Je me retrouve tout à fait dans ce que vous dites, Griffon, et aussi dans ce que disent Isabelle et Kerniou.
Dans le cas particulier de l'expérience d'Isabelle, elle n'était qu'une enfant et il est évident que ses intentions etaient pures, de même que son coeur.
Mais il m'apparaît tout aussi évident qu'il est malsain de s'infliger à soi-même des souffrances, de meurtrir son corps dans le but de souffrir, et encore plus d'apprendre à un enfant à le faire. Mais ça, Isabelle n'était pas en mesure de le comprendre à ce jeune âge.
J'aimerais apporter une réflexion personnelle, pour ce qu'elle vaut, sur le plaisir, la jouissance et la souffrance .
Je crois que d'une manière générale on se prend trop la tête à ce sujet qui a de tout temps fait couler tant d'encre.
Les hommes ont une fâcheuse tendance à toujours vouloir opposer les choses, à les définir comme étant "bonnes" ou "mauvaises".
C'est un phénomène qui trouve son origine dans l'égo, je suppose, de tout fractionner, de séparer, de mettre en opposition.
Au départ, on a naturellement tendance à définir ce qui est agréable comme étant "bon" et ce qui est désagréable comme étant "mauvais".
Dans certains intégrismes religieux, on est allé dans l'extrême opposé en démonisant le plaisir et en sanctifiant la souffrance.
En fait, le plaisir et la souffrance (ou douleur), sont des piliers de la vie, biologiquement parlant, sans lesquels toute vie serait impossible. Et cette vie nous vient de Dieu. Alors..
S'il n'y avait pas de plaisir à manger, nous mourrions tous d'inanition.
S'il n'y avait pas de plaisir à se reproduire, nous ne serions pas là à discuter sur ce forum.
Si la douleur et la souffrrance n'existaient pas, l'intégrité de notre corps, de notre santé, de notre vie serait constamment menacée. C'est elle qui nous informe que quelque chose ne va pas et qu'il faut y remédier. Souvent, elle ne nous laisse même pas le temps d'y penser. C'est spontanément que nous retirons notre main quand nous nous brûlons.
La jouissance et la souffrance sont l'expression de la vie, main dans la main et non en opposition, elles nous poussent dans la vie et non dans la mort.
Elles ne sont pas mauvaises ni l'une ni l'autre, bien au contraire. C'est l'interprétation qu'on en fait, l'usage qu'on en fait, l'opposition qu'on en fait, l'attachement qu'on y porte, qui conduisent à toutes sortes de dérives et une confusion générale sur le sens qu'elles ont dans notre vie.
Celui que le plaisir de manger conduit à nourrir son corps sainement, pour vivre sainement dans l'amour va dans le sens de la vie.
Celui qui s'est attaché au plaisir de manger et pour qui ce plaisir est un but en soi peut s'empiffrer comme un porc, ce qui le conduira immanquablement vers la maladie, dont il sera le principal responsable. C'est un offense à la vie et donc à Dieu.
Il en est de même pour le plaisir sexuel, qui lorsqu'il devient un but, une dépendance, mène à toutes ces horreurs qu'on voit tous les jours. Inutile d'élaborer...
Même principe pour la souffrance, qui tout en étant désagréable, est indispensable à la vie.
Il ne faut pas la refuser quand elle se présente, mais la rechercher est malsain.
Il faut, je crois, accueillir l'un et l'autre, souffrance et jouissance, humblement, d'un coeur égal, dans un certain détachement qui n'est pas de l'indifférence. Jouir de l'un, accepter l'autre sereinement, sans être attaché à l'un, sans fuir l'autre.
Rechercher la souffrance, ou la jouissance, c'est être attaché. Quand on est attaché, on n'est plus en mesure d'accueillir, ni de donner, ni d'aimer.
Rechercher la jouissance ou la souffrance, c'est servir son égo, c'est se séparer de Dieu.
L'humilité et l'abandon face à ce qui nous arrive, l'acceptation et l'accueil de "l'agéable" et du "désagréable" me semble davantage propice à la sérénité.
Ce que j'écris là n'est pas de la haute voltige théologique et ne s'appuie que sur une expérience de vie, mais mettre ces principes en application m'aide à vivre dans un certain équilibre.
Papillon
p.s Oui, Griffon, je vais bien. Merci.
Si je me fais plus rare sur le forum, c'est qu'un forum religieux étant ce qu'il est, il y a souvent de l'agressivité, des tensions, de l'animosité, et je préfère de temps en temps "prendre l'air".
Ceci n'est pas un reproche que j'adresse au forum, c'est simplement la constatation d'un fait.
Mais je reviens y mettre mon nez régulièrement.
J'ai beaucoup aimé vos interventions sur ce fil, de même que celles d'Isabelle et de Kerniou (je suis d'ailleurs sur la même longueur d'onde que Kerniou, quelles que soient ses interventions, je me sens très proche de sa façon de voir les choses).