :
Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison !
A sept ans comme il faisait bon,
Après d'ennuyeuses vacances,
Se retrouver à la maison !
La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l'encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.
O temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d'oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.
René-Guy Cadou
Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison !
A sept ans comme il faisait bon,
Après d'ennuyeuses vacances,
Se retrouver à la maison !
La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l'encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.
O temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d'oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.
René-Guy Cadou
Dernière modification par coeurderoy le dim. 20 sept. 2009, 9:50, modifié 1 fois.
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"
Saint Bernard de Clairvaux
Saint Bernard de Clairvaux
-
papillon
- Barbarus

Re: Les poètes
La prière
J'avais devant les yeux les ténèbres. L'abîme
qui n'a pas de rivage et qui n'a pas de cime
était là, morne, immense et rien n'y remuait.
Je me sentais perdu dans l'infini muet.
Au fond, à travers l'ombre, impénétrable voile,
on apercevait Dieu comme une sombre étoile.
Je m'écriai: Mon âme! Mon âme! il faudrait,
pour traverser ce gouffre où nul bord n'apparaît,
et pour qu'en cette nuit jusqu'à ton Dieu tu marches,
bâtir un pont géant sur des millions d'arches.
Qui le pourra jamais? Personne! Ô deuil! Effroi!
Pleure!-Un fantôme blanc se dressa devant moi
pendant que je jetais sur l'ombre un oeil d'alarme,
et ce fantôme avait la forme d'une larme;
C'était un front de vierge avec des mains d'enfant,
il ressemblait au lys que sa blancheur défend;
Ses mains en se joignant faisaient de la lumière.
Il me montra l'abîme où va toute poussière,
si profond que jamais un écho n'y répond,
et me dit:-Si tu veux , je bâtirai le pont.
Vers le pâle inconnu je levai ma paupière.
Quel est ton nom? lui dis-je. Il me dit:- la prière!
(Victor Hugo)
J'avais devant les yeux les ténèbres. L'abîme
qui n'a pas de rivage et qui n'a pas de cime
était là, morne, immense et rien n'y remuait.
Je me sentais perdu dans l'infini muet.
Au fond, à travers l'ombre, impénétrable voile,
on apercevait Dieu comme une sombre étoile.
Je m'écriai: Mon âme! Mon âme! il faudrait,
pour traverser ce gouffre où nul bord n'apparaît,
et pour qu'en cette nuit jusqu'à ton Dieu tu marches,
bâtir un pont géant sur des millions d'arches.
Qui le pourra jamais? Personne! Ô deuil! Effroi!
Pleure!-Un fantôme blanc se dressa devant moi
pendant que je jetais sur l'ombre un oeil d'alarme,
et ce fantôme avait la forme d'une larme;
C'était un front de vierge avec des mains d'enfant,
il ressemblait au lys que sa blancheur défend;
Ses mains en se joignant faisaient de la lumière.
Il me montra l'abîme où va toute poussière,
si profond que jamais un écho n'y répond,
et me dit:-Si tu veux , je bâtirai le pont.
Vers le pâle inconnu je levai ma paupière.
Quel est ton nom? lui dis-je. Il me dit:- la prière!
(Victor Hugo)
-
papillon
- Barbarus

Fraternité- Un songe
Un songe
Le laboureur m'a dit en songe: "Fais ton pain.
Je ne te nourris plus: gratte la terre et sème."
Le tisserand m'a dit: "Fais tes habits toi-même."
Et le maçon m'a dit: "Prends la truelle en main."
Et seul, abandonné de tout le genre humain
Dont je traînai partout l'implacable anathème,
Quand j'implorai du ciel une pitié suprême,
Je trouvai des lions debout sur mon chemin.
J'ouvris les yeux, doutant si l'aube était réelle;
De hardis compagnons sifflaient sur leurs échelles.
Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.
Je connus mon bonheur, et qu'au monde où nous sommes
Nul ne peut se vanter de se passer des hommes,
Et depuis ce jour-là, je les ai tous aimés.
René François Sully Prud'homme (1839-1907)
Le laboureur m'a dit en songe: "Fais ton pain.
Je ne te nourris plus: gratte la terre et sème."
Le tisserand m'a dit: "Fais tes habits toi-même."
Et le maçon m'a dit: "Prends la truelle en main."
Et seul, abandonné de tout le genre humain
Dont je traînai partout l'implacable anathème,
Quand j'implorai du ciel une pitié suprême,
Je trouvai des lions debout sur mon chemin.
J'ouvris les yeux, doutant si l'aube était réelle;
De hardis compagnons sifflaient sur leurs échelles.
Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.
Je connus mon bonheur, et qu'au monde où nous sommes
Nul ne peut se vanter de se passer des hommes,
Et depuis ce jour-là, je les ai tous aimés.
René François Sully Prud'homme (1839-1907)
-
etienne lorant
- Pater civitatis

- Messages : 13130
- Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53
Un lundi sans soleil...
Pour conclure cette journée, qui ne fut qu'ombre et brouillard, plutôt qu'été, voici le beau petit poème de Paul Eluard qui semblait vouloir y disparaître tout vif...
Pour vivre ici
Je fis un feu, l'azur m'ayant abandonné,
Un feu pour être, son ami,
Un feu pour m'introduire dans la nuit d'hiver
Un feu pour vivre mieux.
Je lui donnai ce que le jour m'avait donné :
Les forêts, les buissons, les champs de blé, les vignes,
Les nids et leurs oiseaux, les maisons et leurs clés,
Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.
Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,
Au seul parfum de leur chaleur;
J'étais comme un bateau coulant dans l'eau fermée,
Comme un mort je n'avais qu'un unique élément.
(Choix de Poèmes) (N.R.F.)
Pour vivre ici
Je fis un feu, l'azur m'ayant abandonné,
Un feu pour être, son ami,
Un feu pour m'introduire dans la nuit d'hiver
Un feu pour vivre mieux.
Je lui donnai ce que le jour m'avait donné :
Les forêts, les buissons, les champs de blé, les vignes,
Les nids et leurs oiseaux, les maisons et leurs clés,
Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.
Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,
Au seul parfum de leur chaleur;
J'étais comme un bateau coulant dans l'eau fermée,
Comme un mort je n'avais qu'un unique élément.
(Choix de Poèmes) (N.R.F.)
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
- Nanimo
- Prætor

