Bonjour Christophe,
Christophe a écrit :Un gentil athée a écrit :la "loi morale naturelle" (que je distingue du "droit naturel" auquel j'adhère)
Est-ce que vous pourriez préciser la distinction qui vous opérez entre ces deux concepts ?
Le droit naturel et la loi morale naturelle possèdent en commun la revendication d'une certaine objectivité/universalité et prétendent tous les deux pouvoir se fonder à l'aide d'arguments tirés de la raison ou de l'expérience.
Le droit naturel prescrit le comportement qu'on ne doit pas adopter envers nos semblables, et se résume au principe de non-agression. On peut objectivement le déterminer par des expériences de pensée comme celle décrite dans
ce message, qui montrent que nier le principe de non-agression conduit à une contradiction performative. Je définis la liberté comme le droit de faire tout ce qui ne contredit pas le principe de non-agression. Elle a pour corollaire la responsabilité : nul autre n'est tenu d'assumer les mauvaises conséquences pour soi-même d'un choix libre que la personne qui a fait ce choix ; et toute personne qui contrevient au principe de non-agression doit en assumer les conséquences judiciaires sous forme, au moins, d'une compensation. On ne peut vraiment être libre et responsable que si l'action posée l'a été hors de tout usage de la force ou menace d'usage de la force, et en conscience. C'est pourquoi, si quelqu'un tue quelqu'un d'autre suite à un accès de démence, il ne peut pas être traîné en justice pour répondre de ses actes (il ne peut l'être que pour déterminer que, justement, il n'était pas dans son état normal à ce moment et donc qu'il ne peut pas répondre de ses actes) car même s'il a "agit" hors de tout usage de la force ou menace d'usage de la force, il ne savait pas ce qu'il faisait. Cas plus évident : un lion qui dévore un chrétien, ou, cas encore plus évident : un rocher qui dévale une montagne et écrase quelqu'un ne peuvent pas être traînés en justice...
La loi morale naturelle prescrit le comportement qu'on doit obligatoirement adopter envers nos semblables et envers nous-même, et le comportement qu'on ne doit pas adopter envers nous-même. Elle repose sur l'idée (à mon avis largement fictionnelle) selon laquelle existerait une Nature (au sens à la fois déontologique et téléologique) humaine monolithique à laquelle tout un chacun serait obligé de se conformer, dans chacun de ses actes. Mais je ne vois pas d'argument décisif à l'appui de cette thèse, au contraire.
Je ne rejette pas entièrement la loi morale naturelle.
Il y a certains comportements envers soi-même qu'on doit éviter selon moi : ce sont les comportements qui diminuent, de manière importante et prolongée notre capacité à être des individus libres et responsables (ex. : l'abus d'alcool).
De même, je considère qu'il est bon d'adopter des comportements qui favorisent, chez soi ou chez les autres, une augmentation de notre capacité à être des individus libres et responsables (ex. : s'instruire et instruire autrui). Mais il s'agit de quelque chose vers lequel on doit tendre, non de quelque chose qui s'impose à nous et selon des modalités précises, dans chacun de nos actes.
Plutôt que de loi morale naturelle, on pourrait plutôt parler de "télos naturel". A chaque fois, ce qui constitue la légitimité de ce "télos", c'est le lien plus ou moins direct qu'il entretient avec la liberté et la responsabilité qui sont des notions centrales dans la question du droit naturel.
Cordialement,
Mikaël