Bonjour,
J'ai suivi de loin ce fil de discussion, sur un sujet qui m'occupe pourtant maintenant depuis un bon moment, et m'a notamment conduit à rejoindre il y a deux ans le parti politique Solidarité - Liberté, Justice et Paix. Je vais peut-être enfoncer des portes ouvertes, mais je crois qu'il y a un véritable examen de conscience à faire concernant le fait de voter, et plus généralement de s'engager en politique. La question n'est pas tant : comment dois-je voter, mais en amont : comment puis-je servir au mieux le bien commun, et dans le cas précis de la politique, au niveau de la société à laquelle j'appartiens.
Cette question nous amène déjà à répondre à ceci :
archi a écrit :Enfin, de nombreux gens s'abstiennent tout simplement parce qu'ils ne connaissent rien à la politique, ou qu'ils ne s'y intéressent guère... et alors? Est-ce que chacun doit vraiment avoir une idée sur tout? Chacun ses capacités, chacun sa vocation.
Certes, mais la charité s'exerçant également dans le domaine de la politique, nous avons un devoir de nous former, afin d'être mieux à même de servir le bien commun. La solution dans le cas précis du "je n'y connais rien" n'est donc pas de se tenir à distance, mais l'urgence de se former pour s'investir et servir.
Ensuite, même si le service politique, et le devoir qu'il représente pour nous, est loin de se limiter au fait de voter, la question nous amène à nous interroger tout de même au moment d'une échéance électorale Et ce de manière différente selon les types d'élections (locales, nationales), et sur les "stratégies", que ce soit celle du moins pire ou de l'adhésion.
Sur une élection locale, par exemple, on peut éventuellement être amené à faire abstraction du parti politique d'adhésion d'un candidat pour ne prêter attention qu'à la compétence qu'on lui suppose pour administrer la circonscription qu'il prétend représenter. L'enjeu sur les compétences et les pouvoirs me semble assez capitale. Mais il ne faut pas perdre de vue que tout est lié : le plus manifeste est l'élection législative, pour laquelle le candidat se retrouvera une fois élu sur les bancs de l'assemblée à voter pour ou contre des projets de lois décisifs, voire à en soumettre lui-même, comme les lois de bioéthique par exemple. Si sont appartenance à un parti politique n'est pas déterminante, elle donne quand même, normalement, un aperçu de ses orientations idéologiques. Pour les autres élections locales, que ce soit les maires, les conseillers généraux (quoique c'en est terminé maintenant) ou régionaux, en dehors d'administrer localement une circonscription, avec souvent, il faut le reconnaitre, des pouvoirs limités et une marge d'appréciation qui relève fort peu d'une idéologie partisane particulière, les élus ont aussi la charge d'élire nos futurs sénateurs, c'est-à-dire l'autre grand (contre-)pouvoir législatif du pays.
Enfin, il y a l'élection présidentielle. Bien sur il est capital de connaitre l'orientation politique générale du candidat pour lequel on vote, mais il est surtout capital de connaitre sa capacité à gouverner. Nous sommes là dans l'exécutif. Il doit savoir bien s'entourer et avoir une personnalité qui inspire confiance : parce qu'il ne gouvernera rien du tout si les citoyens ont la nuque trop raide. Ce n'est pas un monarque, et il n'a pas tant de pouvoirs que ça. L'enjeu le plus fort, là où il est le seul maitre à bord, lui et son gouvernement, c'est dans les relations internationales. Aussi nous devons, je crois, nous demander s'ils aura à coeur de servir le bien commun dans le contexte de la mondialisation, c'est-à-dire finalement dans la collaboration avec les autres pays.
Reste que l'élection présidentielle, rejointe en cela par les autres grands rendez-vous électoraux, est l'occasion du débat d'idée, d'un sondage grandeur nature sur les opinions politiques, et l'intérêt des français pour la politique. Dans ce registre, il me semble capital de s'informer des idées, des programmes, tout comme de la doctrine sociale de l'Eglise, afin de pouvoir comparer. Et de voter en conséquence.