- Messages : 2772
- Inscription : sam. 15 avr. 2006, 16:21
- Conviction : Catholique
- Localisation : CANADA
- Contact :
Poésie de Somalie
Émouvant ces francophones du bout du monde qui connaissent le français aussi bien que nous.
William Syad, Effluves
« Qui suis-je? »
Je suis
Pour toi
Ce que tu voudrais être
Au fond de Toi-même
A l'instant
Où ta pensée arrête
Sa course
Je dis
Ce que Tu voudras
Dire
L'instant
Où ton âme
Animée
Voudrait dire des mots
Enfin
Je suis ton autre
Toi-même
Dans l'intimité
Où se rejoignent
Deux pensées
Deux êtres
Toi (regard JP)et moi (regard JC)
William Syad, Effluves
« Qui suis-je? »
Je suis
Pour toi
Ce que tu voudrais être
Au fond de Toi-même
A l'instant
Où ta pensée arrête
Sa course
Je dis
Ce que Tu voudras
Dire
L'instant
Où ton âme
Animée
Voudrait dire des mots
Enfin
Je suis ton autre
Toi-même
Dans l'intimité
Où se rejoignent
Deux pensées
Deux êtres
Toi (regard JP)et moi (regard JC)
Lest we boast
[couleur de la modératrice]
[couleur de la modératrice]
- Jean-Mic
- Pater civitatis

- Messages : 4176
- Inscription : mar. 07 févr. 2012, 20:17
- Localisation : Nevers
"J'allai à Lourdes" Francis Jammes
J’allai à Lourdes par le chemin de fer,
le long du gave qui est bleu comme l’air.
Au soleil les montagnes semblaient d’étain.
Et l’on chantait : sauvez ! sauvez ! dans le train.
Il y avait un monde fou, exalté,
plein de poussière et du soleil d’été.
Des malheureux avec le ventre en avant
étendaient leurs bras, priaient en les tordant.
Et dans une chaire, où était du drap bleu,
Un prêtre disait : « un chapelet à Dieu ! »
Et un groupe de femmes, parfois passait,
qui chantait : sauvez ! sauvez ! sauvez ! sauvez !
Et la procession chantait. Les drapeaux
se penchaient avec leur devises en or.
Le soleil était blanc sur les escaliers.
dans l’air bleu, sur les clochers déchiquetés.
Mais sur un brancard, portée par ses parents,
son pauvre père tête nue et priant,
et ses frères qui disaient : « ainsi soit-il »,
une jeune fille sur le point de mourir.
Oh ! qu’elle était belle ! elle avait dix-huit ans,
et elle souriait ; elle était en blanc.
Et la procession chantait. Les drapeaux
se penchaient avec leurs devises en or.
Moi je serrais les dents pour ne pas pleurer,
et cette fille, je me sentais l’aimer.
Oh ! elle m’a regardé un grand moment,
une rose blanche en main, souriant.
Mais maintenant où es-tu ? dis, où es-tu ?
Es-tu morte ? je t’aime, toi qui m’as vu.
Si tu existes, Dieu, ne la tue pas :
elle avait des mains blanches, de minces bras.
Dieu, ne la tue pas ! — et ne serait-ce que
pour son père nu-tête qui priait Dieu.
Francis JAMMES
Recueil : "De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir" 1889.
le long du gave qui est bleu comme l’air.
Au soleil les montagnes semblaient d’étain.
Et l’on chantait : sauvez ! sauvez ! dans le train.
Il y avait un monde fou, exalté,
plein de poussière et du soleil d’été.
Des malheureux avec le ventre en avant
étendaient leurs bras, priaient en les tordant.
Et dans une chaire, où était du drap bleu,
Un prêtre disait : « un chapelet à Dieu ! »
Et un groupe de femmes, parfois passait,
qui chantait : sauvez ! sauvez ! sauvez ! sauvez !
Et la procession chantait. Les drapeaux
se penchaient avec leur devises en or.
Le soleil était blanc sur les escaliers.
dans l’air bleu, sur les clochers déchiquetés.
Mais sur un brancard, portée par ses parents,
son pauvre père tête nue et priant,
et ses frères qui disaient : « ainsi soit-il »,
une jeune fille sur le point de mourir.
Oh ! qu’elle était belle ! elle avait dix-huit ans,
et elle souriait ; elle était en blanc.
Et la procession chantait. Les drapeaux
se penchaient avec leurs devises en or.
Moi je serrais les dents pour ne pas pleurer,
et cette fille, je me sentais l’aimer.
Oh ! elle m’a regardé un grand moment,
une rose blanche en main, souriant.
Mais maintenant où es-tu ? dis, où es-tu ?
Es-tu morte ? je t’aime, toi qui m’as vu.
Si tu existes, Dieu, ne la tue pas :
elle avait des mains blanches, de minces bras.
Dieu, ne la tue pas ! — et ne serait-ce que
pour son père nu-tête qui priait Dieu.
Francis JAMMES
Recueil : "De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir" 1889.
Heureux ceux qui savent rire d'eux-mêmes. Ils n'ont pas fini de s'amuser !
Qui est en ligne ?
Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 7 invités
