Le "problème" avec Saint Paul c'est que ses Lettres sont des écrits canoniques ; donc techniquement, Paul n'est pas le seul auteur de ses propres lettres, puisque Dieu Lui-même est l'auteur de tout passage des Ecritures. Donc même si la forme peut effectivement être attribuée à son caractère, le fond est scellé par le Saint Esprit, qui est une autorité plutôt importante.
Donc tout le problème, c'est de distinguer la forme contextuelle du fond intemporel. Travail difficile, certes, lorsqu'il est appliqué à un sujet aussi délicat que celui de la place des femmes dans l'Eglise, sujet qui reste largement ouvert et dont on est très loin d'avoir résolu les problématiques les plus essentielles.
Voilà ce que je dirais à ce sujet :
Je crois qu'il est intéréssant de comparer ce que peut dire Saint Paul à propos de l'esclavage et du rapport de la femme à l'homme. Il est à noter que le Christianisme n'est en rien une doctrine révolutionnaire au niveau social - quelque part c'est même le contraire, puisqu'il tend à se soumettre à l'ordre établi. Aux esclaves, Saint Paul ne dit pas "révoltez-vous contre cette injustice !" mais "restez soumis à vos maîtres". Cela s'explique quand on sait que ce qui importe pour Saint Paul (et pour l'Eglise en général) c'est le salut des âmes, pas la réussite dans ce monde, qui importe. L'Eglise ne nie pas nécessairement qu'il existe des injustice, mais elle préfère voir ses membres s'en contenter et aimer malgré tout plutôt que de risquer la haine qui risque de résulter d'un affrontement entre dominés et dominateurs. La condamnation de la lutte des classes par l'Egise au 19ème est fondamentallement dans la même veine ; toujours, l'Eglise refuse l'affrontement entre dominés et dominateurs, et préfère glorifier le dominé qui aime plutôt que le dominé qui hait son dominateur. D'où, d'ailleurs, l'appelation marxiste "d'opium du peuple", qui est relativement justifiée du point de vue du camarade barbu.
D'ailleurs, la question de la "révolte catholique" reste largement à théoriser. La tentative de la théologie de la Libération a échoué, sans doute parce qu'elle a méprisé la Tradition de l'Eglise et son enseignement sur le sujet. Ca m'a d'ailleurs assez largement amusé/étonné à l'époque de la sortie du film "Cristeros" de voir autant de gens glorifier cette révolte contre un pouvoir anticlérical, alors que fondamentallement ce type d'insurrection est assez difficilement justifiable par cette même Tradition. Pour l'instant, le seul type de "révolution sociale" proclammée par l'Eglise est celle qui part de l'individu. Certes, elle est tout à fait évangélique. Un exemple, c'est la disparition de l'esclavage en Europe, justement, qui a en partie été du fait de l'influence de l'Eglise qui faisait de l'affranchissement un acte vertueux, ce qui a eu tendance à faire baisser la quantité d'esclaves. C'est bien, mais bon, on peut douter de l'efficacité pragmatique de cette solution (sans des effets économiques structurels corrélés à la pratique chrétienne de l'affranchissement, la seule vertu personnelle n'aurait jamais mis fin à l'esclavage...). Enfin bref.
Ce qui est certain, c'est qu'il y avait, et peut-être bien qu'il y a toujours, une soumission structurelle des femmes aux hommes dans les sociétés humaines, entre autre occidentale, depuis la nuit des temps. Ce rapport dominé/dominateur est comparable, je pense, à l'esclavage ou au rapport pauvreté/richesse marxiste. Il n'est donc en rien déraisonnable d'affirmer que lorsque Saint Paul dit aux femmes : "soumettez-vous à votre mari", c'est du même ordre que l'invitation aux esclaves "restez soumis à vos maîtres". Et donc rien n'empêche de condamner le patriarcat ou l'eslavage tout en reconnaissant la Parole de Dieu comme sacrée ; car ce que dit Saint Paul, ce n'est pas "il n'y a pas d'injustice, c'est normal", mais "l'injustice est moins importante que le salut des âmes".
Bref, au cas ou quelqu'un aurait un doute, qu'une femme ait son propre carnet de chèque est parfaitement biblique.
Maintenant, posons-nous la question: quel est le rapport d'autorité femme/homme selon l'Ecriture (le fond, pas la forme ; l'inspiration, pas le contexte) ?
Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur; 23car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l'Eglise, qui est son corps, et dont il est le Sauveur. 24Or, de même que l'Eglise est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l'être à leurs maris en toutes choses.
25Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Eglise, et s'est livré lui-même pour elle, 26afin de la sanctifier par la parole, après l'avoir purifiée par le baptême d'eau, 27afin de faire paraître devant lui cette Eglise glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible. 28C'est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Celui qui aime sa femme s'aime lui-même. 29Car jamais personne n'a haï sa propre chair; mais il la nourrit et en prend soin, comme Christ le fait pour l'Eglise, 30parce que nous sommes membres de son corps. 31C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. 32Ce mystère est grand; je dis cela par rapport à Christ et à l'Eglise. 33Du reste, que chacun de vous aime sa femme comme lui-même, et que la femme respecte son mari.