Cela peut sembler contradictoire avec ce que j'écris au paragraphe juste avant, mais c'est aussi pour ça que nous avons deux tours aux élections. Après maintenant un bon moment à creuser la question et à en débattre, j'ai tendance à considérer que le premier tour est celui de l'expression des idées, des projets, des programmes. Et le second est celui du choix des compétences, des personnes. Le lien entre les deux tours est d'ailleurs capital pour cette articulation : c'est le moment des alliances, et des débats. Au second tour, les candidats restants sont obligés de tenir compte du "sondage géant" qu'est le premier tour, surtout d'en tenir compte une fois qu'ils seront au pouvoir. Une fois élu, le président n'est pas le président que de ceux qui ont voté pour lui, mais le président de tous les français.
Voilà pourquoi non seulement il ne faut s'abstenir qu'en dernier recours, je pense (je dis ça, mais me suis abstenu aux dernières élections, qui pour moi furent les régionales), et surtout : s'abstenir engage une responsabilité forte. Si je suis dans l'incapacité de voter pour un candidat sans porter atteinte à ma conscience, alors j'ai un devoir de proposer une alternative, et donc éventuellement d'être moi-même candidat, ou de soutenir efficacement quelqu'un qui n'a pas pu l'être faute de soutien et pour qui j'aurai pu voter. On a aussi l'option : tenter de faire changer de programme des candidats existants, mais ça me semble plus hasardeux, là comme ça. Quoique c'est un axe d'évangélisation pour les chrétiens : évangéliser le monde politique c'est aussi prier pour la conversion de ceux qui s'y sont engagés.
Enfin, pour répondre à ça :
Frédo MB38 a écrit :Ren' a écrit :
J'ai déjà commencé à vous répondre, non ?
Non, pas sur le fond. Le salaire excessif de Mme Boutin lors d'une mission bidon et la vanne sur le PCD qui aurait pour seule fonction d'attirer les voix catholiques à l'UMP, selon vos réponses sur un autre fil, ne me disent pas pourquoi le programme politique du PCD ne suscite pas plus d'enthousiasme de la part des Chrétiens français.
Personnellement je n'ai pas grand chose à lui reprocher en tant que candidate à une élection présidentielle. Sa ligne de conduite est claire, c'est la Doctrine sociale de l'Eglise. Ca ne veut pas dire qu'elle en a une intelligence parfaite, et elle a montré qu'elle était capable de faire des erreurs de jugement, des belles même, des fois. Mais justement parce qu'elle s'est fixée une ligne de conduite qui la dépasse, elle est capable de faire amende honorable si vous lui montrez qu'elle a été contre la doctrine dont elle prétend s'inspirer. Ca aussi elle l'a montré plus d'une fois. Je crois profondément injuste, surtout pour des "disciples de la miséricorde" que nous sommes censés être, de continuer de tenir Christine Boutin pour celle qui a demandé la réouverture des maisons closes, ou ne voyait pas de problème à gagner 18000 euros par mois, dans la mesure où à chaque fois, comprenant son erreur, elle est revenu sur ses positions. Mais c'est vrai qu'elle a encore besoin d'être un peu plus "canalisée" sur ses prises de parole.
Pour des élections plus locales, en revanche, il ne s'agit plus seulement de Christine Boutin, mais de son parti politique. Là encore, je trouve qu'avoir un élu qui porte les idées du PCD c'est excellent a priori (sauf si c'est un incompétent notoire), mais pour l'élire, vous devez voter pour lui, et ce faisant grossir l'électorat de cette abomination politique, anti-démocratique et totalement relativiste, qu'est l'UMP. Moi, personnellement, ça me pose un problème de conscience. Et de confiance aussi d'ailleurs. J'ai l'impression d'y voir un compromis honteux sur les idéaux au profit du succès des carrières politiques. Je sais bien que c'est plus subtil que ça, qu'il y a en jeu le fait de peser de l'intérieur sur des évolutions politiques majeures, tout ça... mais tout de même. Autant vous dire que j'espère et attends donc avec impatience la dissociation du PCD d'avec l'UMP. Je crois, paradoxalement, qu'un des catalyseurs de cette dissociation sera le soutien grandissant que des chrétiens comme nous pourront apporter au PCD tout en refusant de soutenir l'UMP : pour montrer qu'un parti fidèle à la doctrine sociale de l'Eglise est capable d'exister en dehors de l'UMP. C'est d'ailleurs ce que nous tentons de montrer dans le parti Solidarité - Liberté, Justice et Paix.
Sinon, j'ai écrit un petit truc sur Christine Boutin et le PCD, assez récemment :
http://pneumatis.over-blog.com/article- ... 43997.html