L'argent ne ferait pas le bonheur - à lui seul. Découverte d'un chercheur au FNRS !
Les indicateurs de développements tentent de coller au plus près de la réalité. Pourtant, ils sont parfois très éloignés de ce qui constitue le “mieux vivre” des populations. Si nous nous éloignons du paradigme selon lequel l’argent ne fait pas le bonheur, la question qui se pose est la suivante : Qu’est-ce qui nous rend heureux ?
“Un indicateur universel n’a strictement aucun sens (...); même les indicateurs partiels, élaborés à partir de la valeur pondérée de diverses statistiques, n’ont pas pour effet d’améliorer la compréhesion de réalités complexes mais plutôt de les occulter et même de les déguiser.” A en croire la réflexion de Jean Baneth, ancien directeur économique de la Banque mondiale, la course aux indicateurs n’est pas la voie la plus efficace pour faire progresser la notion de “développement durable”.
Ces indicateurs, résultats statistiques, seraient-ils simplificateurs d’une réalité complexe ? Oui. Mais surtout, “puisqu’ils définissent des objectifs et qu’ils guident les gouvernements dans leurs choix sociaux et économiques, il devraient être débattus démocratiquement et non choisis par des experts”, argumente Isabelle Cassiers, Professeur à l’UCL et chercheur au FNRS. Des indicateurs trop limités, comme le PIB qui mesure la production sur des bases monétaires, ne se réfèrent qu’à une fraction de la réalité du développement et sont parfois très éloignés de ce qui constitue le “mieux vivre” des populations. Ce mieux vivre n’a parfois rien à voir avec l’accumulation de richesses matérielles, comme l’a laissé croire une vision longtemps dominante du développement. “On a trop longtemps confondu croissance économique et développement. Or, il convient de faire clairement la différence”, explique Isabelle Cassiers. L’argent ne ferait, seul, pas le bonheur...
Placer l’homme au centre du développement
Jusqu’à présent, c’est la combinaison de deux indicateurs principaux, de dimension internationale, qui nous permet d’approcher une évaluation du développement durable : d’une part l’indice de développement humain (IDH, dont une des trois composantes est le PIB) rend compte des performances économiques et sociales et d’autre part l’empreinte écologique évalue l’impact de nos activités sur la biosphère.
L’IDH a élargi la vision trop étroite du PIB afin de rendre compte d’une réalité plus complexe du développement. Il ne se limite en effet pas à la seule production monétaire, génératrice de revenus. En plus de celle-ci, il prend en compte, la santé et l’éducation. Il influence les décisions des gouvernements depuis trois décénies. Pour les concepteurs de l’IDH, il convenait de replacer l’homme, plutôt que la croissance économique, au centre du développement, suivant la conviction de Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998 et fondateur du Human Development Report Office. Selon celui-ci, “le développement humain, c’est augmenter les choix et les capacités des hommes à vivre une vie saine et décente et à être reconnus. C’est faire avancer la richesse de la vie humaine et non celle de l’économie dans laquelle les hommes vivent”.
Mais cet indicateur ne suffit plus. “L’équité, la dignité, le bonheur et la durabilité sont des fondamentaux de nos vies”, faisait remarquer Helen Clark, administratrice du Programme des Nations Unies pour le Développement Humain (PNUD), pour qui le progrès doit être redéfini à l’aune d’une image globale du développement humain et du contexte dans lequel il s’inscrit.
Le respect de l’environnement comme condition du développement
“Le concept de développement humain est plus grand que ce que l’IDH mesure”, déclarait en juin dernier à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20), Khalid Malik, directeur du PNUD. Depuis lors cet organe de l'ONU tente de mettre au point un nouvel indicateur. Celui-ci aurait la particularité d’intégrer le respect des limites de la planète dans la mesure du développement humain. “Une réflexion est actuellement en cours sur la meilleure manière de le faire”, explique Isabelle Cassiers.
Le plus vraisemblable est la publication conjointe de deux indicateurs distincts, toujours à affiner : un indicateur d’objectif, tel que l’IDH et un indicateur de limites écologiques, tel que l’empreinte écologique ou les émissions de CO2. “La réflexion doit se poursuivre car aucun de ces indicateurs n’est parfait. Il s’agit de les affiner pour coller au plus près de la réalité des objectifs de développement d’une part et des limites de la planète d’autre part. Une chose est certaine : les indicateurs exprimés en termes monétaires (comme le PIB) s’éloignent trop de ces réalités.”, explique Isabelle Cassiers.
Le respect de l’environnement est donc central dans les choix qui sont posés. De cela dépend le bien être des générations future. On comprend alors aisément pourquoi un indice de développement durable doit prendre en compte l’équité intergénérationnelle : les choix qui sont faits aujourd’hui ne doivent pas limiter les choix des générations futures. “Cela implique que le droit au développement est fondamental, mais que celui-ci ne peut se faire en réduisant les choix de ceux qui nous suivent”, insistait Khalid Malik.
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Est-il possible de mesurer le bonheur ? “Probablement que non, et les tentatives de le quantifier peuvent sembler vaines, mais elles ont le mérite de déplacer notre regard et de nous inviter à poser d’autres questions : Quelles sont nos finalités ? Où courrons-nous ? Qu’est-ce qui nous rend heureux ?", interroge la chercheuse. Et d’adapter les politiques économiques et sociales en fonction de nos réponses à ces questions.
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