Je crois que c'est dans la comparaison Christ/Eglise que se trouve ce rapport, avec une étonnante dimension prophétique.
Certain(e) théologien(ne) ont voulu faire de ce rapport Christ-Eglise une simple analogie contextuelle propre à la structure patriarcale des sociétés juives et romaines. Je crois que là, on va beaucoup trop loin, pour le coup. Le contexte a ses limites, et les Ecritures sont fait pour que n'importe qui puisse les lire, pas juste ceux qui sont au fait de la nature des rapports sociaux au 1er siècle. En d'autre terme, on touche véritablement là à la dimension sacrée des Ecritures dont (on ne le dira jamais assez) Dieu est pleinement l'auteur.
A première vue, cette analogie va clairement dans le sens du patriarcat. La place de L'Eglise n'est-elle pas à genoux devant le Christ ? N'y a-t-il pas rapport de sujétion entre le Roi et Son peuple ?
Oui, il y a rapport de sujétion. Inutile de le nier. Et en ce sens, l'homme dans le couple a sans doute une forme de primauté dans l'autorité - mais celle-ci reste à définir.
Mais limiter le rapport de l'Eglise au Christ à un simple rapport de soumission serait une grossière erreur - une erreur musulmane, en ce sens que l'Islam proclamme une relation unidimensionnelle de soumission entre l'homme et Dieu. Le Christ, ce n'est pas seulement le Pantokrator au nom duquel tout genoux doit fléchir, c'est aussi le Dieu à genoux devant ses fils, leur lavant les pieds - et accesoirement, les âmes dans la souffrance soumise de la Crox.
Le Christ, c'est aussi le bébé soumis à sa Mère, La Sainte Vierge Marie, qui est elle-même l'image par excellence de l'Eglise dans son rapport à Dieu.Et la Vierge-Eglise décrite en Apocalypse 12 est loin d'être une femme définie par sa soumission : c'est la Reine des Cieux, couronné d'étoiles ! On dit souvent que l'intercession de la Vierge a sa fondation dans la dévotion aimante que lui voue son Fils, qui la traite d'égale à égale dans l'ordre de la relation.
Et la Vierge nous montre en cela le chemin de la déification : nous sommes appellés à n'êtres plus qu'Amour à tel point que dans la perfection divine nous puissions êtres appellés Saints - ce qui n'appartient qu'à Dieu "Tu solus Sanctus !" - et même dieux (comme le dit le psaume cité par le Christ) - ce qui n'appartient également qu'à.... Dieu.
Donc en terme relationnel, npous sommes appellés à une relation d'égalité avec le Christ - même si ce dernier reste infiniement supérieur dans l'Ordre de l'essence, évidemment. Dieu est Dieu, et nous sommes de simples hommes.
Mais justement, hommes et femmes sont égaux en dignité ; en aucun cas ils ne partagent la dissimilarité fondamentale entre essences divines et humaines. Il ne reste donc plus que l'égalité relationnelle, et c'est à cette égalité qu'appelle Paul. "Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Eglise, et s'est livré lui-même pour elle" n'est donc pas si différent de "Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur".
Bref, alors en quoi consiste la primauté dans l'autorité de l'homme ?
Attention, anthropologie de comptoir en approche.
Je crois que cette primauté... est la raison qui fait que c'est l'homme qui paye le premier verre lors du premier rendez-vous entre un "jeune homme" et une "jeune fille". L'homme est fondamentalement appellé à mener, c'est dans sa nature. Mais mener doit se comprendre comme une présidence dans l'égalité ; c'est un ministère néssécaire pour que la famille puisse parler d'une voix, mais ce n'est en aucun cas une autorité monarchique. D'ailleurs, plus loin dans Ephésien, Paul invite les enfants à être soumis "à leurs parents". Pas juste au père. C'est donc les parents qui exercent l'autorité au sens propre ; le père n'est que le canal privilégié d'une autorité qui est placé dans le "collège" parental. Bref, il faut un meneur parce qu'une assemblée doit avoir un président - non pas que la voix du président compte d'avantage que celle des autres, mais sans lui il ne peut y avoir d'unité.
L'autorité de l'homme, si elle existe bien, ne doit donc pas s'exercer par opposition à celle de sa femme ; on est à des années lumières d'une conception patriarcale ou une femme n'aurait pas droit de contester les décisions de son mari et d'être unilatéralement soumise à lui. Il peut y avoir soumission féminine parce qu'Il existe également une soumission masculine.
Et là où je pourrais voir une dimension prophétique à cette égalité véritable, c'est que l'idée que la réciproque de la soumission de la femme à l'homme comme l'Eglise est soumise au Christ (càd la soumission de l'homme à la femme comme le Christ est soumis à l'Eglise) est évidemment plus difficile à percevoir, à analyser - mais pourtant évidente, pour peut qu'on médite un peu à ce sujet. J'y vois - sans doute par sur-interprétation, mais quand même - une forme d'annonce de l'acquision progressive de cette égalité dans la soumission réciproque.
Si un féminisme chrétien doit exister - et c'est sans doute le cas -, c'est sur cette base qu'il doit se constituer, à mon très humble avis.
C'était long - trop. Je retourne bosser.
Dieu vous bénisse,
Héraclius -