" Si le Père est Dieu et si le Fils est Dieu , le Père est le Fils et réciproquement . De plus , quand le Christ dit " je serai assis à la droite de mon Père " , si le Christ est Dieu comment peut-il être assis à la droite de lui-même ? Ceci est impossible et cela montre que le Fils est inférieur au Père "
C'est un raisonnement que les catholiques avaient déjà eu à réfuter bien avant. Dans un premier temps Ibn Hazm raisonne ici comme un sabellien : Père et Fils sont comme des masques interchangeables. Or ce sont des Hypostases/Personnes, des relations subsistantes.
Dans un second temps, il raisonne comme un arien. Le "Père" est Dieu et Dieu est seulement le "Père" de sorte que le Fils ne peut être qu'extérieur à Dieu le Père et donc inférieur. Encore que pour les ariens le Fils était une sorte d'émanation divine.
Les musulmans parlent beaucoup transcendance mais en réalité ils parlent de Dieu à la manière d'une chose concrète, ils lui appliquent les mêmes catégories. Ils sont incapables de dépasser une forme de pensée chosiste, physique.
Dans un premier il faut comprendre que : il n'y pas Dieu le Père d'un côté, puis le Fils à "l'extérieur". Père Fils et St Esprit sont Dieu qui est Trinité. Non pas unité numérique pure et simple.
Pour prendre un exemple apprécié du moyen age et de la Renaissance : le cercle a un centre, un rayon, une circonférence. Etendu à l'infini le point, le rayon et la circonférence ne forment plus qu'une seule ligne, bien que pourtant ils diffèrent.
St Augustin avait utilisé une autre analogie, celle de l'âme avec la mémoire, l'intelligence et la volonté.
Pour essayer d'entrer dans l'intelligence du dogme, il faut avoir recours à la notion de relation.
La relation désigne un rapport d'un terme à un autre terme. Pour que ce soit plus claire, une illustration typique s’impose. Prenons la filiation entre un père et son fils.
Entre le père et le fils il y a une relation, il y a en effet paternité d'un côté et filiation de l'autre. Mais cette relation n'est pas « subsistante » car elle a un esse in, c'est-à-dire un fondement dans un terme extérieur et dont la disparition provoque la disparition de la relation. En effet, le père est différent de la paternité, il n’a pas toujours été père, et surtout il n‘est pas que père. Ce n’est qu’à un moment donné de sa vie qu’il est devenu père et qu’il c’est donc constitué une relation vers son fils. Quant au fils il n’est pas que fils, et il ne sera pas toujours fils si son père décède.
Comme le dit St Thomas « la relation réelle, dans le monde créé, fait composition avec le sujet »
La relation fait composition avec le sujet, c’est dire que la relation, dans la création, est un « accident » (du latin accidere qui signifie "ce qui vient").
On peut donc considérer la relation de deux façons.
a) la relation en tant qu’accident
La relation désigne donc dans la réalité quelque chose d’accidentel, donc de non substantiel, de non permanent.
La « filiation » entre un père et un fils a besoin de deux êtres extérieurs à elle pour que le rapport soit constitué.
C'est en ce sens qu'aucune relation n'est jamais, dans la création, subsistante. La relation dépend toujours d'un sujet extrinsèque à elle.
En tant qu‘accident, la relation tire donc son être d'un sujet qu'elle inhère.
C’est-à-dire que dans la réalité, la relation en tant qu'accident vient s'apposer du dehors. La relation a donc toujours un mode d'être accidentel.
En définitive, il est essentiel de retenir que dans la réalité qui est la notre " la relation réelle s'ajoute au sujet qui la possède et se distingue réellement de ce sujet."
Mais en Dieu qui est éternel, il n'y pas d'accident, pas de détermination qui n'advienne du dehors et qui vienne ajouter quelque chose à l'essence divine.
b) la relation prise en elle-même
On peut toutefois faire un petit effort de pensée et considérer la relation en soi.
Il faut donc déjà par commencer par sortir de l'idée que seul la substance concrète, la chose dotée d'une existence concrète, puisse être un être. Il faut donc un peu sortir de notre aristotélisme spontané.
Ici c'est la relation dans son esse ad qu'il faut considérer, c’est-à-dire en tant que pur rapport, donc indépendamment de son sujet extérieur. On peut alors parler du caractère extatique de la relation.
Considérée ainsi, elle est indifférente à ses conditions d'existence. Cela revient dans notre exemple à considérer la relation du père et d'un fils indépendamment du père et du fils, mais de façon purement abstraite.
Prise en elle-même, elle n’est pas quelque chose de saisissable, de matérielle. Il est très difficile de se "représenter" une relation de façon abstraite, de la chosifier et de la mettre dans un concept.
C'est ce qui fait, dit Jean Borella, que la relation est le plus proche de la réalité intelligible.
II Les Personnes divines en tant que relations subsistantes
On peut maintenant transposer la notion de relation aux Personnes divines. Dieu possède toute qualité sur un mode suréminent, parfait, non accidentel.
Dans la Trinité, le Père est Paternité, il est cette relation de paternité même. Il n’est pas un sujet auquel une relation vient s'ajouter du dehors comme lorsqu'une personne humaine devient un père.
Le Père est la Paternité même. Il n'y a pas le Père, sujet d’un côté, puis la paternité attribut de l’autre qui s'en ajoute. Père et paternité sont un seul être, une seule relation subsistante.
« la relation constitue la personne en vertu de sa condition même de relation » (Cajetan)
C'est ainsi qu'on peut considérer les Personnes comme des relations subsistantes. Les Personnes n’ont pas des relations, mais elles sont relations mêmes.
La Personne en tant que Relation est dite subsistante cas son esse in, c’est-à-dire son fondement, est l'essence divine, et est identique à elle-même. Puisqu'en Dieu tout est Dieu, il n'y a rien d'accidentel en Lui, aussi la relation tire-elle son être de lui-même. C’est pourquoi les Personnes sont rigoureusement égales, co-substantielles, co-éternelles.
Autrement dit, la relation a son fondement dans l'Essence divine qui n'est pas autre chose qu'elle même. La Relation est donc identique à l'essence divine. La relation n'inhère pas de l‘extérieur, elle est ce que Dieu est.
Il n’y a donc pas l’Essence comme sujet puis les Personnes comme accident qui feraient composition avec l'Essence sujet.
Mais les Personnes/relations ne sont pas de simples attributs. En même temps qu’il y a en Dieu unité (c'est-à-dire non pas unité numérique mais simplicité), il y aussi altérité. Et c’est ce que les personnes en tant que relation permettent d’exprimer.
La distinction se prend de l’opposition. Le Père en tant que relation qui se « porte » vers le Fils n’est pas le Fils, et le Fils en tant qu’il se porte vers le Père n’est pas le Père.
Aussi, le Père est autre (aliud) que le Fils, mais il n’est pas autre chose. Le terme même de différence est impropre car il exprime une distinction de nature.
Evidément la Trinité n'est plus quelque chose de purement statique, un espèce de trou noir, un nuage immobile, ou un bloc absolument homogène dans lequel toute différence s'annihile. On reconnaît une sorte de dynamisme en Dieu. C'est une vision de Dieu qu'on pourrait qualifier de
sui generis.
Comme l'a écrit le philosophe Maxence Caron :
la vie qu'est Dieu ou l'être comme transcendant n'est pas un mouvement au sens strict mais une staticité circulatoire où l'essence s'exprime et se propage en la plénitude de son Soi, une ubiquité absolue et kaléïdoscopique, une circumincessio, une périchorèse.
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 93#p200493